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Nicolas IV

Pape Nicolas IV

Comment la mémoire populaire imagine-t-elle le Moyen-Âge ? À l’aune du film Les Visiteurs, au fil de productions romanesques ou de poncifs véhiculés par de vagues souvenirs d’école bercés par le roman national : guerres, famines et épidémies étaient le lot de nos ancêtres médiévaux. Malgré le court mais brillant essai produit par Régine Pernoud[1], on oublie que du XIème au XIIIème siècle, s’étendit le     manteau des cathédrales[2] manifestation du « beau Moyen-Âge ». De l’An Mil, qui fut celui de la naissance de nombre d’États actuels, au début de la guerre de cent ans la chrétienté occidentale fut le théâtre de puissantes transformations économiques, intellectuelles, artistiques et politiques dont notre « civilisation » fut le fruit. Au XIIIe siècle, la société européenne occidentale entra en profonde mutation. L’essor démographique qu’elle connut s’accompagna de deux changements fondamentaux : le développement des cités et l’extension des surfaces cultivées. Cette période fut souvent perçue comme une ère de progrès et de relative prospérité. Du reste, l’histoire des constructeurs et le développement des cathédrales gothiques furent liés à l’essor des villes dans le monde chrétien ainsi qu’à l’expansion des ordres monastiques que connut l’Europe dès la fin du premier millénaire.Elle s’exprima dans l’art gothique qui se répandit, dans la floraison des cathédrales qui modelèrent un nouveau paysage urbain, mais aussi dans l’émulation intellectuelle des grandes cités. Ce bouillonnement intellectuel du XIII°siècle trouva son expression dans la disputatio,[3] sorte de joute théorique. Cette spectaculaire évolution se manifesta par le développement des échanges économiques, la réduction du nombre des disettes, les progrès techniques. Or, l’un des acteurs essentiels de ces transformations fut l’Église catholique, dont le chef spirituel était le pape. Elle était d’autant plus respectée que la population communiait dans une foi profonde et sincère, quoique entachée de violences et de superstitions. Au cœur du message chrétien, au Moyen Âge, nos ancêtres nourrissaient l’espoir d’être sauvés et l’angoisse d’être condamnés lors du Jugement Dernier. Les morts seraient alors jugés par Dieu selon leur foi et leurs œuvres: les bons iraient au paradis, les méchants en enfer. Entre les deux, l’Église médiévale développa l’idée du purgatoire, un lieu où l’on « purgerait » les fautes avant le paradis. C’est pour les hommes imparfaits l’espoir d’être sauvés après un temps plus ou moins long de pénitence. 

Toutefois, comme l’écrivit Georges Duby[4], « L’époque, en fait, fut dure, tendue, et fort sauvage« . Les conflits entre les différentes classes de la société furent fréquents. L’insécurité et la crainte résignée du lendemain étaient symbolisées par la roue de Fortune[5], que l’on trouvait souvent représentée dans les églises et dans les manuscrits.

C’est en ces temps de chambardements que le pape Honorius IV[6] mourut le 3 avril 1287. Les cardinaux se réunirent en conclave très rapidement mais leur assemblée fut frappée par l’épidémie qui conduisit six cardinaux à se présenter devant leur créateur ; funeste présage !  Après dix mois, le 22 février 1288, les survivants élurent comme pape, à l’unanimité, le cardinal-évêque de Palestrina[7]. Théologien et ministre général des Franciscains, Jérôme d’Ascoli avait été promu cardinal par Grégoire IX[8] qui l’avait envoyé comme légat[9] à Constantinople en 1272 pour travailler à l’unité des Églises en invitant les Grecs à participer au second concile de Lyon. 

Peu après son intronisation, le premier pape franciscain nomma comme cardinaux deux Colonna[10], Napoléon et Pierre, et le ministre général des franciscains, le théologien Mathieu d’Aquasparta. Cette connivence avec la famille des Colonna qui avait déjà fourni deux papes : Jean XII et Benoît IX[11] fut à l’origine de tensions voire de troubles à Rome. 

Par ailleurs, le 28 mai 1291, en Palestine, les 200 000 hommes du sultan El Achraf Khalil réduisirent les défenses de Saint-Jean d’Acre, malgré la résistance des Templiers groupés autour du grand maître Guillaume de Beaujeu. Saint-Jean d’Acre était l’ultime bastion de ce qui fut le royaume franc d’Orient. Sa chute mit un point final à l’épopée des croisades presque deux siècles après la prédication du pape Urbain II. Nicolas IV tenta en vain d’organiser une nouvelle croisade en fusionnant Templiers et Chevaliers de Saint-Jean. 

Sourcilleux quant à ses pouvoirs temporels, il employa sa diplomatie à obtenir du roi Alphonse d’Aragon[12] la libération du roi Charles II de Naples qu’il retenait prisonnier. Charles se rendit aussitôt à Rome, où il fut couronné solennellement le 19 mai 1289. 

Soucieux des missions en Orient, Nicolas IV envoya en 1288 en Tartarie[13] le franciscain Jean de Montecorvino, qui remplit une ambassade auprès du roi de Perse, puis, en 1291, rejoignit l’Inde et parvint jusqu’à la cour du grand khan[14] des Tartares, auprès duquel il demeura onze ans. En Europe, il fonda les universités de Montpellier[15] et Lisbonne.Nicolas IV mourut le 4 avril 1292, après seulement quatre ans de pontificat, et fut inhumé dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, qu’il avait restaurée. 

Érik Lambert


[1] Régine Pernoud, médiéviste qui publia en 1977, un livre décapant, Pour en finir avec le Moyen-Âge dans lequel mille ans d’histoire resurgissent. Le Moyen Âge est mort, vive le Moyen Âge !
[2] Expression que l’on doit à Raoul Glaber (985 – 1047), moine clunisien et chroniqueur du roi Robert le Pieux, témoignant au début de l’an mil du phénomène de reconstruction des églises, et de l’érection des cathédrales avec la formule désormais célèbre du « blanc manteau d’églises » qui recouvre le monde.
[3] Il s’agissait d’un débat, un mode de réflexion argumentative qui a progressivement supplanté la pédagogie monastique vouée à la seule lectio. La disputatio de quolibet (débat en règle sur tout sujet) est la forme la plus solennelle que revêt la disputatio dans l’Université médiévale. Le genre est illustré par les plus grands noms de la scolastique comme Thomas d’Aquin ou le franciscain Guillaume d’Ockham.
[4] Historien médiéviste membre de l’Académie française et professeur au Collège de France qui est un des rares historiens à voir son œuvre publiée dans la « Bibliothèque de la Pléiade ». 
[5] Les Grecs avaient fait de la Fortune (fille de Zeus) une divinité qui dispensait bien et mal selon ses caprices. Les Romains l’adorèrent dans de nombreux temples sous le nom de Fortuna, puis l’on représenta la Fortune sous les traits agréables d’une jeune femme ailée, parfois nue, souvent les yeux bandés, le pied posé sur une roue, ayant à la main une corne d’abondance. La roue tourne : qui aspire à devenir riche doit prendre garde. La Fortune, aux yeux bandés, ne sait à qui elle distribue. Le mouvement de la roue est continuel et toujours, les hommes seront sensibles aux charmes de la déesse Fortune : on est au plus haut ou au plus bas de la roue ; tel est le symbole de la vie humaine.  Au sens figuré, la roue de la fortune représente les révolutions, les hasards et les vicissitudes dans la vie des hommes : la roue tourne et ne s’arrête jamais.
[6] Pape de 1285 à 1287. Il s’est opposé aux prétentions espagnoles en Sicile. 
[7] Ville importante du Latium déjà du temps des Romains. 
[8] Devenu pape en 1227 il joua un grand rôle, avant son accession au souverain pontificat, dans la formation de l’ordre des Frères mineurs (Franciscains). Il fut l’ami de François d’Assise, pour lequel il éprouvait une très vive admiration et dont il suivit les entreprises en se faisant nommer cardinal protecteur de l’ordre. Il dirigea celui-ci vers des entreprises d’action et vers une règle de vie qui ne correspondaient peut-être pas à l’idéal du Poverello. Son œuvre principale, fut l’organisation de l’Inquisition érigée en office universel afin de lutter contre l’hérésie.
[9] Le légat a latere est un cardinal représentant, dans des circonstances exceptionnelles, le pape en personne, et il a droit aux mêmes égards que ce dernier.
[10] Au Moyen Âge et à la Renaissance, la péninsule italienne était constituée de multiples États voire de villes-États dominés par de puissantes familles.  À l’instar des autres familles nobles d’Italie, les Colonna, puissant lignage romain apparu à la fin du XIe siècle, recourent à la violence afin de s’imposer sur la scène politique. Rome s’embrase souvent de leur fait comme, par exemple, en 1455, au lendemain de l’élection pontificale de l’oncle de Rodrigo Borgia, sous le nom de Calixte III. Les Colonna affrontent alors dans les rues leurs ennemis héréditaires, les Orsini. Partisans de longue date des Borgia, les Colonna mettent leurs armes à leur service, que ce soit sous Calixte III ou sous Alexandre VI, contre leurs adversaires, en particulier les della Rovere. 
[11] Puis Martin V au XV°siècle.
[12] Le traité de Tarascon signé le 19 février 1291 par le pape Nicolas IV, le roi Charles II de Naples (maison d’Anjou) et le roi Alphonse III d’Aragon. Suite au conflit opposant la papauté, alliée à la maison d’Anjou, et la maison d’Aragon pour la possession du royaume de Sicile. Ce conflit ouvert par les Vêpres siciliennes de 1282 est aggravé par la croisade d’Aragon de 1285. Le roi de France Philippe le Bel et Nicolas IV, soutiens de Charles 1er de Sicile, voulurent chasser le roi Jacques 1er de Sicile. Pour y parvenir, ils engagèrent des négociations avec son frère aîné le roi Alphonse III d’Aragon qui aboutirent à la signature du traité de Tarascon.
[13] Nom donné par les Européens au Moyen-Âge à la partie de l’Asie centrale et septentrionale s’étendant de la Mer Caspienne et de l’Oural à l’Océan Pacifique.  
[14] Titre porté par celui qui exerce un pouvoir politique, religieux dans le monde mongol ou soumis à l’influence mongole (Turquie, Perse, sous-continent Indien)
[15] Héritière de la Faculté de médecine créée en 1289, l’Université de Montpellier a été l’une des premières à paraître en Occident.

… ET À LA LUTTE ENTRE POUVOIR TEMPOREL ET SPIRITUEL. (2ème épisode)

Pape Clément XIV

Le nouveau pape était un étrange personnage qui contrastait avec la dignité classique des ecclésiastiques romains : poète, compositeur et chanteur, c’était aussi un joueur de billard et de pétanque et un redoutable cavalier. 

Artiste, Clément XIV fonda le musée Clémentin. Il accueillit à Rome le jeune Mozart et lui conféra l’ordre de l’Éperon d’or. 

Après le siècle d’or de 1540 à 1640, les jésuites étaient devenus les confesseurs habituels des souverains catholiques mais il leur était reproché un sévère relâchement et une grande hypocrisie comme l’illustra l’affaire du père de Lavalette[1].

L’époque était à l’affrontement entre les puissances et l’influence de l’ordre fondé par St Ignace. Ce fut une période très animée qui portait préjudice à l’image de l’Église. Ainsi, lors des fêtes du carnaval ouvert par la cloche du capitole qui ne sonnait par ailleurs que pour signifier la mort des papes et achevées par les jeux du moccoli lors de laquelle chacun tentait de conserver sa fine bougie allumée suscitant de plaisantes poursuites dans les rues auxquelles participaient princes, ambassadeurs, belles dames mais aussi prélats. Rome changeait le lendemain car on recevait les cendres. Rome était soumis à l’assaut de la franc-maçonnerie interdite par Clément XII en 1738 et par Benoît XIV en 1751 mais elle était prospère durant la seconde moitié du siècle. La contagion maçonnique venue d’Autriche et de France gagnait. En réalité, la maçonnerie d’alors n’était pas un athéisme ; elle souhaitait une religion purifiée et rationalisée et rejoignait en nombre de points le courant janséniste[2]. L’insatisfaction était grande vis à vis de l’état de l’Église. Cette méfiance était sensible jusqu’à Rome où l’on ne cessait d’imprimer et de diffuser livres et libelles[3] hostiles à tous les jansénistes et crypto-jansénistes accusés de vouloir évacuer le dogme et transformer la religion révélée en un vague théisme[4]. À l’ombre même de Saint-Pierre, se réunissait un cercle, l’archetto (l’archet) qualifié de « janséniste » alors que ses membres étaient des catholiques hostiles au laxisme et aux jésuites, mais désireux de tenir compte du progrès des Lumières. 

Afin d’accéder au trône de Saint-Pierre, Vincenzo Ganganelli avait adopté une attitude conciliatrice entre les zelantii[5] et le parti des couronnes[6]. Il produisit un billet qui ne contenait aucun engagement ; dans lequel il déclarait « qu’il recourait au souverain pontife le droit de pouvoir éteindre en conscience la société de Jésus, en observant les règles canoniques, et qu’il était à souhaiter que le futur pape fasse tous ses efforts pour accomplir le voeu des couronnes ». Le droit dont il s’agit ne pouvait être contesté par aucun théologien catholique et par les ultramontains[7] moins encore que par tous autres ; le reste était l’expression d’un simple souhait.

Une fois élu, Clément XIV estima que les déclarations qu’il avait faites avant d’être pape, laissant entendre qu’il fallait remettre en cause l’influence des jésuites, avaient été imprudentes. Il louvoya pendant quatre ans, pressé et menacé par les monarchies. Le 13 décembre 1769, Clément adressa aux pasteurs et aux fidèles une encyclique, qui était le programme de son pontificat. Il y recommandait l’obéissance aux princes, le respect et l’amour, et il déclara que le bien de l’Église était inséparable de la paix des États. Le jeudi saint de l’année 1770, il s’abstint de faire procéder à la lecture accoutumée de la bulle In coena domini[8] ; il leva les excommunications prononcées aux termes de cette bulle, contre les administrateurs du duché de Parme ; il réussit à apaiser le roi du Portugal, qui avait menacé le précédent pape[9] de supprimer la nonciature et de nommer un patriarche pour ses États. Malgré l’incessante pression des puissances qui avaient banni les Jésuites, il ne mit aucune hâte à l’instruction de la grande cause relative à l’abolition de cet ordre ; il y procéda lui-même, sans confier à personne le résultat de ses délibérations, sinon peut-être aux pères Buontempi et Francesco, deux religieux de son couvent des Saints-Apôtres, qu’il avait gardés auprès de lui. Confinée dans ses États de plus en plus mal administrés, la Papauté affaiblie se laissa arracher la suppression de la compagnie de Jésus, déjà chassée par les différents souverains catholiques, jusqu’à ce que le 16 août 1773, se rendant aux arguments des cardinaux français et espagnols qui l’avaient élu il publiât le bref Dominus ac Redemptor Noster Jesus Christus[10]qui liquidait les biens de la compagnie de Jésus dans les États de l’Église et laissait aux autres souverains la faculté de le faire dans leurs propres États. 

Les cardinaux opposés à cette mesure se livrèrent à une sorte de grève en ralentissant leur activité. L’archevêque de Paris refusa d’appliquer le bref. Déjà frappée par une trentaine de suppressions et d’expulsions par les différents souverains catholiques, la Compagnie organisa son repli : le luthérien Frédéric II et l’orthodoxe Catherine de Russie décidèrent de conserver chez eux les résidences de jésuites. Pour faire fléchir le pape, le gouvernement français avait fait en 1769 occuper Avignon ; la ville fut évacuée en mars 1774. 

Les partisans des Jésuites attendaient le châtiment céleste qui devait frapper le pape coupable d’avoir aboli cet ordre ; les plus fanatiques annoncèrent sa mort prochaine, sur la foi des visions de sœur Marie-Thérèse du Cœur de Jésus et de Bernardine Renzi, divulguées par les confesseurs de ces femmes. Des rapports du cardinal de Bernis[11], ambassadeur de France, écrits longtemps avant la promulgation du bref attestaient que Clément avait le pressentiment que l’abolition de l’ordre des Jésuites lui coûterait la vie.

La santé du pape, jusqu’alors vigoureuse, déclina rapidement. Il mourut, le 10 septembre 1774, victime d’un refroidissement à l’âge de soixante-neuf ans après un pontificat de cinq ans. La rumeur se répandit aussitôt qu’il avait été empoisonné. Il fut inhumé en la basilique romaine des Douze-Apôtres. Casanova lui consacra un monument funéraire près du Triomphe de l’Ordre Franciscain de Baciccio. Le tombeau de Clément XIV passe pour l’un des chefs d’œuvre de l’art classique. Le caractère de Clément paraît avoir été celui d’un Franciscain autant qu’il était possible au XVIIIe siècle, épris de simplicité, de recueillement et d’amour des œuvres de Dieu dans la nature. Avant son élévation, il prenait ses délassements dans l’étude de la botanique et de l’entomologie et quelques exercices corporels. Devenu pape, il continua à rechercher le silence et la solitude, ayant pour compagnie préférée quelques religieux de son ordre. De tous les papes, il fut peut-être celui qui a le moins parlé, et l’un de ceux qui ont le plus scandalisé Ies Romains par le mépris des pompes que ce peuple affectionnait.

Érik Lambert


[1] En 1741, il fut envoyé en Martinique où la Mission traversait une grave crise matérielle. Le Père Lavalette parut être l’homme providentiel pour relever la situation. Comme ‘procureur’ il était chargé de trouver les ressources financières nécessaires au bon fonctionnement de la mission. En 1751, les premières accusations de participation à des opérations commerciales furent lancées contre le jésuite français. Antoine Lavalette fut rappelé de Martinique en 1753 pour justifier sa conduite. Juste avant qu’il ne meure, le supérieur général de la Compagnie de Jésus l’autorisa à rentrer dans sa mission, où il devint le Supérieur des Missions Françaises de l’Amérique du Sud en 1754, mais avec un ordre explicite d’arrêter toute entreprise commerciale.
Cet ordre fut ignoré par Lavalette qui poursuivit avec sa compagnie commerciale. Il fut canoniquement suspendu jusqu’à décision du Supérieur GénéralMais avant que décision soit prise Lavalette quitta la Compagnie (1762). Après le bannissement des jésuites du royaume de France, il répudia formellement ses liens avec les jésuites en prononçant le serment qui, en condamnant le caractère pernicieux de l’Ordre permettait aux anciens jésuites de recouvrer leur statut et droits comme citoyens français. Retiré dans son village natal de Valette il meurt le 13 décembre 1767. Ce scandale – et le refus des jésuites français d’accepter d’engager leur responsabilité financière – donnèrent l’opportunité aux ennemis de la Compagnie en France de déclencher des attaques contre celle-ci. Le 6 août 1762, le Parlement de Paris prit un arrêt bannissant la Compagnie de Jésus de France. Malgré l’intervention du pape Clément XIII, Louis XV fut amené à expulser les jésuites le 26 novembre 1767.

[2] Le jansénisme est un mouvement religieux qui a agité l’Église catholique en France, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il est né dans les cercles intellectuels de l’Université de Louvain (Belgique) à la fin du XVIe siècle, en réaction à l’optimisme des jésuites. Ses fondements théologiques ont été exposés par l’évêque d’Ypres Jansenius (Cornelis Otto Jansen de son vrai nom, 1585-1638), d’où son nom. En soulignant comme les protestants l’importance de la « prédestination » dans le chemin qui mène à la vie éternelle, Jansenius et ses disciples se mirent à dos les Jésuites et une grande partie de la hiérarchie catholique. Ils séduisirent par ailleurs des catholiques avides de mysticisme et de retour à une pure spiritualité. Parmi ces derniers, l’abbé de Saint-Cyran, Jean Duvergier de Hauranne, qui devient confesseur puis directeur de conscience de l’abbaye de Port-Royal de Paris et de son abbesse, Jacqueline Arnauld. Des querelles théologiques aigües se déclenchèrent dont l’enjeu, gâta la vie de la cour de Versailles, aboutir à la dissolution de Port-Royal et altérer les relations entre la monarchie française et le Saint-Siège. Sous le règne de Louis XV, le mysticisme janséniste conduisit même à des émeutes dans les rues de Paris, en particulier avec l’affaire de l’Hôpital général.  Elle eut pour lointaine conséquence l’expulsion des Jésuites (1764).

[3] Écrit généralement court, diffamatoire, dirigé contre une personne, un groupe de personnes, une corporation.

[4] Doctrine qui admet l’existence d’un Dieu unique et personnel comme cause transcendante du monde.

[5] Cardinaux défenseurs obstinés de la papauté du XVIIème au XIXème siècle.

[6] Soutenant les pouvoirs temporels monarchiques.

[7] Qui soutiennent et défendent les positions traditionnelles de l’Église italienne, le pouvoir absolu, spirituel et temporel du pape.

[8] La bulle pontificale In Cœna Domini (Au repas du Seigneur) prononce une excommunication générale contre tous les hérétiques, les contumaces et les ennemis du Saint-Siège. Elle fut ainsi nommée parce qu’on la lisait publiquement à Rome tous les ans le jour de la Cène (jeudi saint). Elle fut rendue par Paul III en 1536 ; Clément XIV en supprima la lecture en 1770.

[9] Clément XIII.

[10] Jésus-Christ, notre Seigneur et Rédempteur, un écrit apostolique supprimant la Compagnie de Jésus.

[11] Il n’est pas le plus célèbre des cardinaux qui ont orienté les destinées de la France. Moins illustre que Richelieu ou Mazarin, François de Bernis n’en a pas moins joué un rôle majeur dans la diplomatie sous Louis XV et Louis XVI.

LE PAPE CLÉMENT XIV, UN PAPE CONFRONTÉ À LA TOURMENTE DES LUMIÈRES, …

Certes, il y eut Clément V, rendu célèbre par Maurice Druon relatant ce lundi 18 mars 1314 lorsque Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay furent brûlés sur « l’île aux juifs » à Paris. Malédiction aussi tonitruante qu’apocryphe[1],appelant Guillaume de Nogaret, le roi Philippe le Bel et le Pape Clément au tribunal de Dieu. Cet épisode rendit célèbre un ancien pontife dont le nom se perpétue à la faveur du grand cru classé de Graves dont l’étiquette porte son nom. Se nommer Clément lorsque l’on coiffe la tiare serait-ce gage de lutte contre des ordres religieux ? 

Jusqu’à la fin du XVIII° siècle, la carte des confessions chrétiennes en Europe demeura une carte politique : « cujus regio, ejus religio[2] ». Le catholicisme, comme les autres confessions chrétiennes, fut frappé par la profonde crise de conscience qui, tout au long du siècle, façonna une Europe nouvelle.L’influence de l’Angleterre et de la France conduisit en effet l’élite italienne à adhérer à une « philosophie », projet de bonheur de l’humanité à la faveur du développement des sciences et des techniques. Faire reculer les superstitions ; tout cela conduisait à privilégier la « raison », le « progrès », la « bienfaisance » voire le « cosmopolitisme ». Paradoxalement, cette aspiration à améliorer le sort du collectif conduisit à une exaltation de l’individu auquel il fut offert l’opportunité d’échapper à des pressions ancestrales. Le « temps des Lumières » commença en Italie après la paix d’Aix-la-Chapelle de 1748[3] qui conclut la guerre de succession d’Autriche. Après les traités d’Utrecht et de Rastadt[4] la domination espagnole sur la péninsule prit fin. Si les papes les plus emblématiques de ce XVIII°siècle furent l’intelligent et pittoresque Benoît XIV[5]et « le père des pauvres », Pie VI[6] ; ces deux pontifes ne laissèrent en grande partie que des projets. L’histoire fit peu de cas de Vincenzo Ganganelli, fils d’un modeste chirurgien, né près de Rimini en janvier 1705. Fait cardinal en 1759 par le Pape Clément XII sur la recommandation du Général des jésuites Ricci. Qui était-il ?

Jean-Vincent fit ses études d’humanité chez les jésuites de Rimini puis chez les piaristes[7] d’Urbino. Ce fut en cette ville qu’il prit l’habit chez les frères conventuels sous le nom de frère Laurent. Après avoir enseigné au scolasticat[8] de la province de Romagne[9],  il fut nommé professeur au collège Saint-Bonaventure de Rome. En 1731, il soutint sa thèse de doctorat sur Saint-Ignace et fut élu définiteur général[10] de son ordre. C’est cet homme qui fut élu au Saint-Siège le 18 mai 1769 après un conclave de …3 mois ! ÉRIK LAMBERT.


[1] « Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races ! » Ainsi s’exclame Jacques de Molay, le dernier maître des Templiers, au moment de périr sur le bûcher le 18 mars 1314. C’est en tout cas ce qu’écrit Maurice Druon dans la suite romanesque Les Rois maudits.

[2] « Telle la religion du prince, telle celle du pays.» est une maxime exprimé en latin qui édicte le principe politique selon lequel le souverain d’un pays impose sa religion à ses sujets. Ce principe plutôt d’inspiration protestante fut consécutif aux conflits nés de la Réforme. Principe affirmé suite à la paix d’Augsbourg de 1555. Cet adage manifeste la supériorité du temporel sur le spirituel. 

[3] Le 18 octobre 1748, le traité d’Aix-la-Chapelle met fin à la guerre de la Succession d’Autriche. Cette guerre de huit ans révéla l’émergence d’une nouvelle puissance avec laquelle il faudra compter : la Prusse.

[4] Le traité d’Utrecht, complété le 6 mars 1714 par celui de Rastatt mit fin à la guerre de Succession d’Espagne (1702-1714). L’Angleterre en fut la principale bénéficiaire, obtenant Gibraltar, et, surtout, des positions territoriales et commerciales décisives dans l’Amérique colonisée, qui assurent sa prépondérance économique et diplomatique au XVIIIe siècle. La France de Louis XIV, fut affaiblie mais parvint à installer un prince Bourbon, Philippe V, sur le trône d’Espagne, brisant le vieil encerclement du royaume par les possessions des Habsbourg.

[5] 1740-1758.

[6] 1775-1799.

[7] La congrégation des Piaristes ou Frères des écoles pies a été fondée par le prêtre espagnol José de Calasanz (1556-1648). Celui-ci, ayant fixé sa résidence à Borne, y avait en 1597 une école gratuite pour les enfants pauvres. Vingt ans plus tard, il organisa les instituteurs qu’il employait en une société religieuse, la « Congrégation Pauline des pauvres de la Mère de Dieu des écoles pies » ; en 1621, la Congrégation fut transformée par Grégoire XV en un ordre religieux, les Piaristes. Les écoles pies se répandirent assez rapidement en Italie, en Espagne, en Allemagne, et surtout en Pologne, où les piaristes eurent au dix-septième et au dix-huitième siècles des collèges florissants. 

[8] Institut religieux où les futurs prêtres font leurs études

[9] Région du nord de l’Italie qui s’étend de la chaîne des Apennins jusqu’au fleuve Pô avec des villes comme Bologne et Ravenne (capitale de l’Empire romain d’Occident en 402 sous le règne d’Honorius jusqu’à la déposition de Romulus Augustule en 476. Ce dernier a inspiré le roman de V.Manfredi, La Dernière Légion puis le film éponyme de Doug Lefler )

[10] Religieux qui est chargé d’assister pour un temps déterminé le supérieur général ou le provincial dans l’administration des affaires de l’ordre. 

Corentin Cloarec, Un franciscain en résistance.

3. Une jeunesse bretonne à l’aube du siècle des totalitarismes, … Celle d’un restaurateur de l’ordre avant le second conflit mondial, …qui le conduisit au martyr.

L’actualité et les déclarations récentes d’intellectuels auto-proclamés, illustrent la complexité de la configuration nationale au lendemain de la déroute du printemps 1940. Les illusions nourries par la posture de l’État français[1], la volonté de gommer, à l’issue du conflit, la situation proprement exceptionnelle de la collaboration d’un régime unique en Europe occupée[2], ont contribué à la manipulation éhontée de l’Histoire[3]. Entre 1940 et 1942, seuls des individus mus par des convictions philosophiques, religieuses, patriotiques, humanistes, …entrèrent en résistance. Le mouvement s’accrut avec le temps, les déconvenues allemandes, le poids croissant des restrictions, les exécutions et le STO[4], …Les motivations des résistants étaient variées : du refus de la défaite et de l’occupation, au refus du pétainisme ; du mépris de la collaboration, au rejet de la répression, des mesures antisémites et des rafles, …La résistance revêtit des formes multiples : de l’attentisme prudent, de l’écoute de la BBC, à l’action directe ; du renseignement à la diffusion de la presse clandestine ; des réseaux d’évasion, au refus du STO. Parmi ces résistants de la première heure, des religieux ulcérés par une idéologie mortifère dénoncée en son temps par la Pape Pie XI[5] s’engagèrent et payèrent de leur vie leur fidélité à l’Évangile[6]

Or, le Père Corentin, relativement préservé des combats de la campagne de France[7], refusa la captivité. Revenu à Paris, il ne pouvait qu’être indigné par les perquisitions qui frappèrent les sites franciscains dans la seconde partie de l’année 1940. Dès cette année, ses activités constituèrent des actes de résistance. Ainsi, facilita-t-il la fuite de prisonniers évadés et soutint-il les premiers résistants.  Par ailleurs, au couvent de la rue Marie-Rose, il côtoya le père Bougerol, très engagé auprès de la résistance[8]. Dès 1937, le père Cloarec avait manifesté son hostilité aux régimes totalitaires alors que le discours de componction vichyste[9] ne pouvait que heurter ses sentiments patriotiques. Cet engagement paraît cohérent avec son parcours auprès du Tiers- Ordre, son attachement à l’Action catholique et sa formation théologique plutôt doloriste. 

La résistance s’organisant au fil des années et gagnant en capacité de nuisance ; l’engagement de Corentin Cloarec s’accrut au sein du mouvement Vercingétorix. L’année 1942, charnière[10] d’un conflit qui commença à basculer, conduisit parfois les catholiques à se déchirer. En effet, malgré de notables exceptions[11]l’épiscopat français demeura très majoritairement légitimiste et pétainiste creusant un fossé entre la hiérarchie de l’Église de France et la résistance de sensibilité catholique. La déclaration de repentance de septembre 1997[12] sonna comme l’aveu d’un microcosme frileux attiré par le conservatisme affiché par l’État français, même lorsque la funeste illusion d’une autonomie de Vichy devint flagrante. On ne peut du reste que déplorer le persistant et obstiné décalage existant entre l’épiscopat et nombre de fidèles. Le Père Corentin s’engagea sur une autre voie, celle de l’aide aux filières d’évasion de pilotes et de réfractaires au STO. Ces actes de résistance constituèrent un défi pour la Gestapo et les supplétifs français de tout poil. En effet, les pilotes alliés reprenaient le combat alors que les réfractaires alimentaient les maquis. Corentin Cloarec accueillit même dans son couvent parisien des réunions clandestines et abrita des personnes recherchées. 

En 1944, la répression s’accrut, alimentée par l’imminence de la défaite et la radicalisation des « ultras » de la collaboration[13]. C’est dans ce contexte de règlements de compte que survint l’assassinat du Père Corentin. Le 28 juin 1944, deux jeunes Français envoyés par la Gestapo ouvrirent le feu sur lui. Touché de plusieurs balles alors qu’il tentait de se réfugier dans le réfectoire du couvent, il s’écroula et mourut dans une clinique peu de temps après. Qui fut à l’origine de cette exécution et pourquoi ? Difficile de nourrir des certitudes car un grand nombre de vengeances endeuillèrent la France de l’époque. Peut-être fut-ce une des réponses au meurtre de Philippe Henriot le pétainiste acharné et le collaborateur zélé de la Radiodiffusion nationale, la radio de Vichy. Antisémite forcené, propagandiste devenu secrétaire d’État à l’Information et à la propagande en janvier 1944, engagé dans « la guerre des ondes » contre le « juif » Pierre Dac, Henriot fut exécuté justement le 28 juin 1944. Peut-être le Père franciscain fut-il une victime collatérale des règlements de comptes au même titre que le fut Georges Mandel le 7 juillet 1944. L’assassinat du Père Cloarec conduisit nombre de Parisiens à assister à ses funérailles le 3 juillet au couvent Saint-François. Comme celle de beaucoup de résistants, sa mémoire disparut progressivement après le conflit. 

Restaurateur de l’Ordre après la Grande Guerre, rejetant la défaite et l’occupation, le combat de Corentin Cloarec fut celui d’un chrétien, fidèle à son engagement franciscain auprès de ceux qui souffraient, en lutte contre le mal ; pour Dieu et sa patrie jusqu’au martyr. Érik Lambert.


[1] L’État français qui nourrit l’illusion d’une indépendance par rapport aux Allemands tout en entrant dans la collaboration. Le 24 octobre 1940, Pétain, chef de l’État français, rencontre Hitler dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir. Par une poignée de main très médiatisée, le vieux maréchal célèbre officiellement la « collaboration » entre la France vaincue et l’Allemagne triomphante. Il s’en explique à la radio comme à son habitude, quelques jours plus tard, le 30 octobre 1940 : « C’est dans l’honneur et pour maintenir l’unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d’une activité constructive du nouvel ordre européen, que j’entre aujourd’hui dans la voie de la collaboration (…). Cette collaboration doit être sincère… ». https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000226/entrevue-de-montoire-entre-petain-et-hitler.html

[2] Le 10 juillet 1940, à Vichy, les députés confient à Pétain les pleins pouvoirs constitutionnels. Seul cas en Europe d’un régime mis en place par le pays occupé lui-même.

[3] L.Joly, La Falsification de l’Histoire, Eric Zemmour, les droites, Vichy et les Juifs, Grasset.

[4] Le 16 février 1943, une loi de l’État français institua le Service Obligatoire du Travail, rebaptisé très vite Service du Travail Obligatoire (STO) en raison des moqueries suscitées par ses initiales. On compta jusqu’en juin 1944 un total de 650 000 départs au titre du STO. Mais aussi environ 200 000 réfractaires. Beaucoup de ceux-ci entrèrent dans la Résistance et prirent le maquis…

[5] Mit Brennender Sorge (Avec une vive inquiétude), par Pie XI, le 14 mars 1937. Cette Encyclique fut volontairement rédigée en allemand et non en latin. https://www.doctrine-sociale-catholique.fr/les-textes-officiels/197-mit-brennender-sorge

[6] On peut par exemple se reporter au livre de Guillaume Zeller, La Baraque des prêtres, Dachau, 1938-1945 ou à l’interview de Louis Malle à propos de son film : Au Revoir les enfants https://www.youtube.com/watch?v=KS6t4G9Mx5o

[7] Il fut mobilisé dans un dépôt à Brest. 

[8] Il fut contraint de fuir en Afrique du Nord, pour éviter l’arrestation et reprit le combat au sein de la France Libre. J.G. Bougerol, Ceux qu’on n’a jamais vus, Arthaud. 

[9] On peut se reporter avec profit au discours de Pétain du 17 juin 1941 : « Nous n’avons pas fini de payer toutes nos fautes » qui pointe celle du vote pour le front Populaire. https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000000233/francais-vous-avez-vraiment-la-memoire-courte.html

[10] Mondialisation du conflit avec l’entrée en guerre des États-Unis en décembre 1941, premiers revers allemands en Afrique, débarquement en Afrique du Nord et occupation allemande de la zone sud, politique d’extermination des Juifs, STO, difficultés allemandes en Union Soviétique (Défaite de Stalingrad, 2 février 1943)

[11] Mgr Jules Saliège (23 août 1942, lettre pastorale Et clamor Jerusalem ascendit, condamnation des déportations), de Mgr P.M.Théas, Mgr E.Vansteenbergh, Mgr J.J.Moussaron, ou Mgr G.Piguet, seul évêque français déporté.

[12] https://eglise.catholique.fr/wp-content/uploads/sites/2/2017/02/1997_Declaration-de-repentance-de-Drancy.pdf

[13] Ainsi, Pierre Laval institua le 16 février 1943 le STO, cas unique en Europe d’un gouvernement qui imposa à ses jeunes citoyens de travailler pour l’ennemi. Entraîné dans des compromissions de plus en plus douteuses, le gouvernement français forma une Légion des volontaires français contre le bolchevisme pour combattre sur le front soviétique aux côtés des Allemands. Il organisa des rafles de Juifs comme celle du Vél d’Hiv (16-17 juillet 1942). Il ordonna aussi aux troupes françaises d’Afrique du Nord de résister au débarquement anglo-saxon du 8 novembre 1942. Mais l’occupation de la « zone libre » par la Wehrmacht le 11 novembre 1942, en violation des accords d’armistice, conduisit l’opinion française à basculer contre la Collaboration pendant l’été 1942. L’imminence de la défaite incita les partisans les plus acharnés de la collaboration, considérant Vichy trop frileux, à s’engager plus encore dans la collaboration comme le firent Doriot, Déat ou d’autres. Englués dans des compromissions criminelles, les dirigeants de Vichy, parmi lesquels Pétain et Laval, furent transférés par les Allemands à Sigmaringen (Bavière), en août 1944, dans le vain espoir d’échapper à l’infamie d’un procès.

CORENTIN CLOAREC, UN FRANCISCAIN EN RÉSISTANCE.

2. Une jeunesse bretonne à l’aube du siècle des totalitarismes, …CELLE D’UN RESTAURATEUR DE L’ORDRE AVANT LE SECOND CONFLIT MONDIAL, …

En 1921, à 27 ans, Jean-Marie Cloarec avait quitté sa Bretagne natale pour rejoindre Amiens. Il avait souhaité entrer chez les frères mineurs et donc rejoindre la famille franciscaine. L’expérience de la guerre et de la captivité avait peut-être incité Corentin à cultiver une vie intérieure qui le conduisit à s’engager dans une vie monastique. En effet l’image qu’offrait en ces temps l’idéal franciscain était celle d’une vocation qui indiquait un chemin de sainteté. Il prit l’habit franciscain le 8 septembre 1921 et devint le frère Corentin. En choisissant ce saint breton il témoignait de ses origines, Durant plus de deux années, son noviciat correspondit au retour des frères mineurs qui avaient quitté la France suite à l’anticléricalisme développé à la fin du XIX°siècle. En effet, le 29 mars 1880, le ministre de l’Instruction publique Jules Ferry prit deux décrets par lesquels il ordonna aux Jésuites de quitter l’enseignement dans les trois mois. Fervent républicain, athée et franc-maçon, issu d’une riche famille de libres penseurs de Saint-Dié, Jules Ferry donna aux enseignants des congrégations catholiques le même délai pour se mettre en règle avec la loi ou quitter l’enseignement. Le 21 décembre 1880, le député Camille Sée, ami de Jules Ferry[1], fit passer une loi qui ouvrit aux filles l’accès à un enseignement secondaire public où les cours de religion seraient remplacés par des cours de morale. L’année suivante, il fit voter la création de l’École Normale Supérieure de Sèvres afin de former des professeurs féminins pour ces lycées. L’Église n’avait plus désormais le monopole de la formation des filles.Jules Ferry établit par ailleurs la gratuité de l’enseignement primaire par la loi du 16 juin 1881 et le rendit laïc et obligatoire par la loi du 29 mars 1882. L’affaire Dreyfus[2] devenue une affaire nationale lancée le 6 novembre 1894 par La Libre Parole[3] d’Édouard Drumont accentua le conflit. La seconde expulsion des congrégations religieuses de France fut une conséquence de la loi du 1er juillet 1901 sur les associations. Cette loi établissait la liberté d’association mais son article 13 fit une exception pour les congrégations religieuses en soumettant leur création à une autorisation préalable. Interprétée de façon restrictive par le Conseil d’État dès l’année suivante, elle porta à son paroxysme le conflit entre l’Église et la République. Émile Combes[4], né dans une pauvre famille du Tarn, put accomplir de brillantes études grâce au soutien bienveillant de quelques ecclésiastiques. Mais le directeur du séminaire jugea qu’il n’avait pas la vocation religieuse et le dissuada de devenir prêtre. Évoluant vers un violent anticléricalisme, il fit fermer en quelques jours plus de 2 500 écoles religieuses. Le 7 juillet 1904, il fit voter une nouvelle loi qui interdisait d’enseignement les prêtres des congrégations… Le 7 avril 1903, toutes les autorisations furent refusées, tous les couvents furent dissous et confisqués. Ces tempêtes avaient eu raison de la présence des frères franciscains en France, nombre de frères quittèrent le pays, certains entrèrent dans la clandestinité. 

La Grande Guerre et la participation des religieux au conflit permirent à la vague d’anticléricalisme de se calmer. En octobre 1923, le petit séminaire de Fontenay-sous-Bois, tout juste créé accueillit le frère Corentin. Le jeune frère contribua au mouvement de restauration de l’Ordre en France. Il fit preuve de grandes qualités d’organisation et de rigueur et fit montre d’un solide charisme personnel tant à Fontenay qu’à Mons-en-Barœul. Ses compétences s’exprimèrent au couvent de Saint-Brieuc dont il fut le gardien entre 1927 et 1937 puis à Paris à partir de 1938. Il fut considéré par le Provincial comme l’un des jeunes cadres de l’Ordre auxquels étaient confiées les tâches de développement et de consolidation des implantations nouvelles. Outre cette activité organisationnelle, Corentin Cloarec poursuivit une activité de prédication, et en février 1936, il entra au conseil provincial. Dans le contexte de ces années agitées, Il s’éleva contre les « doctrines détestables » qui ne mettaient pas l’amour au centre. Son inquiétude face aux menaces nées des totalitarismes fascistes et communiste ne le conduisit pas à ignorer les réalités nationales.  En 1937, il dénonça le matérialisme bourgeois (« Détrônez le veau d’or de son piédestal et empêchez l’argent de devenir la grande puissance ici-bas »). Sensible à l’engagement social de l’Église, présent auprès des plus modestes, il souhaitait par ailleurs sensibiliser les familles bourgeoises à l’action franciscaine[5]. Homme d’engagement, ancien combattant ; comment pouvait-il affronter la défaite et l’occupation ?


[1] https://www.herodote.net/Apotre_de_la_Republique_laique_et_universelle-synthese-2193.php

[2] L’affaire Dreyfus, (1894-1906) par son retentissement énorme, est considérée comme l’événement fondateur de l’engagement des intellectuels à l’époque moderne. Elle a pour toile de fond un antiparlementarisme provoqué par des scandales politico-financiers, et un antisémitisme qui traverse la société française. Les injustes condamnation et déportation du capitaine Alfred Dreyfus pour espionnage le 22 décembre 1894 prennent une nouvelle dimension lorsque l’impossibilité de la révision du procès révolte ses partisans. Des protestations individuelles provenant de la famille et des amis, on passe alors à une lame de fond mobilisant les « intellectuels ». Par ailleurs, la presse constitue la tribune des débats.

[3] La Libre Parole est un journal antisémite qui a lancé l’affaire Dreyfus en l’évoquant publiquement alors que la procédure militaire se déroulait à huis-clos. Journal lancé à Paris le 20 avril 1892 par Édouard Drumont, journaliste et polémiste. Journal disparu en juin 1924. Journaux lancés juste avant, ou pendant l’affaire Dreyfus, tels La Libre Parole illustrée, Le Chambard socialiste, Le Rire, La Feuille, Psst!, Le Sifflet, Le Cri de ParisLe Musée des Horreurs
et L’Assiette au Beurre. 

[4] https://www.herodote.net/Artisan_de_la_laicite-synthese-2968.php

[5] Il créa en pleine occupation une fraternité féminine en avril 1942 dans la paroisse Saint-Pierre de Chaillot

Corentin Cloarec, Un franciscain en résistance.

1. Une jeunesse bretonne à l’aube du siècle des totalitarismes. 

En ces temps de campagnes électorales, l’Histoire est invitée par ceux qui exploitent les peurs, les rancœurs et l’ignorance pour servir leur logorrhée ; celle d’une France malade d’un passé qu’elle ne parvient pas à assumer. Or, les témoins disparaissent comme le déplorait récemment du haut de ses 99 ans Pierre Rolinet[1], ancien déporté au Struthof. Cette conjoncture encourage les « assassins de la mémoire », comme les qualifiait l’historien Pierre Vidal-Naquet[2], à revisiter l’Histoire à l’aune de falsifications et de mensonges. Invitant le roman national, conviant la nostalgie d’un passé imaginé bien meilleur qu’un présent honni, sollicitant avec une faconde confondante le général de Gaulle[3], ils manipulent sans vergogne l’Histoire, faisant de la France de Vichy un parangon de vertu, un rempart protecteur des israélites durant les années sombres.  

Ils furent pourtant un certain nombre en ces temps obscurs, à se lever pour dire « non » à la collaboration engagée par le Maréchal Pétain, collaboration assumée et scellée dès le 24 octobre 1940 lors de l’entrevue de Montoire[4].

Parmi ces femmes et ces hommes de l’ombre dont certaines rues portent, dans l’indifférence voire l’oubli, les noms : Corentin Cloarec[5].Nul doute que son patronyme, comme son prénom de religieux, fleurent la Bretagne. Jean-Marie est né le 31 mars 1894 au sein d’une famille de cultivateurs dans un petit village du pays de Léon ; un coin de France où le breton constituait la langue des échanges mais aussi celle d’une certaine résistance à la culture française. À partir de 1870, la République d’alors dut lutter pour s’imposer en un pays majoritairement monarchiste[6]. Le Léon dans lequel naquit le futur religieux, était sans conteste une terre propice aux vocations sacerdotales. Les « Léonards[7] » fournirent nombre de prêtres et de missionnaires à l’Église ! C’est au collège de Saint-Pol-de-Léon[8] qu’il fit ses études secondaires puis il entra au grand séminaire de Quimper en octobre 1913. Son parcours le mit au contact des grandes crises de l’époque liées aux incertitudes institutionnelles, à la loi de séparation comme à la naissance du catholicisme social. Après une année au séminaire, il vécut l’expérience traumatisante de la guerre en 1914. Pour nombre de religieux, ce fut, comme l’écrivit Teilhard de Chardin, un « baptême dans le réel »[9]. Les Bretons payèrent un lourd tribut à la Grande Guerre d’autant que le conflit accéléra la fin des terroirs[10] d’une France très en retard dans ses évolutions sociétales par rapport à ses voisins d’Europe occidentale. En effet, entre 120 et 150 000 Bretons perdirent la vie accélérant l’intégration de la Bretagne à la communauté nationale. Les séminaristes ne bénéficiaient pas d’un régime de faveur depuis la loi dite « des curés sac au dos » du 15 juillet 1889[11]. Aussi, nombre d’entre eux furent tués sur le front alors que d’autres ne poursuivirent pas leur parcours sacerdotal ou, traumatisés, rejoignirent le clergé régulier. Caporal mitrailleur, Corentin[12] fut blessé en septembre 1915 sur le front de Champagne. Revenu au combat, il fut fait prisonnier à Verdun au printemps 1916 et interné plus de deux années dans l’Oflag de Rennbahn en Rhénanie du Nord. En juin 1916, les Allemands ouvrirent un « camp-séminaire » auquel fut affecté le Breton. Il côtoya plusieurs frères franciscains qui exercèrent une influence majeure sur ses futurs engagements. Par ailleurs, si ses années de captivité ne le conduisirent pas à abandonner le chemin vers la prêtrise, elles influèrent sur la suite de son parcours sacerdotal. Son souci des prisonniers, son attachement à Sainte Thérèse de Lisieux, marquèrent ses années en religion. Entré au séminaire de Quimper à l’issue des hostilités, il rejoignit le noviciat franciscain d’Amiens le 8 septembre 1921 ; il avait 27 ans. Une nouvelle étape de sa vie commençait.


[1]« Nos témoignages s’estompent alors que nos sociétés démocratiques sont chahutées. Les partis de l’ombre progressent, il faut réfléchir quand on vote et ne jamais écouter les discours de haine. » 
https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/24/le-struthof-camp-de-concentration-passe-sous-les-radars-de-l-histoire_6103351_3224.html

[2] Pierre Vidal-Naquet, Les assassins de la mémoire, « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme, éditions de la découverte. 

[3] Pourtant le général de Gaulle encourageait à regarder vers le temps présent voire l’avenir. Intervention télévisée du 14 juin 1960. https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00012400/charles-de-gaulle-la-douceur-des-lampes-a-huile

[4] https://www.herodote.net/24_octobre_1940-evenement-19401024.php https://www.youtube.com/watch?v=3owdpnCeFmc

[5] Une rue porte son nom à Paris dans le XIV° arrondissement. (Rue du Père-Corentin)

[6] Le 30 janvier 1875, au Palais-Bourbon, un amendement institue la République à une voix de majorité. Après la défaite de 1870 et la chute de l’empereur Napoléon III, les élections ont porté à l’assemblée une majorité monarchiste. Toutefois, le fils du duc de Berry, le comte de Chambord refusait le drapeau tricolore. L’assemblée constituante attribua à l’Orléaniste Louis-Adolphe Thiers le titre de président de la République. Puis, lui succéda le légitimiste maréchal de Mac-Mahon, Les tentatives de restauration échouèrent suite à l’intransigeance du comte de Chambord. Le 30 janvier, Henri-Alexandre Wallon, un député de centre gauche déposa un amendement : « Le président de la République est élu à la majorité des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans. Il est rééligible ». Le texte fut voté par 353 voix pour et 352 voix contre. La République, la fonction présidentielle et le septennat entrèrent dans les lois constitutionnelles françaises. La monarchie laissa ainsi passer son ultime chance.

[7] Nom donné aux habitants du pays de Léon. (Finistère Nord)

[8] Le collège existe toujours collège du Kreisker, à côté https://www.lekreisker.fr/ à côté d’une chapelle : https://www.roscoff-tourisme.com/fr/fiche/patrimoine-culturel/chapelle-notre-dame-du-kreisker-saint-pol-de-leon_TFOPCUBRE029FS0003E/

[9] « Ce qui m’a déconcerté, à Verdun, c’est la vision concrète et prochaine de la destruction possible. J’ai senti, palpé, ce que c’est que se perdre, et d’avoir à renoncer à tous les espoirs nourris, à tous les cadres aimés. », in Journal, 30 juin 1916. 

[10] On se reportera par exemple à E.Weber, La Fin des terroirs, La modernisation de la France rurale (1870-1914) paru chez fayard en 1983.

[11] La loi du 15 juillet 1889 ramène le temps sous les drapeaux à trois ans, en supprimant les exemptions pour les ecclésiastiques et les enseignants qui sont désormais tenus à un an de service (loi des « curés sac au dos »). La loi de 1895 va imposer un service d’un an aux dispensés pour raisons familiales. Enfin la loi du 21 mars 1905 établit le service universel et égalitaire pour tous d’une durée de deux ans. Le tirage au sort est enfin supprimé. La loi du 19 juillet 1913 rétablit le service de trois ans pour des questions de rééquilibrage avec l’armée allemande, qui vient d’augmenter sensiblement ses effectifs.

[12] Son nom de religieux.

Édouard-Martial Lekeux, religieux-soldat franciscain. (2nde partie)

Le livre qu’il écrivit : Mes cloîtres dans la tempête, consistait en des souvenirs de guerre ; un ouvrage largement diffusé durant l’entre-deux-guerres. Le roman Passeurs d’hommes, quant à lui, s’inspirait des tentatives d’évasion au cours de la première guerre depuis la Belgique vers les neutres Pays-Bas. Les aventures du remorqueur Atlas V de Jules Hentjens évoquées par Lekeux rappellent quelque peu Invasion 14de Maxence Van der Meersch. L’ouvrage du religieux franciscain connut une certaine notoriété et fut adapté au cinéma par René Jayet5 peu de temps avant le second conflit mondial. Écrivain prolixe, il publia de multiples ouvrages de théologie mystique6 et de livres autobiographiques ou hagiographiques. Tout comme Van der Meersch, sa plume était au service de sa foi. 
Avant que n’éclate le second conflit mondial, Lequeux s’inquiéta de l’émergence de l’idéologie nazie. Il fut conforté par les positions d’un autre frère mineur, le pape Pie XI qui, exprima ses craintes dans l’encyclique Mit brennender Sorge7 (« Avec une vive inquiétude »), rédigée en allemand, pour attaquer le racisme, le mythe du sang et celui de la terre. Le souverain pontife déclara du reste en 1938 : « Spirituellement, nous sommes des Sémites. ». Il prit position contre le rexisme de Léon Degrelle8 lors d’une conférence : Avant le désastre. 
La deuxième guerre le surprit à Alexandrie au service des plus démunis. Il rejoignit alors Londres afin d’offrir ses services au gouvernement belge en exil d’Hubert Pierlot. À l’issue du conflit, il fut professeur au couvent franciscain du Chant d’Oiseau à Woluwe-Saint-Pierre, près de Bruxelles avant de mourir à Liège en 1962.   Saint-François fut son guide, les guerres constituèrent un de ses thèmes de prédilection. Il raconta ce que fut la réalité vécue par des êtres humains, les souffrances d’un siècle, celui des nationalismes, des totalitarismes, des conflits guerriers et idéologiques ; un siècle de grandes mutations. Face à ces bouleversements, la foi et la religion du Christ constituèrent la voie d’espérance. Chrétien dans le monde, franciscain dans ses choix philosophiques, Lekeux mérite que l’on évoque sa mémoire.

 Érik LAMBERT

5 https://www.cinema-francais.fr/les_films/films_j/films_jayet_rene/passeurs_d_hommes.htm6 L’Art de Prier http://www.franciscains-paris.org/biblio/base/notice14494
7 L’encyclique met en garde contre le nazisme. L’encyclique rappelle l’incompatibilité entre toute politique raciste et les valeurs de l’Église catholique. Il en profite pour critiquer vivement la remise en cause du Concordat signé, en 1933, entre le Saint Siège et l’Allemagne (un accord qui avait pour but de protéger les catholiques allemands). Pie XI ironise enfin gravement sur le culte du chef et sur cette espèce de religion nationale que le IIIe Reich met en place. Il s’élève ouvertement contre l’hitlérisme.
8 Léon Degrelle, nazi notoire, collaborateur à la tête des SS wallons durant la guerre. Il avait fui en Espagne à l’issue du conflit. Hitler aurait dit que s’il avait eu un fils, il eut aimé qu’il fût comme Degrelle. Le dernier SS belge Jean Vermeire, décédé en octobre 2009 avait dispersé les cendres à Berchtesgaden, le Nid d’Aigle de Hitler.

Édouard-Martial Lekeux, religieux-soldat franciscain. (1ère partie)

Le déclenchement de la guerre, qui fut qualifiée de « grande guerre, fut l’aboutissement du fonctionnement parfait, quoique surprenant ; d’un funeste engrenage constitué par les alliances entre pays européens : triplice d’une part, triple entente d’autre part. Une fois les rouages en mouvement, rien ne put arrêter le désastre. Les Allemands appliquèrent le plan conçu avec la rigueur d’un horaire de chemin de fer ; mode d’action prévu par l’ancien chef d’état-major des armées allemandes entre 1891 et 1905, le général Alfred von Schlieffen. Il était prévu que les troupes du Kayser obtiendraient libre passage par la Belgique pour manœuvrer en direction de la France. Las ! les Belges offrirent une résistance imprévue, ce qui nourrit une violente réaction des Allemands. Contraints de s’emparer des douze forts belges qui protégeaient la ville de Liège, confrontés à la résistance du lieutenant-général Leman, il fallut aux troupes du général von Emmich mettre le siège devant la ville. Face à une résistance acharnée autant qu’inattendue, les atrocités allemandes furent légion au début août 1914. Lors de cet épisode tragique, un officier d’artillerie nommé Édouard Lekeux s’illustra et offrit ensuite un témoignage des événements qu’il vécut alors. Rien d’original à cela, tant les souvenirs des acteurs constituèrent une production littéraire conséquente, mais le caractère particulier de Mes Cloîtres dans la tempête[1] tint à son auteur : un prêtre franciscain. En effet, né en 1884 à Arlon dans la province belge de Luxembourg, il réalisa de brillantes études au sein de l’Athénée, de la communauté francophone belge. Cette dénomination était inspirée de l’Athenaeumimaginée par l’empereur Hadrien en lien avec ce qui était au II°siècle après JC, considéré comme le « modèle culturel absolu » : Athènes. Édouard Lekeux devint officier d’artillerie avant d’entrer en religion en 1911 dans l’ordre des frères mineurs sous le nom de Martial. Il fut ordonné en 1920 après l’expérience qu’il vécut avec « ses frères, les poilus ». 

Il décrivit ensuite sa « Manière franciscaine de faire la guerre », son expérience qui inspira son cheminement spirituel : dialogue fréquent avec Dieu, avec Saint-François face au déchaînement de violence d’un conflit monstrueux [2]. Participant à la défense de l’Yser, décisive pour soutenir les efforts consentis lors de la première bataille de la Marne, il fut à Dixmude à l’automne 1914. Il contribua donc à éviter à l’armée belge l’encerclement, permettant ainsi à l’armée française de résister aux tentatives d’enfoncement du front avant sa consolidation jusqu’à la fin de la guerre. Cette bataille de Dixmude marqua en fait l’arrêt de l’invasion allemande. Il raconta ensuite son action courageuse lorsqu’il défendit le clocher du village de Oud-Stuivekenskerke, un poste d’observation stratégique cible des artilleurs allemands[3].  Une chapelle évoque encore cet épisode[4]

ÉRIK LAMBERT


[1] https://mondieuetmontout.com/Menu-Pere-Martial-Lekeux-Mes-Cloitres-dans-la-tempete.html
[2] La guerre de tranchée conduisait à des corps à corps qui pouvaient s’achever à la pelle ou à la pioche. Ce pouvait aussi être des sapes comme en porte la trace le front de la somme (Lochnagar Crater (trou de la gloire) à La Boisselle https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/le-trou-de-mine-de-la-boisselle-lochnagar-crater-trou-de-gloire-un-symbole-de-la-grande-guerre-et-la-propriete-d-un-anglais-1038687.html ) ou l’épisode du tunnel de la mort au Chemin des dames en Champagne (1917) https://www.lemonde.fr/international/article/2020/11/16/mystere-de-la-guerre-de-14-18-le-tunnel-du-winterberg-livre-ses-premiers-secrets_6059854_3210.html
[3] https://mondieuetmontout.com/Pere-Martial-Lekeux-o.f.m.-Histoire-d-une-tour.html
[4] https://www.rtbf.be/14-18/article_oud-stuivekenskerke?id=8295420

PIE IX, UN PAPE À L’IMAGE DE SON SIÈCLE : ENTRE LIBÉRALISATION ET CONSERVATISME

3. Un pape à l’image d’une Église agitée par les sociétés en mouvement.

L’échec de sa tentative de gouvernement libéral étouffa les velléités novatrices du Pape. Désormais, il aspira à défendre son pouvoir temporel indispensable selon lui, à l’indépendance spirituelle de l’Église. Durant le reste de son règne, il ne cessa de lutter contre l’Italie naissante. Emporté par le tourbillon libéral qui balayait l’Europe, ses positions conservatrices ne s’affirmèrent pas seulement en Italie mais concernèrent l’ensemble du continent. Confronté aux patriotes italiens, il accentua les positions adoptées en son temps par Grégoire XVI[1]. Ce pontife, initialement libéral, puis perçu comme réactionnaire, combattit en son temps, la vague de religiosité romantique[2] et de naturalisme rationaliste[3]. Il condamna les doctrines de Lamennais de séparation de l’Église et de l’État et les libertés de conscience et de presse. Cette source d’inspiration nouvelle qui guida Pie IX le conduisit à nourrir une solide opposition au discours de Montalembert prononcé au congrès de Malines de 1863[4]. Il lança l’encyclique Quanta Cura[5], publiée le 8 décembre 1864. Le texte condamna le naturalisme, en particulier le rationalisme moderne et la conception libérale des rapports entre la religion et la société civile ; le socialisme et de manière générale la société moderne. Le texte était complété par une liste de quatre-vingts propositions erronées, intitulée Syllabus[6]. Toutefois, le Pape connut une popularité exceptionnelle tant il suscita l’empathie auprès du « mouvement catholique ». Considéré par beaucoup comme un martyr ; cet homme doté d’un réel pouvoir de séduction, avide de contacts[7], rallia les masses et le clergé. Sa situation fut un accélérateur de l’ultramontanisme[8]. Ce dernier courant était fidèle à la perspective tracée par Pie IX lors du XXe concile œcuménique de l’Église romaine[9], Vatican1, affirmant le principe de la primauté et de l’infaillibilité pontificale. Ce fut ce pape qui forgea le Dogme de l’Immaculée Conception dans la bulle apostolique Ineffabilis Deus[10] en décembre 1854. Le dogme de l’Immaculée Conception proclamait la conception « sans tâches » de la mère du Christ. Cela signifiait qu’elle n’était pas marquée par l’empreinte du péché originel comme l’avaient déjà affirmé de nombreux pères de l’Église[11]. Les apparitions de la Vierge à Catherine Labouré[12] en 1830 puis à Bernadette Soubirous en 1858[13]  procédèrent de ce culte marial en pleine expansion. 
Toutefois, la guerre franco-prussienne entraîna la suspension du concile Vatican1 et la disparition de l’État pontifical, privé de la protection de la France. Les troupes italiennes occupèrent Rome le 20 septembre 1870 désormais capitale du royaume d’Italie[14].
L’ambition affirmée de Pie IX de servir l’Église avec un esprit mystique ouvrit l’ère des papes missionnaires. Certes, son pontificat fut celui d’une Église sur la défensive avec le développement du laïcisme en Allemagne[15], en Suisse, en France mais il fut aussi celui d’un regain de religiosité.  

Le Pape Jean Paul II béatifia le dimanche 3 septembre 2000 Pie IX et Jean XXIII. Associer les deux souleva l’indignation. Ceux qui s’y opposèrent estimèrent que Jean Paul II, en béatifiant Pie IX, voulut ménager les milieux traditionalistes, adversaires de toujours de l’œuvre de Jean XXIII. Deux papes, l’un symbole du conservatisme, l’autre de la modernité[16].
L’Église, c’est aussi des contradictions et le long règne de Pie IX en fut l’expression : comment l’Église peut-elle affronter les défis générés par les évolutions de société ? 


[1] Pape de 1831 à 1846.
[2] Les romantiques songeaient à une individualisation du sentiment religieux plus qu’à une religion instituée, catholique ou reformée.
[3] Le rationalisme considère que l’homme peut réfléchir par lui-même sans intervention de la religion. Pour le naturalisme, l’homme est un être vivant qui naît, vit et meurt. La pensée meurt avec le corps et il n’y a dès lors de vie après la mort. Dans les deux cas, la raison seule juge ce qui est bon et ce qui est mal.
[4] Cf. L’Église Libre Dans l’État LibreDiscours Prononcés Au Congrès Catholique de Malines, Par Le Comte de Montalembert.
[5] « Avec quel soin… » https://www.vatican.va/content/pius-ix/la/documents/encyclica-quanta-cura-8-decembris-1864.html
[6] Un recueil qui dénonçait « les principales erreurs du temps ».
[7] 9 heures d’audience par jour.
[8] L’ultramontanisme (du latin ultra, au-delà et montis, montagne) désigne ce qui est au-delà des monts alpins par rapport à la France, c’est-à-dire l’Italie et plus précisément Rome. Il se manifeste dès les XVIIe et XVIIIe siècles, mais surtout au XIXe siècle. Ses partisans, les ultramontains, considèrent que le pape a la prédominance sur les conciles nationaux pour tout ce qui concerne l’Église catholique (dogme et administration).
[9] Réuni du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Sept cents évêques pour « trouver les remèdes contre les si nombreux maux qui oppressent l’Église » 
[10] « Dieu ineffable ». https://www.icrsp.org/Saints-Patrons/Christ-Roi-Immaculee-Conception/Ineffabilis_Deus_Pie_IX.htm
[11], Saint-Augustin, in De natura et gratia « De la sainte Vierge Marie, pour l’honneur du Christ, je ne veux pas qu’il soit question lorsqu’il s’agit de péchés. Nous savons en effet qu’une grâce plus grande lui a été accordée pour vaincre de toutes parts le péché par cela même qu’elle a mérité de concevoir et d’enfanter celui dont il est certain qu’il n’eut aucun péché. »
[12] La Vierge se serait présentée comme « conçue sans péché » à Catherine Labouré.  La médaille miraculeuse a été comme « dessinée » par la Vierge elle-même ! Elle aurait en effet demandé la forme ovale, l’invocation à graver, son effigie à poser sur une face et au revers les motifs symboliques. De ce fait, la Vierge en a donné le contenu ; le message, explicite et implicite, de sa propre identité, sa Conception Immaculée. Ensuite la Sainte Vierge en a donné le mode d’emploi : « Ceux qui la porteront avec confiance », on trouve là comme un écho des paroles de Jésus à la femme guérie après avoir touché son manteau : « Va, ta foi t’a sauvée ». Enfin, la Vierge en assigne le but : recevoir de grandes grâces, nous rappelant ainsi la miséricorde de Dieu et la primauté de la vie spirituelle.
[13] La « belle dame » lui est apparue dans la grotte de Lourdes en lui disant : « Que sòi era Immaculada Concepciou », « Je suis l’Immaculée Conception » en gascon.
[14] Le Pape refusa la « loi des garanties » votée par le Parlement italien en mai 1871 laissant ouverte la « question romaine » résolue par les accords du Latran de 1929.
[15] Kulturkampf, Otto von Bismarck, ne se cachant pas d’être agnostique, voire athée, aspirait à réaliser l’unité de l’Allemagne autour de la Prusse. Pour cela, il convenait de mener un « combat pour la civilisation » qui visait en fait à éradiquer l’influence du Saint-Siège sur l’Église allemande et réduire son influence dans certains territoires allemands comme l’Alsace ou la Bavière. 
[16] Sans porter de jugement ou se lancer dans une démarche de repentance ignorant les réalités des temps, la position des deux sur les Juifs est intéressante à observer. Ainsi, l’affaire Dreyfus à l’italienne que fut l’affaire Mortara ne peut que solliciter notre intérêt. 

PIE IX, UN PAPE À L’IMAGE DE SON SIÈCLE : ENTRE LIBÉRALISATION ET CONSERVATISME

2. Un Pape secoué par l’aspiration à l’unité de l’Italie.

Le Pape Jean Paul II béatifia le dimanche 3 septembre 2000 Pie IX, qui régna sur l’Église de 1846 à 1878, et Jean XXIII, au court pontificat (1958 à 1963). Cette décision fut amèrement commentée en son temps. Certes, l’inquiétude résidait dans la possible béatification du controversé Pie XII qui avait lui-même canonisé Pie X en 1954. Qui était ce Pape aux deux visages ?

Giovanni Maria Mastai Ferretti naquit en mai 1792 dans les Marches, sur la côte adriatique, dans l’actuelle station balnéaire à la jetée art déco de Senigallia, située à quelques encablures de la ville médiévale d’Ancône. Souffrant de troubles nerveux, il ne put entrer dans la garde noble[1]. Il se consacra dès lors à l’étude de la théologie et fut ordonné en 1819. Entre 1823 et 1825, il séjourna au Chili comme secrétaire du légat apostolique[2]. Il y dirigea un hôpital d’enfants handicapés. En 1827, il devint archevêque de Spolète puis évêque d’Imola et cardinal en 1840. Considéré comme un homme à la charité ardente, sans sympathie politique connue, il fut élu le 16 juin 1846 au trône de Saint-Pierre après un conclave de deux jours face au barnabite[3] Luigi Lambruschini[4] pour succéder au défunt Grégoire XVI. L’Europe était alors agitée par des mouvements nationaux et unitaires. L’élection de Pie IX apparut comme l’espoir des libéraux. Du reste, dès son arrivée au Saint-Siège, il libéra des prisonniers politiques, établit le 14 mars 1848 un système bicaméral pour le vote des lois et de l’impôt dans ses États[5]. Il fit même entrer pour la première fois des laïcs augouvernement des États pontificaux. Les Italiens partisans de l’unité, tel l’abbé piémontais Vincenzo Gioberti voire le révolutionnaire Mazzini espéraient que Pie IX prît la tête d’une Italie confédérée[6]. Toutefois, il refusa d’entrer en guerre contre l’Autriche en avril 1848[7]. Rome tomba aux mains des révolutionnaires et le premier ministre Pellegrino Rossi fut assassiné le 15 novembre 1848. Assiégé dans le Quirinal (alors résidence papale) par le peuple, le Pape, déguisé, s’enfuit le 24 novembre pour se réfugier en la citadelle napolitaine de Gaète au sud de Rome. La Ville éternelle abandonnée, les démocrates mazziniens proclamèrent en février 1849 la fin du pouvoir temporel des papes et la République romaine.
Un défi était lancé à la Papauté, quelle serait la réaction de Pie IX, l’espoir des libéraux ?

ÉRIK LAMBERT.


[1] Unité chargée de la protection du Saint-Père. Elle a disparu en 1970. Ne demeurent que les fameux gardes suisses sollicités par le Pape Jules II en 1505, corps créé officiellement le 22 janvier 1506.
[2] Légat apostolique ou pontifical dans la Rome antique, il s’agissait d’envoyés dans les provinces ou dans une nation étrangère. Le terme vient du latin legare, qui signifie « envoyer avec une mission ». Il est envoyé par le Pape pour une mission ponctuelle d’administration ou de représentation, en général diplomatique.
[3] Membres d’une congrégation religieuse fondée en 1530 à Milan par saint Antoine-Marie Zaccaria (1502-1539), médecin originaire de Crémone devenu prêtre en 1528. Ils s’appelèrent d’abord Clercs réguliers de saint Paul et reçurent le nom de Barnabites peu après leur installation auprès de l’église Saint-Barnabé à Milan (1545). Parmi ses membres, le cardinal Bilio, collaborateur de Pie IX dans la préparation du Syllabus.
[4] Candidat de la faction conservatrice des zelanti. Opposé aux idées libérales, il montra même une inclinaison réactionnaire en fustigeant tout changement s’opposant au développement du chemin de fer dans les États pontificaux et au gaz d’éclairage.
[5] Au VIIIe siècle, le déclin de l’empire byzantin, protecteur traditionnel de la chrétienté, conduit le pape à chercher la protection des Francs et de leurs rois, Pépin le Bref puis Charlemagne. Ceux-ci, en retour, accordent à l’évêque de Rome leur protection, notamment face aux Lombards et aux Byzantins. Ils lui reconnaissent une primauté sur les autres évêques et en particulier le patriarche de Constantinople. Enfin, ils lui concèdent un vaste territoire au cœur de la péninsule italienne pour lui assurer son indépendance face aux principautés environnantes. Grégoire VII (Pape de 1073 à 1085) et ses successeurs luttèrent pour assurer l’autonomie de l’Église catholique face aux interventions des souverains séculiers dans la désignation des évêques et des abbés, autrement dit des chefs des églises locales. Le pape s’affirma dès lors comme chef suprême de la chrétienté occidentale, se présentant comme un souverain spirituel mais aussi séculier, attaché à défendre les États pontificaux et à sanctionner les agissements coupables des souverains, en usant notamment de l’arme la plus dissuasive qui soit, l’excommunication. Depuis les accords du Latran de 1929, le Vatican est le plus petit État du monde d’une superficie de 44 hectares soit à peine la surface du cimetière du Père-Lachaise.
[6] Idée inspirée des Guelfes du Moyen-Âge. La riche Italie est tout au long du Moyen Âge convoitée par les empereurs allemands titulaires du Saint-Empire. Mais leurs prétentions se virent contestées par le pape, principal souverain italien. Aux XIIIe et XIVe siècles, les cités marchandes furent déchirées par les conflits entre les partisans de l’empereur (le parti gibelin ou parte Ghibellina) et ses adversaires, qui eurent généralement l’appui du pape (le parti guelfe ou parte Guelfa). Le conflit fut la transposition de la rivalité entre deux familles allemandes prétendant l’une et l’autre à la couronne impériale : les Guelfes (dont le nom vient d’une seigneurie souabe, Welfen) et les Hohenstaufen, dont les partisans portaient le nom de Gibelins, d’après la seigneurie de Weiblingen, d’où ils étaient issus. Le conflit allemand se solda par le triomphe des seconds en la personne de Frédéric II de Hohenstaufen, après que l’empereur Othon IV de Brunswick, chef des Guelfes, eut été défait par le roi de France Philippe Auguste à Bouvines (1214).
[7] Le Printemps des peuples en 1848 a soulevé l’espoir d’un Risorgimento, d’une renaissance de l’Italie, qui se ferait en expulsant l’Autriche et les souverains inféodés à elle. À Milan les habitants commencèrent à manifester contre la tutelle autrichienne dès le mois de janvier 1848 en s’abstenant de fumer pour ne pas payer la taxe sur le tabac. Les troupes d’occupation se plurent alors à fumer sous leur nez de voluptueux cigares. Le commandant en chef autrichien Radetzki (qui inspira la fameuse Radetzki March de Johann Strauss https://www.facebook.com/watch/?v=10155624205272598 ) fut obligé d’évacuer Milan, possession autrichienne, après la bataille des «Cinq Jours», du 18 au 22 mars 1848. À Venise, autre possession autrichienne, Daniele Manin proclama le 22 mars la République de Saint Marc. Le même jour, le roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert 1er, se posant en champion de l’unité italienne, entra en guerre contre l’Autriche. Il reçut le concours du grand-duc de Toscane et du roi des Deux-Siciles (Naples), poussés à intervenir par leur bourgeoisie libérale. À Rome, le pape Pie IX fut chassé par les révolutionnaires. L’armée autrichienne étouffa toutefois les différentes révolutions et réussit à maintenir la domination directe ou indirecte des Habsbourg sur des États italiens divisés. Malgré les défaites, l’idéal du Risorgimento progressa, l’opéra et le chemin de fer étant des vecteurs de l’unité italienne sans doute plus efficaces que la barricade.