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Jésus et l’Esprit Saint évangile jean Chap 7, 37-39

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi ;
et qu’il boive, celui qui croit en moi ! »

Rappelons-nous le déroulement de la fête des Tentes : la procession solennelle de l’eau et la libation sur l’autel, en souvenir de l’Exode, en particulier l’épisode de l’eau miraculeuse jailli du rocher. Jésus laisse entendre : le Rocher, c’est moi !

« Comme l’a dit l’Ecriture : ‘de son sein (du sein de Jésus) couleront des fleuves d’eau vive’. Jésus désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »

Jésus fait cette proclamation au Temple, et au jour le plus solennel de la fête, celui où le Temple prenait toute son importance.


Les fleuves d’eau vive dans l’Écriture

Ex. 17, 1-17 L’eau qui jaillit du rocher

Ps. 78, 16 : « Du roc il fit sortir des ruisseaux et descendre les eaux en torrent »
Ps. 105, 41 : « Il ouvrit le rocher, les eaux jaillirent, dans le lieu sec elles marchaient comme un fleuve »
1 Co. 10, 4 : « … nos pères buvaient à un Rocher spirituel qui les accompagnait, et ce Rocher était le Christ. »


Ez. 47, 1-12 L’eau qui sort du temple

Ez. 47, 1-12 : dit que l’eau sort de sous le seuil du temple ; en coulant vers la Mer Morte, elle devient un fleuve infranchissable, sur les bords duquel poussent des arbres de vie
Za. 14, 18 : « En ce jour-là sortiront des eaux vives de Jérusalem, moitié vers la mer orientale et moitié vers l’autre mer. »
Ap. 22, 1-2 : « … un fleuve de vie jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. »


Le Christ est à la fois le Rocher spirituel auquel les chrétiens s’abreuvent (1 Co. 10, 4) et aussi le temple des derniers temps (dont parlait déjà Jean en 2, 20). Du sein du Christ, Rocher et Temple, sort l’eau vive qui désaltère les croyants (Ez. 47).



L’eau symbole de l’Esprit Saint

L’interprétation de l’eau comme symbole de l’Esprit existe déjà dans l’Ancien Testament.

Is. 43, 20 : « … car j’ai donné des eaux dans le désert, des fleuves dans la terre aride pour abreuver les exilés de mon peuple en qui je me suis complu… » repris plus loin avec sa portée symbolique

Is. 44, 3 : « Car de même que les eaux sont données dans la terre aride, ainsi je donnerai mon Esprit Saint sur tes fils, et ma bénédiction sur tes petits-fils. »


Ce qui est nouveau, c’est la façon dont l’Esprit est conçu :

• non plus seulement comme un don de Dieu, comme une force intérieure qui transforme l’homme, mais comme une personne divine envoyée par le Père, conformément à la promesse du Fils : tous les hommes sont conviés à venir au Christ et à croire en lui, car s’ils ont soif ils trouveront ainsi à boire ;

• non plus une eau terrestre, comme nos pères dans le désert, mais une eau qui symbolise l’Esprit Saint : ceux qui croiront au Christ recevront de lui l’Esprit.



L’Esprit Saint donné seulement à la Résurrection

Jusqu’à la glorification du Christ, les hommes restent sous le régime de la loi. C’est du Christ Ressuscité et glorifié que vient la communication de l’Eprit Saint aux hommes.

Jn. 14, 15 : Dans ce discours après la Cène, la promesse de l’Esprit est au futur.
Jn. 20, 22 : Lors de la première apparition, le premier don accordé est celui de l’Esprit
Ac. 2, 15  : A la Pentecôte, c’est la réalisation solennelle et publiqueGa. 4, 4-7 : « Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils né d’une femme et assujetti à la loi pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs. Fils, vous l’êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi tu n’es plus  esclave, mais fils ; fils, et donc héritier : c’est l’œuvre de Dieu. » 

Fr Joseph

Pourquoi faire une pause ?

La vie de notre société est rythmée par des pauses. Ainsi, nous sommes invités à entrer dans le rythme scolaire, avec ses congés réguliers, ou pour la retraite, dont on parle beaucoup. Ces périodes plus ou moins longues me font penser à un temps typique aux chrétiens : le carême, temps qu’il n’est pas indifférent de nommer « parcours de vie ».

C’est à travers une grille de lecture que nous évaluons les étapes de nos existences, leurs régressions, leurs dérives, leurs croissances. Un voisin qui m’est proche porte sa voiture chez le garagiste pour une révision tandis qu’un ami sportif se prépare à courir un marathon. Il s’en donne les moyens par un programme d’entrainement qui lui permet de rêver à la victoire… De même, l’étape du carême nous invite à une remise en forme afin d’entrer dans une dynamique de croissance spirituelle. À quelque groupe que nous soyons associés, notre vie n’est jamais un long fleuve tranquille, elle traverse perturbations et tempêtes. Les différents moments de notre existence méritent d’être révisés ou évalués. Nous avons à en discerner la succession et l’évolution. « Ça résiste», « Ça dévie », autant de critères de lecture à travers lesquels il nous faut également évaluer notre vie spirituelle. Il est nécessaire de prendre du recul si nous ne voulons pas ronronner au rythme de l’habitude, et il n’y a pas d’âge pour cela. L’Eglise nous propose une pause: le carême. C’est un temps précieux, un temps d’entraînement pour célébrer Pâques d’une manière plus consciente et plus active. Repérons nos blessures, nos fragilités, nous ruptures, nos déchirures humaines et spirituelles. Sans faire de bruit, quel que soit notre état, dans la dépendance ou la souffrance, notre « vie cachée » (titre d’un film profondément spirituel), nous conduira à la joie de Pâques.

Même en dehors de ce temps du carême, nous sommes aussi appelés à « toujours commencer ». La clé de la fraternité, universelle, est un outil incontournable pour le changement de notre société blessée, malmenée. L’enjeu est permanent ; en tout temps, il s’agit de devenir plus vivants, plus libres, plus ouverts au sens de la vie, amoureux de l’essentiel.

Fr Thierry Gournay

la dimension franciscaine de pause et partage

Une expérience de fraternité

Chacun d’entre nous a expérimenté en fraternité combien cela peut faire du bien de pouvoir dire à d’autres ce qui vous pèse, les questions qui nous taraudent et de trouver des interlocuteurs bienveillants qui écoutent sans jugement, donnent leur point de vue sans rien imposer et partagent avec nous leur expérience humaine et spirituelle. Nous avons voulu offrir à d’autres ce que nous recevons dans notre fraternité et le faire à plusieurs. Souvent, dans une fraternité franciscaine, chacun a ses propres engagements à l’extérieur et pratique le service du frère selon ses dons et ses choix. Mais il y a dans l’ADN de l’expérience franciscaine cet envoi sur les routes à deux ou trois pour annoncer la Bonne Nouvelle. C’est un choix intermédiaire entre l’engagement individuel et l’engagement collectif de toute une fraternité dont nous rêvons parfois mais qui pourrait avoir quelque chose de contraignant et d’uniformisant.

A plusieurs, nous sommes plus forts pour affronter ce qui est difficile dans le service que nous assumons ensemble et pour chercher à le faire dans un esprit franciscain. Nous pouvons mieux prendre de la distance par rapport à nos réactions trop personnelles ou émotionnelles. Nous échangeons entre nous sur les questions que nous nous posons à propos de notre positionnement vis-à-vis des personnes que nous accueillons. Jusqu’où pouvons –nous les aider, répondre ou non à leurs demande ? Et ce n’est pas facile de résister à certaines demandes quand nous nous mettons à la place de ceux qui les formulent. Nous veillons dans cette perspective à orienter nos hôtes vers d’autres aides extérieures au groupe, notamment des associations, pour tout ce qui dépasse nos compétences et nos forces. Nous ne sommes pas psy, ni assistants sociaux, ni conseillers juridiques. Mais ce que nous pouvons faire ensemble, c’est donner l’occasion d’expérimenter la richesse et la fécondité des relations fraternelles, même si chacun de nos hôtes peut croire en arrivant qu’il ne peut rien pour l’autre.

C’est merveilleux de voir nos invités après un certain temps, se proposer de sortir ensemble ou échanger des adresses utiles ou s’apporter d’autres formes d’aide par exemple du soutien scolaire pour un enfant en difficulté. Cela exige de notre part de rester très discret, de ne rien forcer, de laisser mûrir les choses et naître les initiatives. Tout ce qui peut être perçu comme incitation moralisante est démobilisateur et culpabilisant mais La fraternité vécue est contagieuse, elle donne de la joie, du courage, l’envie de vivre et d’être soi-même avec les autres.

Nous sommes conscients des limites de l’aide que nous pouvons apporter. Personne ne peut porter la croix de l’autre mais seulement le soutenir comme Simon de Cyrène. Nous nous rappelons la parole de Jésus : «En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »( Jn 15,5) C’est pourquoi nous tenons à proposer au groupe ce temps de ressourcement l’après-midi où chacun peut approfondir ou renouer sa relation avec le Christ, déposer sa vie devant lui, et la relire en sa présence, apprendre à Lui faire confiance, à s’appuyer sur Lui . Il s’agit aussi pour ces personnes qui se posent des questions sur leur vie et sur elles-mêmes, de se sentir accueillies et aimées par l’Eglise et dans cette perspective, la présence et les prises de parole de frère Joseph sont essentielles. IL représente l’autorité de l’Eglise et nous laïcs, nous ne pouvons pas le faire seuls. Chacun doit travailler à sa juste place.

Pause et partage, c’est une grande école de dé-maîtrise. A chaque rencontre, nous ne savons pas quels seront les frères et sœurs qui nous seront donnés, nous sommes impuissants devant certaines situations et certains choix, nous devons nous incliner devant la liberté de l’autre et le secret de ses motivations malgré l’inquiétude que nous pouvons ressentir pour eux et pour les enfants. Heureusement, les liens fraternels entre les membres de l’équipe nous aident à avancer à travers ombre et lumière. C’est la fraternité vécue entre nous qui nous aide à vivre la fraternité plus largement et à transmettre par delà nos propres forces cette expérience de la force de la fraternité qui peut s’étendre de proche en proche lorsqu’on a eu la grâce de la vivre.

Témoignage de Marie-Agnès Fleury, de l’équipe d’animation de Pause et Partage


événements de mars 2020

L’itinéraire de Bonaventure,
introduction et nouvelle traduction
Table ronde avec Laure Solignac et fr. André Ménard, capucin

Jeudi 12 mars 2020 à 19h30

Où ?… A la bibliothèque franciscaine des Capucins
32 rue Boissonade , 75014 Paris


« Etre artisan de paix« 
Retraite des fraternités de la région Créteil-St Denis- Meaux Dimanche 15 mars 2020 de 9h à 17h

Intervenant : Frère Daniel Painblanc , capucin
Où ?… Chez les frères capucins,
32 rue Boissonade
75014 Paris

Laudes à 8h15 si vous souhaitez y participer, repas tiré du sac.


Exposition Marcel Hasquin
autour de la vie de Saint François d’Assise.
Jusqu’au 27 mars 2020

Où ?… A l’Espace Culturel de la Cathédrale de Créteil
2 rue Pasteur Valléry – Radot , 94200 Créteil
• Du lundi au vendredi de 10h à 19h,
• Le week-end de 15h à 18H



Stage de chant choral franciscain
du lundi 20 juillet -17h au dimanche 26 juillet – 14h

Découvrir et raviver des trésors du répertoire franciscain.
Vivre une expérience spirituelle et fraternelle.
Sous la conduite d’un chef de chœur expérimenté,

le frère Arnaud Blunat, dominicain.

Programme : Eveil corporel et vocal, technique vocale. Chant choral en tutti et en pupitre. Veillée spirituelle au sanctuaire de Reinacker

Où ?… Chez les Petites Soeurs Franciscaines
1 rue du couvent
67440 THAL-MARMOUTIER

Inscription avant le 15 mai 2020 : Auprès de soeur Nelly Morard
📞 06 56 76 78 22
Prix : 270€
Téléchargez le tract d’inscription

un livre

La vie retrouvée de François d’Assise
Jacques Dalarun

La vie retrouvée de François d’Assise.
Jacques Dalarun. Ed. Biblis.
141 pages. 10 €

Le premier récit de la Vie du bienheureux François fut composé dès après sa canonisation (le 16 juillet 1228). Le pape Grégoire IX l’ordonna à Thomas de Celano, un frère mineur, et il la confirma le 25 février 1229. En 1246-47, le même Thomas de Celano rédigea un nouveau récit, cette fois sur ordre du chapitre général de l’Ordre, complété par un recueil de miracles achevé en 1250. Ces deux récits, la Vita prima, et la Vita secunda, étaient jusqu’à présent les deux plus importantes biographies originelles du Poverello.

En 2007, Jacques Dalarun rassembla, sous le titre de Légende Ombrienne, des fragments de manuscrits épars qu’il attribua à Thomas de Celano, écrits cette fois à la commande de frère Élie, ministre général de 1232 à 1239. Ce texte s’intercalait donc entre la Vita prima et la Vita secunda, mais cela restait une hypothèse. En détective, digne émule de Guillaume de Baskerville (Le Nom de la rose), Jacques Dalarun continua à enquêter. Il découvrit un bréviaire dont les lectures des offices de Saint-François avaient été grattées, d’autres où elles étaient lisibles mais partielles, et le mystère s’épaissit…. Jusqu’à l’apparition quasi miraculeuse sur Internet, en 2014, d’un manuscrit qui rassemblait le contenu des bréviaires et celui de la Légende ombrienne. Il s’ouvrait sur une dédicace de Thomas de Celano au frère Élie. Elle ne laissait plus de doutes : il s’agissait d’une nouvelle biographie rédigée par le premier pour le second. Version abrégée de la Vita prima et pourtant riche de 60 % d’inédits, cette Vie de notre bienheureux père François porte sa raison d’être dans son nouveau titre : fournir des lectures pour les offices de frères mineurs. Jacques Dalarun l’affirme : « (…) la Vie retrouvée est la deuxième légende jamais écrite sur François d’Assise et la première jamais écrite pour l’usage spécifique des Frères mineurs. »

Dès 1266, du fait de querelles internes, le ministre général Bonaventure décida d’écarter toute autre légende que celle qu’il avait lui-même rédigée. C’est ainsi que la Vie du bienheureux père François disparut et qu’on l’effaça des bréviaires, parfois en la grattant. Jusqu’à la résurgence inespérée du manuscrit dont Jacques Dalarun nous précise dans sa préface que si, somme toute, on n’y trouvera aucun « scoop » sur François, son antériorité garantit une véracité supérieure étant donnée la plus grande proximité avec les événements relatés. Notamment sur les trente-trois nouveaux miracles posthumes qu’il contient, grâce auxquels, à défaut de certitudes sur leur authenticité, on en apprend davantage sur la vie et la foi touchantes des petites gens de l’époque.

La traduction du latin par Jacques Dalarun est précise et naturelle ; il nous livre un texte débarrassé des tournures ampoulées ou faussement d’époque qu’on trouve parfois dans ce genre d’exercice. Le résultat est une Vie retrouvée de François d’Assise bien agréable à lire, belle manière de rencontrer le Poverello ou de rafraîchir ses souvenirs sur sa biographie.

Jean Chavot

prière de mars

Dans la vérité, donne-nous la force de pardonner

Seigneur,
ne me laisse pas devenir
victime de l’orgueil quand je réussis,
ou de la déception quand j’échoue.

Seigneur,
apprends-moi qu’être prêt à pardonner est l’une des plus grandes marques de la force
et que le désir de vengeance est une manifestation de la faiblesse.

Seigneur,
si j’ai blessé mon prochain,
donne-moi la force de m’excuser ;
si les gens m’ont fait du tort,
donne-moi le courage du pardon.

Seigneur, si je t’oublie, ne m’oublie pas !

Donne-nous la force de nous pardonner à nous-mêmes
comme toi-même tu nous pardonnes.
Donne-nous la force de pardonner à chacun comme tu nous as pardonnés.
Pour toi, pardonner
c’est, dans la vérité, ressusciter la confiance et l’espérance,
ne retenir personne dans la passé,
espérer de chacun contre toute espérance.

Que chacun devant nous retrouve confiance et espérance.
Que chacun découvre la vie de Dieu qui germe en lui.
Que chacun se découvre Fils de Dieu, par grâce,
éblouissant de ta beauté
quels que soient ses trahisons ou ses errements passés.

Jägerstätter, la foi affronte le démon.

Après la guerre, aveuglé par la confortable certitude que le peuple de France avait résisté dans une belle unanimité, nul ne mit en doute que tous les Allemands avaient suivi Adolf Hitler dans ses ambitions mortifères. Les jeunes de la « Rose blanche », ou les « Edelweißpiraten», la mobilisation active des femmes de la « Rosenstrasse » à Berlin, ainsi que les actions de la résistance des Eglises, qui, à l’image de Von Galen ou Dietrich Bonhoeffer furent souvent à l’initiative de chrétiens isolés. Le cinéma ouvrit de nouvelles perspectives avec La Liste de Schindler et Amen mais il était difficile d’identifier les comportements héroïques d’alors.

Dupés par le concordat du 22 juillet 1933 et l’activisme antimarxiste de Monseigneur Kass, 108 000 catholiques abandonnèrent leur religion en 1938 malgré l’encyclique Mit brennender Sorge* du Pape Pie XI, lue en chaire dans toutes les églises catholiques du Reich, le 21 mars 1937-dimanche des Rameaux-. L’Eglise fut bien silencieuse face aux persécutions, ralliant parfois, au nom de la lutte contre le communisme, la croisade hitlérienne. Certes, il y eut quelques voix discordantes, telle celle de la militante catholique Irene Harand, Sein Kampf, Antwort an Hitler**. Pourtant, alors que les premières victimes chrétiennes entraient dans les camps de concentration, les évêques autrichiens appelaient à voter «oui» au référendum du 10 avril 1938 entérinant l’ « Anschluss » c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne hitlérienne. Le cardinal-archevêque de Vienne, Theodor Innitzer, affirmait : « Ceux qui ont charge d’âmes et les fidèles, se rangeront sans condition derrière le grand État allemand et le Führer, car la lutte historique contre la criminelle illusion du bolchevisme et pour la sécurité de la vie allemande, pour le travail et le pain, pour la puissance et l’honneur du Reich et pour l’unité de la nation allemande est visiblement accompagnée de la bénédiction de la Providence. » Dès le 15 mars 1938, Mgr Innitzer rencontra personnellement Hitler lorsque celui-ci vint à Vienne, et le 18 mars, avec les autres évêques autrichiens, signa une déclaration rédigée par le Gauleiter Bürckel favorable à l’Anschluss, ajoutant de sa main la formule « Heil Hitler ! ». Le 27 mars, cette déclaration collective de l’épiscopat d’Autriche fut lue « dans toutes les Églises du territoire autrichien ». Ce fut là une réalité du monde germanique des années sombres. Difficile dans un tel contexte à un modeste fermier autrichien d’aller à l’encontre de cet aveuglement des foules. Pourtant, la foi chevillée à l’âme, Franz Jägerstätter, obscur paysan de Haute-Autriche, obéissant à ce que lui soufflait sa conscience, décida de dire non à la folie du temps. Mû par une foi inébranlable, guidé par l’Evangile, Franz osa dire non à la guerre, non à la nuit tombée sur les âmes. Soutenu par sa femme qui contribua à sa conversion, il manifesta son rejet du national-socialisme et affirma ne pouvoir servir Hitler et Jésus*. Reçu en décembre 1940 dans le Tiers-Ordre franciscain dont son épouse était aussi membre, guidé par une foi inébranlable, il parvint à identifier l’antéchrist en sachant que cette démarche mettait sa vie en jeu. Objet de multiples pressions de proches mais aussi d’ecclésiastiques, il demeura habité d’une ferme résolution, missionné par sa foi pour manifester sa liberté de conscience face au démon. Emprisonné, il fut jugé par la Cour suprême militaire de Berlin et condamné en août 1943 à la décapitation, peine réservée aux traîtres en Allemagne nationale-socialiste.

Au-delà de la mort, il poursuivit son œuvre sainte, car, une fois le conflit achevé, son souvenir planait sur ceux qui avaient survécu et avaient cheminé silencieux ou enthousiastes au cœur du national-socialisme. Où résidait le devoir ? Dans la défense de la patrie ou dans celle de ses convictions ?

En juin 2007, le Pape Benoît XVI publia un décret autorisant à reconnaître Franz Jägerstätter comme martyr. Pour certains, son attitude a rendu son honneur à l’Autriche et à l’Eglise mais pour d’autres, il était discutable de canoniser un chrétien qui avait désobéi au pouvoir d’alors et à son évêque. Pourtant, guidé par sa conscience et l’Esprit saint, il suivit le Christ jusqu’en offrant sa vie « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux homme » (Ac 5, 29)

Jamais il ne condamna ceux qui prirent un autre chemin ; ce ne fut pas l’homme qu’il rejeta mais le national-socialisme, incarnation du malin. Le 1er novembre 2007, le Cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, déclara : « Ce qui est fascinant chez Jägerstätter, c’est la clairvoyance du martyr qui a, mieux que de nombreux académiciens de son temps, su discerner l’incompatibilité entre le national-socialisme et la foi chrétienne. Ce serait toutefois une profonde méprise de penser que par la béatification de Jägerstätter sont condamnés tous ceux qui ont fait le service militaire. Jägerstätter lui-même n’a jamais jugé les autres, mais il a seulement obéi à sa conscience jusqu’au bout ».

Ils sont signes ces résistants qui n’eurent d’armes que leur foi ou leurs convictions, mais, pour beaucoup, ils sombrèrent dans l’oubli des méandres de l’histoire. Quel destin que celui de ce paysan sans éducation, combattant solitaire, voué à l’ombre, entré dans la mémoire collective à la faveur de sa béatification et désormais du film de Terrence Malick, Une Vie cachée.
Il le mérite car il a tracé une voie de sainteté qui doit aussi contribuer à éveiller nos consciences.

ERIK LAMBERT

*Avec une brûlante inquiétude.
**Son combat, réponse à Hitler.
***F. Jägerstätter, Être catholique ou nazi, Paris, Bayard, 2019, 85 pages, page 73.

prière de février

Credo pour la Paix

« Je crois en Dieu qui est le Père de tous les hommes et qui leur a confié la terre.
Je crois en Jésus Christ qui est venu pour nous encourager et pour nous guérir, pour nous délivrer des puissances et pour nous annoncer la paix de Dieu avec l’humanité. Il s’est livré
pour le monde. Il est au milieu de nous le Seigneur vivant.
Je crois en l’Esprit de Dieu qui travaille en tout homme de bonne volonté.
Je crois en l’Eglise, donnée comme signe pour toutes les nations, armée de la force de l’Esprit et envoyée pour servir les hommes.
Je crois que Dieu, à la fin, brisera la puissance du péché en nous et en tout être humain.
Je crois que l’homme vivra de la vie de Dieu pour toujours.
Je ne crois pas au droit du plus fort, au langage des armes, à la puissance des puissants.
Je ne veux croire qu’aux droits de l’homme, à la main ouverte, à la puissance des non-violents
Je ne crois pas à la race ou à la richesse, aux privilèges, à l’ordre établi.
Je veux croire que tous les hommes sont des hommes et que l’ordre de la force et de l’injustice est un désordre.
Je ne croirai pas que je n’ai pas à m’occuper de ce qui arrive loin d’ici.
Je veux croire que le monde entier est ma maison et que tous moissonnent ce que tous ont semé.
Je ne croirai pas que je puisse là-bas combattre l’oppression si je tolère ici l’injustice. Je veux croire que le droit est un, ici et là, et que je ne suis pas libre tant qu’un seul homme est esclave.
Je ne croirai pas que la guerre et la faim soient inévitables et la paix inaccessible. Je veux croire à l’action modeste et aux mains nues.
Je ne croirai pas que toute peine est veine.
Je ne croirai pas que le rêve de l’homme restera un rêve et que la mort sera la fin. Mais j’ose croire, toujours et malgré tout, à l’homme nouveau.
J’ose croire au rêve de Dieu lui-même : un ciel nouveau et une terre nouvelle où la justice habitera.
Ainsi soit-il. »

Dom Hélder Câmara (1909-1999)

Évangile de Jean chapitre 7 (suite)

Jésus et le Père

La Foule – les « Juifs »
Enjeu géographique


Sa parenté lui dit : « A partir de la Galilée, tu ne peux rien espérer, il faut viser le monde officiel, pour une action messianique efficace.
L’étape de la Galilée est achevée, c’est le moment de passer en Judée
».

Jésus

A quel plan Jésus obéit-il ?
Quel moment ? Quels objectifs ?
(1-10)

« Vous et votre monde », vous faites toujours ce que vous voulez et quand vous le voulez !
Moi, ma mission je la reçois d’en haut, c’est le dessein de Dieu !
Son objectif n’est pas votre monde, et mon heure est la sienne !


Les Juifs : « Il n’est pas venu à Jérusalem étudier la loi et les traditions… Donc, son interprétation des Ecritures ne peut être que suspecte !
La preuve, il viole la loi : il a guéri le paralytique le jour du sabbat.
»

Jésus

De qui tient-il son enseignement ?
(14-24)

Mon enseignement ne vient pas des écoles, ni d’une démarche d’autodidacte, mais de CELUI QUI M’A ENVOYE.

2 preuves :
1. Faites sa volonté, vous verrez tout de suite d’où je tiens cet
enseignement.
2. Je ne cherche pas ma gloire, mais la sienne.

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 


La Foule : Serait-ce le Messie ?
Mais le Messie mener une existence cachée jusqu’à ce que, soudain, il apparaisse en pleine gloire ; on ne sait pas d’où il doit venir. Tandis que Jésus, on sait qu’il est de Nazareth.

D’autre part, le Messie doit venir de Bethléem, en Judée !

Jésus

D’où vient-il ?
(25-31 et 40-52)

Ainsi, vous croyez savoir d’où je viens ? Mon origine échappe au savoir humain, je viens d’auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE !


La Foule : « Il va quitter la Palestine, pour s’en aller dans
la Diaspora ? »

Les Juifs : « Il faut l’arrêter ! Son cas est indéfendable, car jamais aucun prophète n’est venu et ne viendra de Galilée ! »

Jésus

Quelle destination ?
(32-36)

« Je m’en irai là où vous ne pouvez pas venir, auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE… » 

Fr Joseph


Une Expo, deux livres

Marcel Hasquin
Vie de Saint François d’Assise

Expo Marcel Hasquin
Cathédrale Notre-Dame de Créteil.

L’espace culturel de la cathédrale Notre-Dame de Créteil propose l’exposition d’une série de tableaux et de dessins consacrée à François d’Assise par Marcel Hasquin, artiste né en Bel-gique en 1943 qui se partage entre deux ateliers : l’un à l’Abbaye Blanche, en Normandie, et l’autre dans le Saumurois.

Un court documentaire à l’entrée de l’exposition permet de faire la connaissance de l’homme attachant qui nous montre plus qu’il nous explique son travail — sa lutte avec la toile, comme il la décrit lui-même — en nous invitant à suivre la très intéressante progression d’un de ses tableaux, de l’esquisse à l’oeuvre terminée. Cette lutte artistique se déroule essentiellement dans la relation avec ses personnages souvent tourmentés, car Marcel Hasquin peint des êtres, des âmes et des corps fantasmatiques — pour ne pas dire fantastiques — nés de l’entrecroisement de lignes épaisses longuement retravaillées comme un filet destiné à piéger la couleur et la lumière, c’est-à-dire la vie.

Dans cette exposition particulière, ces lignes ressemblent aux joints de plomb qui cloi-sonnent les vitraux. Les formes générales des compositions s’articulent en espaces fractionnés dotés chacun d’une réalité propre, tout en collaborant harmonieusement à la figure d’ensemble dont la construction évoque naturellement la piété. Les tableaux vibrent ainsi d’une lumière qui donne à la fois le sentiment de les traverser et de naître d’eux, comme les vitraux d’une chapelle imaginaire, toute d’intériorité. Cependant, les couleurs dominantes sont chaudes et terriennes, comme pour illustrer, à travers la représentation de scènes classiques de la vie du Poverello, l’amour et l’humilité distinctives de la spiritualité franciscaines. Il rayonne ainsi des oeuvres une paix, une simplicité et une bienveillance presque tangibles, dans une grande unité stylistique, et les cadres façonnés et peints par Marcel Hasquin lui-même, intégrés à l’oeuvre comme si les tableaux débordaient sur eux, renforcent encore l’impression d’unité tout en y ajoutant un senti-ment de totalité et de liberté par l’abolition de la imite qui enserre habituellement les tableaux.

L’exposition dure jusqu’au 27 mars, elle est gratuite. C’est aussi l’occasion — si ce n’est pas déjà fait — de visiter la cathédrale Notre-Dame de Créteil à l’architecture résolument mo-derne.

Jean Chavot

En savoir +


La débâcle de Slocombe

P. Lemaitre, Miroir de nos peines, Paris, Albin Michel, 2020, 537 pages, 22,90€.
R.Slocombe, La Débâcle, Paris, Robert Laffont, août 2019, 528 pages, 22€.

Passionné par le second conflit mondial, Slocombe avait dévoilé une France sordide, celle de l’occupation qui permit aux bas instincts de notre triste humanité de s’exprimer. La police fut considérée comme résistante, pourtant, elle a parfois sombré dans la pire des collaborations. Mais, le résistancialisme fit l’unanimité dans la France d’après-guerre, l’amnésie fut confortable et les années sombres disparurent dans les couloirs de l’histoire. Pourtant, Louis Sadovsky, un des multiples collaborateurs de la police parisienne reprit vie sous le nom de Léon Sadorski dans la trilogie de Slocombe. Dans son dernier ouvrage, l’auteur de roman noir plonge dans l’épisode chaotique que fut la débâcle. Curieuse coïncidence, Pierre Lemaitre publie Miroir de nos peines, relatant lui aussi la drôle de guerre, la débâcle et l’exode. Petit-à-petit, la douloureuse période des années 40 semble sortir de l’amnésie collective. La Débâcle est l’histoire de cette angoissante fuite que suscita la fulgurante progression des troupes allemandes à l’été 1940. L’effondrement fut si inattendu et si spectaculaire que la France se jeta sur les routes. Mitraillées par les avions de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica, les populations sillonnèrent les routes les conduisant vers le sud.
« L’Etrange défaite »* constitua un épisode singulier de notre histoire nationale. C’est l’effondrement d’une nation, l’incompétence coupable d’un état-major nostalgique de la Grande Guerre, la dislocation de toutes les institutions que décrivent avec pertinence Slocombe et Lemaître à–travers les aventures d’hommes et de femmes balayés par les vents de l’Histoire et l’évanouissement de tous leurs repères. Les défenseurs de la ligne Maginot attendent une offensive qui ne vient pas, les soldats abandonnés par un commandement inexistant et suffisant se battent avec l’énergie du désespoir et les civils essaient de survivre dans l’impensable cataclysme.

Beaucoup ont le sentiment d’avoir été trahis ; qui par la Cinquième colonne, qui par les Juifs, qui par les communistes, qui par la République, qui par les politiciens, …Entre le 10 et le 17 juin de cette sinistre année 1940, les classes sociales se côtoient, se croisent dans le flot continu qui peuple les routes. La haute bourgeoisie des beaux quartiers parisiens s’engage dans cette fuite éperdue avec l’atout d’une élégante automobile emplie de biens luxueux à sauver et de l’indispensable matelas. Les véhicules hétéroclites des petits croisent les souffrances des piétons et les soucis mécaniques des cyclistes laissant çà et là les corps déchiquetés des victimes des raids aériens. La faim, la soif l’angoisse, la fatigue, le désordre de ces moments exceptionnels sont le théâtre des égoïsmes, de l’indifférence et des tragédies qui se succèdent. Une humanité abasourdie, perdue, fuyant le démon des rumeurs. Ecrasés par le soleil de ce printemps 40, déjà soumis au marché noir, des fantômes cheminent au milieu d’un amas de ruines de toute nature accompagnés au loin par le son du canon. Déambulation sans fin, toujours plus au sud, de familles et de soldats débandés, de prisonniers transférés, d’animaux de compagnie et de personnels de maison qui se perdent dans la nuit… En lisant Slocombe et Lemaitre, on plonge dans le monde du Jugement dernier de Bosch.
On ne retrouve toutefois pas l’univers sordide des autres livres de Slocombe pas plus que les intrigues des deux premiers opus de Lemaitre. Sans doute, la débâcle constitue-t-elle un contexte moins propice aux aventures picaresques. Lemaitre commence pourtant son roman avec un fait divers spectaculaire dans une chambre d’hôtel et offre un singulier personnage avec Désiré. Au cœur de cette désolation, quelques lueurs d’espoir offertes par le bougon cafetier Jules qui part sur les routes avec ses charentaises ou avec le bel amour de Fernand et Alice.

Les deux, avec des styles différents plongent le lecteur dans l’ambiance de ces moments si particuliers. Certes, Miroir de nos peines est plus classique dans sa conception et son intrigue que ce qu’a délivré jusqu’alors Pierre Lemaitre. Toutefois, à-travers une foison de détails, on emprunte les colonnes de l’exode et avec le convaincant mythomane Désiré on sourit à l’hilarante propagande qui accompagna l’écroulement.

On retrouve Louise qu’on avait abandonnée alors qu’elle regardait les masques de la gueule cassée d’Edouard. Devenue jeune femme, elle part dans en quête de ses racines.

La Débâcle, c’est celle d’un peuple à la dérive abandonné par des élites avides de fermer la douloureuse parenthèse du Front Populaire fut-ce au prix d’une défaite. Le retour à Paris sera le fin d’une sinistre aventure durant laquelle il fallut côtoyer la populace.

Ce sont deux chroniques de l’effondrement programmé d’une nation éternelle persuadée d’être protégée par sa grandeur passée. Tout cela pour finir par se jeter dans les bras d’un vieillard nostalgique des temps anciens, de la terre qui, elle, ne ment pas.

ERIK LAMBERT

*M. Bloch, L’Etrange Défaite, Paris, Folio, Gallimard, 1990.