edito

MIGRANTS, EMIGRANTS, IMMIGRANTS.

Avec la campagne présidentielle, nous assistons à une suren-chère de discours sur les migrants et la sécurité. Les citoyens plongés dans la peur de l’autre sont incités à le désigner comme « bouc émissaire » responsable de tous leurs maux. Mais la peur et la haine sont bien mauvaises conseillères. Notre société se veut pourtant fondée sur la déclaration universelle des droits de l’homme qui proclame : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. » ; « Devant la per-sécution, toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays. » (articles 9 et 14). Bien avant déjà, l’Evangile enseignait que nous sommes tous frères : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; » (Matthieu, 35). Ins-pirons-nous de ces quelques lignes pour penser ces questions tout autrement, avec notre raison et notre cœur.

L’humanité est en mouvement depuis ses origines, dans son berceau africain. Aujourd’hui, les migrations se multiplient avec la mondialisation, le développement des moyens de transport, de communications et le creusement des inégalités géo-économiques et écologiques. La prétention de bloquer ce mouvement inhérent à la condition humaine est illusoire, inhumaine et anti-historique, notamment en France et en Europe qui sont depuis toujours des zones de grand brassage, d’immigration comme d’émigration. Qui d’entre nous ne trouve pas un ancêtre « venu d’ailleurs » ou « parti à l’étranger » dans son arbre généalogique ? Tout immigrant est un émigrant qui a quitté son pays. Il ne le fait pas de gaîté de cœur, mais sous la contrainte, la menace de famine ou de mort, parfois dans l’espoir d’un Eldorado mensonger. Sa famille, ses proches, son pays ne voient jamais partir sans une tristesse in-quiète ni sans regret cette jeunesse qui s’en va avec toutes ses promesses, affronter les périls d’un voyage plus qu’hasardeux pour ne trouver à l’arrivée, si elle arrive, que rejet, mépris et mi-sère. Que fait-on pour y remédier ? L’accumulation de décisions lé-gislatives et réglementaires aboutit à une complexité telle qu’elle semble conçue uniquement pour bloquer les demandes, rallonger les délais d’instruction, tandis que les demandeurs restent prison-niers de situations humainement insupportables dont les idéo-logues, les démagogues font un enjeu électoral qui ajoute à la con-fusion et à la difficulté.

De nombreux « sans papiers » survivent à côté de nous sans droits, sans aucune protection d’aucune sorte. Ils sont la proie de tous les trafiquants et de tous les exploiteurs cyniques : mar-chands de sommeil, travail au noir sous-payé, esclavage sexuel, trafic de drogue, etc. Ils sont livrés à la rue, jetés dans des centres de rétention ou bien parqués dans des « jungles ». Est-il accep-table, alors que les pays pauvres sont ceux qui comptent le plus de réfugiés, qu’un pays riche comme le nôtre se montre si peu ac-cueillant, sous des prétextes culturels, économiques et sécuritaires fallacieux ? Car l’immense majorité des migrants ne demandent qu’à participer à la vie collective, et c’est même dans cet espoir qu’ils sont venus. Allez par exemple au marché : la plupart des commerçants, maraichers, bazardiers, fripiers ne sont-ils pas d’origine étrangère, ne sont-ils pas polyglottes, ne font-ils pas par-tie de notre quotidien sans soulever d’autre difficulté que celle de la rencontre fraternelle, bénéfique à tous ?

Notre humanité est menacée par tout autre chose : la surex-ploitation des richesses au profit croissant d’un nombre toujours plus restreint, la misère, la famine qui s’aggravent d’autant et tou-chent des populations toujours plus larges, sans parler des me-naces climatiques et écologiques. Comme l’a encore montré la co-vid, personne ne pourra lutter ni se sauver tout seul : notre avenir passe par la solidarité et le partage. Comme chrétien, comme frère humain, c’est la voie que je choisis.

Le comité de rédaction