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Compagnie k

113 courtes nouvelles qui dénoncent l’absurdité de la guerre et des horreurs qu’elle engendre.

W.March, Compagnie K, Gallmeister, 2013, Paris, 230 pages, 23,10€

Ce ne sont pas les ouvrages témoignant de la première guerre mondiale qui manquent. Britanniques, Français, Allemands ont relaté leur expérience du conflit. De Barbusse en 1916 à Lemaitre en 2013, à de multiples reprises, le Goncourt honora des ouvrages qui évoquaient la « Guerre de 14 ». Elle demeure si présente dans les mémoires qu’elle fut qualifiée de « Grande Guerre » avec deux G majuscules.

Toutefois, peu d’écrits américains rapportèrent ce que vécurent les combattants du nouveau monde dans les tranchées. Certes, il y eut le très pacifiste Johnny s’en va-t’en guerre de Dalton Trumbo, il y eut aussi Hemingway, mais La Compagnie K de William March n’eut que tardivement les honneurs de la traduction en France.

Arrivé en Europe en mars 1918, March participa aux combats du bois Belleau, de Soissons et Saint-Mihiel. Ses blessures et son comportement au feu lui valurent la Croix de guerre, la Distinguished Service Cross et la Navy Cross…
Né William Edward Campbell, il ne sortit pas indemne de son expérience.
Comme d’autres, il fut victime de troubles post-traumatiques, déjà décrits dans l’Épopée de Gilgamesh, dans Homère ou Hérodote, mais le phénomène foisonna à la faveur du premier conflit mondial. Assailli par les fantômes de ses camarades morts ou mutilés, hanté par l’éphémère masque évanescent du jeune Allemand qu’il avait immolé à la baïonnette ; il plongea dans une profonde dépression. Le sentiment de culpabilité, nourri des tueries auxquelles il a participé et auxquelles il a survécu, l’empêcha de raconter sa guerre. Toutefois, en 1933, il publia Company K, compagnie de marines dans laquelle il servit.

113 courtes nouvelles qui ne relatent pas sa propre histoire mais qui dénoncent l’absurdité de la guerre et des horreurs qu’elle engendre. Quelques tranches de vie et de mort, de souffrances au quotidien et de ce que l’homme est capable de faire lorsqu’il porte un uniforme. Chronologiquement rythmées, de la traversée de l’Atlantique à l’émergence des souvenirs d’après-guerre, les acteurs demeurent anonymes tant leur sort est banal. Des saynètes où le rare héroïsme côtoie la lâcheté, où les grades importent peu, où les situations paraissent grotesques, où l’horreur rencontre parfois l’humanité. Brutalité des combats, interminable attente, extravagante propagande, mesquineries humaines et stupidité de la logique militaire constituent le canevas de ce recueil. Situations si improbables, nées de la guerre, qui bouleverse la confortable banalité de la vie quotidienne des temps de paix. Ainsi, en est-il de la burlesque mais tragique mésaventure du soldat Benjamin Hunzinger, considéré comme déserteur pour avoir lutiné une jolie serveuse. On tue, on exécute les prisonniers, on donne des ordres absurdes, on est confronté à des situations ineptes et l’on est aveuglé par la propagande.

Parfois comparé à Remarque, March offre pourtant une œuvre originale d’une centaine de témoignages fictifs ou vécus longs d’une page ou deux, dont la cohérence est ancrée dans la réalité de ce qu’est la guerre.

ERIK LAMBERT.

Notre Père qui es aux cieux,

que nous nous sentions tous frères et sœurs,
que nous sachions sanctifier ton nom
en agissant avec miséricorde.
Que ton règne vienne à nous,
règne de justice, d’amour et de paix.
Que nous apprenions à faire ta volonté
et à nous aimer ici sur terre,
comme tes fils et tes filles s’aiment au ciel.
Donne à tous les hommes le pain de la foi,
de l’espérance et de l’amour.
Fais, Seigneur, que nous oubliions haine et rancœur
Ne permets pas que nous nous habituions aux divisions.
Pardonne les séparations
dues à notre orgueil et à notre incrédulité,
à notre manque de compréhension et de charité.
Garde notre conscience en éveil :
c’est le péché qui divise ce que tu as uni.
Ne nous laisse pas succomber à la tentation d’être durs de cœur.
Délivre-nous de trouver normal
ce qui est un scandale pour le monde
et une offense à ton amour.
Notre Père,
que nous vivions tous comme tes fils et tes filles.
Amen.

événements d’octobre 2019

Fête de la St François

Venez fêter St François le 4 octobre à 19h30 avec les fraternités franciscaines de la région et tous ceux qui souhaitent venir.
À la paroisse St Germain l’Auxerrois de Fontenay sous Bois, 2 rue de Rosny.

Célébration nationale du 800ème anniversaire de la rencontre de Damiette

A la cathédrale Notre-Dame de Créteil, le 27 octobre, Venez vivre LA RENCONTRE entre croyants !

• Messe télévisée du Jour du Seigneur à 11h (Attention ! Entrée impossible après 10h30).
• Repas tiré du sac.
• Carrefours autour d’initiatives diocésaines et nationales interreligieuses.
• Un temps spirituel interreligieux à 17h.

Vendredi 25 et samedi 26 octobre (9h-18h)

Colloque organisé par l’école franciscaine de Paris et le service national pour les relations avec les musulmans
1219-2019 : St François et le sultan, fécondité d’une rencontre ?

Samedi après-midi, témoignages de grands témoins de la famille franciscaine vivant aujourd’hui en Syrie, au Liban, en Palestine, au Maroc, à Abu Dhabi, au Mali, en Algérie… Comment vivent –ils de l’esprit de la rencontre de Damiette 800 ans plus tard ?

Au centre Sèvres, 35 bis rue de Sèvres, 75006 Paris.
Inscription au colloque sur place : 20 €

Programme détaillé : Cliquer ici

Samedi 26 octobre à 20h30 : « A la rencontre de l’Autre »

Comment approfondir la rencontre et le dialogue aujourd’hui ?

Conférence à deux voix : Mgr Paul Hinder, frère mineur capucin et évêque d’Abu Dhabi et l’Imam Bubacar Conte de la mosquée Nour du 12è arrondissement.

Paroisse du St Esprit, 186 avenue Daumesnil, 75012 Paris


Qui est saint François pour moi aujourd‘hui ?

Pour moi, François aujourd’hui, c’est une invitation à la prière régulière et fidèle avec notre créateur et Notre Seigneur Jésus –Christ. Oui, je prends le temps de prier, c’est ma force, ma force d’aimer mes proches, Cynthia, nos garçons, ma maman, c’est ma paix et le repos de mon âme.
Pour moi, François aujourd‘hui, c’est mes relations fraternelles, ma famille, mes amis, mes frères et sœurs en Jésus, nos fraternités (un petit peu plus pour Lagny), ma paroisse et tous ceux que je rencontre sur ma route, croyants et non croyants.
Pour moi, François aujourd‘hui, c’est oser la rencontre avec les Pauvres, les plus démunis ; ils ont beaucoup à m’apprendre de Dieu. J’en ai côtoyé un peu, je pense à Yonos qui mendiait pieds nus, nous avons pris le temps du partage, il m’a donné son sourire, sa poignée de main, sa chaleur.
Pour moi, François aujourd’hui, c’est la création dans toute sa splendeur, il donne un véritable sens à notre maison commune. Prenons en soin… Avec notre équipe d’aumônerie de 5ème, nous avons parcouru le Cantique de frère soleil en marchant et l’un des participants a évoqué les déchets laissés par terre mais nous nous sommes pris au jeu, nous avons ramassé des déchets.
Merci François, pour ce que tu me donnes à vivre simplement.
Fraternellement
Gilles Falla

Jésus le pain de vie 6, 1-71

Introduction

  1. Contrairement aux synoptiques, Jean ne relate pas l’institution de l’Eucharistie. Mais, comme eux, il se souvient que Jésus l’avait annoncée par la multiplication des pains. C’est donc dans ce chapitre 6 qu’il va faire la théologie de l’Eucharistie.
  2. Jean use, comme d’habitude, du double sens : pain matériel / pain de vie éternel.
  3. Il y a chez Jean une intention délibérée de marquer l’infériorité de l’AT. parce que celui-ci n’est que figure par rapport à la réalité, il n’est qu’annonce pour l’événement définitif (Moïse ne venait pas du ciel), il n’est qu’un palliatif pour ce qui sera une efficacité définitive (‘vos pères sont morts’ 49).
  4. On remarquera aussi chez Jean la volonté de ne pas atténuer le scandale provoquée par la révélation de Jésus. Pour Jean, l’homme est « charnel », c’est à dire incapable de croire, même lorsqu’il se croit religieux. Il n’arrive pas à s’en remettre totalement à Dieu, à admettre que sa toute-puissance entraîne sa toute liberté, et donc les moyens insoupçonnés qu’il emploie.
  5. Un parallélisme apparaît avec l’épisode de la Samaritaine (eau… pain). Les deux éléments de base de la vie humaine sont les symboles de la vie en Jésus (« en lui était la vie »).

I. Les deux signes 1-21

La multiplication des pains : Récit très proche des synoptiques. Toutefois, 3 détails significatifs :

  1. Des pains d’orge : allusion à Elisée distribuant 20 pains à 100 personnes (2R. 4, 42-45). Jésus fait mieux qu’Elisée. Cela explique l’enthousiasme populaire : « C’est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde » (14). On veut le faire roi, mais Jésus s’enfuit.
  2. Jésus prit le pain, rendit grâce, et les distribua : mêmes paroles que pour la cène. « Rassemblez les morceaux… pour que rien ne soit perdu » : ressemblance avec le rituel eucharistique de la Didachè* : « Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été rassemblé des extrémités de la terre ».
  3. Jean est le seul a précisé le contexte liturgique : la Pâque. Le pain donné par Jésus sera la Pâque nouvelle.

La marche sur les eaux : 2 points suggestifs

  1. La présence soudaine de Jésus auprès de ses disciples, plongés dans la ténèbre et l’angoisse, a toute la majesté et la gloire de ce qui sera une apparition du ressuscité.
  2. « Ego eimi…ne craignez pas ! » Ego eimi, peut signifier « c’est moi » ou « Je suis », formule par laquelle Dieu se définit devant Moïse au buisson ardent. Jésus apparaîtrait ainsi dans sa gloire de Fils de Dieu.

Fr Joseph

Διδακη : enseignement

La beauté sauvera-t-elle le monde ?

Dans L’Idiot, un des personnages de Dostoïevski s’interroge : est-ce « la beauté qui sauvera le monde ? » Pour beaucoup de philosophes la beauté est bien difficile à définir, on ne peut l’expliquer par des mots, on ne peut qu’en donner des exemples. Cependant, pour Platon, le Beau, le Bien et le Vrai sont indissociables.
En ce qui nous concerne, nous avons tous fait l’expérience de la beauté : que ce soit celle d’un paysage ou d’une œuvre d’art, celle d’un regard, du sourire d’une personne aimée, ou même inconnue. Beauté d’un instant qui nous saisit de manière fulgurante ou contemplation qui nous procure un sentiment de plénitude…Cette expérience, d’abord sensorielle, suscite en nous un plaisir qui peut se transformer en une joie beaucoup plus profonde et guérir bien des maux, qui peut également nous amener à nous tourner vers Dieu.
Le récit de la création est ponctué par cette exclamation « et Dieu vit que cela était bon », or le mot hébreu tov signifie à la fois « beau », « bon » et « porteur de vie ». Après avoir fait l’homme à son image et lui avoir confié l’ensemble de la Création, Dieu est le premier à se réjouir de la beauté de son œuvre : « cela était très bon ». Nombreux sont les textes bibliques qui chantent les merveilles du Dieu Créateur : « Bénissez le Seigneur dans toutes ses œuvres. Proclamez la grandeur de son nom et publiez sa louange par les chants de vos lèvres et sur vos cithares et vous parlerez ainsi dans l’action de grâce : Qu’elles sont belles les œuvres du Seigneur […] Les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes ». (Si 39,14-16 ; 33)
« La grandeur et la beauté des créatures conduisent par analogie à contempler leur Créateur » nous dit le Livre de la Sagesse (Sg 13,5), mais la Création, dans toute sa magnificence, n’en reste pas moins un pâle reflet de son Créateur, car il est, Lui, la source de la beauté. « Devant lui, splendeur et majesté, dans son sanctuaire, puissance et beauté. » (Ps 96,6) Non pas une beauté éphémère et subjective, marquée par une époque ou une culture, mais une beauté éternelle et indicible : la Beauté.
Dans les Louanges de Dieu pour frère Léon, à deux reprises St François écrit : « Tu es beauté, tu es douceur ».Thomas de Celano explique : « En toute œuvre, il admirait l’Ouvrier ; il référait au Créateur les qualités qu’il découvrait à chaque créature. Il se réjouissait pour tous les ouvrages sortis de la main de Dieu et, de ce spectacle qui faisait sa joie, il remontait jusqu’à celui qui est la cause, le principe et la vie de l’univers. Il savait, dans une belle chose, contempler le Très Beau ; tout ce qu’il rencontrait de bon lui chantait : Celui qui m’a fait, celui-là est le Très Bon » (2C, 165)
S’émerveiller devant chaque créature, animée ou inanimée, reconnaître en elle les traces de la beauté et de la bonté du Seigneur Dieu fait naître chez François un chant de louange au Père et à son amour créateur qui culmine dans le Cantique de Frère Soleil.
Si l’homme a été institué pour « dominer », pour gérer la Création, il en a, cependant, défiguré la beauté originelle par le péché. Associés à l’œuvre de Dieu, « cocréateurs », nous avons à restaurer l’harmonie perdue. Ce peut être en éveillant le regard à la beauté car elle ouvre le cœur et l’âme à l’autre et au Tout-Autre ; d’ailleurs, depuis Paul VI tous les papes ont adressé des messages aux artistes en soulignant leur rôle et leur responsabilité (Benoît XVI parle d’une « beauté authentique » qui « peut devenir une voie vers le Transcendant, vers le Mystère ultime, vers Dieu » mais aussi, à l’inverse, d’une beauté « illusoire » et « mensongère » qui peut asservir l’homme).
Mais c’est aussi en posant des actes d’amour qui sont, par nature, porteurs de beauté et de bonté, qui suscitent l’espérance et qui révèlent le Visage de Dieu. Nous redevenons alors image de Dieu. « L’homme est appelé à devenir libérateur et créateur de beauté en rendant ressemblante l’image de Dieu qui le fonde et l’appelle. » nous dit Olivier Clément. (Tychique n°164)
Affirmer que la beauté sauvera le monde, c’est croire qu’elle peut contribuer à restaurer l’harmonie perdue et à orienter la Création toute entière vers Celui qui est à l’origine de toute beauté, son Sauveur et Maître.
Concluons avec Benoît XVI dans son Discours aux artistes de novembre 2009 : « Qu’est-ce qui peut redonner l’enthousiasme et la confiance, qu’est-ce qui peut encourager l’âme humaine à retrouver le chemin, à lever le regard vers l’horizon, à rêver d’une vie digne de sa vocation sinon la beauté? »

P. Clamens

témoignage de jean k.

Lorsque mon ami Erik m’a demandé de témoigner sur la façon de vivre ma Foi, je me disais qu’à mon âge presque canonique, mon témoignage n’aurait pas beaucoup d’intérêt et je pensais vivre ma Foi basée sur mon histoire, mon éducation.

La providence a mis sur ma route une communauté bénédictine en Normandie.

En me posant un instant, je me rends compte que cette Foi qui m’anime vient bien évidemment de ce que j’ai reçu, de ce patrimoine spirituel et des valeurs transmises, mais je me rends compte de ce que ma vie m’a apporté et de la richesse du quotidien.

Les rencontres m’ont permis notamment de vivre différemment l’Evangile. La providence a mis sur ma route une communauté bénédictine en Normandie. Au gré des séjours nous nous sommes apprivoisés, rapprochés, avons appris à nous connaître, et c’est tout naturellement que j’ai décidé de m’engager comme oblat en 2009.
10 ans d’engagement avec ma communauté, 10 ans d’intimité et de complicité spirituelles avec mes frères bénédictins à l’ombre de cette abbaye normande. L’oblature, c’est une rencontre et une promesse ! Une rencontre avec une communauté, une abbaye et l’histoire qui l’a façonnée et modelée, et une promesse de vivre en communion de prière avec mes frères et de partager, dans la liturgie des heures, la force de se donner au Christ, qui que nous soyons à travers le monde.
Ce peu caractérise ma Foi, et ma vie c’est vivre chaque rencontre sous le regard du Christ avec bienveillance et attention.
J’ai décidé il y a 5 années de quitter mon poste de dirigeant d’entreprise pour m’engager, via le milieu associatif, auprès des autres et aligner mes valeurs avec un projet professionnel. Dilemme pour trouver l’équilibre entre cette envie de me donner aux autres et subvenir aux contingences pécuniaires de ma famille.

Trois ans de maraude comme bénévole au sein d’une association nationale m’avait permis de goûter aux joies de la rencontre avec les plus petits et les plus démunis. Faisant écho à cette expérience de bénévole, j’ai pu, côté professionnel, trouver une mission de 2 ans dans une association qui accueille et accompagne les gens de la rue. J’ai pu ainsi créer une nouvelle structure pour les gens en difficulté du 13 e arrondissement avec des axes autour du sport et de la culture.

Depuis un an j’accompagne, dans la recherche de fonds, une association qui s’occupe de jeunes enfants issus de familles en difficulté éducative.

Voilà comment chaque jour, au rythme de mes rendez-vous spirituels quotidiens avec mes frères bénédictins, je me nourris au gré de chaque rencontre souvent parisienne, où chaque échange, chaque sourire, chaque regard est lumière et présence divine et me nourrit !

                                    Jean K.

Marguerite de cortone (2/4)

2. La pénitente

Marguerite se met sous la direction des frères franciscains et fait pénitence. En 1272 elle arrive avec son fils à Cortone. Elle a 25 ans. Elle fait la profonde expérience du pardon de Dieu, de sa « Divine Miséricorde » et décide de vivre une vie de pénitence dans le Tiers-Ordre franciscain. Elle se consacre entièrement à la charité, à la prière, au conseil spirituel.

En 1226, Marguerite fonde une communauté de femmes désireuses de venir en aide aux malheureux, ainsi que l’hôpital de « Sainte Marie du Pardon » à Cortone. Après sept cent cinquante ans l’hôpital existe toujours même si, pour les besoins d’une modernisation radicale, il a dû déménager à Valdichiana sous le nom d’ « Hôpital Sainte Marguerite ». Les sœurs Franciscaines Missionnaires de l’Enfant Jésus continuent son œuvre.

Marguerite meurt le 22 février 1297 à cinquante ans, après vingt-trois ans de pénitence. Son corps, retrouvé intact, repose dans l’église de Cortone. Dès après sa mort elle est considérée comme sainte et la dévotion populaire fait appel à Marguerite pour obtenir des faveurs du ciel. Le pape Benoît XIII la canonise en 1728.

Le père Giunta Bevegnati, son directeur spirituel la fit connaître en écrivant la Légende de sainte Marguerite. François Mauriac a publié sa biographie en 1945.

Chantal AUVRAY

La force de l’habitude

Depuis de longues années, je suis frappé par la « force de l’habitude » et je mesure quotidiennement l’énergie qu’elle recèle et les limites qu’elle révèle dans la marche de la vie. L’expérience me prouve, sans être statisticien, que bien des moments sont déterminés par des règles volontaires ou involontaires qui conduisent la vie personnelle et la vie collective.

La Foi est le nom de l’énergie qui permet à l’être de demeurer fidèle dans sa marche, évitant le double danger de l’errance et de l’immobilité.

Ne pas avoir à se poser de questions sur les choix que l’habitude règle inconsciemment est l’aspect positif de cette force qui structure la vie sans réflexion, sans discussion, car elle permet de gagner du temps et de l’énergie vitale. La vie se construit, se déroule sans conscience, sans surprise, sans hésitation, avec une économie de moyens et de temps. En pilotage automatique, les individus et les groupes vivent sans heurts, sans dérangement. Mais la vie n’est pas stationnaire, immobile, et ce fonctionnement ne prévoit pas comment intégrer les imprévus, les accidents de parcours. Pourtant, que ce soit la graine qui pousse, la plante qui se développe, l’enfant qui naît ou l’adolescent en crise de croissance, le mouvement est nécessaire, indispensable, pour grandir, pour devenir soi-même.

Seule une certaine foi éclaire le sens des crises qui obligent au dépassement et permettent de se remettre en mouvement. Leurs effets peuvent être limités par la force de l’habitude, mais elles sont fécondées par la force de la croissance impérieuse qui pousse au développement de la vie. Un chemin inhabituel, déroutant, par le dérangement même, sauve la vie en la remettant dans la bonne direction. Car si le mal nous enferme dans nos peurs, le bien peut aussi se nourrir de celles-ci. La force de l’habitude s’en trouve alors neutralisée dans ses aspects mécaniques, routiniers. Le décentrement qui en résulte permet à la grâce de se manifester et d’agir, et cette nouvelle force n’est autre que l’amour. C’est ainsi que l’amour dérange, il fait continuer à vivre quelle que soit la souffrance, et sauve.

La force de l’habitude est utile pour construire sur du solide mais elle devient un handicap pour le mouvement, si l’on n’y prend garde. La Foi est le nom de l’énergie qui permet à l’être de demeurer fidèle dans sa marche, évitant le double danger de l’errance et de l’immobilité. Deux mots dans la Bible décrivent cette réalité : le chemin et le roc. Ils sont complémentaires. Le chemin dit l’insécurité de la marche vers Dieu et le roc dit quelque chose de la sécurité de l’amour authentique.

Fr. Thierry

« En Toi j’ai mis ma confiance »

La confiance, nous dit le dictionnaire, est « le sentiment de sécurité de celui qui se fie à quelqu’un ou à quelque chose ». Mais à qui ou à quoi un monde qui affiche son indifférence ou son hostilité au divin peut-il se fier ? L’homme d’aujourd’hui est devenu son propre maître et croit pouvoir se suffire à lui-même en se choisissant des idoles, toujours les mêmes (argent, pouvoir, domination…), dont il découvre peu à peu qu’elles ne peuvent satisfaire ses désirs les plus profonds. La déception fait place à la défiance, à un sentiment d’insécurité qui peut mener bien vite au désespoir face aux difficultés.

Le croyant, lui, a mis sa foi en Dieu, cependant il peut être tenté de s’en détourner ou voir sa confiance entamée lorsque se présentent les épreuves.

Dans l’Ancien Testament, déjà, les exemples ne manquent pas où le peuple hébreu préfère se fier à son propre jugement plutôt qu’à la sagesse divine. Malgré les mises en garde, il se tourne vers des idoles que les prophètes qualifient de « mensonge » (Jr 13,25) et de « néant » (Is 59,4).

A l’inverse, la foi d’Abraham ne vacille pas à l’heure du sacrifice de son fils car il a l’assurance que « Dieu pourvoira » (Gn 22,8-14). Il est pour nous le modèle du juste qui obéit par la foi. Dans les psaumes, c’est au cœur des ténèbres que surgissent les appels au secours et que se manifeste la confiance en un Dieu fidèle et miséricordieux : « qui se fie en Yahvé, la grâce l’entoure » (32,10), « En Dieu seul repose-toi, mon âme, de lui vient mon espoir ; lui seul mon rocher, mon salut, ma citadelle » (62,6-7). Tout au long de l’histoire d’Israël, Yahvé est le Dieu qui « écoute », « garde », « protège », « défend », « console », « rachète », « sauve »… particulièrement les petits et les faibles. Le psaume 131 traduit la prière humble et confiante de celui qui a gardé l’esprit d’enfance : « Yahvé, je n’ai pas le cœur fier, ni le regard hautain. Je n’ai pas pris un chemin de grandeurs ni de prodiges qui me dépassent. Non, je tiens mon âme en paix et en silence ; comme un petit enfant contre sa mère, comme un petit enfant, telle est mon âme en moi. Mets ton espoir, Israël, en Yahvé, dès maintenant et à jamais. » Jésus utilise également cette image du petit enfant : « Laissez les enfants venir à moi ; ne les empêchez pas, car le Royaume des cieux est à ceux qui sont comme eux. En vérité, je vous le déclare, qui n’accueille pas le Royaume de Dieu comme un enfant n’y entrera pas. » (Lc 18,16-17) car le petit enfant est celui qui s’abandonne dans la confiance et qui accueille tout ce qui lui est donné avec simplicité et émerveillement.

S’inspirant de la prière du Christ, qui fait sienne la volonté de son père, Charles de Foucauld exprime ainsi sa confiance en Dieu : « Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. Quoi que tu fasses de moi, je te remercie. Je suis prêt à tout, j’accepte tout, pourvu que ta volonté se fasse en moi ». Avec une « infinie confiance » il s’en remet entièrement à la volonté et à la bienveillance de son Père car il se sait fils bien-aimé.

François d’Assise, lui, renonce à toute prétention pour se faire petit et humble serviteur, pour pouvoir tout recevoir et se recevoir du Père, Lui le seul Bien. C’est une confiance simple et joyeuse qui le porte à la louange. « Tu es le bien, tu es tout bien, tu es le souverain bien, […] tu es notre abri, notre gardien et notre défenseur, tu es la force, tu es la fraîcheur. Tu es notre espérance, tu es notre foi, tu es notre amour ». (Louanges de Dieu pour frère Léon) .

Nous sommes tous les enfants bien-aimés du Père, aimés d’un amour qui, seul, peut nous combler. Un amour de toujours à toujours, qui peut tout, qui supporte tout et qui ne se dément pas. Mais c’est dans la détresse que se vérifie notre confiance en Dieu ; l’expérience de ces grandes figures peut alors affermir notre foi et nous redonner l’assurance qui nous fait tant défaut, à l’exemple de Ste Thérèse d’Avila : « Que rien ne te trouble, que rien ne t’épouvante, tout passe, Dieu ne change pas, la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien : Dieu seul suffit […] Aime-Le comme Il le mérite, Bonté immense ; mais il n’y a pas d’amour de qualité sans la patience. Que confiance et foi vive maintiennent l’âme, celui qui croit et espère obtient tout. »

Croyons avec le pape François que « seule la confiance en Dieu peut transformer le doute en certitude, le mal en bien, la nuit en aurore radieuse. » (tweet posté le 11 avril 2014)

P. Clamens