Pie XI : Un Pape dans son temps

1er épisode : La rapide ascension, …

La mort de Benoît XV ouvrit une période de débats intenses pour identifier les papabili(1), cardinaux déjà titulaires de fonctions importantes au Saint-Siège.
Le contexte d’alors conduisit à établir des candidats considérés comme de « gauche » et d’autres comme de « droite ». Deux questions agitaient alors les catholiques: la question romaine(2) et le rapprochement avec la France(3). L’élection prit dès lors une dimension politique. Or, le cardinal Ratti en adoptant le nom de Pie sembla suggérer une continuité dans la politique vaticane ce qui était propre à rassurer les milieux conservateurs.
Le 24 juin 1923, le Pape rédigea une lettre Quando nel principio prenant ses distances avec la politique de la France et de la Belgique suite à l’occupation de la Ruhr(4) montrant ainsi sa volonté de prendre position dans les affaires diplomatiques.
C’était le début d’un pontificat déterminant dans la vie de l’Église catholique. L’élection de Pie XI engagea en effet une internationalisation de l’Église en ces temps d’entre-deux-guerres troublés mais offrit aussi une impulsion nouvelle à l’évangélisation des « masses » favorable aux mouvements d’action catholique. La doctrine sociale de l’Église fut actualisée et l’esprit missionnaire dynamisé. Pour Pie XI, il s’agissait de convaincre et témoigner dans un monde où les moyens de communication se développaient rapidement. Sensible à l’importance prise alors par l’opinion publique, soucieux du rôle important des medias, il conduisit l’Église à entrer dans le monde de son temps. Qui était-il ce cardinal Achille Ratti, élu à l’âge de 65 ans le 6 février 1922 suite au décès de Benoît XV ?
Il naquit le 31 mai 1857 dans une famille de la bourgeoisie lombarde près de Milan. Avant-dernier fils d’une famille forte de sept enfants dont le père était propriétaire d’une filature de soie, et la mère fille d’un aubergiste. À l’issue de ses études primaires, il rejoignit le petit séminaire. En 1874, il prit l’habit des tertiaires franciscains et en 1879, il entra au séminaire pontifical lombard de Rome. Il fut ordonné prêtre en décembre 1879, à l’âge de 22 ans.

Il rejoignit ensuite les oblats de saint Charles Borromée. Remarqué pour sa vivacité intellectuelle, il devint « docteur » c’est-à-dire conservateur de la bibliothèque Ambrosienne, puis auprès du collégial de la faculté théologique de Milan. Son ascension fut fulgurante. Il devint en 1912 vice-préfet de la Bibliothèque apostolique vaticane puis en assura la direction avant d’être nommé protonotaire apostolique(5).
Sportif, féru d’alpinisme, Il entra dans la carrière diplomatique en 1918 en devenant visiteur apostolique en Pologne, puis nonce et archevêque in partibus de Lépante(6). Il fit preuve d’un grand courage personnel lors du siège de Varsovie par les Soviétiques, en août 1920 et nourrit dès lors un solide anticommunisme.
Le 13 juin 1921, il devint cardinal archevêque de Milan et affirma son intérêt pour les questions d’enseignement et de société. Il assista avec réserve à la montée au pouvoir de Mussolini et engagea le Saint-Siège dans les affaires de son temps : le souci de la montée des dictatures, la menace communiste sans négliger l’œuvre missionnaire et sociale. L’influence franciscaine ne fut pas étrangère à l’intérêt porté à ces questions.

ÉRIK LAMBERT.

(1) Candidat possible au trône papal.
(2)Conflit commencé à la fin du XVIII° siècle autour du pouvoir temporel des Papes.
(3)La France fut en conflit avec Rome dès la mise en place en 1790 de la Constitution Civile du Clergé puis la séparation de l’Église et de l’État de 1795. Le paroxysme fut la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican décidée par Émile Combes le 29 juillet 1904, annonçant la et la loi du 9 décembre 1905 de Séparation des Églises et de l’État.
(4)Le 11 janvier 1923, 60 000 soldats français et belges pénétrèrent dans le bassin de la Ruhr, en Allemagne. Ces troupes qui occupaient déjà la Rhénanie allemande depuis la fin de la Grande Guerre étendent ainsi leur zone d’occupation. … Le prétexte était le non-paiement par l’Allemagne de ses dettes de guerre. Leur mouvement inaugure pour les Allemands l’« année inhumaine »
(5)Du grec protos : premier et du latin notarius, secrétaire
Notaire de la chancellerie romaine. Distinction honorifique donnée à certains prélats. Officier du Saint-Siège qui reçoit et expédie les actes administratifs.
(6)Évêque titulaire qui n’a pas de diocèse propre à gouverner et qui est titulaire d’un ancien siège épiscopal. L’expression vient de la localisation de ce siège dans des parties éloignées géographiques.

Pardon d’Assise 2020 (1/2)

Le comité de rédaction a souhaité partager avec vous l’homélie du frère Michael Perry, ministre général de l’Ordre des Franciscains, pour la fête du pardon, le 2 août, à la basilique Notre Dame des Anges – la Portioncule. Texte toujours d’actualité.
Comme elle est un peu longue, nous la publierons en deux parties.
Bonne lecture, et peut-être bonne méditation.


PS : Les chiffres donnés datent du début août. Ils ont fait un bond faramineux depuis.

Comme membres d’une fraternité cosmique toutes les créatures partagent la même vocation et dignité donnée par Dieu – Homélie du Ministre Général pour la fête du Pardon d’Assise

Loué sois-tu mon Seigneur avec toutes tes créatures
Spécialement Messire le Frère soleil, …par sœur Lune et les étoiles
Loué sois-tu, mon Seigneur, par frère vent…
Et par l’air et le nuage et le ciel serein et tout temps, par sœur eau, par frère feu,
Par notre sœur Mère terre qui nous soutient et nous gouverne.
Loué sois-tu mon Seigneur par ceux qui pardonnent par ton amour et soutiennent maladies et tribulations.

L’année 2020 sera rappelée comme une année de grande maladie et tribulation dans le monde. Chaque communauté humaine sur cette petite planète Terre a été touchée d’une manière ou d’une autre par la pandémie SARS-CoV-2. Actuellement plus de 650 mille personnes sont mortes dans le monde, dont 35 mille en Italie. Plus de 17 millions de personnes se sont révélées positives au virus, mais les scientifiques nous disent qu’il ne s’agit probablement que d’une petite partie du total des contaminés. La vie sociale, culturelle, économique et spirituelle des gens – notre vie – a été partout profondément bouleversée. Beaucoup ont ressenti de graves altérations psychologiques qui en ont porté certains à abandonner l’espérance et à se suicider. Encore plus préoccupant, nous n’avons pas idée de comment évoluera le virus et cela crée une profonde incertitude pour l’avenir.

Ces conséquences sont justement trop réelles pour nous tous qui sommes ici réunis aujourd’hui pour célébrer la fête du Pardon d’Assise. Nous nous couvrons le visage avec les masques, nous maintenons la distance sociale l’un de l’autre, nous cheminons dans la crainte de l’ennemi invisible : cette année nous constatons aussi que dans cet espace sacré se réunissent moins de pèlerins que ceux qui d’une année à l’autre se rendent ici pour célébrer la fête du Pardon d’Assise: la « Marche franciscaine » annuelle qui devait fêter son quarantième anniversaire, devra se renvoyer à une autre date.

Le nouveau Coronavirus a aussi ouvert les yeux de nombreuses personnes – et j’espère qu’il a aussi ouvert les yeux de nous tous ici réunis pour la prière – aux profondes blessures sociales et écologiques présentes de longue date dans la plupart, sinon dans toutes les sociétés. Ces blessures, symbole d’un grave péché social et institutionnel, dans un passé récent, ont peu attiré l’attention parmi ceux qui font partie des classes majoritaires ou « privilégiées ». Ce n’est pas le cas de ceux qui sont repris parmi les « minorités » qui ont vécu quotidiennement de graves infirmités sociales et tribulations durant une grande part de leur vie. Cela a été démontré plus clairement par l’homicide cruel de Georges Floyd, un homme de couleur innocent de Minneapolis dans le Minnesota, aux USA, suffoqué par la police, malgré sa demande de pitié, d’oxygène – huit minutes et quarante-six secondes – « Je n’arrive plus à respirer », aucune pitié ne s’est montrée de la part de ceux à qui on a confié de sauver des vies humaines. Mais la situation difficile de George Floyd, son homicide ne se limite pas seulement aux États Unis. C’est l’expérience de tant d’individus dans le monde entier – en Angleterre, France, Italie, Inde, Afrique du Sud, Brésil pour nommer seulement quelques lieux- systématiquement exclus qui, réduits à une vie de pauvreté, ne « peuvent pas respirer » à cause de la couleur de leur peau, de la classe sociale qui leur est assignée, à cause de leurs convictions religieuses ou de leur orientation sexuelle. L’expérience de la souffrance et des tribulations dont parle Saint François n’est pas une expérience seulement vécue au niveau personnel. L’intuition personnelle de Saint François, son cri de miséricorde, de pardon et de réconciliation a aussi une dimension sociale qui si elle s’embrasse par la suite, produira en chacun de nous une profonde conversion. Cette conversion donnera des fruits de vie authentique, juste et pleine de joie à nous qui sommes disciples et missionnaires avec le Christ, avec Marie et avec Saint François.

La nouvelle pandémie de Coronavirus nous offre la possibilité d’analyser un autre élément profondément préoccupant qui produit de la souffrance et des tribulations de plus en plus grandes pour l’immense majorité des habitants du monde. Je veux parler de la profonde différence socio-économique qui augmente. Ceux qui contrôlent les forces de production et distribution économique – les multinationales (Apple, Amazon, Facebook et Google)- en ces temps incertains de la pandémie, tandis que les pauvres, les exclus, les personnes de couleur deviennent plus pauvres, marginalisées, poussées à la limite de la survie, elles aussi à un rythme alarmant. Ce sont eux qui affrontent les plus grands risques et supportent les pires conséquences de la pandémie car ils n’ont rien sur quoi compter, comme réserves, comme ressources sociales significatives. En même temps, nous assistons aussi à une aggravation de la crise du milieu, à l’implacable destruction du milieu naturel – les forêts pluviales ; les océans, les fleuves, l’atmosphère qui fournit l’oxygène à nos poumons ; la fonte des deux pôles et une augmentation alarmante du niveau de la mer qui à son tour, contraignent surtout les pauvres à abandonner leurs maisons et à devenir « des réfugiés de l’environnement ». Toutes ces inégalités sociales destructrices et les abus envers la nature créent les conditions favorables où des agents pathogènes mortels, précédemment tenus sous contrôle dans des milieux naturels protégés, peuvent passer rapidement de l’animal à la communauté humaine, apportant des dangers et des souffrances imprévues. La pandémie de la SARS Cov-2 nous a permis, peut-être pour la première fois de notre vie, de reconnaître la nature profonde de l’interconnexion de tous les êtres vivants et le besoin pour nous de nous repentir et de changer nos vies.

Comment vivrons-nous cette rentrée ?

La rentrée est habituellement un temps propice aux projets de toutes sortes. Après des vacances sous le signe du repos et de la détente, nous sommes bien souvent animés d’un nouvel élan et plus ouverts au changement, autrement dit à la vie. Mais cette rentrée 2020 ne ressemble à aucune autre… Si nous avions cru que la pandémie disparaîtrait avec l’été, il n’en est rien, et les discours les plus alarmistes nous obligent à repenser la reprise de notre travail ou de nos activités. La tentation est grande de renoncer à nos projets et de nous replier sur nous-mêmes, de nous « reconfiner » sans en attendre l’injonction. Et si nous leur faisons la part belle, la peur et la méfiance peuvent nous conduire à tourner le dos à la vie.

Laïcs franciscains, nous sommes invités à vivre l’Évangile à la manière de François en suivant, comme lui, les traces de notre Seigneur qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Notre foi est un long cheminement, qui s’avère parfois laborieux ou nécessite des haltes, mais elle se vit dans le mouvement, dans la rencontre, jamais dans l’enfermement… Chacun de nous est ce jeune homme riche auquel le Christ adresse ces mots : « viens, suis-moi ». Mais pour marcher à la suite du Ressuscité, il nous faut d’abord nous défaire de tout ce qui nous encombre : nos faiblesses et nos doutes, notre instinct de pouvoir, de possession, des biens comme des personnes, nos difficultés à pardonner et à vivre la miséricorde, nos peurs et notre manque de confiance. Ainsi suivre les traces de notre Seigneur Jésus-Christ suppose que nous soyons capables d’accueillir sans cesse sa grâce inépuisable et d’y répondre en nous laissant travailler par son Esprit.
François, à la fin de sa vie, « était loin de se croire arrivé, mais, tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté, il gardait toujours l’espoir de commencer. » C’est pourquoi il disait à ses frères : « Commençons, mes frères, à servir le Seigneur Dieu, car c’est à peine si nous avons jusqu’alors accompli quelque progrès ! » (1 C 103)
François ne dit pas « recommençons » ou « continuons », mais « commençons »…car c’est chaque jour qu’il faut se laisser convertir, et par conséquent prendre le risque d’être confronté à la nouveauté des situations et des personnes rencontrées en cherchant toujours à les recevoir humblement dans la joie et dans la paix. Oser la nouveauté, oser la confiance…commencer… « François est l’homme délivré de la peur. Il a plongé ses racines ailleurs. Il ne se construit pas tout seul. Il se reçoit du Père. Il n’a plus de biens à défendre, mais des cadeaux de vie à partager. Il est fraternel, parce qu’il a remplacé la jalousie, l’envie, la cupidité par un regard émerveillé. Ce qu’il y a de vrai, de beau et de bien, dans ce que tout homme fait et dit, devient un don de Dieu, un reflet de Dieu, une Parole de Dieu au sens large. » (M. Hubaut, « Chemins d’intériorité avec saint François »)
Par nous-mêmes, nous ne sommes rien si nous ne laissons pas agir en nous l’Esprit du Seigneur ; ainsi renouvelés et vivifiés nous pouvons alors accepter nos pauvretés et nous reconnaître totalement dépendants de l’amour et de la prodigalité du Père, source de tout bien. Nul besoin alors d’accumuler des trésors devenus inutiles, de vouloir prouver sa valeur ou de s’acharner à maîtriser les événements. Dépassées, également, la peur et la méfiance qui paralysent ou qui mettent en échec la rencontre de l’autre en vérité. Tout devient possible, tout peut réellement commencer.
Quand François se décrit comme « homme fragile et méprisable », « homme inutile et indigne créature » (Lord 3 ; 47), ce n’est pas un effet de style mais la conscience aiguë que par lui-même il n’est rien mais qu’il reçoit tout et se reçoit du Seigneur. C’est le résultat d’un long chemin de conversion car, nous dit Celano, il était « tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté ».

Cette rentrée, inquiétante, certes, tâchons de l’aborder plus sereinement en nous mettant à l’école de François : accueillir chaque jour ce qui nous sera donné, avec confiance, dans la joie et, pourquoi pas, l’émerveillement. Retournons à la vie et « commençons à servir le Seigneur Dieu ».

« Dieu tout-puissant, juste et miséricordieux, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux et de vouloir toujours ce qui te plaît, afin qu’intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés par le feu de l’Esprit Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils Bien-Aimé, et, par ta seule grâce, parvenir jusqu’à toi, Très-Haut, qui vis et règnes, glorieux, en Trinité parfaite et simple Unité, Dieu tout-puissant, dans tous les siècles des siècles. » (LOrd 50-52)

P. Clamens-Zalay

L’AVEUGLE-NÉ (Chap 9, 1-41)

Préliminaires

  1. Nous sommes toujours à Jérusalem, lors de la fête des Tentes. Celle-ci évoquant la double expérience miraculeuse du désert, l’eau et la nuée lumineuse, Jésus s’est proclamé solennellement « la source d’eau vive » et « la lumière du monde ».
    Or, il va confirmer cela par un miracle qui illustre cette double réalité : la guérison d’un aveugle par le bain dans une piscine, autrement dit la lumière grâce à l’eau. Comme toujours, chez Jean, le miracle est donc un signe, il a une signification symbolique.
  2. Jean utilise le procédé littéraire de l’INCLUSION, c’est-à-dire une même phrase ou idée au début et à la fin de la péricope, ou l’épisode. Ici, en 2-3 et 41 une phrase fait allusion au ‘péché’ 2-3 : « … Rabbi, qui a péché…. Ni lui ni ses parents n’ont péché… » 41 : « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché ; mais vous dites : ‘Nous voyons !’ Votre péché demeure. »
  3. L’objet de cette narration johannique n’est pas tant de raconter le miracle en lui-même (en deux lignes tout est dit), mais bien plutôt de rapporter l’effet du miracle sur les hommes.
    Tout le sens de ce passage est alors dans le parallèle antithétique, l’opposition symétrique, entre l’aveugle qui vient à la lumière (physique … puis spirituelle) et les « Juifs » qui s’enfoncent dans la cécité.
    La pointe, donc, de ce récit se trouve dans le verset 39 : « Je suis venu pour un jugement (pour un test révélateur, qui manifeste un partage entre les personnes), afin que voient ceux qui sont aveugles et que deviennent aveugles ceux qui voient ».
  4. Une scène à trois personnages :
    d’abord un procès fait à Jésus par personne interposée, l’aveugle
    puis un renversement de situation : les accusateurs deviennent accusés.
  5. Pour Jean, ce qui arrive à l’aveugle-né préfigure ce qui arrivera bientôt aux communautés chrétiennes primitives : des juifs deviendront chrétiens et seront exclus de la synagogue.

La maladie… un châtiment ?

• Du temps de Jésus, la maladie et le handicap étaient considérés comme la conséquence du péché. Celui-ci était donc dans le passé des personnes : soit des parents, soit des bébés dans le sein de leur mère. (v. 2-3)
• Jésus va contre cette conception des choses : pour lui le péché est dans le présent des personnes, dans leur endurcissement et leur fermeture à la lumière.
• Mais alors, comment rendre compte de l’infirmité ?
Elle n’est pas un châtiment, répond Jésus. Il ne donne pas de raison au mal. Mais par contre, il affirme que, par sa main, Dieu va produire une action éclatante sur cette infirmité : « c’est pour qu’en lui se manifestent les œuvres de Dieu » (v. 3b).
• Ces « œuvres de Dieu », c’est précisément ces actions éclatantes, ces signes, qu’il opère à travers la personne du Fils. Si bien qu’en Jésus on peut voir Dieu à l’œuvre (5, 17).

Prière de septembre

PARCE QUE TU ES AMOUR

Parce que tu es Amour, Tu es là, ici et maintenant,
Ton visage est Lumière sur notre route.
Ouvre nos yeux au-delà du visible
Lorsque nous contemplons la beauté de la nature.
Apprends-nous, dans le regard de joie ou de tristesse de nos frères,
A voir ton visage de tendresse.
Donne-nous d’écouter et d’habiter ta Parole
Comme un appel à te suivre.
Envoie-nous ton Esprit pour que nous puissions l’accueillir
Chaque instant de notre vie.
Et quand nous ne voyons rien, n’entendons rien,
Donne-nous la grâce de croire que Tu es là,
Encore et toujours, ici et maintenant.

ÉVÉNEMENTS en oct/nov

La formation «En chemin trinitaire avec St François»
en région parisienne

14 et 15 novembre 2020 et 9 et 10 janvier 2021 (arrivée le vendredi soir) à la Clarté –Dieu à Orsay

Après le succès de ce parcours dans différentes régions de France, la formation «En chemin» va être proposée une dernière fois en Ile de France pour donner à tous ceux qui n’ont pas encore pu y participer une dernière possibilité de le faire.

L’objectif de cette formation est de permettre aux participants d’acquérir une intelligence de leur expérience spirituelle – chrétienne et franciscaine – et de pouvoir en rendre compte, ce qui permet de donner un ancrage solide à la vie fraternelle et de proposer à d’autres ce chemin franciscain. Pour pouvoir transmettre le flambeau, il faut qu’il ne s’éteigne pas.

Pensez à vous inscrire à temps à l’adresse suivante (le nombre de places est limité) : formationenchemin@gmail.com

8ème CENTENAIRE
de la fondation des clarisses à Reims

Pour vous renseigner sur les événements de l’année jubilaire : C’est ici

✨A découvrir du 05 au 30 octobre 2020✨
Exposition Sœurs pauvres, 1220 – 2020
Huit siècles de vie clarisse à Reims
Pour en savoir +

Pensez à vous informer sur les interventions de Franciscans international à l’ONU

« Franciscans International » est une organisation non- gouvernementale (ONG) dotée du statut consultatif (catégorie générale) auprès de l’ONU. Elle est le porte-parole de la Famille Franciscaine dans le monde entier. Sous l’égide de la Conférence de la Famille Franciscaine(CFF), elle est au service des sœurs et des frères et étend son engagement à toute la communauté humaine en intégrant les valeurs spirituelles, éthiques et franciscaines aux forums et programmes des Nations Unies. »

Pour une visite de leur site : C’est ici

Un livre, un film

Pacifique
Stéphanie Hochet

Stéphanie Hochet, Pacifique,
Paris, Rivages, 2020,
142 pages. 16€.

Il est toujours intellectuellement intéressant d’appréhender certaines périodes de l’histoire sous le regard d’une culture autre que la nôtre. Ainsi, avec nos yeux d’Européens ; comment comprendre le sacrifice de tant de jeunes Japonais ; certains d’offrir leur vie pour sauver le Japon d’une inéluctable défaite ? Le bushido (La voie du guerrier), ce code d’honneur remontant au XIIème siècle et la conviction d’être le vent divin (Kamikaze)(1) qui souffla le 13 août 1281 pour balayer l’armada forte de 4 200 navires et 140 000 hommes du grand khan Kubilaï.
Des volontaires étaient préparés à une unique mission aux commandes d’appareils vétustes ou de Yokosuka MXY-7 Ohka « fleur de cerisier ». Le commandement militaire avait même mis au point le Nakajima Ki-115 Tsurugi, surnommé Tōka, « Fleur de Wistéria » qui n’eut pas le temps d’être utilisé.
L’enfance de Ikao Kaneda est celle d’un jeune Japonais accompagné par une grand-mère issue d’une famille de samouraïs, avec le glorieux souvenir d’un arrière grand-père héroïque, emporté dans la guerre russo-japonaise du début du siècle. Pourtant, un précepteur lui fait découvrir la culture occidentale. Cultivé, baigné de lettres antiques, curieux, Ikao accepte de mourir; c’est là son destin. Pourtant, le doute s’empare de son esprit. Le culte de l’héroïsme cultivé depuis son plus âge, l’obéissance aveugle et la fidélité à l’Empereur doivent le conduire au sacrifice ultime. N’est-ce pas Kosugi, le marginal qui trouve enfin un but à son existence qui a raison ? Mais comment imaginer sa propre mort ? « Il ne me reste que deux jours à vivre. Les douleurs intestinales commencent. A l’époque de ma grand-mère, on appelait cela les herbes de lâcheté » Faut-il privilégier devoir et honneur ?(2) Le « jibaku »(3) est-il l’aboutissement ? Le fils aîné des Kaneda va disparaître ; est-ce légitime ? L’histoire de sa courte vie se glisse au fil des chapitres, semant les racines du doute qui l’étreint. On perçoit un garçon fragile, qui pleure et n’a de relation « intime » qu’avec son doux lapin. Il peut enfin plonger dans cet univers auquel il aspire à appartenir.

Las ! Le carburant manque et Kaneda s’écrase sur une île qui paraît coupée du monde, au mode de vie simple qui semble inspirée par La Balade de Narayama(4) . Et si son destin n’était pas celui du sacrifice ultime ? L’île paradisiaque, la rencontre avec Izumi, l’espoir d’un monde meilleur s’évanouissent face à la réalité de la nature humaine, à la défaite, à l’ère atomique. Ikao demeure sur l’île et disparaît ainsi. Il y a du Yukio Mishima(5) dans Ikao mais la fin n’est pas la même et il atteint son satori, son être véritable.

Beaucoup de ces jeunes n’étaient pas volontaires mais contraints par leur éducation et le poids des traditions d’un monde insulaire replié sur lui-même depuis le XIII°siècle. Les kamikazes participaient à une courte cérémonie durant laquelle leur était offert un verre de saké, nouaient leur hachimaki(6) puis s’envolaient pour leur première et ultime mission.

C’est un roman « japonais » au style ciselé, avec cet univers qui nous échappe : la rigueur de l’héritage médiéval, le respect de la nature, le Nô, les haïkus et le Kendo.
Très documentée, sans doute imprégnée de mentalité japonaise, Stéphanie Hochet offre un ouvrage remarquable, une expérience déstabilisante pour le lecteur qui plonge dans ce qui est pour lui un monde inconnu presque onirique.

ÉRIK LAMBERT

(1) Mot japonais (composé de kami « seigneur, dieu » (v. kami) et de kaze « vent ») désignant à l’origine deux tempêtes qui, en 1274 et 1281, détruisirent la flotte d’invasion des Mongols.
(2) Page 31.
(3) Suicide en se jetant sur un bateau,
(4) Ouvrage de Schichiro Fukazawa et film de 1983 de Shohei Imamura.
(5) Il serait intéressant de lire : Y. Mishima, La Mer de la fertilité.
(6) Bandeau que les Japonais mettent autour de leur tête pour éponger la sueur, comme symbole de détermination, de courage ou de travail pénible qui fait transpirer.


Effacer l‘historique
Gustave Kervern et Benoît Delépine

Neuvième film de Gustave Kervern et Benoît Delépine, Effacer l’historique met en scène trois amis, trois voisins d’un lotissement perdu au fond d’une plaine agricole des Hauts-de-France. Ils se sont rencontrés sur le rond-point occupé naguère avec les gilets jaunes dont ils gardent la nostalgie. Leur contact avec le monde se résume peu ou prou à une addiction partagée aux « réseaux sociaux » et à leurs corollaires consuméristes regroupés dans les GAFAM (acronyme des géants d’Internet) dont le film se présente comme la critique.

Son point fort est le talent et la complicité des acteurs. Denis Podalydès apporte sa sensibilité lunaire, Blanche Gardin son naturel séduisant et Corinne Masiero son abattage unique. Mais le choix de les faire vivre hors de tout contexte crédible provoque vite un manque de « profondeur de champ » dommageable à ce qui semblait une bonne intention. Les personnages apparaissent comme des Pieds Nickelés 2.0 lâchés dans un monde irréel, caricatures de « losers magnifiques » (dixit Kervern lui-même) sans véritable identité à laquelle on s’attacherait ; la mince trame scénaristique peine à justifier ce qui tourne à l’enchaînement de situations comiques sans vraie tension dramatique ; et finalement, la critique des GAFAM, annoncée et attendue, ne reste que très superficiellement effleurée. Il est révélateur à ce propos que ces géants américains ne soient jamais nommés, sans doute pour éviter aux producteurs du film de se trouver attaqués par des armées d’avocats. Ça n’arrivera pas avec les petites gens représentés — moqués ? — par le film. Mais la cible populaire pourrait ne pas s’y reconnaître ; en tout cas Effacer l’historique ne lui proposera ni alternative ni valeur d’alerte contre le mercantilisme destructeur des GAFAM.

La qualité des acteurs sauve tout juste l’opus de l’ennui car ils réussissent l’exploit de donner chair et relief à leurs personnages. Même si l’on rit parfois de bon cœur, grâce à eux, on ressort du cinéma avec une impression confuse de tristesse improductive. Et plus tard, on repense aux Temps modernes, à Miracle à Milan, à Invisibles ou à tant d’autres œuvres par lesquelles des cinéastes ont su dépeindre la misère de leur temps. Leur humour était profond, tendre et subversif, parce qu’il était empreint de conscience du monde, de poésie, de solidarité et de vérité humaines. Mais c’étaient des artistes.

Jean Chavot

Salomon, ou « celui qui apporte la paix »

Le 25 août dernier nous avons célébré un double anniversaire : celui de la Libération de Paris, il y a 76 ans et celui de la mort de Louis IX — Saint Louis — il y a 750 ans, dont le règne commença en 1226, la même année que mourut François d’Assise. Les deux événements, la révolte victorieuse du peuple de Paris contre l’oppresseur nazi et l’entrée dans la Vie d’un saint homme à l’issue d’un règne des plus inspirés, ont en commun de ponctuer la recherche de la paix et du bien, si chers à François, à tout franciscain, à tout chrétien et à l’immense majorité de l’humanité. Mais cette paix et ce bien ne s’instaurent pas sans combats contre le mal, même pour Louis IX dont certaines des entreprises pourraient par ailleurs être discutables (l’Inquisition, Quéribus, la rouelle, les croisades) mais qui reste légitimement l’icône de la justice dans notre Histoire nationale.

Le rapprochement de ces deux événements au hasard d’une date évoque la dialectique complexe entre l’amour de la paix et son prix qui est de devoir combattre pour elle. Cette apparente contradiction est extrêmement difficile à résoudre, notamment pour un chrétien. Qu’est-ce qui peut déterminer celui-ci à s’engager ou non, et sous quelles formes, dans le combat pour la paix et le bien, sinon la vertu de justice, éclairée par la foi, l’espérance et la charité ? Car une paix instaurée par un ordre injuste ne peut trouver grâce à ses yeux, mais il ne peut souhaiter le désordre et la violence qui le renverseraient, pas plus qu’il ne peut se permettre de laisser libre cours à l’injustice : une telle passivité serait une terrible sorte de péché par omission.

En effet, notre monde d’aujourd’hui est dominé par une injustice sur laquelle fermer les yeux relève d’un aveuglement complice, si ce n’est coupable : injustice de l’homme envers lui-même, économique, sociale, géographique, « raciale », injustice de l’homme envers la création avec la surexploitation de ses ressources et l’utilisation de la technique dans une tentative inconsidérée de la dominer, et enfin injustice envers Dieu, avec l’ignorance, la contestation, le refus, et même le mépris des vertus sur lesquelles s’est fondée la civilisation au cours des âges, pourtant indispensables à l’établissement de tout contrat social pérenne. Sans ces vertus, la seule loi qui régisse la collectivité est celle du narcissisme morbide qui commande à la répartition de la misère et du consumérisme. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de constater que la généralité des dirigeants économiques et politiques actuels, dont les ambitions et la pratique sont largement inspirées par ce narcissisme morbide, se montre extrêmement éloignée de la bienveillance éclairée d’un Louis IX. Ou, comme image même de la justice, de celle d’un roi Salomon qui ne demande qu’un cœur attentif pour qu’il sache gouverner le peuple de Dieu et discerner le bien et le mal, et à qui Dieu offre à cette fin le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, et ce cœur intelligent et sage dont il fait tout de suite usage dans son célèbre jugement (Livre des Rois).

Il est probable, pour ne pas dire inévitable, que le monde de demain matin soit secoué de mouvements, voire de convulsions, tant les injustices se creusent et les tensions s’avivent de jour en jour. Il deviendra essentiel pour chaque chrétien, même s’il n’est pas roi, de demander à Dieu les mêmes grâces que Salomon, afin de rechercher son juste engagement pour la paix et le bien. Et plus particulièrement pour un franciscain, de s’interroger en âme et conscience : peut-on aimer la pauvreté sans aimer les pauvres ?

Jean Chavot