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Et pendant ce temps là…

En ce début d’année, la pandémie, qui sévit depuis une année, continue de nous assaillir et perturbe la vie quotidienne de toute l’humanité. Nous en souffrons tous et supportons plus ou moins facilement, chacun selon son tempérament, cette situation qui implique fortement l’ensemble des personnels de santé et mobilise l’attention des dirigeants. Notre santé avant tout ! Les conséquences immédiates sont bien visibles et, malgré les dispositifs déployés par les gouvernants, les gens continuent de mourir dans la solitude des EHPAD et des hôpitaux, la situation économique se détériore dans tous les secteurs d’activité. La jeunesse, particulièrement affectée économiquement et culturellement, se désespère. Nous en souffrons tous, d’une manière ou d’une autre.

Les médias nous assaillent, eux aussi, au moins autant que la pandémie elle-même, sur l’évolution de la maladie, ses conséquences, les vaccins, les traitements, et multiplient les débats et informations souvent contradictoires sur le sujet, à tel point que nous pouvons conclure que personne ne sait de quoi il retourne. On ne parle plus que de ça et cela conditionne toute notre existence …

Et pendant ce temps là … le pape François invite à la fraternité universelle
Après Laudato Si, le pape poursuit sa recherche franciscaine avec l’encyclique Fratelli Tutti, Tous frères, une fraternité universelle, comme Saint François l’a rêvée. Cela interpelle la famille franciscaine et j’en citerai quelques passages pour illustrer notre actualité.

Fratelli Tutti: « Le XXIe siècle « est le théâtre d’un affaiblissement du pouvoir des États nationaux, surtout parce que la dimension économique et financière, de caractère transnational, tend à prédominer sur la politique. » (172)
« aujourd’hui, aucun état isolé n’est en mesure d’assurer le bien commun de sa population « (153)

Et pendant ce temps là … notre maison brûle
La gouvernance globalisée continue d’imposer son dictat sur la planète, au détriment des peuples et au profit des forts ; états ou conglomérats, c’est toujours la force qui domine. Cette gouvernance poursuit son exploitation forcenée des hommes et de la planète. Jacques Chirac a dit un jour « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » ; malgré leur adhésion à la convention de Paris en 2015, nombre de pays, sous la pression des lobbies, peinent à mettre œuvre les politiques qui permettraient d’atteindre les objectifs fixés ; nous en avons un bel exemple chez nous avec le glyphosate. La planète Terre n’en peut plus d’être maltraitée, par les souffrances que nous lui infligeons, qui se traduisent par une lente et continue dégradation de la vie. Les convulsions de la terre, tempêtes, pluies diluviennes ou tremblements de terre qui en résultent, sont autant de signaux d’alerte qui ne sont pas pris en compte.
La montée du populisme qui se nourrit du nationalisme, partout dans le monde, et l’arrivée au pouvoir de dirigeants niant la crise environnementale et favorisant une économie orientée par la recherche du profit maximum, a encore accéléré cette dégradation.

Fratelli Tutti: « Incontestablement, « jamais l’humanité n’a eu autant de pouvoir sur elle-même et rien ne garantit qu’elle s’en servira toujours bien ». Nous ne pouvons donc plus penser à la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l’utilité hypothétique qu’on lui attribue. Face à cette réalité, il est très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”. Jamais plus la guerre ! »(258)

Et pendant ce temps-là … les conflits persistent
Dans les relations internationales, les Etats-Unis, avec la complicité des monarchies du golfe Persique et d’Israël, et en imposant un embargo sur l’Iran a donné un très mauvais signal, pour la recherche d’une solution pacifique des tensions au Moyen Orient ; en abandonnant l’Afghanistan, la Syrie et l’Irak, à leur sort, ils les condamnent à subir la loi de l’obscurantisme. La Chine de son coté poursuit sa répression à Hong Kong et sur les minorités Ouigours et Népalaises et poursuit ses pressions sur Taiwan.
Des conflits que l’on pensait éteints reprennent de la vigueur, conflits interethniques entre nomades et sédentaires, conflits pour le contrôle des territoires et l’exploitation des ressources de la terre, frontières contestées, conflits religieux … Des guerres se poursuivent sur tous les continents, et nos armées y participent parfois, sans contrôle de nos représentants élus, c’est-à-dire sans notre accord. Sans parler des livraisons d’armes de notre industrie aux belligérants …
Les condamnations des nations de l’Union Européenne, plombées par les désaccords entre états qui rendent sa diplomatie muette ont aussi peu de poids que celles de l’ONU. Que font les peuples européens pour peser sur leurs dirigeants ? Que faisons-nous ?

Fratelli Tutti: « Les migrants, si on les aide à s’intégrer, sont une bénédiction, une richesse et un don qui invitent une société à grandir » (135)
« Cela nécessite une législation globale, internationale pour les migrations » (132),
Le déploiement d’une collaboration internationale visant au développement intégral de tous les pays » (138)

Et pendant ce temps là … les migrations se poursuivent
Les migrants qui fuient la misère, la répression, la guerre, continuent de déferler sur l’Europe, qui les accueille dans des conditions indignes. Mais, si nous paraissons impuissants à les aider, eux sont déterminés, parce qu’ils savent ce qu’ils ont quitté.

Fratelli Tutti: « La fraternité a quelque chose de positif à offrir à la liberté et à l’égalité. »(103)
« Le droit à la propriété privée ne peut être considéré que comme un droit naturel secondaire et dérivé du principe de la destination universelle des biens créés … « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne » »(120)
« Chacun n’est pleinement une personne qu’en appartenant à un peuple, et en même temps, il n’y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. »(182)

Et pendant ce temps là … les affaires continuent
Les riches continuent de s’enrichir et les pauvres de s’appauvrir, partout dans le monde, mais aussi près de chez nous, nous en sommes témoins chaque jour. Le chômage augmente et atteint des niveaux jamais connus depuis que les statistiques existent. Des millions de personnes continuent de souffrir de la faim, alors que beaucoup, chez nous, vivent confortablement confinés et repus.



Nous savons ce qu’il nous reste à faire: à nous de jouer !
Après cet inventaire peu réjouissant et un peu austère, je ne peux terminer qu’en vous souhaitant une année de bonheur, vécue dans l’espérance d’un avenir radieux, d’une fraternité que François nous invite à bâtir ensemble.

Jean-Pierre Rossi