edito

Avec la crise, qu’est ce que nous découvrons ?

Le covid 19 marque encore notre quotidien et nous découvrons un horizon nouveau. Au fur et à mesure que nous avançons, nous constatons notre fragilité. Nous « tutoyons » la mort de plus près, les projets personnels ou collectifs disparaissent, comme un horizon qui recule de jour en jour. L’ignorance sème la confusion dans les cerveaux les mieux informés habituellement : «Je ne sais pas vous dire » ou « Nous n’avons pas de réponse satisfaisante ». De nouvelles manières de vivre donnent de nouveaux points de repère et laissent quand même deviner la face cachée d’ouvertures possibles… Du nouveau et de l‘ancien coexistent. Le réflexe du « Sauve qui peut » laisse place peu à peu au souci des « petits et des fragiles». 

Avec François d’Assise, que nous fêtons le 4 octobre, resurgit le mode de vie de cet homme qui, au milieu d’un monde en crise, plaça un lépreux au centre de ses relations. Le baiser qui sauva la vie de deux hommes que tout séparait  y fut pour beaucoup : la sécurité de vie de l’un et le mépris subi par l’autre introduisent une ouverture inattendue et inespérée ! L’Evangile retrouve sa vraie place. Ce baiser change tout et pourtant cela ne change rien collectivement. Dieu n’est pas tout-puissant mais donne sens et cela appelle à un combat nouveau pour l’humanité. C’est en vain que nombre d’entre nous se tournent vers Dieu, en lui reprochant son absence et son silence, mais  il existe une nouvelle « apparition » de Dieu dans  une proximité humaine et cette infinie patience qui le caractérise.  Que s’efface de notre esprit cette pensée du «  tout, tout de suite. » La vie est une succession de crises avec des morts et des naissances. Quand François nomme notre sœur la mort, il s’inscrit dans cette logique nouvelle d’une vie transformée. Dieu, invisible et présent, n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants.​

La crise que nous traversons mérite débat dans la dimension économique de l’existence et met en lumière la place de l’argent, non pas comme pouvoir de domination ou d’échange, mais comme solidarité et don. C’est aussi une vision de la pauvreté de François d’Assise qui n’est pas validée par la richesse accumulée mais par le pouvoir envahissant de  l’amour, pour sauver  la vie. Depuis l’arrivée du Covid 19, nous avons aussi pris conscience de la force de l’imagination qui est une forme imprévisible de l’Amour. Et nous découvrons aussi que l’avenir ne se limite pas au passé comme modèle, fut-il glorieux. La normalité trouve sa vraie place dans l’avenir et non dans le souvenir. Quand un enfant traverse sa crise d’adolescence, nous ne considérons pas que l’idéal est dans son enfance mais nous attendons que la crise, en se développant, produise un adulte responsable. La normalité attendue est dans l’avenir quand l’humain retrouve la création comme don, pour la re-construction de notre « maison commune ». Heureuse crise qui nous ouvre les yeux. En tout, nous pouvons  retrouver la « bonne distance» qui peut nous sauver.

Fr. Thierry Gournay