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ST JEAN CHAPITRE 12 LA RECONNAISSANCE SUSPENDUE (suite)

L’entrée de Jésus à Jérusalem 12, 12-19

Jean a modifié radicalement la tradition synoptique. Dans celle-ci, Jésus « monte » depuis la Galilée. Chez Jean, ce récit succède à l’onction de Béthanie. Chez les synoptiques, Jésus prépare l’événement : il envoie deux disciples pour lui amener un ânon, qu’ils trouveront selon ses indications et il avance sur cette monture en Messie de paix. Chez Jean, la foule, ayant appris que Jésus s’approche de Jérusalem, va à sa rencontre en l’acclamant et c’est alors seulement que Jésus monte sur un ânon qu’il a trouvé. Aucun parcours triomphal n’est décrit : l’évangéliste cite l’Ecriture.

Le récit obéit à une logique particulière : on décrit et ensuite on explique.

Description v. 12-13 : la foule sort à la rencontre de Jésus
v. 14 : Jésus s’assied sur un ânon
Explication v. 15 : citation de l’Ecriture
v. 16 : l’incompréhension des disciples
v. 17-18 : le motif du mouvement de la foule
v. 19 : la réaction des pharisiens.

Jésus vient de Béthanie, encore pénétré du parfum dont Marie l’a oint et de la pensée de sa mort prochaine. Il va à Jérusalem, pas en prince, sans nul souci de se faire acclamer, mais comme celui qui mène à terme le projet annoncé en 11, 7 : « Allons en Judée », là où sa mission doit s’achever. La foule l’attend avec des palmes, symbole de victoire. En Jésus, la foule voit celui que Dieu a envoyé pour délivrer Israël de son humiliation, le Messie attendu. Pour exprimer sa joie, elle entonne le ‘Hosanna’ qui accompagnait les pèlerins se rendant au Temple pour la fête des Tentes ou pour la Pâque. Ce psaume 118 célèbre la fidélité de Dieu : le psalmiste, qui parle au nom du peuple, est assiégé par « toutes les nations » et il sort victorieux de son épreuve.
En utilisant le verset 26 « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », Jean reprend deux thèmes de son œuvre : « Celui qui vient » : 1, 15.27 ; 3, 31 ; 6, 14 ; 11, 27 ; « au nom du Père » : 5, 43 ; 10, 25 ; 17, 11.12.
Mais la foule ajoute : « le roi d’Israël ». Si Jésus accepte ce titre venant de la bouche de Nathanaël en 1, 49, ici, il le refuse à cause de son ambiguïté liée à l’aspect politique de ce titre. Ce refus, Jésus le signifie par une action symbolique, celle de s’asseoir sur un ânon (pas sur un cheval), tout en donnant le vrai sens de sa royauté.

L’évangéliste cite le prophète Zacharie, mais en changeant la première partie du verset :

Jean => Sois sans crainte, fille de Sion
Zacharie => Réjouis-toi, fille de Sion

Ce « sois sans crainte » est emprunté à Sophonie 3, 14 et qui évoque la présence en Israël de Dieu, berger de son peuple. Une manière de dire que Jésus, le roi d’Israël, est aussi présence du Père au monde.

  Fr Joseph

St Jean Chapitre 12 La reconnaissance suspendue

Le chapitre 12 clôt ce que les exégètes appellent « le livre des signes ». Avec un bémol : c’est qu’il manque le signe annoncé au chapitre 3 : la destruction / reconstruction du Temple, à savoir le Corps. Et de fait, la suite des événements sera dominée d’un côté par le discours d’adieu et de l’autre côté par le récit de la Passion et de la Résurrection de Jésus.

C’est aussi d’une certaine manière un discours d’adieu que Jésus prononce ici, mais adressé à la foule. La mission s’achève. Elle devrait normalement se conclure par la reconnaissance de l’Envoyé. Et c’est apparemment le tour que prennent les événements. Arrivé à Jérusalem, à la suite de la résurrection de Lazare, Jésus est accueilli triomphalement. Et pour bien marquer la portée universelle de cette intronisation, Jean nous précise que des « Grecs » étaient présents. Le rassemblement des brebis en seul troupeau et sous la conduite d’un seul Pasteur, envisagée au chapitre 10, semble sur le point d’aboutir. Pourtant, elle tourne court. L’évangéliste à la fin du chapitre explique pourquoi la reconnaissance ne pouvait aboutir : l’incroyance des juifs et des grecs.

Un fil conducteur traverse les différentes séquences, à savoir l’annonce de la mort de Jésus.


L’onction à Béthanie : 12, 1-11

L’évangéliste délimite dans le temps cette séquence : « Six jours avant la Pâque » au verset 1 et « Le lendemain » au verset 12. Nous sommes donc dans la trame de l’histoire. Le cadre est celui d’un repas, dans l’intimité d’une maison accueillante, tandis qu’au-dehors la foule et les autorités recherchent Jésus : la foule pour le voir, les autorités pour le mettre à mort. Deux femmes sont nommées : Marthe qui sert à table et Marie qui répand du parfum sur les pieds de Jésus. Cette pratique était inconnue à l’époque. On versait du parfum sur la tête en signe de bienvenu. Sur cette tablée plane la mort : d’un côté Lazare, un mort rendu à la vie et de l’autre Jésus dont on célèbre la sépulture, en parfumant son corps. On le sait par l’interprétation qu’en donne Jésus : « c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement ceci : elle pensait utiliser ce parfum le jour de mon ensevelissement, et elle a fait cela maintenant. Marie a anticipé l’honneur dû à Jésus mort, comme pressentant son départ proche. Nous avons donc ici un contraste entre la vie retrouvée pour Lazare et la mort attendu pour Jésus. Un contraste qui suggère que la vie nouvelle a comme condition la Pâque de Jésus. Dans cette perspective, la senteur du parfum qui remplit la maison (v. 3) s’oppose à l’odeur du cadavre qui horrifiait Marthe (11, 39), pour manifester la plénitude de la victoire de Jésus sur la mort.

Une autre opposition existe dans cette péricope : Jésus / Judas. Opposition positive / négative du geste de Marie. Judas dit : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers, qu’on aurait donnés à des pauvres ? ». Cette opposition apparaît d’une autre manière au verset 4. Judas est défini : « celui qui allait le livrer ». La mort évoquée de cette façon prépare dans le texte ce que Jésus va dire pour la défense de Marie, d’autant que Jésus sait que Judas le livrera. L’opposition entre Judas et le Maître reflète celle qui oppose vie et mort.

La seconde partie de la réponse de Jésus : « Les pauvres vous les avez pour toujours avec vous » renvoie au livre du Deutéronome 15, 11 : « Il ne cessera d’y avoir des pauvres au milieu du pays » et dont le contexte est le commandement de YHWH de porter secours aux indigents. Jésus veut donc dire que ce commandement vaudra indéfiniment dans l’avenir.

Marie, dans son amour, a communié intuitivement à la Pâque de Jésus ; Lazare, qui partage le repas avec Jésus, va être persécuté comme le Maître : « Les grands prêtres résolurent alors de tuer aussi Lazare ». Cette donnée anticipe ce que Jésus dira dans son discours d’adieu : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi… » (15, 20). L’hostilité des grands prêtres s’attaque non seulement à l’Envoyé de Dieu mais aussi à celui qui est le témoignage vivant de sa victoire.

Fr Joseph

St Jean chapitre 11 suite La vie rendue à Lazare

La préfiguration de la résurrection du Christ

Il y a une mise en parallèle entre le retour à la vie de Lazare et la résurrection de Jésus, avec des ressemblances et des différences, pour bien faire sentir qu’il y a préfiguration, mais incomplète : le retour à la vie de Lazare est une image encore floue du drame de la mort, puis de la vie ; et que l’image vraie, ce sera celle de la mort et de la résurrection de Jésus.

Ressemblances

  1. Lazare subit une maladie qui « va à la mort », humainement parlant. Or Jésus, qui s’était « mis à l’abri » en Pérée, sait qu’en se rendant à Jérusalem, il va lui aussi à la mort.
  2. Et pourtant Jésus affirme que cette maladie « n’aboutira pas à la mort », divinement parlant, c’est à dire que la mort n’est pas la fin de tout, qu’il va le tirer de la mort, qu’après la mort il y aura la vie. C’est préparer ses disciples à ce qui se passera après sa propre mort à lui.
  3. Lazare est au tombeau depuis 3 jours et Jésus le ressuscitera le 4ème jour. Jésus, lui, sera ressuscité le 3ème jour. Il faut qu’ils soient bien morts tous les deux, car les juifs pensaient que l’âme demeurait près du mort 2 jours pleins.
  4. Nous avons deux réflexions similaires de la part des juifs :
    • S’il a guéri un aveugle, il aurait pu empêcher Lazare de mourir!
    • Si tu es le Fils de Dieu, descends de ta croix !
  5. Jésus « frémit intérieurement et se troubla »
    … comme la veille de sa mort à Gethsémani, devant la perspective de sa propre mort
  6. La résurrection de Lazare est attribuée par Jésus à la puissance du Père : juste avant le miracle, il rend grâce au Père d’être exaucé (41).
    De même pour Jésus, les Apôtres témoigneront que c’est Dieu qui l’a ressuscité.

Différences (au profit de la résurrection de Jésus)

  1. Lazare subit déjà la putréfaction
    Jésus, non ! (cf. l’Ecriture : « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps. 16).
  2. Pour Lazare, on doit rouler la pierre,
    pour Jésus, inexplicablement, la pierre était déjà roulée quand les femmes arrivèrent pour l’embaumer après le sabbat.
  3. Lazare sort encore tout ficelé de bandelettes et enveloppé de suaire.
    Jésus, lui, n’est plus là, mais les bandelettes et le suaire sont roulés, à part.
  4. Surtout, Lazare rendu à la vie devra bien re-mourir un jour : il ne fait que revenir à sa vie antérieure conditionnée par les limites de l’espace et du temps.
    Or, Jésus, lui, par sa résurrection, va sortir corporellement des limites de l’espace et du temps. Ni l’espace ni le temps n’auront plus de prise sur lui.

Conclusion

Une fois de plus, la scène doit être lue à deux niveaux : au niveau humain d’un bouleversant témoignage d’émotion et d’amitié ; mais surtout au niveau théologique, car ce geste miraculeux a une portée et une signification.

Paradoxalement, cette maîtrise éclatante de Jésus sur la mort, signe son propre arrêt de mort. Le miracle est trop fort pour n’être pas des plus dangereux. La peur l’emporte sur la foi.

11, 45-57
Ces quelques versets montrent l’impact que ce miracle a eu sur les juifs et sur les autorités juives.
Parmi les premiers beaucoup croient.
Les seconds, grands prêtres et pharisiens, comme d’habitude chez Jean, se cabrent. Ils reconnaissent que cet homme accomplit beaucoup de signes (47). Mais, pour eux, cela ne peut qu’engendrer un soulèvement avec toutes ses conséquences. Il faut donc en finir. Jésus doit mourir, « mourir pour la nation et pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (51-52). Jean, par cette prophétie qu’il met dans la bouche de Caïphe, signifie que la mort de Jésus est pour le rassemblement des hommes en UN, c’est-à-dire pour l’unité des hommes dans le Fils.

Le verset 54 : « Jésus donc ne circulait plus ouvertement parmi les juifs ; mais, de là, il partit pour la région voisine du désert, … et il y demeurait avec ses disciples ».
Ce verset fait pendant à 10, 40-42. Par un « donc », l’évangéliste indique une relation de cause à effet. Mais aussi, il met en évidence l’atmosphère tendue à Jérusalem où Jésus était serré de près. A la différence du séjour au-delà du Jourdain, aucune affluence n’est notée. Jésus est seul avec ses disciples. La rupture avec la Judée est consommée ; mais non sans que le signe de Lazare ait donné figure et sens à l’œuvre que Jésus réalisera par sa mort.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 11 Versets 1-54

La Résurrection de Lazare

Remarques préliminaires

1. Utiliser le mot « résurrection » pour Lazare est équivoque ; au sens strict, il ne devrait s’appliquer qu’à Jésus, devenu « corps glorieux ». Pour Lazare, c’est plutôt le ‘retour à la vie’.

2. C’est le récit le plus long du 4ème évangile. Mais aussi le plus central (le 11ème des 21 chapitres). Il sert en quelque sorte de charnière aux deux grandes parties de l’évangile : il « clôt » le livre des « signes » (ch. 1-12), et prépare celui de « l’heure de la gloire » (ch. 13-21). C’est à partir du retour à la vie de Lazare que les juifs décident définitivement de mettre Jésus à mort. C’est parce qu’il a rendu la vie à Lazare qu’on va prendre la sienne.

3. Ce signe est le 7ème et dernier « miracle-signe » opéré par Jésus (4 en Galilée + 3 à Jérusalem) :
• Cana
• Guérison du fils de l’officier à Capharnaüm
• Guérison du paralytique de Bethzatha (Jérusalem)
• Multiplication des pains
• Marche sur la mer
• Guérison de l’aveugle-né (Jérusalem)
• Le retour à la vie de Lazare (Jérusalem)

Introduction

Lazare est un « Signe » : c’est à dire qu’il n’est pas qu’un fait, il est une prédication au travers d’un geste, une révélation en acte.
Révélation de deux vérités insoupçonnées, du moins pour un regard purement humain, purement « charnel », dirait Jean :

1. Jésus laisse deviner ici le mystère de sa condition transcendante ;
2. et en rendant la vie à Lazare, il symbolise sa propre résurrection prochaine.

La mystérieuse condition transcendante de Jésus

1. Après la guérison du paralytique de la piscine de Bézatha, Jésus disait : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père ; car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. C’est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ; il lui montrera des œuvres plus grandes encore, de sorte que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père en effet, relève les morts et les fait vivre, le Fils aussi fait vivre qui il veut » (5, 19-21).
C’est ce qui se passe pour Lazare quand Jésus lui rend la vie.
Et l’on comprend alors le début de cet épisode, le retard de Jésus et l’une ou l’autre de ses réflexions : « Cette maladie n’aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu : c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié » (11, 4)
« … Notre ami Lazare s’est endormi, je vais aller le réveiller » (11)
« … Lazare est mort ! et je suis heureux pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez » (15)

2. « … afin que vous croyiez ». Que les disciples croient à quoi ? Pas seulement au pouvoir de Jésus de faire des miracles, mais à sa condition tout à fait transcendante, qui seule explique un tel pouvoir sur la vie et sur la mort.
Et cette condition transcendante (cette ‘gloire’), c’est la condition même du Père.

3. Cette révélation sur la condition transcendante de Jésus est bien marquée par la progression de la triple confession de foi de Marthe (21-27)
• D’abord, tout comme sa sœur Marie après elle, la simple foi au pouvoir de Jésus sur la maladie : « … si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » (21.32).
• Puis, sa foi (Marthe) à la résurrection générale à la fin des temps (24).
• Puis, sa profession de foi complète : je crois que tu es, Seigneur, de filiation et d’origine divine : « Oui, je crois que tu es la Résurrection et la vieque tu es le Messie, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde » (27). Marthe croit à ce Messie insoupçonné et stupéfiant, qui se prétend maître de la vie. C’est déjà le credo chrétien.

Fr Joseph

Saint Jean chapitre 10 versets 1 à 30 (suite)

Je suis la porte = Le passage obligé

La prétention devait paraître exorbitante. Il faut pourtant la prendre pour ce qu’elle est, ne pas la minimiser. Jésus déclare : il n’y a pas d’autre sauveur que moi, et tous ceux qui veulent être sauvés doivent passer par moi !
Pierre, devant le Sanhédrin dira : « … Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (Ac. 4, 12).


Jésus prétend donc être le seul qui puisse nous faire passer d’un état à l’autre :

  • non seulement de l’état de pécheur à l’état d’homme « convenable »
  • mais de l’état d’homme convenable à l’état filial, c’est à dire selon le cœur du Père.

Ceci a des implications concrètes :

  • passer du sens de la justice ……………………. au sens de la miséricorde
  • passer de la vie honnête et droite ………….. au don de sa vie
  • passer de mesure ……………………………………. à l’illimité
  • passer du faire par devoir ……………………….. à la gratuit
  • passer de la satisfaction de se réaliser par soi-même …. au sens de se recevoir d’un Autre.

Le salut n’est donc pas seulement le fait d’être sauvé du péché, mais la grâce de pouvoir accéder au statut de frère du Fils bien-aimé, de quelqu’un qui porte lui aussi les traits et la ressemblance du Père des cieux. Seul le Fils peut nous faire devenir fils et filles.

Le rôle de la porte et du passage obligé, c’est aussi pour le Christ le rôle de rassembleur universel : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail… », c’est à dire plus loin que le peuple juif, à savoir les païens. Ils sont aussi l’objet du dessein du Père. Plus vaste que le peuple de l’Alliance, il y aura l’Alliance des peuples.

Le passage obligé que représente Jésus, c’est aussi pour les juifs, ses auditeurs, le passage obligé d’une conception du Messie à une autre. Il est frappant que Jésus n’évoque pour ainsi dire jamais les satisfactions matérielles et politiques. Au contraire, il parle d’un bon berger qui va jusqu’à « donner sa vie pour ses brebis ». Et plus loin : « personne ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même. »
Jésus Messie, c’est donc Jésus qui va mourir. Consciemment, Jésus endosse ici la livrée du Serviteur Souffrant, dont parlait Isaïe 53, celui dont le sacrifice expiatoire allait sauver la multitude. Victime substitutive de la multitude, Jésus est effectivement le seul par lequel nous devions être sauvés.

Le Père… le Fils… les Brebis

Dans ce passage, un personnage est évoqué plusieurs fois, celui du Père : 15.17.18.25.29.30
On a nettement l’impression qu’il est le personnage central :
• la « vie éternelle », c’est la vie filiale selon le cœur du Père
• le rassemblement universel, c’est le dessein ultime du Père
• la connaissance que Jésus a des siens est semblable à celle qu’il a du  Père
• le don de sa vie se fait selon l’acquiescement du Père
• ses œuvres, il les opère au nom de son Père
• le Père, c’est celui à qui on n’arrache rien
• le Fils ne fait qu’un avec le Père.
>> Si le Père est le personnage central, c’est parce qu’il est la référence ultime de cette intimité si clairement affirmée de Jésus et des siens.

Tout ce passage du « Bon Pasteur » pourrait se résumer par la formule : « Ce qui va se passer entre Jésus et les siens, c’est précisément ce qui se passe déjà entre le Père et Jésus ».
• c’est vrai de la connaissance réciproque (connaître = être en intimité avec)  (v. 14)
• c’est vrai aussi de ce que représente cette intimité : « personne ne pourra m’arracher mes brebis, comme personne ne peut arracher quelque chose de la main du Père » (v. 29)
• c’est vrai, enfin, de l’unité du troupeau (v. 16) qui se devra tout entière à l’unité qui existe entre le Père et le Fils (v. 30).

Conclusion

Il s’agit, dans ce chapitre, d’une révélation théologique sur l’essence de la vie spirituelle dans l’Eglise. Cette vie spirituelle dès ici-bas a son fondement dans les cieux : il se passe entre Jésus et nous quelque chose d’identique à ce qui a lieu au sein de la Trinité.

Fr Joseph

Le Bon Pasteur (Chap 10, 1-30)

Introduction

  1. Le contexte pastoral palestinien : Une bergerie en Palestine, c’était un enclos en pleine campagne, gardé, de nuit, par un portier, où se rassemblent, pour la nuit, plusieurs troupeaux, ramenés par leurs bergers respectifs. Le matin, les bergers se présentent à la porte de l’enclos, y pénètrent, et lancent chacun leur cri d’appel spécifique. Les brebis reconnaissent tout de suite leur berger.
  2. Dès le début du texte, on note une certaine incohérence : Jésus se prétend à la fois le vrai berger et la porte ! Nous avons sans doute là deux petites paraboles qui ne furent pas prononcées le même jour, et qui furent ensuite juxtaposées.
  3. Comme toujours, chez Jean, il faut dépasser un premier niveau d’interprétation, sentimental et pieux (nous sommes les petites brebis du Seigneur, il prend soin de chacun d’entre nous, nous comptons beaucoup pour lui…). En réalité, derrière la parabole se cachent des révélations théologiques importantes et solennelles qui sont à la base de notre foi :

Le Messie, c’est moi !
J’ai le pouvoir de donner aux miens la Vie éternelle
La Vie éternelle, c’est le même genre d’intimité qu’entre le Père et moi
Je suis l’unique sauveur du monde.


Le Messie, c’est moi

  • Parler de « berger » ou de « pasteur », c’était provoquer une résonance immédiate et profonde en Israël, qui a été longtemps un peuple nomade et éleveur avant de se sédentariser et devenir agriculteur.
  • Déjà les rois de Babylone et d’Assyrie aimaient à s’appeler « bergers » de leur peuple. 
  • En Israël, Jésus n’est pas le premier à utiliser cette image ; elle est traditionnelle dans l’AT : 
    • C’est d’abord YHWH qui se nomme le « berger » de son peuple, et qui est invoqué comme tel (cf. les Psaumes). 
    • Puis il chargera Moïse de cette fonction, et plus tard David
    • Enfin, par la bouche du prophète Ezéchiel (ch. 34), YHWH reprend l’image : il se repent d’avoir confié ce rôle aux dirigeants de son peuple (les rois, pour qui la fonction a été une occasion de profit personnel). Dans un 1er temps, il médite de reprendre lui-même ce rôle et de l’assumer seul. Dans un 2nd temps, il envisage la venue d’un nouveau David, à qui seul il réservera ce titre de « pasteur », mais il s’agira alors d’un vrai pasteur, d’un bon berger… Ce sera le Messie.
  • En reprenant cette image à son compte – « c’est moi le bon berger » – Jésus laisse entendre tout à fait clairement qu’il est le Messie. 
  • Il ajoute un indice très parlant : « mes brebis auront la vie en abondance ». Or, l’abondance était un des signes des temps messianiques : quand le Messie serait là, disaient les scribes et docteurs, il ouvrirait l’ère de l’abondance.
  • Enfin, Jésus fait siens les sentiments de colère de son Père, et il dénonce lui aussi les faux bergers mercenaires ou brigands : les mercenaires, ce sont sans doute les mauvais rois d’Israël, jusqu’aux derniers qui régnaient encore (Hérode et ses fils), mais probablement aussi la caste politico-religieuse de Jérusalem (grands prêtres et familles sacerdotales);  les brigands, ce sont les faux messies (comme Theudas et Judas le galiléen, dont parlent Ac. 5, 36), qui se levaient périodiquement du temps de Jésus.

L’AVEUGLE-NÉ (CHAP 9, 1-41) 2ème partie

L’itinéraire d’un croyant, ou comment un aveugle vient à la lumière

1. Le miracle est rapidement signalé, mais 2 choses sont à noter :
➢ La boue sur les yeux rappelle le geste créateur (Gn. 2, 7). 
➢ Durant la fête des Tentes, on puisait l’eau, symbole des bénédictions messianiques, à la piscine de Siloé, mot qui veut dire « Envoyé ». Les bénédictions viennent désormais par Jésus. 

2. La progression vers la foi, chez l’aveugle, est caractéristique. Regardons les étapes :
➢ v. 7 : la confiance en un guérisseur. L’aveugle ne demande rien, mais il obéit (Va te laver à la piscine de Siloé… et il y va).
➢ v. 17 : « C’est un prophète » : un homme de Dieu, un Envoyé.
➢ v. 32 : Cet homme est plus grand que tous les prophètes : « Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance ».
➢ v. 34 : La persécution pour sa fidélité envers son bienfaiteur : « Ils le chassèrent » (de la synagogue cf. v. 22). 
➢ v. 35 : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
➢ v. 38 : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui (titre + adoration réservés à Dieu).

Le procès à Jésus, ou comment des endurcis s’enfoncent dans la cécité.

L’accusé principal, Jésus, est absent et on le juge par personne interposée, l’aveugle-né guéri, avec sentence d’excommunication. 

Déroulement du procès :
➢ Enquête des voisins et des badauds : le fait (9), le comment (10), le qui (12)
➢ Interrogatoire par les pharisiens : ils sont divisés
➢ Audition des parents : connaissant le monde religieux, ils restent sur leur garde – ils ne veulent pas d’histoire
➢ 2nd interrogatoire par les pharisiens : le miraculé est plus hardi 
➢ Sentence d’excommunication : exclusion de la synagogue

Les griefs officiels :
➢ Jésus a violé le sabbat
➢ Il laisse donc entendre que Moïse n’est pas l’absolu
➢ Il laisse croire aux gens qu’il pourrait être le Messie (22)

Les griefs cachés :
➢ Jésus ébranle leur savoir sur Dieu. Ce miracle brouille tout. Les pharisiens savent que Dieu a parlé à Moïse ; ils savent donc que Dieu est pour le sabbat et qu’il ne peut pas approuver ce guérisseur. Par conséquent Jésus est un pécheur (24).
➢ Or ils savent aussi, et certains parmi eux l’avouent, qu’un pécheur ne pourrait pas obtenir de Dieu d’opérer de tels miracles. S’il en opère, c’est que Dieu est avec lui !
➢ Du même coup, Jésus ébranle leur autorité sur les observances et les conduites, sur les jugements concernant les personnes, sur le droit d’appartenir à une communauté juive ou d’en exclure. Qui alors discernera les justes et les pécheurs ?
➢ Jésus, par son obéissance à la volonté de Dieu, et la caution que Dieu semble lui donner dans ses pouvoirs miraculeux, dispute en fait aux Pharisiens le pouvoir d’autorité, et s’apprête à exercer lui-même le « jugement » qu’ils se croyaient seuls habilités à porter.
 

  Le « jugement » opéré par Jésus 

La rentrée en scène de Jésus provoque un renversement de situation : Jésus, l’accusé principal, devient tout à coup le Juge : 

➢ Il proclame l’acquittement et le ‘salut’ de celui que les juges précédents viennent d’excommunier (35-38)

… le salut, c’est de croire à la condition divine de Jésus. 

➢ Il constate, à l’inverse, que les ‘bien-pensants’ qui font autorité et s’affichent comme maîtres de vertu sont en réalité des ‘pécheurs’ (41)

… le péché, ici, c’est le refus de croire en la relation toute spéciale de Jésus avec Dieu. Ce n’est donc pas pour rien que Jésus avait envoyé l’aveugle se laver à Siloé, puisque Siloé, note saint Jean, signifie ‘Envoyé’.

L’enjeu de ce récit, comme ailleurs, est la véritable identité de Jésus.

A noter que pour les premiers chrétiens, l’histoire de l’aveugle-né est une illustration du baptême. C’est la troisième portée symbolique du signe.

L’AVEUGLE-NÉ (Chap 9, 1-41) 1ere partie

Préliminaires

  1. Nous sommes toujours à Jérusalem, lors de la fête des Tentes. Celle-ci évoquant la double expérience miraculeuse du désert, l’eau et la nuée lumineuse, Jésus s’est proclamé solennellement « la source d’eau vive » et « la lumière du monde ».
    Or, il va confirmer cela par un miracle qui illustre cette double réalité : la guérison d’un aveugle par le bain dans une piscine, autrement dit la lumière grâce à l’eau. Comme toujours, chez Jean, le miracle est donc un signe, il a une signification symbolique.
  2. Jean utilise le procédé littéraire de l’INCLUSION, c’est-à-dire une même phrase ou idée au début et à la fin de la péricope, ou l’épisode. Ici, en 2-3 et 41 une phrase fait allusion au ‘péché’ 2-3 : « … Rabbi, qui a péché…. Ni lui ni ses parents n’ont péché… » 41 : « Si vous étiez des aveugles, vous seriez sans péché ; mais vous dites : ‘Nous voyons !’ Votre péché demeure. »
  3. L’objet de cette narration johannique n’est pas tant de raconter le miracle en lui-même (en deux lignes tout est dit), mais bien plutôt de rapporter l’effet du miracle sur les hommes.
    Tout le sens de ce passage est alors dans le parallèle antithétique, l’opposition symétrique, entre l’aveugle qui vient à la lumière (physique … puis spirituelle) et les « Juifs » qui s’enfoncent dans la cécité.
    La pointe, donc, de ce récit se trouve dans le verset 39 : « Je suis venu pour un jugement (pour un test révélateur, qui manifeste un partage entre les personnes), afin que voient ceux qui sont aveugles et que deviennent aveugles ceux qui voient ».
  4. Une scène à trois personnages :
    d’abord un procès fait à Jésus par personne interposée, l’aveugle
    puis un renversement de situation : les accusateurs deviennent accusés.
  5. Pour Jean, ce qui arrive à l’aveugle-né préfigure ce qui arrivera bientôt aux communautés chrétiennes primitives : des juifs deviendront chrétiens et seront exclus de la synagogue.

La maladie… un châtiment ?

• Du temps de Jésus, la maladie et le handicap étaient considérés comme la conséquence du péché. Celui-ci était donc dans le passé des personnes : soit des parents, soit des bébés dans le sein de leur mère. (v. 2-3)
• Jésus va contre cette conception des choses : pour lui le péché est dans le présent des personnes, dans leur endurcissement et leur fermeture à la lumière.
• Mais alors, comment rendre compte de l’infirmité ?
Elle n’est pas un châtiment, répond Jésus. Il ne donne pas de raison au mal. Mais par contre, il affirme que, par sa main, Dieu va produire une action éclatante sur cette infirmité : « c’est pour qu’en lui se manifestent les œuvres de Dieu » (v. 3b).
• Ces « œuvres de Dieu », c’est précisément ces actions éclatantes, ces signes, qu’il opère à travers la personne du Fils. Si bien qu’en Jésus on peut voir Dieu à l’œuvre (5, 17).

La femme adultère (suite)

« Que celui qui est sans péché… » Chap 8, 7-9

• Jésus se réfère lui aussi à la loi : en effet, l’expression « jeter la pierre en premier » est tirée du Dt. 17, 7 : « … Que ce soient les témoins qui jettent la pierre en premier, et ensuite tout le peuple ».

• Jésus troque le mot ‘témoin’ pour le mot ‘innocent’ (sans péché). Ceci est d’une conséquence importante, car il ôte du même coup à tout homme le droit de juger. Personne n’a le droit de juger ni de sévir, car tous sont pécheurs.

• Se pose, alors, un problème important pour la vie sociale : un tel principe anéantirait toute morale judiciaire : aucun juge ne serait jamais en droit de punir ni même aucun parent avec ses enfants.

•Quand il y a une aporie (contradiction, impasse) dans l’Evangile, c’est qu’il y a une autre raison, une autre intention dans la pensée de Jésus.
En effet, que vient-il faire ? En empêchant toute lapidation, il suspend en fait la loi de Moïse, au profit de la miséricorde. Mais de quel droit ? Sinon du droit de celui qui s’arroge les pouvoirs de Dieu. Si bien que cette phrase étonnante et inquiétante, « que celui qui est sans péché » implique une déclaration d’identité divine, sonne comme une révélation christologique : « Je possède le même pouvoir que le Père, le maître de la loi ».
  => … quand il dira en 8, 46 : « Qui de vous me convaincra de péché ? »
  => … quand il a déclaré au début de son ministère qu’il était venu annoncer la ‘Bonne Nouvelle’
  => … quand, la veille de son arrestation, il pouvait dire dans sa prière : « Père, j’ai manifesté ton Nom aux hommes » 17, 6 (le nom dans la bible révèle la réalité profonde de la personne).
Quelle était cette « Bonne Nouvelle » ? Quel était ce visage non encore révélé de Dieu ? C’était toute la raison de l’Incarnation, à savoir :
Dieu, par la venue de son Fils, avait décidé, unilatéralement et gratuitement, d’accorder un délai de grâce, de suspendre le jugement, pour ne laisser voir que sa miséricorde.

Jésus n’est donc pas un prophète de plus… il est, sous forme humaine la MISERICORDE INCARNEE. Il est Dieu vu (au sens de visible) sous l’aspect de miséricorde.
Si un juge n’a pas à juger, si les parents n’ont pas à juger, ils ont à discerner. La différence est de taille : on ne juge pas l’homme, mais son acte. On laisse donc la porte ouverte pour une conversion possible.

« Moi non plus, je ne te condamne pas… Va et désormais ne pèche plus » Chap 8 10-11

Saint Augustin commente : « Restent deux personnages : la misère et la miséricorde. » La Miséricorde incarnée, Jésus, Dieu miséricordieux.

Ne nous trompons pas de personnage principal. Ici, c’est Dieu le Père ; c’est lui qui, en Jésus, fait miséricorde. Même chose que dans la parabole du ‘fils perdu et retrouvé’ ; ce n’est pas l’attitude du fils qui importe le plus, c’est celle du père !

Qu’est-ce que pardonner pour Dieu et pour Jésus ? C’est d’abord ne pas réduire la femme coupable à son péché ; c’est lui ouvrir de nouveau un avenir possible. « Par-donner », c’est « re-donner » une personne à elle-même. C’est refuser de figer et parier sur le vivant.

Mais Dieu, quoique miséricordieux, ne renonce pas à être Dieu, c’est à dire l’ennemi du péché. Aussi Jésus peut dire : « désormais, ne pèche plus ! »

« … personne, Seigneur ! » Remarquons pour terminer le titre divin que la femme décerne à Jésus. Seigneur, c’est à dire « Dieu ». Ce qui ne fait que confirmer la révélation christologique qui est au centre de ce récit de la « femme adultère ».

Frère Joseph

La femme adultère chap 8, 1-11

Préliminaires
Ce récit est ordinairement considéré par les spécialistes comme une pièce rapportée dans l’évangile de Jean. Il s’agirait d’une tradition indépendante, qui n’a été utilisée par aucun des 4 évangélistes, mais qui aurait été insérée après coup dans l’évangile de Jean. Cette constatation nous amène à nous poser 2 questions :
Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?
Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ?

Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?

• Les manuscrits les plus anciens l’ignorent.
• Certains manuscrits, plus récents, le placent ailleurs, dans le ch. 8 (après les versets 36 ou 44), ou même à la fin de l’évangile, preuve qu’on ne savait trop où mettre cette pièce « flottante ».
• D’autres manuscrits l’attribuent à Luc et le placent après Luc 21, 38, c’est à dire entre « les derniers jours de Jésus au Temple » et « le complot contre Jésus ».
• Les Pères Grecs semblent ignorer ce récit.
• Enfin, on n’y trouve ni le vocabulaire, ni le style de Jean. Par contre, il relève tout à fait du style et de l’idée générale de Luc, l’évangéliste de la miséricorde.

Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ? Et pourquoi au début de ce chapitre 8 ?

• Le thème du procès fait à Jésus par les autorités juives, est un thème récurrent dans cet évangile, et le récit de la femme adultère l’illustre parfaitement.
• En Jean, les ch. 7 et 8 sont ceux de la grande et violente opposition entre Jésus et les Juifs : insérer ce récit en plein milieu convenait fort bien. Surtout, juste avant le verset 15 : « Moi, je ne juge personne ! »
• Enfin, sous ce récit, apparemment de simple indulgence de la part de Jésus, se cache, une fois de plus, une révélation sur la véritable identité de Jésus. C’est donc un récit christologique.

Le véritable accusé n’est pas celui qu’on pointe 1-6a

>> En apparence, on instruit ici le procès d’une femme adultère. En réalité les scribes et les pharisiens font le procès de Jésus. La femme adultère ne sert que de prétexte.
>> La véritable intention des accusateurs se déplace :
• à l’égard de la femme coupable, c’était de se faire les pieux défenseurs de la loi de Moïse (dont le but était, en effet, d’extirper les mauvaises mœurs dans le peuple de Dieu). Le Lévitique 20, 10 prévoyait sans conteste la mort par lapidation.
• mais à l’égard de Jésus, c’est en réalité de trouver un motif pour le condamner à mort.
>> La tactique ? enfermer Jésus dans un dilemme fatal :
• ou bien il penche pour la clémence, mais alors il prend parti contre l’autorité de Moïse, et encourt dès lors, comme blasphémateur, le même châtiment que la femme.
• ou bien il penche pour la sévérité, mais alors, lui qui se présente comme le prophète de la miséricorde, il se contredit lui-même : c’est un faux prophète, et les faux prophètes, Israël ne peut les tolérer en son sein, il faut s’en débarrasser.

Le piège est le même que la question insidieuse posée un jour à Jésus : « Maître, est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » (Lc. 20, 20-26). Selon la réponse, Jésus serait, ou un mauvais juif, ou un dangereux agitateur.
>> L’ambiance est tendue, et le danger est aussi grave pour Jésus que celui qu’il devra bientôt affronter lors de son jugement devant le sanhédrin. On le voit à un détail révélateur, qui invite à faire le rapprochement : Jésus commence par garder le silence ; or, devant le sanhédrin, Marc nous rapporte : « Mais lui se taisait et ne répondait rien » (14, 61).
>> Jésus écrit sur le sol… On a supposé beaucoup de choses, à tort. Il s’agit, très probablement, d’un geste pour rien qui marque son désintérêt pour la question posée, son refus d’émettre un jugement. Mais les juifs insistent…

frère Joseph