L’AVEUGLE-NÉ (Chap 9, 1-41)

Préliminaires

  1. Nous sommes toujours à Jérusalem, lors de la fête des Tentes. Celle-ci évoquant la double expérience miraculeuse du désert, l’eau et la nuée lumineuse, Jésus s’est proclamé solennellement « la source d’eau vive » et « la lumière du monde ».
    Or, il va confirmer cela par un miracle qui illustre cette double réalité : la guérison d’un aveugle par le bain dans une piscine, autrement dit la lumière grâce à l’eau. Comme toujours, chez Jean, le miracle est donc un signe, il a une signification symbolique.
  2. Jean utilise le procédé littéraire de l’INCLUSION, c’est-à-dire une même phrase ou idée au début et à la fin de la péricope, ou l’épisode. Ici, en 2-3 et 41 une phrase fait allusion au ‘péché’ 2-3 : « … Rabbi, qui a péché…. Ni lui ni ses parents n’ont péché… » 41 : « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché ; mais vous dites : ‘Nous voyons !’ Votre péché demeure. »
  3. L’objet de cette narration johannique n’est pas tant de raconter le miracle en lui-même (en deux lignes tout est dit), mais bien plutôt de rapporter l’effet du miracle sur les hommes.
    Tout le sens de ce passage est alors dans le parallèle antithétique, l’opposition symétrique, entre l’aveugle qui vient à la lumière (physique … puis spirituelle) et les « Juifs » qui s’enfoncent dans la cécité.
    La pointe, donc, de ce récit se trouve dans le verset 39 : « Je suis venu pour un jugement (pour un test révélateur, qui manifeste un partage entre les personnes), afin que voient ceux qui sont aveugles et que deviennent aveugles ceux qui voient ».
  4. Une scène à trois personnages :
    d’abord un procès fait à Jésus par personne interposée, l’aveugle
    puis un renversement de situation : les accusateurs deviennent accusés.
  5. Pour Jean, ce qui arrive à l’aveugle-né préfigure ce qui arrivera bientôt aux communautés chrétiennes primitives : des juifs deviendront chrétiens et seront exclus de la synagogue.

La maladie… un châtiment ?

• Du temps de Jésus, la maladie et le handicap étaient considérés comme la conséquence du péché. Celui-ci était donc dans le passé des personnes : soit des parents, soit des bébés dans le sein de leur mère. (v. 2-3)
• Jésus va contre cette conception des choses : pour lui le péché est dans le présent des personnes, dans leur endurcissement et leur fermeture à la lumière.
• Mais alors, comment rendre compte de l’infirmité ?
Elle n’est pas un châtiment, répond Jésus. Il ne donne pas de raison au mal. Mais par contre, il affirme que, par sa main, Dieu va produire une action éclatante sur cette infirmité : « c’est pour qu’en lui se manifestent les œuvres de Dieu » (v. 3b).
• Ces « œuvres de Dieu », c’est précisément ces actions éclatantes, ces signes, qu’il opère à travers la personne du Fils. Si bien qu’en Jésus on peut voir Dieu à l’œuvre (5, 17).