Corentin Cloarec, Un franciscain en résistance.

1. Une jeunesse bretonne à l’aube du siècle des totalitarismes. 

En ces temps de campagnes électorales, l’Histoire est invitée par ceux qui exploitent les peurs, les rancœurs et l’ignorance pour servir leur logorrhée ; celle d’une France malade d’un passé qu’elle ne parvient pas à assumer. Or, les témoins disparaissent comme le déplorait récemment du haut de ses 99 ans Pierre Rolinet[1], ancien déporté au Struthof. Cette conjoncture encourage les « assassins de la mémoire », comme les qualifiait l’historien Pierre Vidal-Naquet[2], à revisiter l’Histoire à l’aune de falsifications et de mensonges. Invitant le roman national, conviant la nostalgie d’un passé imaginé bien meilleur qu’un présent honni, sollicitant avec une faconde confondante le général de Gaulle[3], ils manipulent sans vergogne l’Histoire, faisant de la France de Vichy un parangon de vertu, un rempart protecteur des israélites durant les années sombres.  

Ils furent pourtant un certain nombre en ces temps obscurs, à se lever pour dire « non » à la collaboration engagée par le Maréchal Pétain, collaboration assumée et scellée dès le 24 octobre 1940 lors de l’entrevue de Montoire[4].

Parmi ces femmes et ces hommes de l’ombre dont certaines rues portent, dans l’indifférence voire l’oubli, les noms : Corentin Cloarec[5].Nul doute que son patronyme, comme son prénom de religieux, fleurent la Bretagne. Jean-Marie est né le 31 mars 1894 au sein d’une famille de cultivateurs dans un petit village du pays de Léon ; un coin de France où le breton constituait la langue des échanges mais aussi celle d’une certaine résistance à la culture française. À partir de 1870, la République d’alors dut lutter pour s’imposer en un pays majoritairement monarchiste[6]. Le Léon dans lequel naquit le futur religieux, était sans conteste une terre propice aux vocations sacerdotales. Les « Léonards[7] » fournirent nombre de prêtres et de missionnaires à l’Église ! C’est au collège de Saint-Pol-de-Léon[8] qu’il fit ses études secondaires puis il entra au grand séminaire de Quimper en octobre 1913. Son parcours le mit au contact des grandes crises de l’époque liées aux incertitudes institutionnelles, à la loi de séparation comme à la naissance du catholicisme social. Après une année au séminaire, il vécut l’expérience traumatisante de la guerre en 1914. Pour nombre de religieux, ce fut, comme l’écrivit Teilhard de Chardin, un « baptême dans le réel »[9]. Les Bretons payèrent un lourd tribut à la Grande Guerre d’autant que le conflit accéléra la fin des terroirs[10] d’une France très en retard dans ses évolutions sociétales par rapport à ses voisins d’Europe occidentale. En effet, entre 120 et 150 000 Bretons perdirent la vie accélérant l’intégration de la Bretagne à la communauté nationale. Les séminaristes ne bénéficiaient pas d’un régime de faveur depuis la loi dite « des curés sac au dos » du 15 juillet 1889[11]. Aussi, nombre d’entre eux furent tués sur le front alors que d’autres ne poursuivirent pas leur parcours sacerdotal ou, traumatisés, rejoignirent le clergé régulier. Caporal mitrailleur, Corentin[12] fut blessé en septembre 1915 sur le front de Champagne. Revenu au combat, il fut fait prisonnier à Verdun au printemps 1916 et interné plus de deux années dans l’Oflag de Rennbahn en Rhénanie du Nord. En juin 1916, les Allemands ouvrirent un « camp-séminaire » auquel fut affecté le Breton. Il côtoya plusieurs frères franciscains qui exercèrent une influence majeure sur ses futurs engagements. Par ailleurs, si ses années de captivité ne le conduisirent pas à abandonner le chemin vers la prêtrise, elles influèrent sur la suite de son parcours sacerdotal. Son souci des prisonniers, son attachement à Sainte Thérèse de Lisieux, marquèrent ses années en religion. Entré au séminaire de Quimper à l’issue des hostilités, il rejoignit le noviciat franciscain d’Amiens le 8 septembre 1921 ; il avait 27 ans. Une nouvelle étape de sa vie commençait.


[1]« Nos témoignages s’estompent alors que nos sociétés démocratiques sont chahutées. Les partis de l’ombre progressent, il faut réfléchir quand on vote et ne jamais écouter les discours de haine. » 
https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/24/le-struthof-camp-de-concentration-passe-sous-les-radars-de-l-histoire_6103351_3224.html

[2] Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, éditions de la découverte. 

[3] Pourtant le général de Gaulle encourageait à regarder vers le temps présent voire l’avenir. Intervention télévisée du 14 juin 1960. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00012400/charles-de-gaulle-la-douceur-des-lampes-a-huile

[4] https://www.herodote.net/24_octobre_1940-evenement-19401024.php https://www.youtube.com/watch?v=3owdpnCeFmc

[5] Une rue porte son nom à Paris dans le XIV° arrondissement. (Rue du Père-Corentin)

[6] Le 30 janvier 1875, au Palais-Bourbon, un amendement institue la République à une voix de majorité. Après la défaite de 1870 et la chute de l’empereur Napoléon III, les élections ont porté à l’assemblée une majorité monarchiste. Toutefois, le fils du duc de Berry, le comte de Chambord refusait le drapeau tricolore. L’assemblée constituante attribua à l’Orléaniste Louis-Adolphe Thiers le titre de président de la République. Puis, lui succéda le légitimiste maréchal de Mac-Mahon, Les tentatives de restauration échouèrent suite à l’intransigeance du comte de Chambord. Le 30 janvier, Henri-Alexandre Wallon, un député de centre gauche déposa un amendement : « Le président de la République est élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible ». Le texte fut voté par 353 voix pour et 352 voix contre. La République, la fonction présidentielle et le septennat entrèrent dans les lois constitutionnelles françaises. La monarchie laissa ainsi passer son ultime chance.

[7] Nom donné aux habitants du pays de Léon. (Finistère Nord)

[8] Le collège existe toujours collège du Kreisker, à côté https://www.lekreisker.fr/ à côté d’une chapelle : https://www.roscoff-tourisme.com/fr/fiche/patrimoine-culturel/chapelle-notre-dame-du-kreisker-saint-pol-de-leon_TFOPCUBRE029FS0003E/

[9] « Ce qui m’a déconcerté, à Verdun, c’est la vision concrète et prochaine de la destruction possible. J’ai senti, palpé, ce que c’est que se perdre, et d’avoir à renoncer à tous les espoirs nourris, à tous les cadres aimés. », in Journal, 30 juin 1916. 

[10] On se reportera par exemple à E.Weber, La Fin des terroirs, La modernisation de la France rurale (1870-1914) paru chez fayard en 1983.

[11] La loi du 15 juillet 1889 ramène le temps sous les drapeaux à trois ans, en supprimant les exemptions pour les ecclésiastiques et les enseignants qui sont désormais tenus à un an de service (loi des « curés sac au dos »). La loi de 1895 va imposer un service d’un an aux dispensés pour raisons familiales. Enfin la loi du 21 mars 1905 établit le service universel et égalitaire pour tous d’une durée de deux ans. Le tirage au sort est enfin supprimé. La loi du 19 juillet 1913 rétablit le service de trois ans pour des questions de rééquilibrage avec l’armée allemande, qui vient d’augmenter sensiblement ses effectifs.

[12] Son nom de religieux.

Vacances insoupçonnées à Notre-Dame de Reinacker !

Couvent de Notre-Dame de Reinacker
Lieu-dit Reinacker
67440 REUTENBOURG
tél : +33 3 88 03 23 26

Tous les deux ans depuis sa fondation, notre fraternité du « Petit Prince » choisit de partir en vacances pour vivre une semaine, ensemble, dans un cadre détendu et si possible spirituel, qui nous sorte du quotidien et nous permette de nous retrouver et d’approfondir nos échanges dans une ambiance sereine et baignée de nature !
En cette année où la pandémie commence à régresser, nous avions soif de partir et nous avons eu le privilège de nous évader la première semaine de septembre.


Presque par hasard, l’idée de notre assistant capucin, le frère Gilles Rivière, qui connaissait ce lieu, nous amena à séjourner en Alsace, non loin de Strasbourg, à 9 kms de Saverne, chez les Petites Sœurs de saint François d’Assise au « Foyer Notre-Dame de Reinacker ».
Si vous cherchez un hâvre de paix, où l’on vous accueille chaleureusement, « comme en famille », où vous trouverez toutes les commodités d’un séjour agréable, dans un cadre de prière et de calme et un site exceptionnel de campagne, n’hésitez pas : votre trésor est là !
Nous étions onze (neuf laïcs et deux frères capucin et franciscain) accueillis merveilleusement par une communauté de onze religieuses, à l’esprit ouvert et joyeux, où chacune se rend toujours disponible, d’une écoute bienveillante et en recherche constante d’une présence fraternelle à tous (alors qu’elles préparaient leur chapître général qui se déroulait juste après notre séjour dans ces lieux!).
Notre arrivée coïncida avec le début du « Mois de la Création », organisé par cette communauté, en lien avec les orthodoxes et célébré chaque week-end de septembre jusqu’à la saint François. Une belle prise de conscience de la nécessité de la Sauvegarde de la Création selon l’esprit de « Laudato Si » de notre Pape François !
Nous avons d’ailleurs apprécié d’être associés largement aux rencontres des 150 laïcs présents à cette occasion (concert de flûtes par le Quatuortensia le samedi soir, messe festive en plein air le dimanche présidée par Mgr Kratz, évêque auxiliaire de Strasbourg, ateliers et exposition d’oeuvres d’artistes, apéritif-rencontres…)

Puis, chaque jour de notre semaine se déroula selon un programme bien établi :

Le matin

Après l’office de laudes pour certains et la prière ensemble, nous avions convenu que chacun pourrait, seul ou en couple, présenter au groupe, entre 9h et midi, un thème qui lui tenait particulièrement à coeur : ce fut une surprise pour chaque matinée et l’occasion de nous découvrir mutuellement un peu mieux à travers nos choix.

• La première se lança sur ce magnifique thème de « la Joie », meilleur remède au pessimisme ambiant dans la période que nous traversons. Elle nous tint en haleine avec son texte « être joyeux », jaillissant de propositions concrètes et profondes, nous faisant deviner jusqu’au bout quel auteur avait bien pu être si intelligemment créatif dans un domaine que peu de gens lui aurait attribué : mais oui, Jacques Attali avait pu écrire tout cela en 2001 !
• La seconde matinée fut focalisée autour des textes du 22ème dimanche ordinaire (Deut,4 et Mc,7) où il est question de ce qui est intérieur (dedans) et extérieur (dehors) à l’homme, ce qui est pur et impur avec, en appui, un texte témoignage très dense de l’expérience d’un aumônier de prison qui atteste combien la moindre lueur du dedans ne doit pas s’éteindre, combien la Parole de Dieu peut transformer une vie et rendre libre intérieurement.
• le troisième matin nous plongea dans les grands problèmes socio-économiques et sociétaux de notre France actuelle : un interview remarquable de Gaël Giraud, s.j., projeté sur écran nous situa avec grande lucidité quels enjeux pourraient être réfléchis et « remis en jeu » dans les futurs programmes présidentiels : un grand chantier plein d’ouvertures pour nous !
• Le quatrième intervenant choisit de nous faire réfléchir très avantageusement sur l’amitié : amitié de Dieu, François d’Assise et l’amitié, l’amitié au-delà des différences, l’amitié : mot souvent galvaudé…Qu’est-ce qu’un ami pour nous, quelle est notre expérience de l’amitié, quelles différences entre amitié et fraternité?.. interrogations qui ouvrirent un échange très fructueux !
• La cinquième matinée fut consacrée à la découverte d’Arcabas : ce peintre de l’âme, sculpteur, poète converti à 25 ans et ce don de traduire sa foi et sa liberté de croire dans ses riches peintures, aux teintes extraordinaires (rouge, or, bleu…) qui font de son travail une œuvre sacrée, toujours très vivante, marquée d’une candeur joyeuse, révélatrice de questions profondes qui interrogent et provoquent à l’émerveillement. Un semeur d’Evangile à sa manière…qui a occasionné un vrai partage entre nous autour de ses œuvres parfois si surprenantes.
• Le dernier jour nous emporta sur un Discours du Pape François prononcé en 2015, lors d’une audience générale, plein d’humanité, de conseils, dans une expression toujours simple, actuelle, pragmatique, sur ce qu’est « être heureux » dans toutes les situations , meilleures ou pires, de la vie.Il ne condamne pas, va toujours de l’avant avec un regard positif sur les êtres , il est riche de foi en l’homme et en Dieu. Merveilleux échange pour clore cette belle semaine !

L’après-midi : détente et tourisme !

Soeur Pascale Bonef, de la communauté, nous a fait l’honneur de découvrir notre lieu d’accueil résidentiel et pendant plus de deux heures, nous a détaillé l’histoire de la Chapelle du Sanctuaire (XIIème siècle), le cimetière, le jardin des simples et des produits biologiques, les bâtiments et leurs nouvelles constructions porteuses d’avenir pour ce lieu plein de promesses. D’autres jours, nous sommes partis en balades visiter l’Abbatiale de Marmoutier, la Basilique, les rues pittoresques et le jardin botanique de Saverne, avons expérimenté « le Plan incliné de Saint Louis Arzviller » ascenseur à bateaux unique en son genre en Europe et situé sur le canal de la Marne-au-Rhin, et flané en découvrant le joli village typique d’Obernai.

Certaines soirées furent aussi bien occupées par le témoignage de sœur Nicole, supérieure de la Communauté, par la projection de 2 films «Dan et Aaron» (deux frères juifs que tout sépare reflètent bien une société en mutation), et « rêves d’or »(des migrants partis du Guatemala vivent la dure réalité de leur arrivée en Europe) suivis de débats enrichissants, par le partage-signalement de livres intéressants avec notre frère Gilles et même par une replongée sympathique dans nos chants de jeunesse avec l’accompagnement de notre cher guitariste Michel !

« Frère Soleil» rayonna chaque jour fidèlement pour nous découvrir les merveilles de ses levers et couchers dans cette nature luxuriante de fleurs, de champs, de verdure et d’oiseaux multiples !
En somme, une semaine de grâces où nous avons été gâtés en tous points et où nous nous sommes sentis très privilégiés par l’accueil, les rencontres, les échanges, le temps donné et passé ensemble, la prière avec la communauté, les richesses des lieux touristiques…
Oui, nous avons été très heureux de ces jours si fraternels, partagés dans une ambiance joyeuse et sereine, qui sont pour chacun source de renouveau et de « commencement » !…

Brigitte L
fraternité du « Petit Prince »

Prière de Décembre

« Faire l’Eglise du Christ »

Nous aimons notre Église avec ses limites et ses richesses c’est notre Mère.
C’est pourquoi
nous la respectons, tout en rêvant qu’elle soit toujours plus belle :
Une Église
où il fait bon vivre
où l’on peut respirer, dire ce que l’on pense.
Une Église de liberté.
Une Église
qui écoute avant de parler
qui accueille au lieu de juger,
qui pardonne sans vouloir condamner,
qui annonce plutôt que de dénoncer.
Une Église de miséricorde.
Une Église
où le plus simple des frères comprendra ce que l’autre dira
où le plus savant des chefs saura qu’il ne sait pas,
où tout le peuple se manifestera.
Une Église de sagesse.

Une Église
où l’Esprit Saint pourra s’inviter
parce que tout n’aura pas été prévu, réglé et décidé à l’avance.
Une Église ouverte

Une Église
où l’audace de faire du neuf
sera plus forte que l’habitude de faire comme avant.
Une Église où chacun pourra prier dans sa langue,
s’exprimer dans sa culture, et exister dans son histoire.
Une Église dont le peuple dira
non pas « voyez comme ils sont organisés », mais « voyez comme ils s’aiment ».
Église de Saint Denis, Église des banlieues, des rues et des cités, tu es encore petite, mais tu avances.
Tu es encore fragile mais tu espères.
Lève la tête et regarde : Le Seigneur est avec toi.

Guy Deroubaix,
ancien évêque de Saint-Denis

Une expo, Un livre

Small is beautiful

La galerie Joseph ouvre à Paris, dans le marais, une vingtaine de lieux à des événements variés. Elle propose actuellement, 116 rue de Turenne, une exposition présentée comme un événement en lui-même. En effet nous dit-on : « Small is beautiful, Miniature Art, est la première exposition européenne à réunir 20 artistes de l’Art Miniature et révéler leurs œuvres physiques au grand public. » Jusque là, l’Art miniature était un phénomène lié à ce qu’il est convenu d’appeler les « réseaux sociaux » où elles s’exposaient en image, à l’instar du Street-Art, autre tendance de l’art contemporain.

Les œuvres, comme le titre l’indique, sont à peu près toutes minuscules, au point que des loupes sont à disposition pour les contempler. Sous cloche pour beaucoup, elles mettent en scène des figurines placées dans des univers sobres ou au contraire très détaillés, souvent de manière incongrue, décalée, avec — on le comprend — une extrême minutie qui constitue une grande part de leur valeur spectaculaire. Quant à leur valeur artistique, inégale, on est en droit, au-delà de tout conservatisme, de se poser quelques questions. Suffit-il à une œuvre d’être petite (small) pour être belle (beautiful) ? Où est la nouveauté dont elles se targuent lorsqu’on connaît la longue et magnifique tradition de la miniature, des enluminures médiévales aux portraits en vogue de la renaissance au XIXème siècle ? À quoi rime une telle minutie, si ce n’est à une certaine absurdité, lorsque les œuvres sont reproduites sur de grandes photographies afin d’être visibles du public ? La performance de maquettiste, pour impressionnante qu’elle soit, constitue-t-elle à elle seule un sujet d’admiration, un talent artistique ? Toutes ces questions trouvent des réponses positives dans deux aspects. Le premier est que la miniaturisation du sujet, de la figure, permet le développement relatif de son contexte, dans des dimensions bien plus larges que celles de la peinture ou de la sculpture traditionnelles. Son replacement surprenant dans une réalité quotidienne dont émane parfois une vraie poésie, un humour riche de sens, nous invite à prêter attention à la beauté et au sens des petites choses sur lesquelles nous marchons tous les jours. Le second aspect est l’impression enfantine qui résulte de toutes ces œuvres : il est toujours bon de retomber en enfance, au temps où nous jouions avec des petits soldats, où nous nous inventions des mondes pour les entourer, où nous étions maîtres d’un univers que nous avions créé, loin de celui des adultes où nous nous sentions nous-mêmes si minuscules… Si l’amateur d’Art trouvera difficilement son compte dans cette exposition, ses enfants, en revanche, y seront parfaitement dans leur élément : ils y verront, mis en scène, le jeu qu’ils pratiquent eux-mêmes sans aucune prétention. Cela éveillera en eux une conscience artistique très profitable, éventuellement mise en œuvre dans des ateliers proposés en marge de l’exposition.

Une dernière question, tout de même, pour les adultes qui s’adonnent à l’Art miniature, penchés sur leur loupe : hormis la mode, qu’est-ce qui les pousse à ces créations minuscules qui requièrent un si énorme travail ? De quoi jouissent-ils à faire sortir de leurs mains ces univers recréés ? On peut oser une réponse qui est une autre question : dans un monde sans Dieu, l’homme devenu géant devant ses œuvres se rêve-t-il en deus ex machina ?

Jean Chavot


La Splendeur et l’infamie d’Erik Larson

E.Larson, La Splendeur et l’infamie, Paris, Le Cherche midi, 2021, 688 pages. 24,90 €.

Il y a des personnages que des circonstances exceptionnelles font entrer dans l’histoire ou les font sortir à nouveau des caves de l’histoire. Ainsi Winston Churchill, jeune ministre perdit-il à Gallipoli une bonne partie de son crédit. 
L’opération engagée au printemps 1915 fut une catastrophe imputée au jeune premier lord de l’Amirauté, alors âgé de 40 ans, en poste depuis 1911, Winston Churchill. Soucieux que les soldats britanniques cessent de « mâchouiller du barbelé dans les Flandres », il pensa à s’emparer du détroit des Dardanelles, mais l’armée ottomane commandée par le jeune colonel Mustafa Kemal, futur Atatürk, mit en échec les troupes françaises et celles de l’Empire britannique[1]. Vaincus par les Turcs et les épidémies les troupes réembarquèrent piteusement. Or, Churchill fut désigné comme le principal responsable du désastre des Dardanelles. Les politiques fuirent dès lors le « vieux lion ». Pourtant, au printemps 40, ce fut vers celui qui avait toujours tempêté contre les nazis et la frilosité de Chamberlain à Munich en septembre 1938[2], que se tournèrent les Britanniques. Devenu premier ministre le 10 mai 1940, quelque peu par défaut, il dut mener un pays désormais ultime rempart contre les gargantuesques ambitions hitlériennes.
De nombreux ouvrages furent et sont consacrés à Churchill[3], mais celui de Larson offre un intérêt certain par son approche originale. Chronique intimiste de l’Annus horribilis qui courut de mai 1940 à mai 1941. Isolé face à la puissance dominatrice nazie, le Royaume-Uni dut affronter la succession de défaites et la bataille d’Angleterre, préalable indispensable à la réussite de l’hypothétique réussite de l’opération « Seelöwe »[4]. Larson téléporte son lecteur dans la chambre de Churchill qu’il croise en peignoir à la sortie de son bain. Il est là lorsque Winston s’exprime devant le Parlement le 13 mai 1940[5], et est assis sur les bancs de Communes le 4 juin[6]. Plongé dans le quotidien d’un homme exceptionnel avec ses faiblesses, son charisme et ses éclairs de génie. Entraîné dans les bourrasques de l’automne 1940 lorsque Hitler engagea une nouvelle tactique consistant à bombarder systématiquement les villes britanniques dans l’espoir d’abattre le moral anglais.  Emporté dans le Blitz qui frappa les quartiers populaires de l’East End de Londres mais aussi le palais de Buckingham puis de nombreuses villes britanniques. Londres bombardée 57 nuits de suite avant que le brouillard n’offrît un répit aux habitants… Puis ce furent les villes du royaume telle Coventry réduite en cendres dans la nuit du 14 au 15 novembre. On imagine partager un Johnnie Walker Black Label, et une bouteille d’eau-de-vie dès le lever du matin avec de l’eau gazeuse. On fume un « Romeo y Julieta », alors que Mary Churchill, agitée par ses émois sentimentaux, vit de manière parfois insouciante sa vie de jeune femme avant de s’engager au sein du Women’s Voluntary Service.  Nous passons des week-ends dans les résidences de Chequers Court à Ellesborough et de Ditchley Park avec les invités du natif prématuré du palais de Blenheim. Clémentine, intelligente et vive est à ses côtés avec nous alors que Randolph, coureur de jupons, buveur, colérique accumulant les dettes de jeux perd sa femme, la belle Pamela[7] lassée des frasques de son époux. Nous soutenons ses efforts afin de convaincre Roosevelt d’engager son pays dans le conflit. Nous sommes épuisés par le rythme de Churchill, toujours en mouvement qui monte en pleine nuit sur les toits du 10 Downing Street pour observer les avions allemands bombardant la capitale anglaise. Parfois, oubliait-on que ce géant de la seconde guerre mondiale était aussi un mari et un père de famille. On discute avec John Colville, le secrétaire particulier, avec Lord Beaverbrook, l’ami intime du Premier Ministre, craint et sans cesse démissionnaire mais aussi avec le physicien Frédérick Lindemann, surnommé le « Prof » le lobe scientifique du cerveau churchillien. Farci d’anecdotes, reposant sur des documents historiques souvent inédits[8], l’aventure que vit le lecteur au fil de courts chapitres est celle d’un grand homme, imprévisible, déterminé, indomptable, intrépide mais si humain lorsqu’il verse des larmes le 3 juillet 1940 après la tragédie de Mers-el-Kébir[9]
Ainsi, si l’on plongeait dans l’histoire des futurs du passé, que serait-il survenu si Lord Halifax, pressenti par beaucoup dont George VI, avait occupé le poste de Premier Ministre ? Foin de cela, car l’ouvrage de Larson ne manie pas l’uchronie, il nous entraîne dans un passé qui fut celui d’un homme avant d’être celui d’un géant. 

Erik Lambert


[1] On regardera avec intérêt le film de Peter Weir avec Mel Gibson, Gallipoli sorti en 1981 mais surtout le très beau La promesse d’une vie avec un remarquable Russell Crowe.
 [2] À l’automne 1938 suite aux funestes accords de Munich, Churchill affirma : « […] Je vais commencer en disant la chose la plus impopulaire et la plus indésirable […], ce que tout le monde voudrait oublier ou faire semblant de ne pas voir, mais qui doit néanmoins être cité, à savoir que nous avons subi une défaite cinglante et totale, et que la France a à en souffrir peut-être plus que nous […]. Ne croyez pas que c’est la fin. C’est seulement le commencement du jugement, la première gorgée, le premier avant-goût d’une coupe amère qui nous sera tendue année après année, à moins que dans un suprême rétablissement de notre santé morale et de notre ardeur guerrière, nous nous relevions et combattions pour la liberté comme par le passé ».
« Ils ont eu le choix entre le déshonneur et la guerre ; ils ont choisi le déshonneur, et ils auront la guerre« .
[3] On pourrait se reporter avec grand intérêt aux biographies de A.Roberts, F.Kersaudy, et F.Bedarida.
[4] La Bataille d’Angleterre, débuta officiellement le 10 juillet 1940 lorsque la Luftwaffe, l’aviation allemande de Göring, lança, depuis ses bases du Nord Pas-de-Calais, un premier raid au-dessus de la Manche pour bombarder des convois de navires britanniques. Le 16 juillet 1940, Hitler diffusa sa Directive n°16 qui déclencha les préparatifs de l’Opération Seelöwe (« Lion de Mer » ou « Otarie » en français) : « Puisque l’Angleterre, en dépit d’une situation militaire désespérée, ne montre aucun signe de compréhension, j’ai décidé de préparer une opération de débarquement et, si besoin, de la mettre à exécution. Le but de cette opération sera d’éliminer toute possibilité que le territoire national anglais serve de base à la poursuite de la guerre contre l’Allemagne et, le cas échéant, de l’occuper entièrement ». Le 20 août 1940, il remercia la poignée de pilotes de la Royal Air Force qui avaient repoussé les attaques aériennes allemandes et préservé l’Angleterre d’une invasion qui eut été fatale à la liberté en Europe :« Jamais, dans l’histoire des guerres, un si grand nombre d’hommes n’ont dû autant à un si petit nombre » (« Never in the field of human conflict was so much owed by so many to so few »).
[5] « Je n’ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur » (« I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat »),[6] « Nous combattrons sur les plages, nous combattrons sur les terrains d’atterrissage, nous combattrons dans les champs et dans les rues, nous combattrons dans les montagnes ; nous ne nous rendrons jamais » (« We shall fight on the beaches, we shall fight on the landing grounds, we shall fight in the fields and in the streets, we shall fight in the hills ; we shall never surrender »)…
[7] Pamela Harriman, considérée parfois comme une courtisane, surnommée « La grande horizontale ». Mariée en 3ème noce en septembre 1971 avec l’ambassadeur américain William Averell Harriman avec lequel elle avait entretenu une liaison pendant la guerre.
[8] Y compris le journal de Goebbels. Le volume 1943-1945 est paru chez Tallandier.
[9] Le 3 juillet 1940, la Royal Navy attaque la flotte française amarrée dans la rade nord-africaine de Mers el-Kébir, près d’Oran (1297 morts et 350 blessés chez les marins français). L’objectif était d’éviter que la flotte française ne devienne allemande.

événements novembre – décembre

Discours du pape François à l’Ordre Franciscain Séculier

Le Pape François s’est adressé aux participants au chapitre général de l’Ordre franciscain séculier lors d’une audience privée le 15 novembre.
Ce discours s’adresse à tous les franciscains séculiers. A lire ici.


Chapitre général de l’OFS et élection d’un un nouveau Conseil international de l’OFS

Pour en savoir +


Retraite de l’Avent à la Clarté Dieu

« SEIGNEUR VENEZ, La terre est prête pour vous accueillir… » avec sœur Jola NOWOSIELSKA, Franciscaine Missionnaire de Marie.

Pour en savoir +

Quand : du samedi 4 décembre 2021 (9h)
au dimanche 5 décembre (17h)
Où : 95 rue de Paris, 91400 Orsay
📞 : 01 69 28 45 71
📩 : clarte-dieu@orange.fr


Le dernier numéro de Vox Franciscana

La revue publiée par le CIOFS– est paru.
Pour mieux percevoir la dimension internationale de l’OFS, c’est à télécharger ici et en français.

Au sommaire entre autres :
Page 11 : Zagreb honore une bénévole en soins palliatifs
Page 14 : l’action de l’OFS autour du Globe
Page 22 : Well4Africa : projet d’eau au Ghana


Une déflagration

Car il ne restera plus jamais rien de l’innocence crédule qui m’habitait, plus rien de l’élan salvifique qui me tenait.
Car veuve, je n’ai plus personne à mes côtés pour entendre mon désarroi et porter ma tristesse.
Car je ne verrai plus jamais cet homme, abusé, avec lequel j’ai travaillé, que j’ai entendu être remercié dans le couloir ce lundi pour son témoignage lors d’une assemblée paroissiale, sans pleurer dans mon cœur. Et tant d’autres…
Car il ne me reste plus qu’une déception abyssale. Parce qu’en son sein, j’ai défendu son intégrité face aux accusateurs, croyant les clercs qui m’entouraient.
Je travaille dans l’Eglise, j’y suis engagée… corps et âme ! et je souffre. Comment continuer à chanter, à concevoir de beaux documents en y mettant tout mon cœur sans me dire : « tu les enveloppes de miel, tu les attires, tu les touches au cœur… tu les trompes ! » Il s’agit bien de cela. Je me sens trompée. L’Eglise nous a accueillis, mon époux et moi, et nous avons été d’une grande sincérité. L’a-t-on été envers nous ? Avec le temps, j’ai su que non. Et je redoute ce que je pourrais encore découvrir. 
La souffrance des révélations, en rien comparable à celle des victimes, ne saurait nous appeler au repli. Le rapport de la CIASE (si intègre !) dont les nombreuses et précises recommandations nous invite à un travail en profondeur. L’Eglise doit se réformer. Pour elle-même et pour le monde Je crains que le cléricalisme grandissant ne conduise les communautés vers un entre-soi rassurant, contentes d’elles-mêmes, s’agenouillant tous les dimanches derrière leur pasteur, pour les victimes. Le Christ est venu nous sauver. Il nous veut debout et manches retroussées, prêts à servir ! L’Église ne se sauvera qu’en revenant à Jésus. Le veut-elle ? Faut-il là aussi accepter la déflagration ?Il me reste, à moi, la contemplation de la beauté du monde. Elle seule me sauve. Et je sais que des nouveautés y germent déjà.

Suzanne
Famille Cor Unum.

Second discours après la Cène 15-16 (seconde partie)

L’Esprit Saint défend et parachève

L’Esprit Saint, dont Jésus promet l’envoi, viendra remplir 2 rôles :
1. Celui d’avocat :
• il témoignera en faveur de Jésus et de ses disciples (15, 26)
• il mettra à jour et dénoncera la culpabilité du « monde » (16, 8-11)
• il dévoilera la glorification du Christ et son triomphe (16, 14).

« Il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement… » (16, 8-11)
en matière de péché : le monde ne croit pas en Jésus (pour Jean, l’incroyance est autant un péché que le manque de charité)
en matière de justice : quand le crucifié aura été glorifié, tous sauront quel était le juste aux yeux de Dieu (justice = droiture, sainteté)
en matière de jugement : de condamnation du prince de ce « monde », Satan.

2. Celui qui achève la révélation du Christ à ses disciples (16, 12-15) :
• non pas pour leur apprendre du neuf, que Jésus n’aurait pas dit
• non pas pour leur dire quelque chose venant de lui
• mais pour leur faire saisir toutes les implications des dires de Jésus
• et pour éclairer les événements, présents et futurs.

Le Père, source ultime

Dans ces deux chapitres, les références au Père sont innombrables (11 fois au chapitre 15 et 12 fois au chapitre 16). Il est toujours là, sans cesse évoqué par Jésus. Il est à l’origine de tout ; c’est lui qui a l’initiative de tout…
• Non seulement Jésus laisse voir qu’il est lui-même en totale dépendance du Père
• mais il inscrit ses disciples dans le même courant d’intimité et d’amour qui l’unit au Père.

A cet égard, il faut noter l’importance chez Jean de la conjonction « comme » (comme le Père m’a aimé… comme je vous ai aimés…). La conjonction n’a pas seulement un sens comparatif, mais elle peut exprimer un vrai rapport de causalité : je vous ai aimés de l’amour même dont le Père m’a aimé ! C’est donc un même courant qui va du Père à Jésus et de Jésus aux disciples, pour que ceux-ci puissent à leur tour aimer de même.

Ainsi, la relation de Jésus à son Père est l’image et la source de la relation de Jésus à ses disciples. Les références en saint Jean sont nombreuses :
« Le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne voie faire au Père… » (5, 19)
« … en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (15, 5)
« Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » (15, 10)
« … comme je demeure dans son amour » (15, 10)
« Celui qui me mange vivra par moi…
… de même que moi, je vis par le Père » (6, 57)
« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent…
… comme le Père me connaît et que je connais le Père
» (10, 15)
➡️ « Comme le Père m’a envoyé
…moi aussi je vous envoie
» (20, 31)
➡️ « Tout ce que j’ai appris de mon Père
… je vous l’ai fait connaître
» (15, 15)
« Comme toi Père tu es en moi et moi en toi…
… qu’eux aussi soient en nous
» (17, 21)
➡️ « Comme le Père m’a aimé,
… moi aussi je vous ai aimés
» (15, 9)
« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier… » (15, 18)
« … celui qui me hait, hait aussi mon Père » (15, 23).

Fr Joseph

Le rapport Sauvé* : une épreuve salvatrice ?

La sexualité a débordé le domaine intime pour devenir un thème public, tandis que la foi (hormis les débats politiques sur la laïcité) se voit toujours plus reléguée à la sphère privée, dans une inversion qui, bien qu’elle passe généralement inaperçue, pose de profondes et graves questions sur l’évolution — ou l’involution — de nos sociétés. Il serait bon de replacer le rapport Sauvé dans ce contexte, car l’Église, en tant qu’institution, ne vit pas hors du temps historique, pas plus que le peuple des fidèles serait distinct du reste de l’humanité, qui est tout entière peuple de Dieu. Bien sûr, il n’est pas question pour autant d’exonérer l’Église des abominations commises en son sein, et l’on ne peut que se réjouir de l’occasion offerte de les reconnaître dans toute leur ampleur terrible et d’y mettre fin par une catharsis sans concessions. En revanche, il est capital d’aller plus loin que la seule condamnation d’autrui — manière facile et peu chrétienne de se débarrasser de la faute — et d’interroger les conditions qui ont rendu de tels crimes et de tels drames possibles. Ce dépassement est la tâche rédemptrice de l’Église, et primordialement celle de ses fidèles, trop souvent aveugles, sourds, passifs devant le réputé impensable.

Reconnaissons que l’Église, avec beaucoup de sévérité et peu de miséricorde, a pu s’ériger en censeur absolu des bonnes mœurs, et que tous les puritanismes en même temps que toutes les hypocrisies se sont trop souvent abrités en elle. Le rapport Sauvé met cruellement au grand jour le pharisianisme de ceux qui « lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais (…) ne veulent pas les remuer du doigt » (Matthieu, 23-4). Peut-être y a-t-il là matière à revoir positivement les modalités d’intervention de l’Église dans la morale collective, par exemple en réunifiant la notion de péché à celle du pardon ? Il est par ailleurs à noter qu’aujourd’hui, c’est l’État qui légifère, non sans arbitraire, sur ces aspects de la vie des individus, ce qu’il serait bien imprudent de considérer comme un progrès bien qu’il le fasse au nom d’avancées « sociétales ». N’ayons pas la naïveté d’ignorer la force d’un athéisme militant qui voudrait la sécularisation intégrale et définitive de la société. Mais n’ayons pas non plus la nostalgie d’une institution ecclésiale maîtresse des mœurs : la sécularisation est une chance pour l’Église de repenser constamment son rôle et sa place dans la société. Le rapport Sauvé est à ce titre l’occasion d’une saine dialectique, profitable à l’Église comme à la société. 

La douloureuse épreuve que l’Église traverse la convoque d’urgence à une remise en question radicale : à une conversion en conscience et en acte. Ni pour elle ni pour les fidèles, la sainteté est un statut acquis a priori et pour toujours : c’est au contraire un long chemin, un combat de chaque instant contre les tentations dans lesquelles nous prions inlassablement Dieu de ne pas nous laisser entrer. Ce n’est pas refus de son autorité, mais pure miséricorde que de ne pas enfermer le prêtre dans une toute puissance solitaire entourée de secret, comme s’il était au-dessus de toute tentation. Au contraire, le peuple des fidèles est appelé à faire preuve de courage et d’initiative, comme le prêtre est appelé à l’écouter, à se laisser guider autant qu’il le guide. Devant Dieu, c’est une responsabilité collective car c’est ensemble qu’Il nous invite à suivre les voies de la sainteté, sans laisser personne derrière, sans se cacher derrière personne qu’on aurait commodément placé devant. Il ne s’agit pas de « démocratiser » l’Église, ce qui est un non-sens, mais de la remettre au centre de son peuple, à son service, à son écoute intime, et qu’il y prenne toute sa place, toutes ses responsabilités individuelles et collectives, pour la paix, pour le bien, et pour le salut du monde.

Le comité de rédaction

* Les violences sexuelles dans l’Église catholique. France 1950 2020.