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Premier discours après le dernier repas et le lavement des pieds 13, 31-14, 31 (1ère Partie)

Remarques préliminaires

Ce discours devient possible après le départ de Judas. Nous entrons dans une atmosphère d’intimité qui suppose qu’il n’y ait plus aucune arrière-pensée. Il n’y a plus que les amis.
Pour éviter les contresens, il faut comprendre le vocabulaire johannique :

  • « LE MONDE » a 2 sens différents : l’un positif et l’autre négatif
    • soit la création et spécialement l’homme qui en est le sommet (« Dieu a tant aimé le monde.. » « Le Verbe est venu dans le monde… »)….. sens positif
    • soit une mentalité collective de refus de Dieu, c’est à dire replie de l’homme dans sa suffisance ….. sens négatif
  • Le « RETOUR DU SEIGNEUR »
    • soit la parousie, c’est à dire le retour à la fin des temps
    • soit, plus tôt dans le temps, les apparitions du Ressuscité
  • la « GLOIRE » : n’est pas d’abord la majesté, la puissance écrasante, le prestige et les honneurs.
    Pour Jean, c’est l’éclat fascinant du véritable et insoupçonné visage de Dieu, ou du Christ. Dans l’AT on se présentait Dieu dans sa majesté écrasante. Avec le Christ, c’est le visage insoupçonné que nous découvrons. On croyait que Jésus n’était qu’un homme, plus grand que tous les prophètes, or voici que va se révéler sa condition divine.
  • « l’HEURE » : pour Jean, c’est l’heure du mystère pascal, l’heure pour Jésus du retour au Père, l’heure où il va retrouver toutes les prérogatives de sa condition divine, qu’il avait abandonnées lors de son incarnation.

Bien sûr, pour Jean, cette « heure » est faite inévitablement de plusieurs moments différents (passion, mort, résurrection, ascension). Mais Jean s’intéresse moins à ces moments différents qu’à la signification commune de l’ensemble ; ce n’est pas la chronologie qui l’intéresse, mais « l’heure » en tant que signifiante et révélatrice : qu’est-ce qui est en train de se passer et de se dire à ces moment-là ? C’est l’heure où le « Serviteur Souffrant » va devenir le « Seigneur de gloire ».

Comme d’habitude chez Jean, deux niveaux de lecture :
▪️ De premier abord, ce qui semble dominer, c’est l’adieu. Donc, le départ de Jésus et les disciples qui vont rester seuls.

L’impression semble justifiée par les interventions et les questions des disciples :
Pierre : Où vas-tu ? … je te suivrai jusqu’à la mort !
Thomas : On ne connaît même pas ton chemin…
Philippe : Montre-nous le Père, cela nous suffit !
Jude : Pourquoi parles-tu de te manifester à nous seulement, et pas au monde ?

Questions bien concrètes, réalistes, immédiates, pleines d’incertitudes et d’inquiétude.

▪️ Second niveau, ou la signification de ce discours.
C’est la révélation par Jésus du très proche enveloppement trinitaire des disciples. Pour Jésus, il ne s’agit pas seulement d’un discours d’adieu, selon toutes ses composantes d’émotion, de tristesse et de tendresse devant la perte et l’arrachement subit.

C’est un moment solennel et positif de révélation. Il ne s’agit plus de perte et d’arrachement, il s’agit d’un gain insoupçonné.
✨ Cette révélation, la voici : après le départ de Jésus, les disciples vont être enveloppés d’une mystérieuse présence trinitaire.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 13

Le christ, au nom du Père, accueille ses disciples dans la maison du Père (Jn 13, 1-20)

Ce geste de laver les pieds est un rite d’accueil en Orient, une déclaration d’hospitalité. Le voyageur a marché toute la journée, sous le soleil, et par des routes par toujours sûres : il a faim, il a soif, il est fatigué et a mal aux pieds, il était à la merci des détrousseurs. Et voilà que quelqu’un l’accueille, en commençant par lui faire laver les pieds. Le sens est clair : chez moi, tu seras comme chez toi ! Tu auras la paix, le repos, la fraîcheur, tu seras abreuvé et rassasié.

L’accueil dans la « maison du Père » est un des grands thèmes du « Discours après la Cène » :
• « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; sinon, vous aurai-je dit que j’allais vous préparer une place ? Lorsque je serai allé vous la préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi… » (14, 2-3)
• « Père, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (17, 24)
• « Je monte vers mon Père et votre Père » (20, 17)
C’est donc un geste symbolique, par lequel le Christ inscrit dans les faits l’accueil des disciples dans le Royaume. Une manière de dire que du côté de Dieu, c’est fait.

Encore faut-il que les disciples consentent à être accueillis

• C’est précisément l’objet de la discussion de Jésus avec Pierre (13, 6-9) : Pierre ne saisit pas le symbole, il en reste au geste de propreté de Jésus « domestique »
** … Cet « accueil de l’accueil » avait déjà son prélude 2 jours plus tôt à Béthanie : Marie « accueille » Jésus – et avec quel prix ! lequel Jésus l’avait elle-même « accueillie » auparavant.
• En contraste, on a le refus de l’accueil par Judas (13, 10) : « … vous n’êtes pas tous propres »… et plus loin (13, 30) : « …Judas sortit immédiatement : il faisait nuit ».
** … Remarquer comment ce « refus de l’accueil » par Judas avait eu également son prélude à Béthanie, lorsqu’il s’était indigné du gaspillage de parfum par Marie (12, 5).


Aux disciples, à leur tour, d’accueillir les autres dans l’Eglise, et au Nom du Christ

« C’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi » (13, 15). Comment pratiquer l’accueil au nom du Christ ?
1_ Selon un comportement et un état d’esprit d’envoyé qui n’évacue pas l’envoyeur ! « l’envoyé n’est pas plus grand que celui qui l’envoie » (13, 16)
… et avec le dévouement du serviteur… qui ne prend pas la place du Maître ! « un serviteur n’est pas plus grand que son Maître » (13, 16).

Nous voyons donc que le personnage le plus important dans cette scène, c’est le Père, car c’est lui l’invitant suprême ; le Christ ne veut être que le délégué de son Père, l’envoyé, c’est pourquoi il prend la pose du serviteur. Aux Apôtres de jouer le même jeu de l’humilité-service, par rapport au véritable invitant qu’est le Christ pour l’entrée dans l’Eglise.

Une révélation de théologie trinitaire

La fin de l’épisode est encore plus impressionnante que l’entrée en matière : Jésus termine en faisant à ses disciples 2 révélations explicites et tout à fait capitales :

1_ Sur sa condition divine. On le voit aux passages suivants :
• « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur… si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître… » (13, 13-14). Le titre de Seigneur n’était donné qu’à Dieu.
• « … afin que, lorsque l’événement se produira, vous croyiez que Je Suis » (13, 19). La tournure est curieuse, à moins que ce « Je Suis » fasse allusion au nom divin du Sinaï, par lequel YHWH se faisait connaître à Moïse (Ex. 3, 13-15). Dans ce cas, Jésus n’hésite pas à s’attribuer le nom divin, signifiant par là qu’il porte en lui la présence divine et tous les pouvoirs divins.

2_ Autre révélation, sur les Trois Personnes divines. Témoin la toute dernière phrase : « En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j’enverrai, c’est me recevoir moi-même, et me recevoir c’est aussi recevoir Celui qui m’a envoyé » (13, 20). « Celui que j’enverrai », c’est à dire l’Esprit Saint… « Celui qui m’a envoyé », c’est le Père.

Conclusion
L’entrée en matière de cet épisode du « lavement des pieds », et sa conclusion d’autre part, sont trop solennelles et de portée transcendante, pour que le geste de la partie centrale soit une simple recommandation d’ordre moral. La toute première et la toute dernière phrases évoquent la figure du Père. C’est donc de Lui qu’il sera question, de sa Maison, et de l’accueil qu’il nous y réserve, par la médiation « servante » de son Fils.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 13

Le lavement des pieds 13, 1-20

  1. Le geste de Jésus, tout surprenant qu’il soit, semble d’une grande clarté. Il est le maître ; or il vient d’agir en esclave. C’est la loi qui s’impose à tous les siens. Il s’agirait donc ici essentiellement, sous forme de ‘mime’, d’une leçon d’humilité et de service. Et la signification de la scène serait seulement d’ordre moral : tel doit être le comportement chrétien.
    Est-ce une interprétation suffisante ?
  2. La plupart des interprètes cherchent autre chose, puisque Jean nous a habitués à des sens cachés. Ce lavement des pieds est un « geste prophétique », selon la manière sémitique pour les leçons en acte. Au jour des Rameaux, Jésus a « joué » l’oracle de Zacharie : « Tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi… humble, monté sur un ânon » (Za. 9, 9-10). Maintenant, il « joue » celui du Serviteur d’Isaïe (52, 13-53, 12) ; pas n’importe quel serviteur, mais le « Serviteur Souffrant » dont le service va jusqu’à mourir pour les siens.
    Ainsi donc, sous ce geste surprenant, mais apparemment banal, de laver les pieds, Jésus en réalité « mimerait » sa mort du lendemain, exactement comme en instituant l’Eucharistie au cours du même repas pascal, il « mimait » d’une autre façon la mort du lendemain.
    Selon cette interprétation, il ne s’agit donc plus d’abord d’une leçon morale d’humilité, il s’agit d’un geste symbolique de révélation : voici quel sera le sens de ma mort. Une mort pour vous et pour la multitude, dans l’abaissement le plus extrême.
  3. Cette lecture est d’une profondeur saisissante. mais elle n’est pas la seule possible. Parce que ce geste peut aussi être le « symbole de l’accueil ».

Pourquoi ? Comment ?

Parce qu’il y a dans ce passage des paroles curieuses qui débordent de loin l’interprétation de l’humilité et du service :

• D’abord l’entrée en matière particulièrement solennelle et de tonalité transcendante : « Jésus, sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père… sachant qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu ». Jésus va quitter les siens pour rentrer chez son Père : c’est l’instant des adieux définitifs, quelle ultime promesse va-t-il leur faire ? Quel cadeau précieux va-t-il leur laisser ?

• Car il en a le pouvoir et le droit, de la part du Père : « …sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains ». Jésus va donc faire quelque chose pour eux de la part du Père.

• Autre parole curieuse : « … Pierre, si je ne te lave pas, tu n’auras pas part avec moi ». Or dans le 4ème évangile « avoir part avec Jésus », c’est être avec lui dans la maison du Père (14, 2-6), participer à la gloire du Père (17, 24), voir le Royaume de Dieu (3, 3), entrer dans ce Royaume (3, 5), et recevoir du Christ la vie éternelle (6, 40). Ainsi le geste du Christ aurait quelque chose à voir avec l’admission des disciples « dans la maison du Père », « chez le Père », là où précisément Jésus est sur le point de s’en retourner. Cela veut dire que, pour les disciples, ce geste est un billet d’entrée pour le ciel !

Fr Joseph

ST JEAN CHAPITRE 12 LA RECONNAISSANCE SUSPENDUE (suite)

L’entrée de Jésus à Jérusalem 12, 12-19

Jean a modifié radicalement la tradition synoptique. Dans celle-ci, Jésus « monte » depuis la Galilée. Chez Jean, ce récit succède à l’onction de Béthanie. Chez les synoptiques, Jésus prépare l’événement : il envoie deux disciples pour lui amener un ânon, qu’ils trouveront selon ses indications et il avance sur cette monture en Messie de paix. Chez Jean, la foule, ayant appris que Jésus s’approche de Jérusalem, va à sa rencontre en l’acclamant et c’est alors seulement que Jésus monte sur un ânon qu’il a trouvé. Aucun parcours triomphal n’est décrit : l’évangéliste cite l’Ecriture.

Le récit obéit à une logique particulière : on décrit et ensuite on explique.

Description v. 12-13 : la foule sort à la rencontre de Jésus
v. 14 : Jésus s’assied sur un ânon
Explication v. 15 : citation de l’Ecriture
v. 16 : l’incompréhension des disciples
v. 17-18 : le motif du mouvement de la foule
v. 19 : la réaction des pharisiens.

Jésus vient de Béthanie, encore pénétré du parfum dont Marie l’a oint et de la pensée de sa mort prochaine. Il va à Jérusalem, pas en prince, sans nul souci de se faire acclamer, mais comme celui qui mène à terme le projet annoncé en 11, 7 : « Allons en Judée », là où sa mission doit s’achever. La foule l’attend avec des palmes, symbole de victoire. En Jésus, la foule voit celui que Dieu a envoyé pour délivrer Israël de son humiliation, le Messie attendu. Pour exprimer sa joie, elle entonne le ‘Hosanna’ qui accompagnait les pèlerins se rendant au Temple pour la fête des Tentes ou pour la Pâque. Ce psaume 118 célèbre la fidélité de Dieu : le psalmiste, qui parle au nom du peuple, est assiégé par « toutes les nations » et il sort victorieux de son épreuve.
En utilisant le verset 26 « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », Jean reprend deux thèmes de son œuvre : « Celui qui vient » : 1, 15.27 ; 3, 31 ; 6, 14 ; 11, 27 ; « au nom du Père » : 5, 43 ; 10, 25 ; 17, 11.12.
Mais la foule ajoute : « le roi d’Israël ». Si Jésus accepte ce titre venant de la bouche de Nathanaël en 1, 49, ici, il le refuse à cause de son ambiguïté liée à l’aspect politique de ce titre. Ce refus, Jésus le signifie par une action symbolique, celle de s’asseoir sur un ânon (pas sur un cheval), tout en donnant le vrai sens de sa royauté.

L’évangéliste cite le prophète Zacharie, mais en changeant la première partie du verset :

Jean => Sois sans crainte, fille de Sion
Zacharie => Réjouis-toi, fille de Sion

Ce « sois sans crainte » est emprunté à Sophonie 3, 14 et qui évoque la présence en Israël de Dieu, berger de son peuple. Une manière de dire que Jésus, le roi d’Israël, est aussi présence du Père au monde.

  Fr Joseph

St Jean Chapitre 12 La reconnaissance suspendue

Le chapitre 12 clôt ce que les exégètes appellent « le livre des signes ». Avec un bémol : c’est qu’il manque le signe annoncé au chapitre 3 : la destruction / reconstruction du Temple, à savoir le Corps. Et de fait, la suite des événements sera dominée d’un côté par le discours d’adieu et de l’autre côté par le récit de la Passion et de la Résurrection de Jésus.

C’est aussi d’une certaine manière un discours d’adieu que Jésus prononce ici, mais adressé à la foule. La mission s’achève. Elle devrait normalement se conclure par la reconnaissance de l’Envoyé. Et c’est apparemment le tour que prennent les événements. Arrivé à Jérusalem, à la suite de la résurrection de Lazare, Jésus est accueilli triomphalement. Et pour bien marquer la portée universelle de cette intronisation, Jean nous précise que des « Grecs » étaient présents. Le rassemblement des brebis en seul troupeau et sous la conduite d’un seul Pasteur, envisagée au chapitre 10, semble sur le point d’aboutir. Pourtant, elle tourne court. L’évangéliste à la fin du chapitre explique pourquoi la reconnaissance ne pouvait aboutir : l’incroyance des juifs et des grecs.

Un fil conducteur traverse les différentes séquences, à savoir l’annonce de la mort de Jésus.


L’onction à Béthanie : 12, 1-11

L’évangéliste délimite dans le temps cette séquence : « Six jours avant la Pâque » au verset 1 et « Le lendemain » au verset 12. Nous sommes donc dans la trame de l’histoire. Le cadre est celui d’un repas, dans l’intimité d’une maison accueillante, tandis qu’au-dehors la foule et les autorités recherchent Jésus : la foule pour le voir, les autorités pour le mettre à mort. Deux femmes sont nommées : Marthe qui sert à table et Marie qui répand du parfum sur les pieds de Jésus. Cette pratique était inconnue à l’époque. On versait du parfum sur la tête en signe de bienvenu. Sur cette tablée plane la mort : d’un côté Lazare, un mort rendu à la vie et de l’autre Jésus dont on célèbre la sépulture, en parfumant son corps. On le sait par l’interprétation qu’en donne Jésus : « c’est pour le jour de ma sépulture qu’elle devait garder ce parfum. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout simplement ceci : elle pensait utiliser ce parfum le jour de mon ensevelissement, et elle a fait cela maintenant. Marie a anticipé l’honneur dû à Jésus mort, comme pressentant son départ proche. Nous avons donc ici un contraste entre la vie retrouvée pour Lazare et la mort attendu pour Jésus. Un contraste qui suggère que la vie nouvelle a comme condition la Pâque de Jésus. Dans cette perspective, la senteur du parfum qui remplit la maison (v. 3) s’oppose à l’odeur du cadavre qui horrifiait Marthe (11, 39), pour manifester la plénitude de la victoire de Jésus sur la mort.

Une autre opposition existe dans cette péricope : Jésus / Judas. Opposition positive / négative du geste de Marie. Judas dit : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers, qu’on aurait donnés à des pauvres ? ». Cette opposition apparaît d’une autre manière au verset 4. Judas est défini : « celui qui allait le livrer ». La mort évoquée de cette façon prépare dans le texte ce que Jésus va dire pour la défense de Marie, d’autant que Jésus sait que Judas le livrera. L’opposition entre Judas et le Maître reflète celle qui oppose vie et mort.

La seconde partie de la réponse de Jésus : « Les pauvres vous les avez pour toujours avec vous » renvoie au livre du Deutéronome 15, 11 : « Il ne cessera d’y avoir des pauvres au milieu du pays » et dont le contexte est le commandement de YHWH de porter secours aux indigents. Jésus veut donc dire que ce commandement vaudra indéfiniment dans l’avenir.

Marie, dans son amour, a communié intuitivement à la Pâque de Jésus ; Lazare, qui partage le repas avec Jésus, va être persécuté comme le Maître : « Les grands prêtres résolurent alors de tuer aussi Lazare ». Cette donnée anticipe ce que Jésus dira dans son discours d’adieu : « Rappelez-vous la parole que je vous ai dite : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront aussi… » (15, 20). L’hostilité des grands prêtres s’attaque non seulement à l’Envoyé de Dieu mais aussi à celui qui est le témoignage vivant de sa victoire.

Fr Joseph

St Jean chapitre 11 suite La vie rendue à Lazare

La préfiguration de la résurrection du Christ

Il y a une mise en parallèle entre le retour à la vie de Lazare et la résurrection de Jésus, avec des ressemblances et des différences, pour bien faire sentir qu’il y a préfiguration, mais incomplète : le retour à la vie de Lazare est une image encore floue du drame de la mort, puis de la vie ; et que l’image vraie, ce sera celle de la mort et de la résurrection de Jésus.

Ressemblances

  1. Lazare subit une maladie qui « va à la mort », humainement parlant. Or Jésus, qui s’était « mis à l’abri » en Pérée, sait qu’en se rendant à Jérusalem, il va lui aussi à la mort.
  2. Et pourtant Jésus affirme que cette maladie « n’aboutira pas à la mort », divinement parlant, c’est à dire que la mort n’est pas la fin de tout, qu’il va le tirer de la mort, qu’après la mort il y aura la vie. C’est préparer ses disciples à ce qui se passera après sa propre mort à lui.
  3. Lazare est au tombeau depuis 3 jours et Jésus le ressuscitera le 4ème jour. Jésus, lui, sera ressuscité le 3ème jour. Il faut qu’ils soient bien morts tous les deux, car les juifs pensaient que l’âme demeurait près du mort 2 jours pleins.
  4. Nous avons deux réflexions similaires de la part des juifs :
    • S’il a guéri un aveugle, il aurait pu empêcher Lazare de mourir!
    • Si tu es le Fils de Dieu, descends de ta croix !
  5. Jésus « frémit intérieurement et se troubla »
    … comme la veille de sa mort à Gethsémani, devant la perspective de sa propre mort
  6. La résurrection de Lazare est attribuée par Jésus à la puissance du Père : juste avant le miracle, il rend grâce au Père d’être exaucé (41).
    De même pour Jésus, les Apôtres témoigneront que c’est Dieu qui l’a ressuscité.

Différences (au profit de la résurrection de Jésus)

  1. Lazare subit déjà la putréfaction
    Jésus, non ! (cf. l’Ecriture : « Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption » (Ps. 16).
  2. Pour Lazare, on doit rouler la pierre,
    pour Jésus, inexplicablement, la pierre était déjà roulée quand les femmes arrivèrent pour l’embaumer après le sabbat.
  3. Lazare sort encore tout ficelé de bandelettes et enveloppé de suaire.
    Jésus, lui, n’est plus là, mais les bandelettes et le suaire sont roulés, à part.
  4. Surtout, Lazare rendu à la vie devra bien re-mourir un jour : il ne fait que revenir à sa vie antérieure conditionnée par les limites de l’espace et du temps.
    Or, Jésus, lui, par sa résurrection, va sortir corporellement des limites de l’espace et du temps. Ni l’espace ni le temps n’auront plus de prise sur lui.

Conclusion

Une fois de plus, la scène doit être lue à deux niveaux : au niveau humain d’un bouleversant témoignage d’émotion et d’amitié ; mais surtout au niveau théologique, car ce geste miraculeux a une portée et une signification.

Paradoxalement, cette maîtrise éclatante de Jésus sur la mort, signe son propre arrêt de mort. Le miracle est trop fort pour n’être pas des plus dangereux. La peur l’emporte sur la foi.

11, 45-57
Ces quelques versets montrent l’impact que ce miracle a eu sur les juifs et sur les autorités juives.
Parmi les premiers beaucoup croient.
Les seconds, grands prêtres et pharisiens, comme d’habitude chez Jean, se cabrent. Ils reconnaissent que cet homme accomplit beaucoup de signes (47). Mais, pour eux, cela ne peut qu’engendrer un soulèvement avec toutes ses conséquences. Il faut donc en finir. Jésus doit mourir, « mourir pour la nation et pour rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (51-52). Jean, par cette prophétie qu’il met dans la bouche de Caïphe, signifie que la mort de Jésus est pour le rassemblement des hommes en UN, c’est-à-dire pour l’unité des hommes dans le Fils.

Le verset 54 : « Jésus donc ne circulait plus ouvertement parmi les juifs ; mais, de là, il partit pour la région voisine du désert, … et il y demeurait avec ses disciples ».
Ce verset fait pendant à 10, 40-42. Par un « donc », l’évangéliste indique une relation de cause à effet. Mais aussi, il met en évidence l’atmosphère tendue à Jérusalem où Jésus était serré de près. A la différence du séjour au-delà du Jourdain, aucune affluence n’est notée. Jésus est seul avec ses disciples. La rupture avec la Judée est consommée ; mais non sans que le signe de Lazare ait donné figure et sens à l’œuvre que Jésus réalisera par sa mort.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 11 Versets 1-54

La Résurrection de Lazare

Remarques préliminaires

1. Utiliser le mot « résurrection » pour Lazare est équivoque ; au sens strict, il ne devrait s’appliquer qu’à Jésus, devenu « corps glorieux ». Pour Lazare, c’est plutôt le ‘retour à la vie’.

2. C’est le récit le plus long du 4ème évangile. Mais aussi le plus central (le 11ème des 21 chapitres). Il sert en quelque sorte de charnière aux deux grandes parties de l’évangile : il « clôt » le livre des « signes » (ch. 1-12), et prépare celui de « l’heure de la gloire » (ch. 13-21). C’est à partir du retour à la vie de Lazare que les juifs décident définitivement de mettre Jésus à mort. C’est parce qu’il a rendu la vie à Lazare qu’on va prendre la sienne.

3. Ce signe est le 7ème et dernier « miracle-signe » opéré par Jésus (4 en Galilée + 3 à Jérusalem) :
• Cana
• Guérison du fils de l’officier à Capharnaüm
• Guérison du paralytique de Bethzatha (Jérusalem)
• Multiplication des pains
• Marche sur la mer
• Guérison de l’aveugle-né (Jérusalem)
• Le retour à la vie de Lazare (Jérusalem)

Introduction

Lazare est un « Signe » : c’est à dire qu’il n’est pas qu’un fait, il est une prédication au travers d’un geste, une révélation en acte.
Révélation de deux vérités insoupçonnées, du moins pour un regard purement humain, purement « charnel », dirait Jean :

1. Jésus laisse deviner ici le mystère de sa condition transcendante ;
2. et en rendant la vie à Lazare, il symbolise sa propre résurrection prochaine.

La mystérieuse condition transcendante de Jésus

1. Après la guérison du paralytique de la piscine de Bézatha, Jésus disait : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père ; car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. C’est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ; il lui montrera des œuvres plus grandes encore, de sorte que vous serez dans l’étonnement. Comme le Père en effet, relève les morts et les fait vivre, le Fils aussi fait vivre qui il veut » (5, 19-21).
C’est ce qui se passe pour Lazare quand Jésus lui rend la vie.
Et l’on comprend alors le début de cet épisode, le retard de Jésus et l’une ou l’autre de ses réflexions : « Cette maladie n’aboutira pas à la mort, elle servira à la gloire de Dieu : c’est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié » (11, 4)
« … Notre ami Lazare s’est endormi, je vais aller le réveiller » (11)
« … Lazare est mort ! et je suis heureux pour vous de n’avoir pas été là, afin que vous croyiez » (15)

2. « … afin que vous croyiez ». Que les disciples croient à quoi ? Pas seulement au pouvoir de Jésus de faire des miracles, mais à sa condition tout à fait transcendante, qui seule explique un tel pouvoir sur la vie et sur la mort.
Et cette condition transcendante (cette ‘gloire’), c’est la condition même du Père.

3. Cette révélation sur la condition transcendante de Jésus est bien marquée par la progression de la triple confession de foi de Marthe (21-27)
• D’abord, tout comme sa sœur Marie après elle, la simple foi au pouvoir de Jésus sur la maladie : « … si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort » (21.32).
• Puis, sa foi (Marthe) à la résurrection générale à la fin des temps (24).
• Puis, sa profession de foi complète : je crois que tu es, Seigneur, de filiation et d’origine divine : « Oui, je crois que tu es la Résurrection et la vieque tu es le Messie, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde » (27). Marthe croit à ce Messie insoupçonné et stupéfiant, qui se prétend maître de la vie. C’est déjà le credo chrétien.

Fr Joseph

Saint Jean chapitre 10 versets 1 à 30 (suite)

Je suis la porte = Le passage obligé

La prétention devait paraître exorbitante. Il faut pourtant la prendre pour ce qu’elle est, ne pas la minimiser. Jésus déclare : il n’y a pas d’autre sauveur que moi, et tous ceux qui veulent être sauvés doivent passer par moi !
Pierre, devant le Sanhédrin dira : « … Il n’y a pas sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvés » (Ac. 4, 12).


Jésus prétend donc être le seul qui puisse nous faire passer d’un état à l’autre :

  • non seulement de l’état de pécheur à l’état d’homme « convenable »
  • mais de l’état d’homme convenable à l’état filial, c’est à dire selon le cœur du Père.

Ceci a des implications concrètes :

  • passer du sens de la justice ……………………. au sens de la miséricorde
  • passer de la vie honnête et droite ………….. au don de sa vie
  • passer de mesure ……………………………………. à l’illimité
  • passer du faire par devoir ……………………….. à la gratuit
  • passer de la satisfaction de se réaliser par soi-même …. au sens de se recevoir d’un Autre.

Le salut n’est donc pas seulement le fait d’être sauvé du péché, mais la grâce de pouvoir accéder au statut de frère du Fils bien-aimé, de quelqu’un qui porte lui aussi les traits et la ressemblance du Père des cieux. Seul le Fils peut nous faire devenir fils et filles.

Le rôle de la porte et du passage obligé, c’est aussi pour le Christ le rôle de rassembleur universel : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de ce bercail… », c’est à dire plus loin que le peuple juif, à savoir les païens. Ils sont aussi l’objet du dessein du Père. Plus vaste que le peuple de l’Alliance, il y aura l’Alliance des peuples.

Le passage obligé que représente Jésus, c’est aussi pour les juifs, ses auditeurs, le passage obligé d’une conception du Messie à une autre. Il est frappant que Jésus n’évoque pour ainsi dire jamais les satisfactions matérielles et politiques. Au contraire, il parle d’un bon berger qui va jusqu’à « donner sa vie pour ses brebis ». Et plus loin : « personne ne me l’enlève, mais je m’en dessaisis de moi-même. »
Jésus Messie, c’est donc Jésus qui va mourir. Consciemment, Jésus endosse ici la livrée du Serviteur Souffrant, dont parlait Isaïe 53, celui dont le sacrifice expiatoire allait sauver la multitude. Victime substitutive de la multitude, Jésus est effectivement le seul par lequel nous devions être sauvés.

Le Père… le Fils… les Brebis

Dans ce passage, un personnage est évoqué plusieurs fois, celui du Père : 15.17.18.25.29.30
On a nettement l’impression qu’il est le personnage central :
• la « vie éternelle », c’est la vie filiale selon le cœur du Père
• le rassemblement universel, c’est le dessein ultime du Père
• la connaissance que Jésus a des siens est semblable à celle qu’il a du  Père
• le don de sa vie se fait selon l’acquiescement du Père
• ses œuvres, il les opère au nom de son Père
• le Père, c’est celui à qui on n’arrache rien
• le Fils ne fait qu’un avec le Père.
>> Si le Père est le personnage central, c’est parce qu’il est la référence ultime de cette intimité si clairement affirmée de Jésus et des siens.

Tout ce passage du « Bon Pasteur » pourrait se résumer par la formule : « Ce qui va se passer entre Jésus et les siens, c’est précisément ce qui se passe déjà entre le Père et Jésus ».
• c’est vrai de la connaissance réciproque (connaître = être en intimité avec)  (v. 14)
• c’est vrai aussi de ce que représente cette intimité : « personne ne pourra m’arracher mes brebis, comme personne ne peut arracher quelque chose de la main du Père » (v. 29)
• c’est vrai, enfin, de l’unité du troupeau (v. 16) qui se devra tout entière à l’unité qui existe entre le Père et le Fils (v. 30).

Conclusion

Il s’agit, dans ce chapitre, d’une révélation théologique sur l’essence de la vie spirituelle dans l’Eglise. Cette vie spirituelle dès ici-bas a son fondement dans les cieux : il se passe entre Jésus et nous quelque chose d’identique à ce qui a lieu au sein de la Trinité.

Fr Joseph

Le Bon Pasteur (Chap 10, 1-30)

Introduction

  1. Le contexte pastoral palestinien : Une bergerie en Palestine, c’était un enclos en pleine campagne, gardé, de nuit, par un portier, où se rassemblent, pour la nuit, plusieurs troupeaux, ramenés par leurs bergers respectifs. Le matin, les bergers se présentent à la porte de l’enclos, y pénètrent, et lancent chacun leur cri d’appel spécifique. Les brebis reconnaissent tout de suite leur berger.
  2. Dès le début du texte, on note une certaine incohérence : Jésus se prétend à la fois le vrai berger et la porte ! Nous avons sans doute là deux petites paraboles qui ne furent pas prononcées le même jour, et qui furent ensuite juxtaposées.
  3. Comme toujours, chez Jean, il faut dépasser un premier niveau d’interprétation, sentimental et pieux (nous sommes les petites brebis du Seigneur, il prend soin de chacun d’entre nous, nous comptons beaucoup pour lui…). En réalité, derrière la parabole se cachent des révélations théologiques importantes et solennelles qui sont à la base de notre foi :

Le Messie, c’est moi !
J’ai le pouvoir de donner aux miens la Vie éternelle
La Vie éternelle, c’est le même genre d’intimité qu’entre le Père et moi
Je suis l’unique sauveur du monde.


Le Messie, c’est moi

  • Parler de « berger » ou de « pasteur », c’était provoquer une résonance immédiate et profonde en Israël, qui a été longtemps un peuple nomade et éleveur avant de se sédentariser et devenir agriculteur.
  • Déjà les rois de Babylone et d’Assyrie aimaient à s’appeler « bergers » de leur peuple. 
  • En Israël, Jésus n’est pas le premier à utiliser cette image ; elle est traditionnelle dans l’AT : 
    • C’est d’abord YHWH qui se nomme le « berger » de son peuple, et qui est invoqué comme tel (cf. les Psaumes). 
    • Puis il chargera Moïse de cette fonction, et plus tard David
    • Enfin, par la bouche du prophète Ezéchiel (ch. 34), YHWH reprend l’image : il se repent d’avoir confié ce rôle aux dirigeants de son peuple (les rois, pour qui la fonction a été une occasion de profit personnel). Dans un 1er temps, il médite de reprendre lui-même ce rôle et de l’assumer seul. Dans un 2nd temps, il envisage la venue d’un nouveau David, à qui seul il réservera ce titre de « pasteur », mais il s’agira alors d’un vrai pasteur, d’un bon berger… Ce sera le Messie.
  • En reprenant cette image à son compte – « c’est moi le bon berger » – Jésus laisse entendre tout à fait clairement qu’il est le Messie. 
  • Il ajoute un indice très parlant : « mes brebis auront la vie en abondance ». Or, l’abondance était un des signes des temps messianiques : quand le Messie serait là, disaient les scribes et docteurs, il ouvrirait l’ère de l’abondance.
  • Enfin, Jésus fait siens les sentiments de colère de son Père, et il dénonce lui aussi les faux bergers mercenaires ou brigands : les mercenaires, ce sont sans doute les mauvais rois d’Israël, jusqu’aux derniers qui régnaient encore (Hérode et ses fils), mais probablement aussi la caste politico-religieuse de Jérusalem (grands prêtres et familles sacerdotales);  les brigands, ce sont les faux messies (comme Theudas et Judas le galiléen, dont parlent Ac. 5, 36), qui se levaient périodiquement du temps de Jésus.

L’AVEUGLE-NÉ (CHAP 9, 1-41) 2ème partie

L’itinéraire d’un croyant, ou comment un aveugle vient à la lumière

1. Le miracle est rapidement signalé, mais 2 choses sont à noter :
➢ La boue sur les yeux rappelle le geste créateur (Gn. 2, 7). 
➢ Durant la fête des Tentes, on puisait l’eau, symbole des bénédictions messianiques, à la piscine de Siloé, mot qui veut dire « Envoyé ». Les bénédictions viennent désormais par Jésus. 

2. La progression vers la foi, chez l’aveugle, est caractéristique. Regardons les étapes :
➢ v. 7 : la confiance en un guérisseur. L’aveugle ne demande rien, mais il obéit (Va te laver à la piscine de Siloé… et il y va).
➢ v. 17 : « C’est un prophète » : un homme de Dieu, un Envoyé.
➢ v. 32 : Cet homme est plus grand que tous les prophètes : « Jamais on n’a ouï dire que quelqu’un ait ouvert les yeux d’un aveugle de naissance ».
➢ v. 34 : La persécution pour sa fidélité envers son bienfaiteur : « Ils le chassèrent » (de la synagogue cf. v. 22). 
➢ v. 35 : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »
➢ v. 38 : « Je crois, Seigneur », et il se prosterna devant lui (titre + adoration réservés à Dieu).

Le procès à Jésus, ou comment des endurcis s’enfoncent dans la cécité.

L’accusé principal, Jésus, est absent et on le juge par personne interposée, l’aveugle-né guéri, avec sentence d’excommunication. 

Déroulement du procès :
➢ Enquête des voisins et des badauds : le fait (9), le comment (10), le qui (12)
➢ Interrogatoire par les pharisiens : ils sont divisés
➢ Audition des parents : connaissant le monde religieux, ils restent sur leur garde – ils ne veulent pas d’histoire
➢ 2nd interrogatoire par les pharisiens : le miraculé est plus hardi 
➢ Sentence d’excommunication : exclusion de la synagogue

Les griefs officiels :
➢ Jésus a violé le sabbat
➢ Il laisse donc entendre que Moïse n’est pas l’absolu
➢ Il laisse croire aux gens qu’il pourrait être le Messie (22)

Les griefs cachés :
➢ Jésus ébranle leur savoir sur Dieu. Ce miracle brouille tout. Les pharisiens savent que Dieu a parlé à Moïse ; ils savent donc que Dieu est pour le sabbat et qu’il ne peut pas approuver ce guérisseur. Par conséquent Jésus est un pécheur (24).
➢ Or ils savent aussi, et certains parmi eux l’avouent, qu’un pécheur ne pourrait pas obtenir de Dieu d’opérer de tels miracles. S’il en opère, c’est que Dieu est avec lui !
➢ Du même coup, Jésus ébranle leur autorité sur les observances et les conduites, sur les jugements concernant les personnes, sur le droit d’appartenir à une communauté juive ou d’en exclure. Qui alors discernera les justes et les pécheurs ?
➢ Jésus, par son obéissance à la volonté de Dieu, et la caution que Dieu semble lui donner dans ses pouvoirs miraculeux, dispute en fait aux Pharisiens le pouvoir d’autorité, et s’apprête à exercer lui-même le « jugement » qu’ils se croyaient seuls habilités à porter.
 

  Le « jugement » opéré par Jésus 

La rentrée en scène de Jésus provoque un renversement de situation : Jésus, l’accusé principal, devient tout à coup le Juge : 

➢ Il proclame l’acquittement et le ‘salut’ de celui que les juges précédents viennent d’excommunier (35-38)

… le salut, c’est de croire à la condition divine de Jésus. 

➢ Il constate, à l’inverse, que les ‘bien-pensants’ qui font autorité et s’affichent comme maîtres de vertu sont en réalité des ‘pécheurs’ (41)

… le péché, ici, c’est le refus de croire en la relation toute spéciale de Jésus avec Dieu. Ce n’est donc pas pour rien que Jésus avait envoyé l’aveugle se laver à Siloé, puisque Siloé, note saint Jean, signifie ‘Envoyé’.

L’enjeu de ce récit, comme ailleurs, est la véritable identité de Jésus.

A noter que pour les premiers chrétiens, l’histoire de l’aveugle-né est une illustration du baptême. C’est la troisième portée symbolique du signe.