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La visitation

Cette rencontre de Marie avec sa cousine Elisabeth, que nous raconte l’évangile de Luc, est une illustration de la réception par une communauté humaine, d’évènements qui dépassent son entendement et qu’elle a relu comme une manifestation de la volonté divine, un signe : Dieu a visité son peuple.

Et nous, aujourd’hui, comment recevons-nous les évènements dont nous sommes témoins ?
Nous traversons une période difficile, avec un virus qui sème la terreur, provoque inquiétude et incompréhension et suscite la zizanie chez ceux qui savent, les savants. Et qui, dans le même temps, nous oblige à revisiter nos modes de vie et nos modèles économiques, avant peut-être de les détruire durablement. Quelle lecture en faisons-nous ? Y voyons-nous un phénomène passager ou un signe ? Dans l’immédiat nos vies sont bouleversées, on ne peut plus se rassembler, ni au stade pour un match de foot, ni à l’église sauf pour des obsèques en petit comité, mais, dans le même temps, on voit surgir des manifestations de solidarité, des parents qui se réinvestissent dans l’éducation de leurs enfants, des familles qui redécouvrent un rythme de vie moins trépidant. Des initiatives surgissent ici et là, sans attendre les instructions d’autorités souvent dépassées ; et puis, bonne nouvelle, nous constatons que la pollution diminue à toute vitesse et rend nos villes plus respirables.

Et après ? On entend dire ici ou là qu’il n’est pas possible de changer de modèle, que l’on sera obligé de repartir comme avant, et très vigoureusement. D’autres, au contraire, préconisent un changement qui parait souhaitable mais qui semble difficile à mettre en œuvre sans conséquences douloureuses (chômage, ressources) pour les peuples.

Et l’Europe dans tout çà ? Sera-t-elle capable de sortir par le haut de cette crise où se joue son avenir, d’envoyer un signe fort d’unité, de proposer à ses peuples une vision commune qui leur donne envie de s’y investir, une bataille à gagner contre la tentation du repli sur soi et la fuite en avant ?

Et nous, dans tout çà ? Quel message souhaitons-nous envoyer pour répondre à l’appel de l’Esprit toujours à l’œuvre et qui nous interpelle ?
Cette pandémie aura une fin, nous l’espérons ; à la suite de Saint François qui s’est fait le chantre de la création et le frère universel, la famille franciscaine ne peut-être absente de la phase de reconstruction qui suivra, pour y défendre, humblement mais fermement, les valeurs qui sont les siennes : respect de la création, de tout le vivant, solidarité et partage avec toutes les nations, promotion de la fraternité universelle.

Déjà en mai 2015 le pape François interpellait le monde dans son encyclique « Laudato Si » :
« 13. Le défi urgent de sauvegarder notre maison commune inclut la préoccupation d’unir toute la famille humaine dans la recherche d’un développement durable et intégral, car nous savons que les choses peuvent changer. Le Créateur ne nous abandonne pas, jamais il ne fait marche arrière dans son projet d’amour, il ne se repent pas de nous avoir créés. L’humanité possède encore la capacité de collaborer pour construire notre maison commune. Je souhaite saluer, encourager et remercier tous ceux qui, dans les secteurs les plus variés de l’activité humaine, travaillent pour assurer la sauvegarde de la maison que nous partageons. Ceux qui luttent avec vigueur pour affronter les conséquences dramatiques de la dégradation de l’environnement sur la vie des plus pauvres dans le monde, méritent une gratitude spéciale. Les jeunes nous réclament un changement. Ils se demandent comment il est possible de prétendre construire un avenir meilleur sans penser à la crise de l’environnement et aux souffrances des exclus.

14. J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous…
« 

Cinq années sont passées et ces paroles sont toujours d’actualité.

Bonne fête à tous les travailleurs,

Jean-Pierre Rossi