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La femme adultère (suite)

« Que celui qui est sans péché… » Chap 8, 7-9

• Jésus se réfère lui aussi à la loi : en effet, l’expression « jeter la pierre en premier » est tirée du Dt. 17, 7 : « … Que ce soient les témoins qui jettent la pierre en premier, et ensuite tout le peuple ».

• Jésus troque le mot ‘témoin’ pour le mot ‘innocent’ (sans péché). Ceci est d’une conséquence importante, car il ôte du même coup à tout homme le droit de juger. Personne n’a le droit de juger ni de sévir, car tous sont pécheurs.

• Se pose, alors, un problème important pour la vie sociale : un tel principe anéantirait toute morale judiciaire : aucun juge ne serait jamais en droit de punir ni même aucun parent avec ses enfants.

•Quand il y a une aporie (contradiction, impasse) dans l’Evangile, c’est qu’il y a une autre raison, une autre intention dans la pensée de Jésus.
En effet, que vient-il faire ? En empêchant toute lapidation, il suspend en fait la loi de Moïse, au profit de la miséricorde. Mais de quel droit ? Sinon du droit de celui qui s’arroge les pouvoirs de Dieu. Si bien que cette phrase étonnante et inquiétante, « que celui qui est sans péché » implique une déclaration d’identité divine, sonne comme une révélation christologique : « Je possède le même pouvoir que le Père, le maître de la loi ».
  => … quand il dira en 8, 46 : « Qui de vous me convaincra de péché ? »
  => … quand il a déclaré au début de son ministère qu’il était venu annoncer la ‘Bonne Nouvelle’
  => … quand, la veille de son arrestation, il pouvait dire dans sa prière : « Père, j’ai manifesté ton Nom aux hommes » 17, 6 (le nom dans la bible révèle la réalité profonde de la personne).
Quelle était cette « Bonne Nouvelle » ? Quel était ce visage non encore révélé de Dieu ? C’était toute la raison de l’Incarnation, à savoir :
Dieu, par la venue de son Fils, avait décidé, unilatéralement et gratuitement, d’accorder un délai de grâce, de suspendre le jugement, pour ne laisser voir que sa miséricorde.

Jésus n’est donc pas un prophète de plus… il est, sous forme humaine la MISERICORDE INCARNEE. Il est Dieu vu (au sens de visible) sous l’aspect de miséricorde.
Si un juge n’a pas à juger, si les parents n’ont pas à juger, ils ont à discerner. La différence est de taille : on ne juge pas l’homme, mais son acte. On laisse donc la porte ouverte pour une conversion possible.

« Moi non plus, je ne te condamne pas… Va et désormais ne pèche plus » Chap 8 10-11

Saint Augustin commente : « Restent deux personnages : la misère et la miséricorde. » La Miséricorde incarnée, Jésus, Dieu miséricordieux.

Ne nous trompons pas de personnage principal. Ici, c’est Dieu le Père ; c’est lui qui, en Jésus, fait miséricorde. Même chose que dans la parabole du ‘fils perdu et retrouvé’ ; ce n’est pas l’attitude du fils qui importe le plus, c’est celle du père !

Qu’est-ce que pardonner pour Dieu et pour Jésus ? C’est d’abord ne pas réduire la femme coupable à son péché ; c’est lui ouvrir de nouveau un avenir possible. « Par-donner », c’est « re-donner » une personne à elle-même. C’est refuser de figer et parier sur le vivant.

Mais Dieu, quoique miséricordieux, ne renonce pas à être Dieu, c’est à dire l’ennemi du péché. Aussi Jésus peut dire : « désormais, ne pèche plus ! »

« … personne, Seigneur ! » Remarquons pour terminer le titre divin que la femme décerne à Jésus. Seigneur, c’est à dire « Dieu ». Ce qui ne fait que confirmer la révélation christologique qui est au centre de ce récit de la « femme adultère ».

Frère Joseph

La femme adultère chap 8, 1-11

Préliminaires
Ce récit est ordinairement considéré par les spécialistes comme une pièce rapportée dans l’évangile de Jean. Il s’agirait d’une tradition indépendante, qui n’a été utilisée par aucun des 4 évangélistes, mais qui aurait été insérée après coup dans l’évangile de Jean. Cette constatation nous amène à nous poser 2 questions :
Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?
Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ?

Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?

• Les manuscrits les plus anciens l’ignorent.
• Certains manuscrits, plus récents, le placent ailleurs, dans le ch. 8 (après les versets 36 ou 44), ou même à la fin de l’évangile, preuve qu’on ne savait trop où mettre cette pièce « flottante ».
• D’autres manuscrits l’attribuent à Luc et le placent après Luc 21, 38, c’est à dire entre « les derniers jours de Jésus au Temple » et « le complot contre Jésus ».
• Les Pères Grecs semblent ignorer ce récit.
• Enfin, on n’y trouve ni le vocabulaire, ni le style de Jean. Par contre, il relève tout à fait du style et de l’idée générale de Luc, l’évangéliste de la miséricorde.

Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ? Et pourquoi au début de ce chapitre 8 ?

• Le thème du procès fait à Jésus par les autorités juives, est un thème récurrent dans cet évangile, et le récit de la femme adultère l’illustre parfaitement.
• En Jean, les ch. 7 et 8 sont ceux de la grande et violente opposition entre Jésus et les Juifs : insérer ce récit en plein milieu convenait fort bien. Surtout, juste avant le verset 15 : « Moi, je ne juge personne ! »
• Enfin, sous ce récit, apparemment de simple indulgence de la part de Jésus, se cache, une fois de plus, une révélation sur la véritable identité de Jésus. C’est donc un récit christologique.

Le véritable accusé n’est pas celui qu’on pointe 1-6a

>> En apparence, on instruit ici le procès d’une femme adultère. En réalité les scribes et les pharisiens font le procès de Jésus. La femme adultère ne sert que de prétexte.
>> La véritable intention des accusateurs se déplace :
• à l’égard de la femme coupable, c’était de se faire les pieux défenseurs de la loi de Moïse (dont le but était, en effet, d’extirper les mauvaises mœurs dans le peuple de Dieu). Le Lévitique 20, 10 prévoyait sans conteste la mort par lapidation.
• mais à l’égard de Jésus, c’est en réalité de trouver un motif pour le condamner à mort.
>> La tactique ? enfermer Jésus dans un dilemme fatal :
• ou bien il penche pour la clémence, mais alors il prend parti contre l’autorité de Moïse, et encourt dès lors, comme blasphémateur, le même châtiment que la femme.
• ou bien il penche pour la sévérité, mais alors, lui qui se présente comme le prophète de la miséricorde, il se contredit lui-même : c’est un faux prophète, et les faux prophètes, Israël ne peut les tolérer en son sein, il faut s’en débarrasser.

Le piège est le même que la question insidieuse posée un jour à Jésus : « Maître, est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » (Lc. 20, 20-26). Selon la réponse, Jésus serait, ou un mauvais juif, ou un dangereux agitateur.
>> L’ambiance est tendue, et le danger est aussi grave pour Jésus que celui qu’il devra bientôt affronter lors de son jugement devant le sanhédrin. On le voit à un détail révélateur, qui invite à faire le rapprochement : Jésus commence par garder le silence ; or, devant le sanhédrin, Marc nous rapporte : « Mais lui se taisait et ne répondait rien » (14, 61).
>> Jésus écrit sur le sol… On a supposé beaucoup de choses, à tort. Il s’agit, très probablement, d’un geste pour rien qui marque son désintérêt pour la question posée, son refus d’émettre un jugement. Mais les juifs insistent…

frère Joseph

JE SUIS Chap 8, 21-59

  1. Par 3 fois, Jésus utilise l’expression « Je suis » (24.28.58). Cette formule est celle par laquelle Dieu avait révélé son nom à Moïse (Ex. 3, 14 ; Dt. 32, 39 ; Is. 41, 4 ; 43, 10.13). Autrement dit, Jésus, en parlant comme Dieu lui-même, se situe sur le même plan que l’être du Père.
    Remarquons aussi que cette formule « Je suis » apparaît au début et à la fin de ce passage en 24 et en 58 : cette inclusion prouve que nous avons ici la clé du passage : c’est la condition divine de Jésus qui est au cœur de la controverse.
  2. Mais que voulait dire Dieu à Moïse, en se nommant « Je suis » ? Plusieurs hypothèses ont été avancées :
    a) « Je suis qui je suis » (refus de se laisser identifier)
    b) « Je suis celui qui est », le seul qui existe vraiment, par opposition aux dieux des autres nations qui ne sont pas, qui ne sont qu’imaginaires.
    c) « Je suis qui je serai » (le verbe en hébreu vaut pour le présent et le futur) : je suis une présence constante et fidèle pour t’aider à sauver mon peuple. C’est au fur et à mesure de son action pour les hommes que Dieu manifestera qui il est.
  3. Dans cette controverse, Jésus va détailler comment son union transcendante avec le Père s’oppose à l’incroyance des juifs :

21-24 : Son ‘départ’ révélera son origine :
=> … la mise en croix par les juifs va révéler leur origine :

son élévation en croix sonnera l’heure de sa ‘glorification’ : « vous connaîtrez que je suis » (d’en haut)
=> « vous, vous êtes d’en bas »

28-29 : Sa mission et son message révèlent que Jésus est inséparable du Père.
=> …vous les juifs, vous vous enfermer dans votre péché : Jugement sur l’apparence, refus de toute lumière venant d’en haut…

31-32 : Jésus est celui qui donne accès à la Vérité, qui est le domaine de Dieu
=> …vous les juifs, vous préférez vivre dans les ténèbres (erreurs, mensonges, endurcissements…)

… et la Vérité donne accès à la vraie liberté, qui est celle des fils de la maison, comme l’était déjà notre père Abraham : on est fils quand on donne toute sa foi.
=> … vous les juifs, vous êtes en réalité dans l’esclavage du péché.
Vous ne voulez pas donner votre foi !

37-47 : Jésus est celui qui révèle quelle est la filiation réelle de chacun (il ne suffit pas d’être de la descendance d’Abraham): or, rien ne sépare Jésus de Dieu, son Père.
=>  … vous les juifs, vous n’avez pas d’autre père que le diable, menteur et père du mensonge.

52 : Jésus est celui qui préserve de la mort.
=>  …vous les juifs, vous n’y croyez pas

56 : Jésus est la réalisation ultime de ce qu’espéraient Abraham et les prophètes.
=>  … vous les juifs, vous ne voyez pas plus loin que la mort.

58 : Jésus est celui qui domine le temps : « Avantqu’Abraham fût, JE SUIS ! »
=>  … pour les juifs, cela est un blasphème ! Jésus mérite la lapidation.

fr. Joseph

Jésus, lumière du monde Chap 8, 12-59

Remarque : Les versets 1 à 11 sont considérés par les spécialistes comme un ajout (nous y reviendrons). Cela veut dire que 8, 12-59 est la suite logique du chapitre 7. D’où son insertion à cette place dans ce travail.

Introduction

1- Nous sommes toujours à la fête des tentes, en souvenir de l’exode, avec célébrations solennelles de l’eau et de la lumière (l’eau jailli du rocher et la colonne lumineuse qui avait servi de guide). Dans le chapitre précédant, Jésus s’est proclamé « Source d’eau vive ». Ici, il se proclame « Lumière du monde ».

2- Le cérémonial de la lumière, au Temple, était enthousiasmant : on illuminait le temple avec d’immenses candélabres placés dans le parvis des femmes et qui brûlaient la nuit entière. Leur lueur embrasait la ville sainte. Alors les lévites, debout sur les quinze degrés par lesquels on passait du parvis des femmes à celui des hommes, chantaient des psaumes en s’accompagnant de tous les instruments de musique connus alors en Israël.

3- Comme pour le chapitre précédent, nous sommes dans un contexte d’affrontement avec les Juifs, un affrontement qui se fait violent et Jésus n’échappe que de peu à la lapidation.

4- A noter, tout au long du chapitre un tissu d’oppositions
• Lumière / ténèbres (ignorance, erreur, endurcissement, mort)
• Vérité / mensonge
• Liberté / esclavage
• Haut / bas.

Lumière du monde 12-20

I. En proclamant « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres », Jésus sait que l’expression comporte tout un étagement de sens, du plus immédiat au plus transcendant :
• Comme la nuée lumineuse dans le désert, je suis celui qui peut éclairer le monde dans sa marche vers la vie
• La lumière fut la première œuvre de la création. Mais au terme de l’histoire, la nouvelle création aura Dieu lui-même pour lumière : nous n’aurons plus besoin de lune ou de de soleil.
• Dans l’AT la lumière est le signe qui manifeste visiblement quelque chose de Dieu : elle est comme le « reflet de sa gloire », le « vêtement dans lequel il se drape », et finalement Dieu lui-même, d’après le livre de la Sagesse.
Jésus prétend donc se doter d’un attribut divin.
• Toujours dans l’AT la lumière est le signe des interventions salvatrices de Dieu, pour protéger son peuple des ténèbres démoniaques, ou l’en arracher.
Jésus s’identifie aussi à Dieu sauveur : si on l’écoute, si on le prend pour guide, si l’on se met à sa suite, on ne connaîtra pas la mort.

II. Il y a 7 proclamations solennelles de Jésus rapportées par Jean, en forme de « Je suis… » avec un attribut :
• « Moi, je suis le pain de la vie » 6, 35
• « Moi, je suis la lumière du monde du monde » 8, 12.
• « Moi, je suis la porte » 10, 9
• « Moi, je suis le bon berger » 10, 11
• « Moi, je suis la Résurrection » 11, 25
• « Moi, je suis la vigne » 15, 1.5
• « Moi, je suis roi » 18, 37

De plus, il est à remarquer que « Moi, je suis… » ou simplement « Moi », chez les prophètes et dans les livres sapientiaux, introduit les déclaration solennelles de YHWH. Elle est caractéristique de ce qu’on pourrait appeler le style divin.

Frère Joseph

Jésus et l’Esprit Saint évangile jean Chap 7, 37-39

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi ;
et qu’il boive, celui qui croit en moi ! »

Rappelons-nous le déroulement de la fête des Tentes : la procession solennelle de l’eau et la libation sur l’autel, en souvenir de l’Exode, en particulier l’épisode de l’eau miraculeuse jailli du rocher. Jésus laisse entendre : le Rocher, c’est moi !

« Comme l’a dit l’Ecriture : ‘de son sein (du sein de Jésus) couleront des fleuves d’eau vive’. Jésus désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »

Jésus fait cette proclamation au Temple, et au jour le plus solennel de la fête, celui où le Temple prenait toute son importance.


Les fleuves d’eau vive dans l’Écriture

Ex. 17, 1-17 L’eau qui jaillit du rocher

Ps. 78, 16 : « Du roc il fit sortir des ruisseaux et descendre les eaux en torrent »
Ps. 105, 41 : « Il ouvrit le rocher, les eaux jaillirent, dans le lieu sec elles marchaient comme un fleuve »
1 Co. 10, 4 : « … nos pères buvaient à un Rocher spirituel qui les accompagnait, et ce Rocher était le Christ. »


Ez. 47, 1-12 L’eau qui sort du temple

Ez. 47, 1-12 : dit que l’eau sort de sous le seuil du temple ; en coulant vers la Mer Morte, elle devient un fleuve infranchissable, sur les bords duquel poussent des arbres de vie
Za. 14, 18 : « En ce jour-là sortiront des eaux vives de Jérusalem, moitié vers la mer orientale et moitié vers l’autre mer. »
Ap. 22, 1-2 : « … un fleuve de vie jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. »


Le Christ est à la fois le Rocher spirituel auquel les chrétiens s’abreuvent (1 Co. 10, 4) et aussi le temple des derniers temps (dont parlait déjà Jean en 2, 20). Du sein du Christ, Rocher et Temple, sort l’eau vive qui désaltère les croyants (Ez. 47).



L’eau symbole de l’Esprit Saint

L’interprétation de l’eau comme symbole de l’Esprit existe déjà dans l’Ancien Testament.

Is. 43, 20 : « … car j’ai donné des eaux dans le désert, des fleuves dans la terre aride pour abreuver les exilés de mon peuple en qui je me suis complu… » repris plus loin avec sa portée symbolique

Is. 44, 3 : « Car de même que les eaux sont données dans la terre aride, ainsi je donnerai mon Esprit Saint sur tes fils, et ma bénédiction sur tes petits-fils. »


Ce qui est nouveau, c’est la façon dont l’Esprit est conçu :

• non plus seulement comme un don de Dieu, comme une force intérieure qui transforme l’homme, mais comme une personne divine envoyée par le Père, conformément à la promesse du Fils : tous les hommes sont conviés à venir au Christ et à croire en lui, car s’ils ont soif ils trouveront ainsi à boire ;

• non plus une eau terrestre, comme nos pères dans le désert, mais une eau qui symbolise l’Esprit Saint : ceux qui croiront au Christ recevront de lui l’Esprit.



L’Esprit Saint donné seulement à la Résurrection

Jusqu’à la glorification du Christ, les hommes restent sous le régime de la loi. C’est du Christ Ressuscité et glorifié que vient la communication de l’Eprit Saint aux hommes.

Jn. 14, 15 : Dans ce discours après la Cène, la promesse de l’Esprit est au futur.
Jn. 20, 22 : Lors de la première apparition, le premier don accordé est celui de l’Esprit
Ac. 2, 15  : A la Pentecôte, c’est la réalisation solennelle et publiqueGa. 4, 4-7 : « Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils né d’une femme et assujetti à la loi pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs. Fils, vous l’êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi tu n’es plus  esclave, mais fils ; fils, et donc héritier : c’est l’œuvre de Dieu. » 

Fr Joseph

Évangile de Jean chapitre 7 (suite)

Jésus et le Père

La Foule – les « Juifs »
Enjeu géographique


Sa parenté lui dit : « A partir de la Galilée, tu ne peux rien espérer, il faut viser le monde officiel, pour une action messianique efficace.
L’étape de la Galilée est achevée, c’est le moment de passer en Judée
».

Jésus

A quel plan Jésus obéit-il ?
Quel moment ? Quels objectifs ?
(1-10)

« Vous et votre monde », vous faites toujours ce que vous voulez et quand vous le voulez !
Moi, ma mission je la reçois d’en haut, c’est le dessein de Dieu !
Son objectif n’est pas votre monde, et mon heure est la sienne !


Les Juifs : « Il n’est pas venu à Jérusalem étudier la loi et les traditions… Donc, son interprétation des Ecritures ne peut être que suspecte !
La preuve, il viole la loi : il a guéri le paralytique le jour du sabbat.
»

Jésus

De qui tient-il son enseignement ?
(14-24)

Mon enseignement ne vient pas des écoles, ni d’une démarche d’autodidacte, mais de CELUI QUI M’A ENVOYE.

2 preuves :
1. Faites sa volonté, vous verrez tout de suite d’où je tiens cet
enseignement.
2. Je ne cherche pas ma gloire, mais la sienne.

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 


La Foule : Serait-ce le Messie ?
Mais le Messie mener une existence cachée jusqu’à ce que, soudain, il apparaisse en pleine gloire ; on ne sait pas d’où il doit venir. Tandis que Jésus, on sait qu’il est de Nazareth.

D’autre part, le Messie doit venir de Bethléem, en Judée !

Jésus

D’où vient-il ?
(25-31 et 40-52)

Ainsi, vous croyez savoir d’où je viens ? Mon origine échappe au savoir humain, je viens d’auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE !


La Foule : « Il va quitter la Palestine, pour s’en aller dans
la Diaspora ? »

Les Juifs : « Il faut l’arrêter ! Son cas est indéfendable, car jamais aucun prophète n’est venu et ne viendra de Galilée ! »

Jésus

Quelle destination ?
(32-36)

« Je m’en irai là où vous ne pouvez pas venir, auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE… » 

Fr Joseph


Saint Jean 7

JESUS, SOURCE d’EAU VIVE 7, 1-52

Remarques préalables

  1. Ici, commencent un ensemble de chapitres (7-12) où tout se passe à Jérusalem, et le plus souvent au temple. Le ton monte, l’incrédulité se fait menace : plusieurs fois Jésus échappe de justesse à l’arrestation et à la mort (vv. 1.19.25.30.44). C’est déjà l’affrontement décisif.
  2. On constatera la distinction constante entre les attitudes hésitantes et divisées de la foule, et la position très fermement opposée des « juifs ».
  3. Ce chapitre 7 est lié à la « fête des tentes ». Fête primitivement agraire (fête de la récolte), célébrée à l’automne, en septembre-octobre, dès l’époque de la sédentarisation en Canaan. Elle devient une fête de l’Exode et du séjour au désert, d’où le nom de fête des tentes. Elle durait 7 jours et pendant cette période, tous habitaient des cabanes de branchages.
    C’est une fête de l’eau qui apporte la fécondité, et une fête de la lumière : une manière de faire mémoire de l’eau miraculeuse sortie du rocher, et de la nuée lumineuse guidant le peuple.

Plan de ce chapitre :

1-10 : Introduction : Jésus discute avec ses frères
11-36 : Jésus discute à Jérusalem avec la foule et les « Juifs »
• L’origine de son message (15-18)
• Son attitude envers la loi (19-24)
• Le mystère de son origine (25-31)
• Le mystère de son départ (32-36)
37-39 : Révélation de Jésus sur lui-même : Source d’eau vive
40-52 : Réactions finales de la foule et des « juifs ».


Mais un autre plan peut être défini :

1. Jésus et le Père 6-36
• A quel plan obéit-il ?
• De qui tient-il son enseignement ?
• D’où vient-il ?
• Quelle destination ?
Révélation Théologale
(l’enjeu de la controverse :
ce monde ci ou le monde divin ?)
2. Jésus et l’Esprit Saint 37-39
Mais cette révélation de Jésus est l’objet d’un malentendu, objet
d’incompréhension de la part de la
foule et des juifs.
Opposition charnelle (l’enjeu de la controverse est géographique : la Galilée ou la Judée ?)

A noter :
• L’inclusion de ce chapitre 7 : « Galilée » au début et à la fin.
• L’enjeu géographique est en fait un enjeu de valeur et d’autorité.

Saint Jean_6

Le discours du chapitre 6 sur le « pain de vie » est un nouveau discours de révélation

  1. Jésus vient du ciel
    • Nouvelle affirmation de la divinité de Jésus : il vient d’ailleurs.
    • Scandale du mystère de l’Incarnation pour les juifs : « N’est-il pas ce Jésus fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? » (42)
    • Scandale aussi, pour eux, qu’un messianisme non politique et de non prospérité.
    • Démythisation du pain de l’exode : la manne n’est pas le vrai pain venu du ciel.
  2. … Comme un don gratuit de Dieu
    • Cela suppose qu’on accueille ce don, qu’on soit ouvert à son aspect étrange, qu’on croit que Jésus est bien le don du Père, autrement dit, la grâce par excellence.
    • Mais les juifs préfèrent se croire dociles à Dieu, parce qu’ils observent certaines règles et pratiques… Ce qui leur est demandé, c’est un accueil inconditionnel (la foi).
  3. … Destiné à être rompu et consommé comme nourriture
    • « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde »… « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, si vous ne buvez pas son sang… »
    Jésus, don de Dieu, est un don sacrificiel, don destiné à être sacrifié ; l’évocation séparée de la chair et du sang est significative de la mort violente, allusion au Golgotha.
    • Scandale pour un juif : boire le sang ! Cela est proscrit par le Lévitique. Si la vie est dans le sang, l’auteur de la vie est le maître du sang.
    • D’autre part, et c’est l’aspect nourriture de l’Eucharistie, si Jésus se donne à manger, c’est pour faire nôtre sa substance, pour que nous vivions de sa vie « Qui me mangera vivra par moi ».
    • Toutefois, la vie qu’il donne n’est pas la sienne propre, c’est celle qu’il partage avec le Père « Comme je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi » (57). L’Eucharistie communique la vie que le Fils tient du Père.
  4. … Afin que les hommes soient ensemencés de Résurrection.
    • L’Eucharistie est très fortement présentée ici comme ferment de résurrection. La fréquence des allusions à la mort, où à la non-mort, disent assez qu’elle est pour Jean une garantie contre la mort naturelle et spirituelle (8 allusions dans le discours).
    • Consentir à manger le corps du Seigneur, c’est consentir à croire en lui comme à l’antidote de la mort, comme au maître de la vie qui peut annuler la mort. C’est croire qu’on a déjà cette garantie.

Conclusion

Toute l’Eucharistie, chez Jean, est finalisée vers notre condition de sur-vivants :

  1. De l’éternité, Dieu envoie son Fils aux hommes comme nourriture, pour les ramener dans son sillage vers l’éternité.
  2. Ou équivalemment, en Jésus, c’est l’Eternel qui se donne à nous pour que nous soyons gagés, ensemencés d’éternité.

Remarque finale : Jean comparé aux synoptiques

L’Eucharistie est riche de plusieurs aspects, en particulier l’aspect sacrifice (mort du Seigneur), l’aspect repas (corps du Seigneur = nourriture et facteur de communion), et l’aspect eschatologique (anticipation du banquet céleste, gage de vie éternelle).

Jean et les 3 synoptiques donnent de l’Eucharistie des accentuations différentes :
Les synoptiques : 1/ sacrifice 2/ repas-communion 3/ Espérance du Royaume des cieux.
Jean : 1/ repas-nourriture (aspect vivifiant de la chair de Jésus) 2/ gage de vie éternelle, ferment de résurrection 3/ sacrifice.

Fr Joseph

Saint Jean

II. Discours sur le pain de vie
6, 22-59

Introduction (22-31)

3 mots équivoques entre Jésus et la foule :

Signe : Pour Jésus, il est le symbole des biens du salut qu’il apporte à l’humanité
Pour la foule, c’est un miracle dans le ciel.
D’où la recherche de Jésus, le grandiose et la satisfaction de l’homme terrestre.

Œuvre : Pour Jésus, ce sont les choses du ciel
Pour la foule, c’est une action méritoire, un exploit.

Croire : Pour Jésus, c’est croire à l’envoyé de Dieu
Pour la foule, c’est être subjugué par un exploit, comme la manne de Moïse au désert

Corps du discours (32-59)

Il est formé de deux points forts :

  1. Le vrai pain descendu du ciel, c’est moi, dit Jésus.
  2. Il faut manger ce pain pour avoir la vie éternelle.

III. Crise chez les disciples
60-71

Seul l’accueil de l’Esprit Saint peut donner la foi en Jésus, vrai pain de vie (63b)
Seul restent les 12, et Pierre, en leur nom, fait la « confession de foi » (68-69)
Jésus prédit la trahison de Judas, comme à la Cène cf. Lc 22, 21-22 (70a-71)

Jésus le pain de vie 6, 1-71

Introduction

  1. Contrairement aux synoptiques, Jean ne relate pas l’institution de l’Eucharistie. Mais, comme eux, il se souvient que Jésus l’avait annoncée par la multiplication des pains. C’est donc dans ce chapitre 6 qu’il va faire la théologie de l’Eucharistie.
  2. Jean use, comme d’habitude, du double sens : pain matériel / pain de vie éternel.
  3. Il y a chez Jean une intention délibérée de marquer l’infériorité de l’AT. parce que celui-ci n’est que figure par rapport à la réalité, il n’est qu’annonce pour l’événement définitif (Moïse ne venait pas du ciel), il n’est qu’un palliatif pour ce qui sera une efficacité définitive (‘vos pères sont morts’ 49).
  4. On remarquera aussi chez Jean la volonté de ne pas atténuer le scandale provoquée par la révélation de Jésus. Pour Jean, l’homme est « charnel », c’est à dire incapable de croire, même lorsqu’il se croit religieux. Il n’arrive pas à s’en remettre totalement à Dieu, à admettre que sa toute-puissance entraîne sa toute liberté, et donc les moyens insoupçonnés qu’il emploie.
  5. Un parallélisme apparaît avec l’épisode de la Samaritaine (eau… pain). Les deux éléments de base de la vie humaine sont les symboles de la vie en Jésus (« en lui était la vie »).

I. Les deux signes 1-21

La multiplication des pains : Récit très proche des synoptiques. Toutefois, 3 détails significatifs :

  1. Des pains d’orge : allusion à Elisée distribuant 20 pains à 100 personnes (2R. 4, 42-45). Jésus fait mieux qu’Elisée. Cela explique l’enthousiasme populaire : « C’est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde » (14). On veut le faire roi, mais Jésus s’enfuit.
  2. Jésus prit le pain, rendit grâce, et les distribua : mêmes paroles que pour la cène. « Rassemblez les morceaux… pour que rien ne soit perdu » : ressemblance avec le rituel eucharistique de la Didachè* : « Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été rassemblé des extrémités de la terre ».
  3. Jean est le seul a précisé le contexte liturgique : la Pâque. Le pain donné par Jésus sera la Pâque nouvelle.

La marche sur les eaux : 2 points suggestifs

  1. La présence soudaine de Jésus auprès de ses disciples, plongés dans la ténèbre et l’angoisse, a toute la majesté et la gloire de ce qui sera une apparition du ressuscité.
  2. « Ego eimi…ne craignez pas ! » Ego eimi, peut signifier « c’est moi » ou « Je suis », formule par laquelle Dieu se définit devant Moïse au buisson ardent. Jésus apparaîtrait ainsi dans sa gloire de Fils de Dieu.

Fr Joseph

Διδακη : enseignement