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Jésus, lumière du monde Chap 8, 12-59

Remarque : Les versets 1 à 11 sont considérés par les spécialistes comme un ajout (nous y reviendrons). Cela veut dire que 8, 12-59 est la suite logique du chapitre 7. D’où son insertion à cette place dans ce travail.

Introduction

1- Nous sommes toujours à la fête des tentes, en souvenir de l’exode, avec célébrations solennelles de l’eau et de la lumière (l’eau jailli du rocher et la colonne lumineuse qui avait servi de guide). Dans le chapitre précédant, Jésus s’est proclamé « Source d’eau vive ». Ici, il se proclame « Lumière du monde ».

2- Le cérémonial de la lumière, au Temple, était enthousiasmant : on illuminait le temple avec d’immenses candélabres placés dans le parvis des femmes et qui brûlaient la nuit entière. Leur lueur embrasait la ville sainte. Alors les lévites, debout sur les quinze degrés par lesquels on passait du parvis des femmes à celui des hommes, chantaient des psaumes en s’accompagnant de tous les instruments de musique connus alors en Israël.

3- Comme pour le chapitre précédent, nous sommes dans un contexte d’affrontement avec les Juifs, un affrontement qui se fait violent et Jésus n’échappe que de peu à la lapidation.

4- A noter, tout au long du chapitre un tissu d’oppositions
• Lumière / ténèbres (ignorance, erreur, endurcissement, mort)
• Vérité / mensonge
• Liberté / esclavage
• Haut / bas.

Lumière du monde 12-20

I. En proclamant « Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres », Jésus sait que l’expression comporte tout un étagement de sens, du plus immédiat au plus transcendant :
• Comme la nuée lumineuse dans le désert, je suis celui qui peut éclairer le monde dans sa marche vers la vie
• La lumière fut la première œuvre de la création. Mais au terme de l’histoire, la nouvelle création aura Dieu lui-même pour lumière : nous n’aurons plus besoin de lune ou de de soleil.
• Dans l’AT la lumière est le signe qui manifeste visiblement quelque chose de Dieu : elle est comme le « reflet de sa gloire », le « vêtement dans lequel il se drape », et finalement Dieu lui-même, d’après le livre de la Sagesse.
Jésus prétend donc se doter d’un attribut divin.
• Toujours dans l’AT la lumière est le signe des interventions salvatrices de Dieu, pour protéger son peuple des ténèbres démoniaques, ou l’en arracher.
Jésus s’identifie aussi à Dieu sauveur : si on l’écoute, si on le prend pour guide, si l’on se met à sa suite, on ne connaîtra pas la mort.

II. Il y a 7 proclamations solennelles de Jésus rapportées par Jean, en forme de « Je suis… » avec un attribut :
• « Moi, je suis le pain de la vie » 6, 35
• « Moi, je suis la lumière du monde du monde » 8, 12.
• « Moi, je suis la porte » 10, 9
• « Moi, je suis le bon berger » 10, 11
• « Moi, je suis la Résurrection » 11, 25
• « Moi, je suis la vigne » 15, 1.5
• « Moi, je suis roi » 18, 37

De plus, il est à remarquer que « Moi, je suis… » ou simplement « Moi », chez les prophètes et dans les livres sapientiaux, introduit les déclaration solennelles de YHWH. Elle est caractéristique de ce qu’on pourrait appeler le style divin.

Frère Joseph

Jésus et l’Esprit Saint évangile jean Chap 7, 37-39

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi ;
et qu’il boive, celui qui croit en moi ! »

Rappelons-nous le déroulement de la fête des Tentes : la procession solennelle de l’eau et la libation sur l’autel, en souvenir de l’Exode, en particulier l’épisode de l’eau miraculeuse jailli du rocher. Jésus laisse entendre : le Rocher, c’est moi !

« Comme l’a dit l’Ecriture : ‘de son sein (du sein de Jésus) couleront des fleuves d’eau vive’. Jésus désignait ainsi l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. En effet, il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié. »

Jésus fait cette proclamation au Temple, et au jour le plus solennel de la fête, celui où le Temple prenait toute son importance.


Les fleuves d’eau vive dans l’Écriture

Ex. 17, 1-17 L’eau qui jaillit du rocher

Ps. 78, 16 : « Du roc il fit sortir des ruisseaux et descendre les eaux en torrent »
Ps. 105, 41 : « Il ouvrit le rocher, les eaux jaillirent, dans le lieu sec elles marchaient comme un fleuve »
1 Co. 10, 4 : « … nos pères buvaient à un Rocher spirituel qui les accompagnait, et ce Rocher était le Christ. »


Ez. 47, 1-12 L’eau qui sort du temple

Ez. 47, 1-12 : dit que l’eau sort de sous le seuil du temple ; en coulant vers la Mer Morte, elle devient un fleuve infranchissable, sur les bords duquel poussent des arbres de vie
Za. 14, 18 : « En ce jour-là sortiront des eaux vives de Jérusalem, moitié vers la mer orientale et moitié vers l’autre mer. »
Ap. 22, 1-2 : « … un fleuve de vie jaillit du trône de Dieu et de l’Agneau. »


Le Christ est à la fois le Rocher spirituel auquel les chrétiens s’abreuvent (1 Co. 10, 4) et aussi le temple des derniers temps (dont parlait déjà Jean en 2, 20). Du sein du Christ, Rocher et Temple, sort l’eau vive qui désaltère les croyants (Ez. 47).



L’eau symbole de l’Esprit Saint

L’interprétation de l’eau comme symbole de l’Esprit existe déjà dans l’Ancien Testament.

Is. 43, 20 : « … car j’ai donné des eaux dans le désert, des fleuves dans la terre aride pour abreuver les exilés de mon peuple en qui je me suis complu… » repris plus loin avec sa portée symbolique

Is. 44, 3 : « Car de même que les eaux sont données dans la terre aride, ainsi je donnerai mon Esprit Saint sur tes fils, et ma bénédiction sur tes petits-fils. »


Ce qui est nouveau, c’est la façon dont l’Esprit est conçu :

• non plus seulement comme un don de Dieu, comme une force intérieure qui transforme l’homme, mais comme une personne divine envoyée par le Père, conformément à la promesse du Fils : tous les hommes sont conviés à venir au Christ et à croire en lui, car s’ils ont soif ils trouveront ainsi à boire ;

• non plus une eau terrestre, comme nos pères dans le désert, mais une eau qui symbolise l’Esprit Saint : ceux qui croiront au Christ recevront de lui l’Esprit.



L’Esprit Saint donné seulement à la Résurrection

Jusqu’à la glorification du Christ, les hommes restent sous le régime de la loi. C’est du Christ Ressuscité et glorifié que vient la communication de l’Eprit Saint aux hommes.

Jn. 14, 15 : Dans ce discours après la Cène, la promesse de l’Esprit est au futur.
Jn. 20, 22 : Lors de la première apparition, le premier don accordé est celui de l’Esprit
Ac. 2, 15  : A la Pentecôte, c’est la réalisation solennelle et publiqueGa. 4, 4-7 : « Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils né d’une femme et assujetti à la loi pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs. Fils, vous l’êtes bien : Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi tu n’es plus  esclave, mais fils ; fils, et donc héritier : c’est l’œuvre de Dieu. » 

Fr Joseph

Évangile de Jean chapitre 7 (suite)

Jésus et le Père

La Foule – les « Juifs »
Enjeu géographique


Sa parenté lui dit : « A partir de la Galilée, tu ne peux rien espérer, il faut viser le monde officiel, pour une action messianique efficace.
L’étape de la Galilée est achevée, c’est le moment de passer en Judée
».

Jésus

A quel plan Jésus obéit-il ?
Quel moment ? Quels objectifs ?
(1-10)

« Vous et votre monde », vous faites toujours ce que vous voulez et quand vous le voulez !
Moi, ma mission je la reçois d’en haut, c’est le dessein de Dieu !
Son objectif n’est pas votre monde, et mon heure est la sienne !


Les Juifs : « Il n’est pas venu à Jérusalem étudier la loi et les traditions… Donc, son interprétation des Ecritures ne peut être que suspecte !
La preuve, il viole la loi : il a guéri le paralytique le jour du sabbat.
»

Jésus

De qui tient-il son enseignement ?
(14-24)

Mon enseignement ne vient pas des écoles, ni d’une démarche d’autodidacte, mais de CELUI QUI M’A ENVOYE.

2 preuves :
1. Faites sa volonté, vous verrez tout de suite d’où je tiens cet
enseignement.
2. Je ne cherche pas ma gloire, mais la sienne.

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 


La Foule : Serait-ce le Messie ?
Mais le Messie mener une existence cachée jusqu’à ce que, soudain, il apparaisse en pleine gloire ; on ne sait pas d’où il doit venir. Tandis que Jésus, on sait qu’il est de Nazareth.

D’autre part, le Messie doit venir de Bethléem, en Judée !

Jésus

D’où vient-il ?
(25-31 et 40-52)

Ainsi, vous croyez savoir d’où je viens ? Mon origine échappe au savoir humain, je viens d’auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE !


La Foule : « Il va quitter la Palestine, pour s’en aller dans
la Diaspora ? »

Les Juifs : « Il faut l’arrêter ! Son cas est indéfendable, car jamais aucun prophète n’est venu et ne viendra de Galilée ! »

Jésus

Quelle destination ?
(32-36)

« Je m’en irai là où vous ne pouvez pas venir, auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE… » 

Fr Joseph


Saint Jean 7

JESUS, SOURCE d’EAU VIVE 7, 1-52

Remarques préalables

  1. Ici, commencent un ensemble de chapitres (7-12) où tout se passe à Jérusalem, et le plus souvent au temple. Le ton monte, l’incrédulité se fait menace : plusieurs fois Jésus échappe de justesse à l’arrestation et à la mort (vv. 1.19.25.30.44). C’est déjà l’affrontement décisif.
  2. On constatera la distinction constante entre les attitudes hésitantes et divisées de la foule, et la position très fermement opposée des « juifs ».
  3. Ce chapitre 7 est lié à la « fête des tentes ». Fête primitivement agraire (fête de la récolte), célébrée à l’automne, en septembre-octobre, dès l’époque de la sédentarisation en Canaan. Elle devient une fête de l’Exode et du séjour au désert, d’où le nom de fête des tentes. Elle durait 7 jours et pendant cette période, tous habitaient des cabanes de branchages.
    C’est une fête de l’eau qui apporte la fécondité, et une fête de la lumière : une manière de faire mémoire de l’eau miraculeuse sortie du rocher, et de la nuée lumineuse guidant le peuple.

Plan de ce chapitre :

1-10 : Introduction : Jésus discute avec ses frères
11-36 : Jésus discute à Jérusalem avec la foule et les « Juifs »
• L’origine de son message (15-18)
• Son attitude envers la loi (19-24)
• Le mystère de son origine (25-31)
• Le mystère de son départ (32-36)
37-39 : Révélation de Jésus sur lui-même : Source d’eau vive
40-52 : Réactions finales de la foule et des « juifs ».


Mais un autre plan peut être défini :

1. Jésus et le Père 6-36
• A quel plan obéit-il ?
• De qui tient-il son enseignement ?
• D’où vient-il ?
• Quelle destination ?
Révélation Théologale
(l’enjeu de la controverse :
ce monde ci ou le monde divin ?)
2. Jésus et l’Esprit Saint 37-39
Mais cette révélation de Jésus est l’objet d’un malentendu, objet
d’incompréhension de la part de la
foule et des juifs.
Opposition charnelle (l’enjeu de la controverse est géographique : la Galilée ou la Judée ?)

A noter :
• L’inclusion de ce chapitre 7 : « Galilée » au début et à la fin.
• L’enjeu géographique est en fait un enjeu de valeur et d’autorité.

Saint Jean_6

Le discours du chapitre 6 sur le « pain de vie » est un nouveau discours de révélation

  1. Jésus vient du ciel
    • Nouvelle affirmation de la divinité de Jésus : il vient d’ailleurs.
    • Scandale du mystère de l’Incarnation pour les juifs : « N’est-il pas ce Jésus fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère ? » (42)
    • Scandale aussi, pour eux, qu’un messianisme non politique et de non prospérité.
    • Démythisation du pain de l’exode : la manne n’est pas le vrai pain venu du ciel.
  2. … Comme un don gratuit de Dieu
    • Cela suppose qu’on accueille ce don, qu’on soit ouvert à son aspect étrange, qu’on croit que Jésus est bien le don du Père, autrement dit, la grâce par excellence.
    • Mais les juifs préfèrent se croire dociles à Dieu, parce qu’ils observent certaines règles et pratiques… Ce qui leur est demandé, c’est un accueil inconditionnel (la foi).
  3. … Destiné à être rompu et consommé comme nourriture
    • « Le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde »… « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’Homme, si vous ne buvez pas son sang… »
    Jésus, don de Dieu, est un don sacrificiel, don destiné à être sacrifié ; l’évocation séparée de la chair et du sang est significative de la mort violente, allusion au Golgotha.
    • Scandale pour un juif : boire le sang ! Cela est proscrit par le Lévitique. Si la vie est dans le sang, l’auteur de la vie est le maître du sang.
    • D’autre part, et c’est l’aspect nourriture de l’Eucharistie, si Jésus se donne à manger, c’est pour faire nôtre sa substance, pour que nous vivions de sa vie « Qui me mangera vivra par moi ».
    • Toutefois, la vie qu’il donne n’est pas la sienne propre, c’est celle qu’il partage avec le Père « Comme je vis par le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi » (57). L’Eucharistie communique la vie que le Fils tient du Père.
  4. … Afin que les hommes soient ensemencés de Résurrection.
    • L’Eucharistie est très fortement présentée ici comme ferment de résurrection. La fréquence des allusions à la mort, où à la non-mort, disent assez qu’elle est pour Jean une garantie contre la mort naturelle et spirituelle (8 allusions dans le discours).
    • Consentir à manger le corps du Seigneur, c’est consentir à croire en lui comme à l’antidote de la mort, comme au maître de la vie qui peut annuler la mort. C’est croire qu’on a déjà cette garantie.

Conclusion

Toute l’Eucharistie, chez Jean, est finalisée vers notre condition de sur-vivants :

  1. De l’éternité, Dieu envoie son Fils aux hommes comme nourriture, pour les ramener dans son sillage vers l’éternité.
  2. Ou équivalemment, en Jésus, c’est l’Eternel qui se donne à nous pour que nous soyons gagés, ensemencés d’éternité.

Remarque finale : Jean comparé aux synoptiques

L’Eucharistie est riche de plusieurs aspects, en particulier l’aspect sacrifice (mort du Seigneur), l’aspect repas (corps du Seigneur = nourriture et facteur de communion), et l’aspect eschatologique (anticipation du banquet céleste, gage de vie éternelle).

Jean et les 3 synoptiques donnent de l’Eucharistie des accentuations différentes :
Les synoptiques : 1/ sacrifice 2/ repas-communion 3/ Espérance du Royaume des cieux.
Jean : 1/ repas-nourriture (aspect vivifiant de la chair de Jésus) 2/ gage de vie éternelle, ferment de résurrection 3/ sacrifice.

Fr Joseph

Saint Jean

II. Discours sur le pain de vie
6, 22-59

Introduction (22-31)

3 mots équivoques entre Jésus et la foule :

Signe : Pour Jésus, il est le symbole des biens du salut qu’il apporte à l’humanité
Pour la foule, c’est un miracle dans le ciel.
D’où la recherche de Jésus, le grandiose et la satisfaction de l’homme terrestre.

Œuvre : Pour Jésus, ce sont les choses du ciel
Pour la foule, c’est une action méritoire, un exploit.

Croire : Pour Jésus, c’est croire à l’envoyé de Dieu
Pour la foule, c’est être subjugué par un exploit, comme la manne de Moïse au désert

Corps du discours (32-59)

Il est formé de deux points forts :

  1. Le vrai pain descendu du ciel, c’est moi, dit Jésus.
  2. Il faut manger ce pain pour avoir la vie éternelle.

III. Crise chez les disciples
60-71

Seul l’accueil de l’Esprit Saint peut donner la foi en Jésus, vrai pain de vie (63b)
Seul restent les 12, et Pierre, en leur nom, fait la « confession de foi » (68-69)
Jésus prédit la trahison de Judas, comme à la Cène cf. Lc 22, 21-22 (70a-71)

Jésus le pain de vie 6, 1-71

Introduction

  1. Contrairement aux synoptiques, Jean ne relate pas l’institution de l’Eucharistie. Mais, comme eux, il se souvient que Jésus l’avait annoncée par la multiplication des pains. C’est donc dans ce chapitre 6 qu’il va faire la théologie de l’Eucharistie.
  2. Jean use, comme d’habitude, du double sens : pain matériel / pain de vie éternel.
  3. Il y a chez Jean une intention délibérée de marquer l’infériorité de l’AT. parce que celui-ci n’est que figure par rapport à la réalité, il n’est qu’annonce pour l’événement définitif (Moïse ne venait pas du ciel), il n’est qu’un palliatif pour ce qui sera une efficacité définitive (‘vos pères sont morts’ 49).
  4. On remarquera aussi chez Jean la volonté de ne pas atténuer le scandale provoquée par la révélation de Jésus. Pour Jean, l’homme est « charnel », c’est à dire incapable de croire, même lorsqu’il se croit religieux. Il n’arrive pas à s’en remettre totalement à Dieu, à admettre que sa toute-puissance entraîne sa toute liberté, et donc les moyens insoupçonnés qu’il emploie.
  5. Un parallélisme apparaît avec l’épisode de la Samaritaine (eau… pain). Les deux éléments de base de la vie humaine sont les symboles de la vie en Jésus (« en lui était la vie »).

I. Les deux signes 1-21

La multiplication des pains : Récit très proche des synoptiques. Toutefois, 3 détails significatifs :

  1. Des pains d’orge : allusion à Elisée distribuant 20 pains à 100 personnes (2R. 4, 42-45). Jésus fait mieux qu’Elisée. Cela explique l’enthousiasme populaire : « C’est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde » (14). On veut le faire roi, mais Jésus s’enfuit.
  2. Jésus prit le pain, rendit grâce, et les distribua : mêmes paroles que pour la cène. « Rassemblez les morceaux… pour que rien ne soit perdu » : ressemblance avec le rituel eucharistique de la Didachè* : « Comme ce pain rompu, autrefois disséminé sur les montagnes, a été rassemblé des extrémités de la terre ».
  3. Jean est le seul a précisé le contexte liturgique : la Pâque. Le pain donné par Jésus sera la Pâque nouvelle.

La marche sur les eaux : 2 points suggestifs

  1. La présence soudaine de Jésus auprès de ses disciples, plongés dans la ténèbre et l’angoisse, a toute la majesté et la gloire de ce qui sera une apparition du ressuscité.
  2. « Ego eimi…ne craignez pas ! » Ego eimi, peut signifier « c’est moi » ou « Je suis », formule par laquelle Dieu se définit devant Moïse au buisson ardent. Jésus apparaîtrait ainsi dans sa gloire de Fils de Dieu.

Fr Joseph

Διδακη : enseignement

Un discours de révélation

Comme toujours, chez Jean, ce chapitre 5 comporte une catéchèse, c’est à dire un enseignement concernant la véritable identité de Jésus.
Jésus fait aux juifs une « révélation », il leur laisse entendre des choses qu’ils étaient incapables de soupçonner.

I. Dieu a un Fils Unique, qui est son confident parfait, dans une intimité parfaite.

  • Dieu n’est pas solitaire dans sa divinité. A l’intérieur même de sa divinité, il a un Fils, un unique « Il appelait Dieu son propre Père » (18).
  • Ce Fils n’est pas son double, comme une image dans un miroir. C’est un Autre… mais qui reçoit tout de son Père, et lui correspond fidèlement en tout. Cette relation de dépendance n’est pas une sujétion, car elle est fondée sur la contemplation du Père « … ce qu’il voit faire au Père… » (19) et sur l’amour « … car le Père aime le Fils » (20).
  • Ce qui se passe à l’intérieur de la divinité se donne à voir dans le monde par l’action du Fils qui est Jésus de Nazareth « Ce qu’il voit faire au Père, le Fils le fait pareillement » (19c).
  • Une des conséquences, c’est que la transparence totale du Père et du Fils sous-entend que l’œuvre ici-bas de Jésus est pour nous une ouverture sur le mystère de Dieu. Il fait voir Dieu.

II. Ce Fils est l’égal de Dieu, car il a les pleins pouvoirs de Dieu.

  • Cette prétention est une horreur, un blasphème pour un juif, tout entier pénétré de l’unicité de Dieu.
  • Pour les juifs, Dieu n’a pas de rival (ceci contre la cosmogonie mésopotamienne et son dualisme « dieu du bien / dieu du mal).
  • Dieu ne partage pas ses responsabilités (contre le polythéisme grec, où il y avait un dieu pour la guerre, un autre pour l’amour, un autre pour le commerce…).
  • Dieu, tout au plus, peut choisir certaines de ses créatures comme chargées de mission (les anges, les prophètes, les rois…), mais jamais avec ‘pleins pouvoirs’.

III.  Jésus a les « pleins pouvoirs » de Dieu.

1. Comme le Père, il « possède la vie en lui-même » et peut donner la vie.

Au plan physique d’abord. Par nature, l’homme est soumis à la loi de l’entropie, c’est à dire de la dégradation universelle, de l’usure physique qui le mène peu à peu vers la mort.

Seul Dieu, qui est maître de sa création, dispose de la force contraire qui revitalise.

Or Jésus affirme qu’il en dispose aussi « en lui-même » :

  • il guérit (il revitalise le paralytique)
  • il laisse prévoir la résurrection de Lazare, et sa propre résurrection (21)
  • il annonce que c’est à sa voix que les morts ressusciteront au dernier jour (28).

2. Ce qui vaut au plan physique, vaut aussi au plan moral et spirituel. Par nature, livré à lui-même, l’homme se crispe sur lui-même, se bouche les yeux et les oreilles (ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas). Ici, c’est le verbe ‘écouter’ qui est utilisé. C’est la mort spirituelle.

Seul Dieu, dit l’Ecriture, peut transformer nos cœurs de pierre en cœurs de chair.
Or Jésus affirme que « si l’on écoute sa parole, on a la vie éternelle ».

3. Comme le Père, il dispose du pouvoir d’exercer le jugement.
C’est à dire de porter la sentence de condamnation, mais aussi d’en prémunir ceux qui, dès aujourd’hui, « écoutent sa parole » (22.24).

Conclusion

1. En Jésus, nous savons que le futur a déjà commencé :
Dans la mentalité juive, on ne mêle pas le temps et l’éternité. Pour nous, le temps se déroule et se déroulera jusqu’à ce que sonne la fin. A ce moment sonnera l’Heure solennelle de Dieu, où YHWH rendra son Jugement : soit faire vivre à jamais, soit condamner à la mort éternelle.

Or Jésus laisse entendre que le Père lui a remis le pouvoir d’anticiper ces 2 choses :
• de garantir ceux qui croient en lui contre toute sentence
• et de les assurer qu’ils vivront à jamais.

2. Jean nous laisse entendre, devant une telle intimité, devant de tels pleins pouvoirs, devant cette anticipation de l’éternel dans le temporel, que Jésus, loin d’être un simple chargé de mission, est l’expression même de Dieu dans le monde, ce qu’on pourrait appeler sa visibilité, et comme dit la préface de Noël : « Dieu rendu visible à nos yeux ».

Fr Joseph

Evangile selon Saint Jean

LA GUERISON DU PARALYTIQUE     5, 1-47

Introduction
Contraste : en Galilée et en Samarie, on accède à la foi. A Jérusalem, on refuse Jésus Même procédé littéraire : l’anecdote, qui est prétexte à révélation. L’auteur part d’un fait précis (miracle), de personnages précis (paralytique et juifs influents) et d’un motif précis (violation du sabbat) ; mais ensuite ces réalités s’estompent au profit d’une révélation théologique fondamentale : la condition divine de Jésus, et le nouveau visage de Dieu. Dans ce chapitre, 2 plans historiques sont superposés : l’apologétique de Jésus qui se défend contre les docteurs d’Israël à Jérusalem, et l’apologétique de Jean qui défend le christianisme naissant contre le judaïsme immobile et persécuteur.  

I.  Le miracle  v. 1-9
Une nouvelle fois, Jésus franchit les frontières : la piscine probatique de Bezatha,  qui est un lieu peu orthodoxe, plus ou moins suspect aux autorités : eaux guérisseuses de réputation et d’origine païennes ?  L’action missionnaire de Jésus se dirige vers les superstitieux. Jésus n’exige pas d’abord la foi, d’emblée il agit avec puissance ; la foi du paralytique sera d’obéir après le miracle. C’est une manière de dire que la foi n’est pas seulement la confiance, mais aussi l’obéissance. La guérison ne s’adresse pas seulement au corps (v. 8), mais aussi au cœur (v. 14) ; tout en précisant qu’il n’y a aucun lien entre l’infirmité et le péché : Jésus le dira explicitement en 9, 3. Jean fait probablement une allusion au baptême chrétien, qui lui aussi est une plongée dans l’eau et une guérison-recréation. L’impossibilité dans laquelle se trouvait le paralytique de recevoir la guérison jusqu’à ce que vienne à lui le Christ, évoque l’humanité laissée à ses propres forces.

II. La polémique avec les juifs v. 10-18
Le prétexte est la rupture du sabbat. L’argumentation des juifs et de la Bible, c’est que l’homme doit imiter le repos du Créateur La réponse de Jésus est d’un autre ordre : « Mon Père travaille toujours et moi aussi je travaille ». Il faut savoir que la pensée juive peinait à concilier le repos de Dieu après la création, repos dont le sabbat est l’image (Gn. 2, 2), avec son activité constante dans le gouvernement du monde. On distinguait l’activité du Créateur qui a pris fin, et l’activité du Juge, qui ne cesse jamais. Jésus identifie son activité à celle du Juge. D’où le scandale des juifs puisque Jésus s’estime seul juge de la véritable imitation de Dieu. Bien plus, il l’appelle « son Père », et donc l’égal de Dieu.

III. Le discours apologétique de Jésus          v. 19-47

Deux parties dans ce discours :

  • Parfaite unité d’action entre le Père et le Fils (19-30 : bien marquée par une inclusion)
  • fondée sur « voir » et « aimer »
  • Les 2 œuvres du Fils : « donner la vie » et « juger »

double pouvoir qui est proprement divin (cf. Dt. 32, 39 ; 2R. 5, 7)

  • Les témoins de Jésus (31-47)
  • Jean-Baptiste… mais ce n’était qu’un homme (33-35)
  • Le Père, au travers des œuvres de Jésus (32. 36-38)
  • Les Ecritures (39-40).

Alors, pourquoi les juifs refusent-ils le témoignage du Père ? (41-47). Parce qu’ils recherchent la gloire auprès des hommes, plutôt que l’amour du Père. Par-là, ils sont infidèles à Moïse.

Fr. Joseph