Famille franciscaine de l'Est Francilien

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« La haine, c'est l'hiver du cœur »
Victor Hugo.



> Edito // La coccinelle, aujourd’hui…

 


           
La splendeur de l'été fait place au dépouillement puis au repos de la terre, des plantes et des animaux. Parmi eux, une petite bête fragile que bien des personnes respectaient et admiraient au point de l'appeler « bête à bon Dieu » jouissait d'une protection particulière : il n’était pas question de tuer ce petit animal porte-bonheur. Je ne sais à quelle époque remonte ce respect pour la coccinelle mais je fais le rapprochement avec la fraternité bienveillante dont saint François témoignait à toutes les créatures. On m'interpelle régulièrement à propos d’un animal plus ou moins nuisible : comment s’en débarrasser sans trahir François d’Assise, cet homme si fraternel ?

Je découvre aujourd’hui une évolution dans notre rapport aux animaux dont certains, domestiques, prennent une place croissante dans la vie quotidienne de nos contemporains. Il semble qu’on les humanise de plus en plus et que d'un autre côté l’homme se montre de moins en moins humain. Certains se préoccupent plus de leur animal de compagnie que de leur voisin…  Par ailleurs, l’actualité nous montre combien, au nom du profit, l’animal peut être maltraité. Je pense à la pêche devenue industrielle et à ses filets électriques qui massacrent les poissons, "pêche miraculeuse" aux terribles dégâts collatéraux. On pourrait en dire autant de certaines chaînes d’abattoirs qui visent avant tout la rentabilité. La notion de respect appliquée aux animaux peut paraître exagérée à certains, mais que devient alors la vision de François qui lui fait dire « frère et sœur » à tout animal autour de lui. Est-ce encore possible, crédible ?

            L'exemple de la coccinelle, si peu de chose dans la vie que nous menons, illustre comment le monde actuel place l’homme, seul, au sommet de la création, et met Dieu hors circuit, lui qui est pourtant au-dessus de tout et de tous… La liste est longue des créatures méprisées, maltraitées par l'indifférence, la cruauté et la cupidité de l’homme. Je pense aux abeilles menacées de disparition, je pense aux hirondelles réduites au silence par les engrais répandues sur les terres agricoles. C’est d’un aspect poétique et non rentable que témoignent les oiseaux qui disparaissent à un rythme inquiétant, c’est la gratuité de la création qu’ils expriment ; en les malmenant, c’est une part de la création et de nous-même que nous dénaturons et que nous mettons en grand danger.

            Et si la coccinelle nous invitait à reconsidérer l'ensemble des êtres vivants dans une harmonie universelle qui confirme le regard de François d’Assise ? Et si la coccinelle annonçait une réconciliation prophétique de la création ? Et si la coccinelle représentait l’unité première, le paradis perdu et la grâce de François dont le regard est entièrement tourné vers Dieu ? Une telle contemplation de la vie conduit à une évangélisation des profondeurs de l'être. Ainsi, « Adorer, c’est grandir ». Nous comprenons mieux cette prière de François : « À cause de toi-même, nous te rendons grâce. » Nous avons encore beaucoup à progresser dans notre rapport à la création. La coccinelle porte un message qui s’adresse à chacun.

Fr. Thierry Gournay, juillet 2018, Lille

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