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« Dans l’épreuve, redécouvrir Dieu présent à notre vie »

Dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent présenté comme le « Rocher » d’Israël, nom qui traduit sa fidélité inébranlable à son Alliance. Cette union de Dieu avec son peuple est si solide qu’elle résiste à l’épreuve du temps et qu’elle ne se dément pas face aux infidélités répétées des hommes. Oui, notre Dieu est « le Dieu fidèle, éternellement ». Cette fidélité, Israël l’expérimente dans les épreuves ; ainsi en est-il durant l’Exil.

Dans la mentalité juive, il existe un principe selon lequel Dieu rétribue chacun selon sa conduite : récompense pour le juste et malheur au méchant. Les déportations successives à Babylone ont donc d’abord été vécues comme le châtiment des péchés d’Israël : celui des rois qui n’ont cessé de s’écarter de l’alliance divine, celui des puissants qui se sont enrichis au détriment des plus petits, oubliant leur devoir de charité, celui du peuple tout entier qui s’est laissé séduire par d’autres dieux et dont la conduite s’est pervertie. Les exilés auraient pu se sentir abandonnés de Dieu, pourtant cette épreuve va se révéler féconde. Les paroles des prophètes deviennent source de réconfort car, si elles annoncent le châtiment, elles s’accompagnent toujours d’une promesse de renaissance pour peu que l’appel à la conversion soit enfin entendu. Les exilés trouvent des raisons d’espérer au cœur même de leurs difficultés parce qu’ils prennent conscience de la présence de Dieu à leurs côtés. Ils font une relecture de leur histoire et de leur relation à Dieu. « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR » (Os 2,21-22)

Sous l’influence des prophètes et des prêtres, s’invente une nouvelle façon de vivre sa foi, plus spirituelle : plus de Temple, ni de sacrifices, mais des assemblées (ou synagogues) pour prier et méditer la Parole de Dieu. Peu à peu, c’est un Israël nouveau qui se construit, alors même qu’il redécouvre sa vocation de nation sainte. C’est la communauté des « pauvres de Yahweh », ceux qui ont tout perdu mais qui, humblement, s’en remettent totalement à Dieu car ils ont foi en sa fidélité et en son amour bienveillant, car ils savent que de lui seul vient le salut.

Dans les livres d’Ezechiel et d’Isaïe, Dieu promet la fin de l’exil, il se présente comme le Pasteur d’Israël, il est le berger qui prendra soin des exilés et les ramènera sur leur terre. « Car ainsi parle le Seigneur DIEU : je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. De même qu’un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d’un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité. Je le ferai sortir d’entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre » (Ez 34, 11-13). Il leur donnera un cœur nouveau, il conclura avec eux une alliance perpétuelle et les comblera de bienfaits. « Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR. Humiliée, ballotée, privée de réconfort, voici que moi je mettrai un cerne de fard autour de tes pierres, je te fonderai sur des saphirs, je ferai tes créneaux en rubis, tes portes en pierres étincelantes et tout ton pourtour en pierres ornementales. Tous tes fils seront disciples du SEIGNEUR, et grande sera la paix de tes fils. » (Is 54, 10-13). Le retour d’un certain nombre d’exilés à Jérusalem témoignera de la fidélité de Dieu à son peuple et du caractère immuable de son Alliance. Forts de leur foi renouvelée et vivifiée par les épreuves, les exilés auront une influence déterminante dans la réorganisation de la vie matérielle et spirituelle de la communauté, malgré les difficultés et les dissensions.

Pourquoi ne pas faire un parallèle entre cet épisode de l’Exil et ce que nous vivons actuellement ?
Durant ces semaines de confinement, nous avons pu souffrir dans notre chair des effets de cette pandémie, ou plus simplement nous sentir totalement entravés par les restrictions portées à nos libertés. Mais dans ce retrait et ce silence, peut-être avons-nous eu la chance de découvrir que, débarrassés, malgré nous, de ce que nous appelions des priorités, un « trésor » nous attendait…une liberté bien plus grande et bien plus exaltante : une liberté intérieure. Celle née d’un cœur à cœur enfin rendu possible avec notre SEIGNEUR. Malgré la peur, la maladie, la mort, tout nous chantait, à nous aussi, sa présence et son amour indéfectibles : l’attention portée aux autres, les gestes de solidarité, le bonheur éprouvé dans les choses les plus simples en attestaient. La nature elle-même éclatait de vie et de couleurs pour célébrer son Créateur. Le confinement, en favorisant le dépouillement, devenait un temps propice à la prière et à la méditation, à une vie intérieure beaucoup plus riche parce que plus accordée à notre vocation d’enfants de Dieu.

Dans La France contre les robots, Bernanos dit de la civilisation moderne qu’elle est « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Alors, au sortir de cette épreuve, qu’allons-nous faire de notre « trésor » ? Allons-nous reprendre notre course effrénée vers des bonheurs illusoires et fugaces ? Ou allons-nous repenser notre vie et notre relation à Dieu, à l’image des exilés à Babylone, en nous appuyant sur la fidélité d’un Père qui ne nous veut que du bien, lui le seul Bien…

P. Clamens-Zalay

Léon XIII : Entre conservatisme et ouverture au monde

Le mois dernier fut esquissé le rôle joué par le Pape Léon XIII dans la réforme du Tiers-ordre franciscain. La pensée et l’action franciscaines entraient en cohérence avec le souci social de ce prélat ignatien. Gioacchino Pecci, considéré par ses détracteurs comme un pape rouge, était un gros travailleur qui réalisa un « cursus honorum » parfait au cœur de l’institution ecclésiale jusqu’à accéder au trône de Saint-Pierre le 20 février 1878, à 68 ans. Il fut sans doute élu pour être un pape de transition après le long règne de Pie IX. Pourtant, il demeura évêque de Rome pendant vingt-cinq ans. Ordonné prêtre en 1837, il entra immédiatement dans l’administration pontificale. Légat pontifical(1) à 27 ans, Archevêque(2) à 32 ans, puis nonce apostolique(3) en Belgique, poste délicat en un royaume doté d’un souverain protestant(4) ; il devint camerlingue(5) à 67 ans. Pie IX(6) l’avait longtemps tenu à l’écart craignant les idées perçues comme trop libérales de cet enfant de petite noblesse siennoise. S’il devint prêtre, il semblerait que ce fut plus par souci de faire carrière que par vocation profonde. Toutefois, son long pontificat marqua à jamais l’histoire de l’Église. Conscient que le monde était en train de changer, il fit un effort intellectuel afin de mieux comprendre ces évolutions qui agitaient le monde d’alors. Convaincu de la supériorité absolue du pouvoir spirituel, il rejeta tout accommodement sur la question romaine. Il fut toutefois à l’origine d’un renouveau intellectuel qui toucha toute l’Église jusqu’à la fin des années soixante. Grand admirateur de St Thomas(7), son corps de pensée fut le néo-thomisme(8). La notion de bien commun animait son cheminement. Fidèle au « bœuf muet »(9), il estimait que la création était divine et s’attachait à montrer que ce bien commun devait aussi nourrir la société et l’économie du monde industriel, repoussant les injustices nées de cette réalité nouvelle.
Léon XIII aspirait à une Église présente dans son époque, celle du siècle des révolutions qui provoquèrent de profonds changements dans les esprits et les sociétés. Déjà sensible à la question sociale, sa rencontre avec le financier Ferdinand de Meeûs, gouverneur de la Société générale de Belgique, philanthrope et catholique engagé, fondateur du Crédit de la Charité, ne fit que le conforter dans sa volonté que l’Église s’intéressât aux difficultés du prolétariat naissant et aux souffrances du monde ouvrier. Par ailleurs, l’émergence des idées socialistes lui paraissait une menace qui invitait l’Église à vivre avec son temps. Pour relever ce défi de l’ère moderne, Léon XIII s’appuya sur le Tiers-ordre franciscain et sur des catholiques préoccupés par la misère ouvrière afin de dénoncer les abus du capitalisme.

Érik LAMBERT

(1) Envoyé par le pape pour une mission, ponctuelle ou permanente, d’administration ou de représentation.
(2) Evêque placé à la tête d’une province ecclésiastique et qui a plusieurs évêques sous son « autorité »
(3) « Ambassadeur » du Pape
(4) Léopold 1er, roi des Belges était un prince allemand de Saxe-Cobourg et Gotha.
(5) Cardinal particulièrement chargé par le Pape de l’administration des biens temporels du Saint-Siège. Il préside la chambre apostolique et gouverne quand le Saint Siège est vacant.
(6) Giovanni Ferretti, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX, a eu le règne le plus long (32 ans) et l’un des plus tourmentés de l’Histoire de l’Église. Le pape du concile Vatican I fut d’abord perçu comme un homme d’ouverture. Les catholiques libéraux ainsi que les républicains italiens reportèrent sur lui leurs espoirs d’ouverture mais ils durent déchanter après l’échec des soulèvements révolutionnaires de 1848. Le 8 décembre 1864, en annexe de l’encyclique Quanta cura, Pie IX publia le Syllabus, catalogue de tout ce qu’il pensait être les erreurs de la pensée moderne. Le ton sarcastique du Syllabus suscita l’ire des catholiques libéraux. C’était l’époque de l’ultramontanisme. Dans les grands pays catholiques, dont la France, le clergé et les fidèles manifestaient un soutien croissant envers le pape « d’outre-monts ». L’autorité morale et spirituelle de Pie IX ne cessa de s’accroître. En 1869, le concile Vatican I institua le dogme de l’infaillibilité pontificale. Mais quelques mois plus tard, le 20 septembre 1870, les troupes du roi d’Italie occupèrent Rome. C’en fut fini des États pontificaux. Pie IX se considéra comme prisonnier au Vatican. Une situation qui perdura jusqu’aux accords du Latran en 1929, avec Mussolini, et à la création de l’État souverain du Vatican (le plus petit État du monde).
(7) Saint-Thomas d’Aquin, éduqué au monastère bénédictin du Mont-Cassin, devenu dominicain, tenta
de concilier la philosophie d’Aristote et la doctrine chrétienne. Cette ambition engagea une révolution intellectuelle, la philosophie scolastique, qui réconcilia la raison et la foi au nom de la Vérité.
Thomas d’Aquin fut canonisé, proclamé Docteur de l’Église et surtout considéré comme le saint-patron des écoles et universités catholiques.
(8) Courant de pensée qui constitue l’alternative entre positivisme et matérialisme. Il s’agit d’une théologie défendant un réalisme philosophique. La renaissance du thomisme est en partie l’œuvre de l’encyclique Æterni Patris du 4 août 1879 (Sur la restauration dans les écoles catholiques de la philosophie chrétienne selon l’esprit du « docteur angélique » c’est-à-dire St Thomas) Le pape conseilla de suivre Thomas pour lutter contre les dangers de certains dispositifs philosophiques, en pensant que la raison pouvait atteindre une vérité philosophique qui ne mettrait pas en danger la foi. Le 4 août 1880 Léon XIII déclare saint Thomas patron des études dans les écoles catholiques (Cum hoc sit). Le 29 juin 1914, dans son motu proprio, le pape Pie X demande aux professeurs de philosophie catholique d’enseigner les principes du thomisme dans les universités et les collèges. Et cette même année, la Congrégation romaine des Séminaires et Universités promulgua une liste de 24 thèses thomistes reconnues comme normæ directivæ tutæ. Après la mort de Pie X, Benoît XV fit réviser le Code de droit canonique, recommandant la doctrine de Thomas et approuvant les 24 thèses (1917).
(9) A cause de sa taciturnité, qu’ils attribuaient à la lenteur de son intelligence, ses condisciples l’appelaient le boeuf muet de Sicile; mais son maître leur disait « Ce boeuf mugira si fort, que toute la terre l’entendra ». «Thomas, viens vite, il y a un boeuf qui vole devant la fenêtre ! Et le brave Thomas, que n’effleurait jamais l’idée qu’on pût mentir, allait voir sous les lazzis de ses condisciples. Même durant les repas, il restait absorbé dans sa méditation, au point qu’on pouvait lui changer de plat sans qu’il s’en aperçût. », In Libération, L’amour vache par Robert Maggiori, 3 août 2004.

La femme adultère chap 8, 1-11

Préliminaires
Ce récit est ordinairement considéré par les spécialistes comme une pièce rapportée dans l’évangile de Jean. Il s’agirait d’une tradition indépendante, qui n’a été utilisée par aucun des 4 évangélistes, mais qui aurait été insérée après coup dans l’évangile de Jean. Cette constatation nous amène à nous poser 2 questions :
Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?
Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ?

Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?

• Les manuscrits les plus anciens l’ignorent.
• Certains manuscrits, plus récents, le placent ailleurs, dans le ch. 8 (après les versets 36 ou 44), ou même à la fin de l’évangile, preuve qu’on ne savait trop où mettre cette pièce « flottante ».
• D’autres manuscrits l’attribuent à Luc et le placent après Luc 21, 38, c’est à dire entre « les derniers jours de Jésus au Temple » et « le complot contre Jésus ».
• Les Pères Grecs semblent ignorer ce récit.
• Enfin, on n’y trouve ni le vocabulaire, ni le style de Jean. Par contre, il relève tout à fait du style et de l’idée générale de Luc, l’évangéliste de la miséricorde.

Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ? Et pourquoi au début de ce chapitre 8 ?

• Le thème du procès fait à Jésus par les autorités juives, est un thème récurrent dans cet évangile, et le récit de la femme adultère l’illustre parfaitement.
• En Jean, les ch. 7 et 8 sont ceux de la grande et violente opposition entre Jésus et les Juifs : insérer ce récit en plein milieu convenait fort bien. Surtout, juste avant le verset 15 : « Moi, je ne juge personne ! »
• Enfin, sous ce récit, apparemment de simple indulgence de la part de Jésus, se cache, une fois de plus, une révélation sur la véritable identité de Jésus. C’est donc un récit christologique.

Le véritable accusé n’est pas celui qu’on pointe 1-6a

>> En apparence, on instruit ici le procès d’une femme adultère. En réalité les scribes et les pharisiens font le procès de Jésus. La femme adultère ne sert que de prétexte.
>> La véritable intention des accusateurs se déplace :
• à l’égard de la femme coupable, c’était de se faire les pieux défenseurs de la loi de Moïse (dont le but était, en effet, d’extirper les mauvaises mœurs dans le peuple de Dieu). Le Lévitique 20, 10 prévoyait sans conteste la mort par lapidation.
• mais à l’égard de Jésus, c’est en réalité de trouver un motif pour le condamner à mort.
>> La tactique ? enfermer Jésus dans un dilemme fatal :
• ou bien il penche pour la clémence, mais alors il prend parti contre l’autorité de Moïse, et encourt dès lors, comme blasphémateur, le même châtiment que la femme.
• ou bien il penche pour la sévérité, mais alors, lui qui se présente comme le prophète de la miséricorde, il se contredit lui-même : c’est un faux prophète, et les faux prophètes, Israël ne peut les tolérer en son sein, il faut s’en débarrasser.

Le piège est le même que la question insidieuse posée un jour à Jésus : « Maître, est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » (Lc. 20, 20-26). Selon la réponse, Jésus serait, ou un mauvais juif, ou un dangereux agitateur.
>> L’ambiance est tendue, et le danger est aussi grave pour Jésus que celui qu’il devra bientôt affronter lors de son jugement devant le sanhédrin. On le voit à un détail révélateur, qui invite à faire le rapprochement : Jésus commence par garder le silence ; or, devant le sanhédrin, Marc nous rapporte : « Mais lui se taisait et ne répondait rien » (14, 61).
>> Jésus écrit sur le sol… On a supposé beaucoup de choses, à tort. Il s’agit, très probablement, d’un geste pour rien qui marque son désintérêt pour la question posée, son refus d’émettre un jugement. Mais les juifs insistent…

frère Joseph

Un livre…

INGRÉDIENTS POUR UNE VIE DE PASSIONS FORMIDABLES LUIS SEPÚLVEDA

Edition : Métaillé
Publication : 10/04/2014
Pages : 144

Grand écrivain chilien, Luis Sepulveda s’est éteint dans sa soixante-et-onzième année le 16 avril dernier en Espagne où il vivait. C’est une des victimes du covid 19, et cette nouvelle a pris plus de place dans les chroniques, par ailleurs parcimonieuses, que le rappel de son oeuvre pourtant considérable. Est-ce l’effet d’une certaine arrogance typiquement française, disposée à traiter en mineures les littératures étrangères, surtout lorsqu’elle proviennent de régions défavorisées comme l’Amérique du Sud (les auteurs états-uniens bénéficient, eux, et on se demande souvent pourquoi, d’une certaine faveur automatique). Et cependant, la littérature sud-américaine est d’une grande richesse, trop méconnue, et Luis Sepulveda en est un très bel héraut, avec la vitalité, la vigueur, la sensualité et la simplicité directe et généreuse de son écriture, simplicité à laquelle seuls les grands auteurs parviennent.

La vie de Luis Sepulveda est en elle-même un roman. Né dans une très modeste famille de la banlieue de Santiago, l’enfant qui rêvait de devenir footballeur professionnel découvre la littéra-ture dans sa jeune adolescence, pour se consoler de ses déboires avec une fille qui n’aimait pas le foot, mais qui aimait la poésie. C’est aussi un militant très actif dans le soutien à la révolution paci-fique emmenée par Salvator Allende, et ensuite contre la dictature de Pinochet dont on ne rappelle-ra jamais assez combien elle fut sanguinaire. Échappant de peu à la mort, sa peine capitale fut commuée en 28 ans de prison dont il ne purgera « que » deux ans et demi, pour ensuite, grâce à l’intervention internationale, se voir exilé. Commence une pérégrination en Amérique Latine, puis à travers le monde et en Europe où il s’installe et se marie, en Allemagne, puis pour finir en Espagne. Partout il a multiplié les expériences, toujours au contact des gens, et toujours animé de la même foi révolutionnaire et écologiste.

Ingrédients pour une vie de passions formidables retrace des épisodes, souvent jubilatoires, de l’existence semi nomade d’un exilé qui n’a jamais oublié son pays (« Seul un oiseau fou a pu avoir l’idée de me faire naître à cet endroit »), auquel il consacre le dernier et magnifique chapitre, et d’un homme passionné d’humanité qui n’a jamais rien renié de l’amour pour son peuple, ni pour les autres peuples, ni de ses combats pour un monde juste et fraternel, ni de l’humilité de son am-bition d’écrivain qui se résume à une double tentative : « nommer les choses, comprendre le monde ». Mais il est dans la logique de ses attachements — même s’il pensait des pays où il a vécu certainement la même chose qu’il disait de ses enfants : « Tous mes enfants sont mes préfé-rés » — de finir avec sa propre déclaration d’identité, à sa façon : « Je suis un Chilien sans un do-cument qui l’atteste mais peu m’importe car, où que je sois, il me suffit de regarder vers le sud pour sentir sur mon visage l’air austral qui, dans ma mémoire têtue, a toujours l’odeur de la solidarité, de la fraternité et de la volonté de construire un pays meilleur. »

Jean Chavot

Prière de juin

Dieu,
Toi la source de toute vie,
Toi le Père infiniment bon
qui engendres toute créature à l’amour,
Toi le défenseur de l’opprimé,
le libérateur de ton peuple humilié,
fais de nous des hommes et des femmes amoureux de la vie,
luttant pour la justice avec les armes de la paix.

Nous Te le demandons
par ton Fils et notre frère, Jésus, le Christ.
Il a guéri les malades et partagé le pain.
Il a lutté contre les puissances de la violence et de la mort.
Serviteur souffrant, Il a pris sur Lui
toute la violence du monde.
De sa mort a jailli, inépuisable, la source de la vie.

Fais de nous, Père, à son image,
des assoiffés de justice,
des artisans de paix.

Père de toute miséricorde,
envoie-nous ton Esprit,
l’avocat des pauvres,
le consolateur des humiliés,
le souffle léger
qui réconcilie le frère avec le frère.
Qu’à son inspiration,
pleine de force et de douceur,
pour éliminer toute violence,
nous devenions infiniment ingénieux,
accrochés au roc de notre foi,
prêts à toutes les patiences de l’espérance,
rompus à toutes les ruses de l’amour.

Nous Te rendons grâces
car pour réconcilier tous les hommes en ton amour,
Tu nous as fait l’honneur
d’avoir besoin de nous.

Confiné-déconfiné

Voilà deux mots récemment passés en force au premier rang de notre vocabulaire… et pourtant, bien avant la période inédite que nous vivons, la Pentecôte fut une réalité où l’on retrouvait ce même mouvement, comme un spasme : la même séquence de fermeture et d’ouverture. Quand la situation est unique, dangereuse, quand les repères de la vie disparaissent ou s’estompent, la peur provoque une réaction de confinement. Se mettre à l’abri, c’est chercher un secours dans le retrait, et c’est aussi, pour le groupe, se réfugier dans son identité. La sécurité et l’identité, nécessités de l’existence, sont positives. À condition de ne pas se soustraire au mouvement de la vie.

Le repli des disciples, après la disparition de Jésus, est une réaction du même ordre, de peur et de pertes de repères. Mais ils nous font bien prendre conscience que le confinement n’est pas fait pour durer. Il faut en sortir. C’est bien ce qui arrive à la communauté des « Actes des Apôtres ». Jésus, « en ce premier jour de la semaine », arrive à l’endroit où le groupe s’est réuni pour se retrouver. Il leur souhaite à chacun la « Paix » , il leur montre ses mains et son côté. Il leur révèle qu’il est dans la vraie vie, faite de Paix et de passion. Par la Paix vécue, il dit son amour et par son combat, il dit le mal dépassé. De ce moment partagé, il se dégage une plénitude de joie. Puis, les disciples reçoivent leur mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». C’est la Parole qui « déconfine » les disciples : ils sortent, il n’est plus question qu’ils restent entre eux. Nous avons bien vu la portée de la fermeture provisoire des églises, il n’est pas question pour nous non plus de rester confinés entre croyants, mais d’aller annoncer, par la Parole et par l’engagement, la Bonne Nouvelle du pardon, de la réconciliation avec tous, d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur couleur.

Un autre sentiment surprend les disciples : l’émerveillement. Et c’est la force de l’Esprit de favoriser des initiatives inattendues ou inespérées, partout sur la Terre. C’est le même sentiment qui nous anime nous aussi en ces temps exceptionnels, partagés entre angoisse et espérance : l’émerveillement d’un mieux vivre possible pour ce monde et pour tous ses habitants. Prenons le temps de considérer et d’apprécier les initiatives audacieuses qui naissent partout, créatrices et « apprenantes », dans toutes les langues.

C’est aussi le moment de redire le sens de notre expérience humaine : « nous sommes appelés à former un seul corps dans un unique Esprit. » C’est un projet immense dans le temps et dans l’espace, qui nous rappelle que le monde ne s’est pas fait en un jour. Notre histoire humaine est rythmée de Pentecôtes, que nous pouvons oublier parfois, mais qui renouvellent notre Espérance en la force inaltérable de l’Esprit. Cette année, la Pentecôte diffuse comme un parfum de confinement et de déconfinement. A suivre !

« Paix et Bien »

Thierry Gournay

Prions en confinement semaine_9

« Père très Saint, avec Saint François d’Assise nous te supplions.
Au nom de Jésus-Christ donne-nous ton Esprit.
Répands-Le sur tous les hommes, toutes les femmes, et tous les enfants,
Sur la Création toute entière.
Qu’Il chasse la pandémie et restaure les corps et les cœurs.
Nous te le demandons à Toi qui vis pour les siècles des siècles.
»

Prière composée par fr Michel Laloux, ministre provincial, en cette période de pandémie.

Cette réflexion se fera, sœurs et frères, tout en continuant l’appel à la prière.

La fidélité

En couple, on se rend compte de la chance d’être ensemble et unis dans cette épreuve de pandémie qui est assez angoissante. Il y a des aspects positifs au confinement, par exemple : se retrouver tous les deux avec du temps libre, sans activités concrètes associatives et avec la possibilité de s’émerveiller sur l’éveil de la nature en ce printemps.
Par ailleurs, nous restons fidèles aux membres de la Fraternité et du CCFD-terre solidaire par téléphone, en veillant à prendre des nouvelles.
Pour la famille et les amis nous ressentons le lien qui s’est renforcé avec nos enfants et petits-enfants, qui nous appellent régulièrement au téléphone et de temps en temps par visio-conférence.
Au niveau de notre foi, nous avons la possibilité de suivre la messe à la télévision avec le Jour du Seigneur et les messes locales retransmises.
Cette crise renforce et fidélise nos convictions sur la nécessité de partager et sur l’attention à porter aux personnes les plus vulnérables, proches ou lointaines, ainsi qu’aux changements de vie à apporter dans la ligne de Laudato Si.

Ma relation à l’autre, expérience de fidélité…

Ce 17 mars 2020 restera en ma mémoire comme un couperet insolite, imprévu, poignant d’incertitude et masquant une certaine gravité de la situation : il fallait s’isoler, ne plus avoir de contact direct ou en groupes, « rester chez soi » !
Après quelques instants de stupeur, mon désir d’optimisme, de réaction à cette situation quelque peu déroutante et les conseils de plusieurs proches bienveillants me firent redécouvrir et apprécier les possibilités de contacts par le téléphone, le numérique et même les « vidéos » que je fréquentais difficilement auparavant ! …Expérience devenue heureuse dans la modernité ambiante même si cela ne remplace jamais le « en chair et en os » !
Cette situation nouvelle m’a fait réfléchir sur l’importance de ma relation à l’autre et combien cet « autre » m’est une force vive et devient, par sa fidélité, essentiel et précieux dans ce contexte si particulier- par nécessité sanitaire – de restriction des relations collectives.
Les coups de fil, sms, mails, signes d’affection de famille, fraternité, amis, et parfois des manifestations insoupçonnées de relations anciennes avec qui je n’avais pas eu de nouvelles depuis des lustres, tous ces appels réciproques me furent une vraie présence, touchante, riche d’échanges de ressentis et de compassion, de liens fraternels et de signes de confiance établis entre nous.
Les coups de sonnette de voisins habituellement très discrets se proposant de me faire quelques courses, de rapporter du pain, ou même demandant mon aide pour confectionner des masques, les douces connivences initiées à 20h chaque soir par les applaudissements sur les balcons, me mirent à l’évidence que ces nouvelles relations instauraient aussi un élan de fidélité original et de qualité certaine !
En toute rencontre, la « contagion » de ce que m’apporte l’autre me modèle le cœur et l’être, me transforme et sans cesse, instille que je suis en commencement, en création grâce à ce qu’il forge en moi et parfois me burine à travers nos échanges. Ainsi la constance de la relation, des sentiments me fait ressentir combien j’ai besoin de lui et constitue un soc qui me structure dans sa fidélité. Sans doute aussi fais-je l’expérience intime de l’Amour de Dieu présent en cette évolution permanente en moi que produit la réciprocité de ma relation à Lui et aux autres…
A quoi cela m’entraîne-t-il pour « l’après », en quoi puis-je évoluer face à ce nouveau contexte qui nous attend ?
Sans doute, à redonner du sens, du temps à la relation…à apprendre à mieux écouter ce que je n’entendais plus, à retrouver en certains autres de nouvelles oasis dans leurs capacités à me surprendre et à me sortir de la routine, à accepter un détachement de mes idées ou de ce à quoi je tiens le plus, fondamentalement, en ouvrant mon regard à la puissance d’autres valeurs qui me semblaient pauvres ou faibles, en un mot à redécouvrir l’autre dans sa capacité d’amour qu’il me propose en chaque rencontre !
Comment ne pas rendre grâces au Seigneur de ces cadeaux inattendus de fidélités humaines qui meublent de joyeuse reconnaissance ma prière et m’ouvrent un chemin de Foi !
Loué sois-Tu mon Seigneur pour ces fidélités redécouvertes, source de richesses à venir et reflet de la fidélité de Ton amour en chacun de nous !

Prions en confinement Semaine_8

« Père très Saint, avec Saint François d’Assise nous te supplions.
Au nom de Jésus-Christ donne-nous ton Esprit.
Répands-Le sur tous les hommes, toutes les femmes, et tous les enfants,
Sur la Création toute entière.
Qu’Il chasse la pandémie et restaure les corps et les cœurs.
Nous te le demandons à Toi qui vis pour les siècles des siècles.
»

Prière composée par fr Michel Laloux, ministre provincial, en cette période de pandémie.

Cette réflexion se fera, sœurs et frères, tout en continuant l’appel à la prière.

La joie

La joie de saint François suppose plusieurs termes : joie, émerveillement, louange, action de grâce. Ce point est central dans la spiritualité de François et par conséquent de la nôtre. Comme pour l’humilité, l’émerveillement ou la minorité, la joie de François s’enracine en Dieu. Il est un émerveillé de Dieu. Il est fasciné par Dieu. Il suffit de lire les « Louanges de Dieu » pour s’en convaincre. Et sa joie ne peut s’expliquer que par cette fascination.
Mais, on ne peut être fasciné par quelqu’un ou quelque chose que si on a fait l’expérience de ce quelqu’un ou de cette chose.
François a fait l’expérience de Dieu. Ce qu’on appelle dans le langage religieux, un homme mystique. (Attention : la mystique n’est pas réservée à une élite que la hiérarchie décrète en tant que telle. La mystique est la certitude de Dieu présent à ma vie, avec tout ce que ce mot, certitude, porte de poids et de conséquences). Il a fait l’expérience de ce Dieu trois fois Saint, le Tout-Autre, qui se penche sur ce vermisseau qu’il est. Il a fait l’expérience de ce que Dieu fait pour lui (avant de se demander ce qu’il fait, lui, pour Dieu). D’où sa fascination et sa joie inébranlable.

Il est vrai que François est un homme joyeux par tempérament. Mais cela seul ne suffit pas à expliquer cette joie indéracinable. C’est ce qu’il écrit au début de son testament : « Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur me conduisit parmi eux ; je leur fis miséricorde ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps » (Test. 1b-3a) ; ou « la joie parfaite » en Fioretti 8, même si, humainement, elle est un peu masochiste.

Ce n’est pas non plus par naïveté : tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil. C’est une démarche plus profonde qui relève de la Bonté même de Dieu, le Roi des rois, et comme le disait un frère qui a déjà rejoint le Seigneur, Jean-Joseph Buirette, il voyait en toute créature humaine « une virtualité princière » comme condition et comme destinée. Et cela le remplit d’allégresse.
Cela suppose, avant tout, une expérience de Dieu, pas n’importe lequel, mais le Dieu sauveur, et cela quotidiennement. Après le dépouillement devant son père au tribunal de l’évêque, c’est comme une explosion de joie qui lui fait dire : « désormais je puis dire, non pas mon père Pierre Bernardone, mais notre Père qui es aux cieux ». C’est la joie d’un pauvre qui est sûr de pouvoir manger tous les jours dans la main de son Père, dans la main de son Dieu. La joie de la présence quotidienne du Père nourricier. D’après Celano 2, 77, François donnait à Dieu le titre de : « Grand Aumônier ». Et Chesterton écrit dans son livre sur saint François : « Tous les biens semblent meilleurs quand ils prennent figure de dons. »

Il est remplit d’une joie insondable devant le miracle de l’existence des choses : « Qui pourrait nous décrire la douceur inondant son âme lorsqu’il retrouvait dans les créatures la sagesse, la puissance et la bonté du créateur ? A contempler le soleil, la lune, le firmament et toutes ses étoiles, il se sentait monter au cœur une joie ineffable. » 1C. 80

Il y a aussi la joie de l’identification au Christ : dans l’évangile de la saint Mathias, entendu à la Portioncule, François découvre une voie vivante de salut. Il découvre la condition humaine du Christ pauvre. Cela le transporte de joie et il s’écrie : « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir » (1C 22).

J’ai écrit plus haut par rapport à « la joie parfaite » qu’elle est humainement masochiste. Mais ce qu’il nous dit ne peut être compris que dans sa volonté de s’identifier au Christ qui a été incompris, rejeté, maltraité, crucifié.
Le frère Ignace-Etienne Motte résumait ce passage des Fioretti de la façon suivante : « O frère Léon, s’il nous arrive de vivre des moments où tout s’acharne à nous enfoncer dans la tristesse et si, ayant perdu tout motif raisonnable d’être joyeux, nous nous apercevons cependant que notre joie résiste et demeure inébranlable, alors, oui, nous pourrons dire que nous avons découvert au cœur de notre vie la source de la véritable joie ».

Pour finir avec ce rapide aperçu de la joie de François, il faut parler de sa mort.
La légende de Pérouse, 64, nous rapporte cette phrase de François qu’il adresse à frère Elie : « Frère, laisse-moi me réjouir dans le Seigneur et chanter ses louanges au milieu de mes infirmités : par la grâce du Saint Esprit je suis si étroitement uni à mon Seigneur que, par sa bonté, je puis bien me réjouir dans le Très-Haut lui-même ! ». Il évoquait avec lui l’imminence de sa mort.

Juste avant sa mort, François demande qu’on lui amène du pain, qu’on lui lise le passage de saint Jean : « Six jours avant la Pâque, Jésus sachant que l’heure était venue de passer de ce monde à son Père…». Et François rompt le pain et le distribue à ses frères. Puis il se fait déposer nu sur la terre nue. Il demande qu’on le laisse nu, « le temps nécessaire pour parcourir un mille à pas lent ». Il meurt là.
François a voulu célébrer sa mort à la manière de Jésus, par l’évocation du Jeudi Saint et du Vendredi Saint : Jésus a été dépouillé de ses vêtements avant d’être mis sur la croix. Celano écrit : « L’heure vint enfin où, tous les mystères du Christ s’étant réalisés en lui, son âme s’envola dans la joie de Dieu » (2, 217).

Il y a dans l’épisode de sa mort, une joie très profonde qui est le couronnement de sa joie parfaite. La grâce de pouvoir, au moment même de sa mort, être identifié à Jésus.

fr. Joseph – assistant régional

Prions en confinement semaine_7

« Père très Saint, avec Saint François d’Assise nous te supplions.
Au nom de Jésus-Christ donne-nous ton Esprit.
Répands-Le sur tous les hommes, toutes les femmes, et tous les enfants,
Sur la Création toute entière.
Qu’Il chasse la pandémie et restaure les corps et les cœurs.
Nous te le demandons à Toi qui vis pour les siècles des siècles.
»

Prière composée par fr Michel Laloux, ministre provincial, en cette période de pandémie.

Cette réflexion se fera, sœurs et frères, tout en continuant l’appel à la prière.

La joie

Peut-on être triste et affirmer en même temps que nous sommes franciscains ?
Comme la minorité, la joie est constitutive de notre spiritualité.
Mais de quelle joie parlons-nous ?
Je laisse pour commencer la parole à des sœurs et des frères pour témoigner de leurs expériences.

frère Joseph (assistant régional)

Après l’annonce du confinement le 15 mars; la première semaine a été très difficile, très angoissée et la peur de la maladie, de mourir, peur de l’inconnu, de perdre pieds et de ne plus rien maitriser m’envahissait. 😪
Je regardais sans cesse les nouvelles sur l’évolution du virus et J’ai fini par lâcher prise!!!!!
Mes joies sont simples. La première est d’avoir remonté la pente et de donner du sens au quotidien, cela reste quand même un travail de chaque instant….
Les appels donnés ou reçus par la famille, on se rend compte dans ces moments là que le lien et l’affection sont bien présents. Les échanges sont simples et vrais ou chacun se livre davantage.
L’attention que l’on se donne entre voisins est rassurante, on n’est pas seul. Je retrouve le plaisir du jardinage avec une voisine. L’envie de mettre des fleurs,🌻 de la couleur….Profiter du soleil ☀️
Les applaudissements le soir à 20H créent des liens, échange de livres avec une voisine. Une enfant de 3ans qui tous les soirs me souhaite « bonne nuit »; pour elle c’est devenu un rite avant le coucher. Si je continue à aller à ma fenêtre tous les soirs, c’est bien pour elle.
Cette semaine, j’ai repris mes activités au resto du cœur, plaisir de retrouver les autres bénévoles et les familles.
Avec les précautions prises, la tâche est plus compliquée et demande un gros travail de préparation.
Les bénéficiaires sont de plus en plus nombreux.
Les verbes, Ecouter, Regarder, Echanger, Prendre soin, Faire ensemble ont été source de joie pour moi.

Quelle est ma joie aujourd’hui, alors que des milliers de personnes meurent chaque jour dans le monde de ce méchant virus qui nous met pare terre ? Alors que le confinement, mesure de protection indispensable, coupe les liens charnels entre les personnes et aggravent les solitudes déjà lourdes à l’état ordinaire de la vie, avec tous les drames à venir qui se profilent avec des angoisses qui émergent déjà.
Chaque jour, même quand mes vieux os se font douloureux au réveil, une indicible paix et tranquillité qui vient de très loin me font sourire à la vie de ce jour nouveau.
Je regarde le ciel bleu de ma fenêtre, j’entends les oiseaux chanter plus qu’à l’ordinaire, je contemple la nature qui s’éveille en ce printemps pas comme les autres et cela me réjouit. J’écoute la vie qui vient des habitants du voisinage et de la cour, et j’aime ces signes de vie. Le téléphone sonne et mes enfants ou amis sont là pour prendre ou donner des nouvelles ; les réseaux sociaux me permettent aussi de rester en contact de visu avec eux.
J’entends à la radio des nouvelles réjouissantes de solidarités qui se mettent spontanément en place, du personnel médical ou soignant à la retraite qui reprennent du service, et des bénévoles qui se mettent au service de leurs concitoyens en difficulté de tout genre.
Comment ne pas rendre grâce pour cette présence et sollicitude bienveillante ? Je sais que le Seigneur est présent en chacun de nous et nous inonde de son amour inlassablement. Il est la source de toute cette bienveillance et générosité.
Alors oui, même dans ce monde en crise, j’ai une joie profonde au fond de mon cœur, qui me fait chanter un refrain de John Littleton que j’ai chanté il y a bien longtemps :
« J’ai envie de chanter car mon cœur est heureux
J’ai envie de chanter mon Dieu
J’ai envie de te dire la joie dans mon cœur
Et de chanter pour toi Seigneur
Le bonheur qui m’étreint
Est si grand aujourd’hui
J’ai envie de te dire merci
Dans la clarté du jour
Tu m’as pris par la main
Et je chante tout au long du chemin »

La France entière est confinée. Malheureusement, une fois encore, il y a ceux qui tirent leur épingle du jeu mieux que les autres. Je pense aux familles qui vivent entre quatre murs, avec trop de monde dans la maison et sans jardin. Moi, j’ai la joie d’être dans la campagne profonde et de pouvoir me promener quand je veux, sans attestation de déplacement. En ouvrant la porte de la salle à manger tôt le matin, je goûte le concert des oiseaux dans la forêt, qu’une jolie brume enveloppe. Comme chaque année, je reste sidérée du miracle du printemps, qui fait advenir en quelques semaines une ramure verdoyante, en lieu et place d’un désert gris. Ce renouveau est le signe que Dieu donne chaque fois avec largesse, sans se soucier de nos mérites et qu’il aime à recommencer ce don sans se lasser. Comme une nouvelle chance éternellement offerte. Alors bien sûr, cette joie sensible, immédiate, ne dure pas. Les préoccupations du jour, les inévitables frottements de la vie commune, même dans un cadre idyllique, ont raison d’elle. Cent fois par jour peut-être. Quand mon cœur s’agace, s’enflamme, qu’il se remplit d’un reproche intérieur ou formulé, la tristesse vient en général tout de suite après. Il y a alors ce fameux choix. Rester dans la mort ou revenir à la vie. Qu’il coûte, ce choix ! Mais quand on choisit d’aller chercher auprès de Dieu, au fond de nous, le pardon à soi-même et à l’autre et la force de l’exprimer à demi-mots ou par un geste, la joie revient, plus profonde et libératrice. Celle de la communion et de la paix intérieure retrouvée. Dans le confinement de notre cœur, c’est la plus grande bataille qui se joue, la seule qui compte en fait. Et qu’elle a de prix, cette joie-là, qu’il faut reconquérir sans cesse ! Alors bien sûr, nous savons qu’en ligne de mire, il y a encore mieux. Il y a cette joie dont parle François à ses frères, qui nous évite même de passer par la phase de la colère et du découragement. Cette joie parfaite, qui nous fait supporter patiemment et avec allégresse les vicissitudes et les injustices de la vie, en pensant aux souffrances du Christ béni. Il faut sans doute une vie entière pour y parvenir. Mais quel but désirable !

Parler de la joie ? Membre d’une fraternité franciscaine séculière, attiré et inspiré par la manière de François d’Assise de vivre l’évangile de Jésus, mon Seigneur, devrais-je être en joie parce qu’il a décrit ce qu’est pour lui la joie parfaite ? Certainement pas ! Que Dieu nous garde d’être des clones insipides du saint d’Assise. D’ailleurs, comme le relate si bien Eloi Leclerc dans « Sagesse d’un pauvre », François d’Assise a parfois été loin de vivre cette joie parfaite au cours de son existence. Alors, suis-je moi-même joyeux ? Mais, est-ce à moi de répondre ou bien les autres peuvent-ils constater que je le suis, ou ne le suis pas ?
En évoquant la joie, il me vient à l’esprit l’idée de légèreté. Non pas insouciance, mais légèreté qui s’oppose à ce qui est pesant, plombant, lourd, grave, à ce qui nous attache aux choses matérielles (d’ailleurs, la gravité – la force gravitationnelle – nous ramène toujours à la terre). Mais je peux expérimenter que cet apprentissage, lent et difficile, du détachement par rapport aux choses matérielles rend libre pour se réjouir de ce qui se fait de beau et de bon pour et par les autres. Se réjouir de voir la croissance d’un petit enfant dans sa découverte de la vie, des découvertes scientifiques qui conduisent à une plus grande compréhension du monde, du geste gratuit, de l’engagement – professionnel ou bénévole – dans un esprit de service des autres, pour la paix et la justice.
Cette joie-là est une joie intérieure, discrète, qui repose sur la confiance. Confiance en cet Autre, si mystérieux et pourtant si proche, au plus intime de moi-même, et vers lequel je ne cesse d’être en quête. C’est une joie qui me relie aux autres, les proches et les moins proches, car je prends de plus en plus conscience que nous sommes fondamentalement des êtres de relation et que la vie est relation. Elle nous mène à vibrer en résonance avec les joies et les épreuves que vivent nos frères et nos sœurs.
Alors, cette joie-là transparaît-elle pour les autres ? Je ne sais pas. Peut-être sous la forme d’un certain humour qui ne se prend pas trop au sérieux et qui est une manière pudique de dire aux autres qu’on les aime. J’espère pouvoir être dans cette disposition de joie confiante si, demain, frère coronavirus me désigne comme le prochain invité à louer le Seigneur pour notre sœur la mort corporelle.

Prions en confinement Semaine_6

« Père très Saint, avec Saint François d’Assise nous te supplions.
Au nom de Jésus-Christ donne-nous ton Esprit.
Répands-Le sur tous les hommes, toutes les femmes, et tous les enfants,
Sur la Création toute entière.
Qu’Il chasse la pandémie et restaure les corps et les cœurs.
Nous te le demandons à Toi qui vis pour les siècles des siècles.
»

Prière composée par fr Michel Laloux, ministre provincial, en cette période de pandémie.

Cette réflexion se fera, sœurs et frères, tout en continuant l’appel à la prière.

La minorité

Elle fait partie de notre ADN franciscain, et cela dès le début de l’Ordre :
« C’est lui (François) qui fonda l’Ordre des Frères Mineurs, et voici en quelle occasion il lui donna ce nom. La Règle comportait cette phrase : ‘Qu’ils soient petits’ ; or, un jour qu’on lisait la Règle, il interrompit : ‘je veux que notre fraternité s’appelle l’Ordre des Frères Mineurs.’
Et de fait, ils étaient ‘mineurs’, soumis à tous, ils cherchaient la dernière place et l’emploi méprisé qui pourrait leur valoir quelque avanie ; ce faisant, ils voulaient asseoir sur les solides fondations de la véritable humilité l’édifice spirituel qui grouperait en une heureuse architecture l’ensemble des vertus. » (1C. 38)

Être mineur, c’est se faire le plus petit pour être en position de servir les autres ; non pas pour le plaisir d’être au dernier rang… mais pour être plus apte à rendre service (aucune vertu ne vaut pour elle-même, si elle n’est pas fille de la charité). La minorité touche donc toutes les situations de la vie :

La vie commune :
« … au contraire, par esprit d’amour, qu’ils (les frères) se rendent volontiers service et s’obéissent mutuellement » (1R.5, 14)
Et particulièrement avec les malades :
« Si un frère, où qu’il soit, tombe malade, les autres frères ne le quitteront pas avant d’avoir désigné un frère – ou plusieurs s’il le faut – pour le servir comme ils voudraient eux-mêmes être servis. » (1R. 10, 1)

En position de responsabilité :
« Ce n’est pas pour être servi que je suis venu, dit le Seigneur, mais pour servir. Quand on a reçu autorité sur les autres, on ne doit pas plus en tirer gloire que si l’on était affecté à l’emploi de leur laver les pieds. » (Adm. 4, 1-2)

Dans le milieu du travail :
« …mais il (le frère) se fera petit et soumis à tous ceux qui habitent la même maison. » (1R. 7, 2)

Dans les rapports avec l’Eglise :
«… afin que, demeurant toujours soumis à cette même Eglise et prosternés à ses pieds, stables dans la foi catholique, nous observions la pauvreté, l’humilité et le saint Evangile de notre Seigneur Jésus Christ, comme nous l’avons fermement promis. » (2R. 12, 4)

Dans les rencontres fortuites :
« Ils doivent se réjouir quand ils se trouvent parmi des gens de basse condition et méprisés, des pauvres et des infirmes, des malades et des lépreux, et des mendiants des rues. » (1R.9, 2)

Cette manière d’être in fine, a un but spécifique, celui de l’annonce de la Bonne Nouvelle :
«… ou bien, ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens » (1R.16, 6)

En conclusion, l’utopie proposée par François à chacun, c’est d’être un signe, un sacrement du Christ serviteur de ses frères et de ses sœurs, allant jusqu’à donner sa vie pour eux.

Frère Joseph – assistant régional