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La foi, un tout petit mot, un sujet inépuisable.

En relisant mon parcours, j’ai découvert que ma vie de foi se divisait en deux périodes très distinctes. Il y a eu un avant et un après.
Un avant semblable à celui de beaucoup de chrétiens. Née dans une famille croyante et pratiquante j’ai suivi une route qui, au départ, s’est imposée à moi mais qui me plaisait : école religieuse, scoutisme, retraites spirituelles, engagements sur ma paroisse,… Je me suis mariée et ma foi a commencé à évoluer : plus d’engagements, des formations, un mari devenu diacre. C’était toujours la même certitude, Dieu existe mais il restait tout de même très lointain et inaccessible.
Et puis un après. Lionel se tue à moto et tout bascule. Je me retrouve seule avec ma douleur. Tout s’écroule, je me sens vide, bancale, inutile. Seul l’amour de mes enfants et leur propre souffrance me forcent à tenir debout. Certes il y a aussi la présence des amis mais il me manque quelque chose.
Alors commence un long chemin de reconstruction et peu à peu je prends conscience que ce vide intérieur qui m’a envahie est habité. Je me mets à l’écoute, je sonde mon cœur et je sens enfin que le Seigneur est là, blotti au plus profond de moi. Il m’attend. Je me laisse apprivoiser, je suis en confiance, je m’ouvre librement et peu à peu je m’apaise. Il est la réponse à ce manque, à cette absence que je n’arrivais pas à définir. Il devient mon compagnon de route.
Avec le temps, je suis moins active mais ma foi s’est fortifiée. Elle est devenue plus personnelle, plus intime. Elle s’est incarnée.

La foi, un tout petit mot dont les racines s’étendent à l’infini, un tout petit mot débordant d’espérance et de charité.

Marianick

Bonne nouvelle !

Seigneur, j’ai regardé le monde. Seigneur, j’ai regardé les hommes. Et j’ai vu la misère des pauvres. J’ai entendu leur silence. J’ai vu tous ceux qui ne comptent pour personne. J’ai vu ces enfants abandonnés par leurs parents et ces parents abandonnés par leurs enfants. J’ai vu tous ceux qu’on rejet¬te, ceux qu’on méprise, ceux qui travaillent sans même avoir un mot à dire, sans avoir une responsabilité à prendre. J’ai vu toutes ces cohortes de jeunes qui cherchent désespérément un sens. Et, j’ai vu aussi la foule des meurtris et des résignés…
Seigneur j’ai vu aussi les guerres et le sang des guerres. Et j’ai entendu comme une rumeur de grandes eaux. J’ai entendu le silence des pauvres et Ta colère, car Tu es Père et ce sont tes propres enfants qui sont là devant nous. Dans leurs cris, comme dans leurs silences, j’ai entendu ton appel insistant : EGLISE, SOIS BONNE NOUVELLE !…

Seigneur j’ai regardé le monde. Seigneur j’ai regardé les hommes. Et j’ai vu aussi la joie de ceux qui s’aiment, la joie d’un couple accueillant un enfant, la joie d’un homme devant sa création. La joie d’un jeune devant toutes les capacités de vie qui s’éveillent en lui. J’ai vu des visages s’éclairer quand fleurit le pardon. J’ai vu des mains s’ouvrir pour que triomphe la vie. J’ai entendu des poèmes faire danser les années…
Et j’ai perçu encore dans la joie et l’espérance des hommes, encore et encore ton appel insistant : Eglise sois BONNE NOUVELLE

WANTED

Il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » et cela, depuis longtemps, me fait violence… Je le trouve arrogant, radical, exclusif, excluant. J’ai avec lui de ces rapports adolescents dans les¬quels on est toujours trop : volubile ou complètement fermé, boudeur, adorateur, accusateur. Ses excès m’excèdent, j’y réponds par les miens. Il dit qu’il est la vie, la vérité, le chemin.

Il dit qu’il est la vie, la vérité, le chemin, et cela me fait violence.

Devant tous ceux que j’aime, je m’oppose ; devant toute grandeur, je me cabre. J’éprouve. C’est cela ou fonctionnariser l’amour. Mieux vaut mourir !
Je n’ai pas vraiment décidé de le suivre. C’est à force d’opposition que je me suis retrouvée sur ses talons. À la manière des enfants qui vous suivent bras croisés, men¬ton enfoncé dans leur colère. Dites-leur qu’ils ne sont pas tenus de rester dans vos pattes [ainsi me l’a-t-il dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie, mais… va donc où tu veux »], ils tapent du pied et s’avancent encore plus près. Ils vous veulent et je le voulais. Malgré moi. Et je voulais aussi ces paroles agaçantes, frustrantes, choquantes qui me contrariaient, me laissaient sèche, faisaient toujours bouger les lignes du portrait-robot que je m’évertuais à vouloir faire de lui. Pour qu’on reconnaisse ce bandit de ma vie, pour le placarder sur les murs du monde. Wanted !
Mais je jure que jamais je n’ai pu mettre la main sur lui. J’ai senti son souffle tout près du mien, je crois sentir souvent sa main masser mon cœur pour le réanimer. Puis, je le vois tourner à l’angle d’une rue. Car il est le chemin, la vérité et la vie. Toutes ces choses qu’on ne sait ni quantifier ni borner. Ces choses infiniment mouvantes. À la différence des gourous et des dictateurs, il met la vérité en mouvement. Il l’incarne de façon à ce qu’on la désire ardemment et qu’on placarde son nom sur les murs du monde. Ainsi, nous ne mettrons pas la main sur la vérité non plus. Mais nous nous raconterons encore longtemps — et c’est cela qui fait lever la pâte humaine — les fois où nous l’avons aperçu tourner à l’angle d’une rue.

Marion Muller-Colard
Théologienne protestante
(avec l’aimable autorisation de la revue ‘Panorama’- magazine de spiritualité chrétienne- N° 540, année 2017)

FLAGRANT DELIT

La Commission Indépendante sur les Abus Sexuels dans l’Eglise (CIASE) présidée par Jean-Marc Sauvé, un haut fonctionnaire de haute stature physique et morale, a rendu son rapport le 5 octobre dernier. 13000 victimes déclarées, plus de 3000 abuseurs identifiés, une projection raisonnable de plus de 330000 victimes. Des chiffres qui donnent le vertige.

Mais la part la plus sombre du tableau n’est pas dite dans ces chiffres aussi terribles et révélateurs soient-ils.
La part sombre, c’est le flagrant délit d’inhumanité de l’Eglise hiérarchique masculine dont je suis.
La part sombre, c’est que nous savions et nous n’avons pas été touchés dans notre chair. Des victimes ont parlé et n’ont pas été écoutées, ont témoigné et n’ont pas été crues. Elles ont eu l’incroyable courage de dire l’indicible de leur souffrance et cette souffrance n’a pas été entendue, n’a pas été prise au sérieux.

Qu’est-ce qui fait que n’avons pas pu nous identifier, au moins un peu, à ces victimes ? Comment a-t-on pu si communément et si longtemps penser que des caresses ou des attouchements sexuels « ce n’est finalement pas si grave » quand ces gestes laissent un enfant en état de sidération et toute une vie en état d’implosion ? Pourquoi avons-nous dû attendre ce travail de la CIASE pour découvrir l’ampleur de crimes dont certains d’entre nous se sont directement ou indirectement rendus coupables et dont nous sommes tous collectivement responsables ? Pourquoi …?

L’audace du rapport « Sauvé » va jusqu’à se risquer à identifier les causes théologiques et structurelles qui ont favorisé ce caractère « systémique » des abus dans l’Eglise selon l’expression employée par le cardinal Marx, archevêque de Munich, dans sa lettre de démission refusée par le pape François. Et aussi à formuler des recommandations.
Parmi elles, la nécessité de distinguer davantage la fonction sacramentelle des clercs et les fonctions de gouvernement dans l’Eglise, l’exercice de l’une n’étant pas nécessairement lié à l’exercice sans partage des autres. Sans qu’elle soit transposable, la vie religieuse masculine et féminine offre à cet égard un modèle d’autorité dans l’Eglise qui a su institutionnaliser des contre-pouvoirs (constitutions, chapitres, conseils, mandats…) qui ne nuisent pas à l’autorité symbolique du supérieur, sans besoin d’avoir recours à des titres honorifiques dont on peine à voir les fondements évangéliques.
Plus que l’organisation hiérarchique de l’Eglise, c’est sa connotation monarchique qui est en question. Juridiquement les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire sont de fait concentrés dans les mêmes mains. Symboliquement, les clercs peuvent facilement être entourés d’un halo de sacralité qui n’est salutaire pour personne et qui en ferait presque des êtres de droit divin.
C’est là un deuxième travers évoqué par le rapport : la figure du prêtre alter Christus dans tous les actes de sa vie. En tant que baptisé chacun de nous est appelé à se conformer au Christ, pas au Christ Pantocrator mais au Christ serviteur souffrant, au Christ des petits et des humiliés, au Christ des victimes abusées.
Il est un autre trait qui fait le lit des abus d’autorité, et les abus sexuels sont des abus d’autorité, c’est le rapport à la vérité. Là encore, la vérité déborde largement son cadre naturel qui est celui du dépôt de la foi. Trop de vérité tue la vérité en même temps qu’elle porte atteinte à l’altérité, au débat, à la différence, et donc aux conditions même d’une vérité humainement recherchée. S’attaquer à la racine des abus sexuels dans l’Eglise suppose de s’attaquer à tous les abus d’autorité, et donc aussi à l’abus de vérité.

Ce constat d’une faillite et l’analyse de certaines de ses causes n’ont pas le dernier mot sur ce que l’Eglise porte de précieux et d’unique en ses vases d’argile. La chute de certains n’a pas le dernier mot sur la fidélité de tant et tant d’hommes à la figure prophétique du prêtre et de la vie consacrée dont le cléricalisme tant dénoncé par le pape François est une pâle caricature. Loin de se résoudre à une impasse, ce rapport est paradoxalement la convocation la plus impérieuse au synode sur la synodalité initié ce 17 octobre et dans lequel le Pape François veut engager toute l’Eglise. C’est une chance à ne pas laisser passer !

Oran octobre 2021 fr. Jean-Paul Vesco op

Je m’imagine

L’actualité parfois nous bouscule, nous réveille et nous révèle. Je voudrais m’arrêter sur ce que l’on appelle désormais « la crise des migrants ». Elle a agi en moi comme un révélateur ; elle m’a ouvert les yeux sur ce qui m’entoure et que je ne voyais pas.
Peu souvent, jusqu’alors, je n’avais réalisé la chance que j’ai d’avoir grandi et de vivre dans un pays en paix. Dans un pays que j’ai parfois envisagé de quitter, mais uniquement motivée par la soif de découvrir de nouveaux horizons. Jamais par peur de la guerre, de sa violence, de ses privations.

« Qu’aurais-je
fait si cet
inconnu nommé
Joseph m’avait
demandé
l’hospitalité ? »

J’ai donc grandi dans un pays en paix où la pratique de ma religion n’a jamais été dangereuse ni problématique. Et pourtant, comme j’ai pesté, en vacances le plus souvent, quand il me fallait parcourir plusieurs dizaines de kilomètres en campagne avant de trouver une messe. Et là encore, une fois arrivée, combien j’ai pu râler devant le ton monocorde du prêtre octogénaire et les voix chevrotantes de l’assemblée ! Je n’ai jamais risqué ma vie pour assister à un office ni craint quoi que ce soit en affirmant ma foi, si ce n’est quelques railleries bien inoffensives.
Enfin, ces exodes d’Afghans, de Syriens, d’Irakiens ou de Lybiens sont venus me bousculer dans mon nid douillet. Parce qu’ils m’obligent à me poser une question, et par là-même à me remettre en question : suis-je capable d’ouvrir ma porte à celui qui frappe ? Suis-je capable, pour l’accueillir, de chambouler mon confort et mon quotidien tranquille ?
En cette période de Noël, cette interrogation prend tout son sens, alors que je vois Joseph tirant son âne dans les rues de Bethléem, inquiet de voir Marie le ventre tendu par la vie qui point, soucieux de n’avoir pour elle et l’enfant à naître aucun logis correct. Je m’imagine cette nuit-là. Qu’aurais-je fait, alors, si cet inconnu m’avait demandé l’hospitalité ? Aurais-je ouvert ma porte, et par là-même mon cœur, ou lui aurais-je demandé de passer son chemin pour ne surtout pas risquer de troubler ma tranquillité ?

ANNE-DAUPHINE JULLIAND
Journaliste, Écrivain

(avec l’aimable autorisation de la revue ‘Panorama
-magazine de spiritualité chrétienne- N° 524, année 2015)

Une déflagration

Car il ne restera plus jamais rien de l’innocence crédule qui m’habitait, plus rien de l’élan salvifique qui me tenait.
Car veuve, je n’ai plus personne à mes côtés pour entendre mon désarroi et porter ma tristesse.
Car je ne verrai plus jamais cet homme, abusé, avec lequel j’ai travaillé, que j’ai entendu être remercié dans le couloir ce lundi pour son témoignage lors d’une assemblée paroissiale, sans pleurer dans mon cœur. Et tant d’autres…
Car il ne me reste plus qu’une déception abyssale. Parce qu’en son sein, j’ai défendu son intégrité face aux accusateurs, croyant les clercs qui m’entouraient.
Je travaille dans l’Eglise, j’y suis engagée… corps et âme ! et je souffre. Comment continuer à chanter, à concevoir de beaux documents en y mettant tout mon cœur sans me dire : « tu les enveloppes de miel, tu les attires, tu les touches au cœur… tu les trompes ! » Il s’agit bien de cela. Je me sens trompée. L’Eglise nous a accueillis, mon époux et moi, et nous avons été d’une grande sincérité. L’a-t-on été envers nous ? Avec le temps, j’ai su que non. Et je redoute ce que je pourrais encore découvrir. 
La souffrance des révélations, en rien comparable à celle des victimes, ne saurait nous appeler au repli. Le rapport de la CIASE (si intègre !) dont les nombreuses et précises recommandations nous invite à un travail en profondeur. L’Eglise doit se réformer. Pour elle-même et pour le monde Je crains que le cléricalisme grandissant ne conduise les communautés vers un entre-soi rassurant, contentes d’elles-mêmes, s’agenouillant tous les dimanches derrière leur pasteur, pour les victimes. Le Christ est venu nous sauver. Il nous veut debout et manches retroussées, prêts à servir ! L’Église ne se sauvera qu’en revenant à Jésus. Le veut-elle ? Faut-il là aussi accepter la déflagration ?Il me reste, à moi, la contemplation de la beauté du monde. Elle seule me sauve. Et je sais que des nouveautés y germent déjà.

Suzanne
Famille Cor Unum.

mettre en cohérence ma propre vie avec celle du monde

« Ayez à cœur de vivre calmement, de vous occuper chacun de vos propres affaires et de travailler de vos mains comme nous vous l’avons ordonné.
Ainsi, votre conduite méritera le respect des gens du dehors, et vous ne manquerez de rien. » (1Thessaloniciens 4, 11-12)

J’ai lu ces versets proposés par la liturgie dans les derniers jours de ce mois, et je me suis interrogé sur le sens qu’ils peuvent avoir pour moi aujourd’hui ; s’occuper de ses propres affaires, travailler de ses mains, ma conduite, qu’est que cela signifie pour moi en cette fin d’été 2021 ?

J’ai 75 ans aujourd’hui, âge auquel les clercs, qu’ils soient diacres, prêtres ou évêques ne peuvent plus exercer de responsabilités dans l’église ; je pense qu’il serait sage d’appliquer ce principe aux autres activités qui rythment nos jours et donc je m’interroge : quelles sont les responsabilités que j’exerce encore et qu’il serait bon que j’abandonne. Sans prendre les versets de l’apôtre Paul « au pied de la lettre », je m’interroge sur le bien fondé de ce que j’apporte à la collectivité dans les domaines où j’interviens, et comment choisir entre mes intérêts propres et ceux du commun ?

En effet, j’entends ces versets de la première lettre aux Thessaloniciens comme un appel à mettre en cohérence ma propre vie avec celle du monde ; n’y a-t-il pas là les prémices du principe du bien commun, l’un des piliers de la doctrine sociale de l’Eglise ?

En ce temps où l’une des préoccupations principales de notre planète est la défense de l’humanité contre un méchant virus, nous voyons apparaître les clivages entre les personnes ou collectivités qui privilégient le bien commun et celles qui défendent des intérêts particuliers au détriment de tous. L’exemple le plus criant au niveau des individus est le refus de la vaccination par ceux qui mettent en avant la primauté du principe de la liberté individuelle ; ce principe peut-il tenir lorsque la vie de la collectivité est en jeu ?
Au plan national, la préoccupation dominante semble être la préparation de l’élection présidentielle de 2022 ; avec quels électeurs ? La très faible participation aux scrutins régionaux du début d’été a confirmé le désintérêt progressif de nos concitoyens pour la démocratie. Durant le repos estival, j’ai pris le temps de lire le livre de Jérôme Fourquet, « L’archipel français », qui tente une explication à ce phénomène en montrant sa complexité à partir des études et données statistiques accumulées sur plusieurs décennies. Sa conclusion est que notre pays est devenu progressivement (il n’est pas le seul dans cette situation en Europe) une nation éclatée en un certain nombre d’ilots qui n’ont plus de références culturelles communes : « une nation multiple et divisée qui n’a plus de référentiel commun ». Il fait apparaitre quelques causes de cette situation : le chômage, conséquence de la désindustrialisation de certaines régions dans la phase de mondialisation, la ghettoïsation de quartiers urbains par la concentration de la pauvreté et par la drogue, le recul de l’éducation, en grande partie lié aux ghettos, mais pas uniquement. Si les causes sont anciennes, mais ont connues une accélération durant les cinquante dernières années, les remèdes, eux, n’apparaissent pas comme des évidences. Faut-il désespérer pour autant ?
Mais que faire ?

Les questions s’accumulent et je ne trouve pas les réponses ; alors je vais essayer de suivre les recommandations de Paul et me concentrer sur mes « propres affaires », sans pour autant oublier les autres.

Jean-Pierre Rossi

ET APRES… C’EST AUJOURD’HUI.

L’après comme un nouvel instant où il y aurait du changement, c’est aujourd’hui.

Quel changement ?

Pour moi, qu’est ce qui change ?

Je ne perçois pas comme un grand changement d’éteindre la lumière, d’économiser l’eau et tout le reste. Actions nécessaires mais minimes, peu mobilisantes face au défi annoncé.

Que m’a fait découvrir cette pandémie.
Nous avons expérimenté notre interdépendance et perçu concrètement notre obligation de solidarité comme frères humains.

Changer mon vocabulaire pour dire les mouvements de population vers l’Europe : horde, invasion, migrants, terroristes, sans papiers, islamistes, flux.
Ce sont, avant tout, des personnes désespérées, abandonnées, tordues dans les règlements administratifs servant de repoussoir.

Nous devons agir collectivement, nous aider, nous soulager, nous parler.
Combattre tous les systèmes d’exclusion dont la télé nous fait le tableau chaque soir.

« TUTTI FRATELLI » nous l’avait dit, nous l’avions même lu, maintenant nous le savons.

Je dois développer la bienveillance vis-à-vis de tous.

Pour mon église.

La province franciscaine de France ne recrute plus et à terme les frères franciscains ne seront plus présents. De même dans chaque diocèse, il n’y a plus de recrutement ou si peu.
A Saint Merry, au milieu de toutes les tensions et contradictions propres à cette nouveauté, l’évêque clos brutalement le débat et renvoi tout le monde !

En confinement, tant bien que mal, les chrétiens ont assuré chacun chez soi ou à plusieurs leur propre liturgie et recueillement. La vie chrétienne pourrait-elle continuer sans les clercs et sans leur autorité ?

La cour pontificale médiévale est complètement obsolète pour nos mentalités contemporaines.
François en son temps a aimanté autour de lui une « foule » d’hommes qui voulaient adopter son nouveau style de vie.

C’est une église nouvelle qu’il faut inventer.
Se défaire de ce que l’on a appris, expérimenté et connu.

Comment nos fraternités pourraient-elles être cette communauté universelle où se célèbrerait le repas partagé ?


Pour la société.

Tout ce qui a été perçu comme « à changer » nous revient en boomerang :
La destruction de l’hôpital, les réformes de l’assurance chômage et du système de retraite au mieux suspendues, renforcement du contrôle aux frontières, les rémunérations exorbitantes des chefs d’entreprise du CAC 40 avec parachute doré, etc.

Le pass-sanitaire, un temps facultatif rendu obligatoire par la bande. Débat au parlement (assemblée nationale et sénat) dans la précipitation, sans possibilité d’amendements, sans consensus qui emporterait l’adhésion du plus grand nombre.

Encore huit cents rescapés en méditerranée autant de noyés.
Les afghans qui s’accrochent aux ailes des avions, qui se font piétinés à mort dans les bousculades. Il faut maîtriser les flux.

Comment porter une force de rupture aux puissances d’argent, du tout marché, du tout se vend, tout s’achète ?

Jacques

L’Avenir est devant

Je pensais que tout serait aisé. Certes, on m’avait dit que ce ne serait pas simple. Mais avec sans doute une dose d’arrogance, j’avais ignoré les avertissements ! Pourtant, l’accélération fut plus rude que je ne l’avais envisagée. Une nouvelle étape de la vie s’est rondement engagée, l’ultime… Quitter une maison dans laquelle nous vécûmes une trentaine d’années, s’évader furtivement d’un établissement qui assurait une reconnaissance sociale. Quelques signatures, des bribes de discours, une décoration ; un chemin de vie familier et gratifiant de plus de quarante années qui s’achevait soudainement. Une vie passée si rapidement à occuper heures et minutes dans un tourbillon incessant en aspirant à …la retraite. Elle est là, le départ dans une ambiance confinée presque en catimini… L’étrange sentiment que subitement quelque chose vient de s’éteindre. Peut-être ce manque d’humilité qui laissait penser dans un coin de l’esprit que j’étais utile ? Puis, subitement l’impression de disparaître des radars de la société. La configuration est déconcertante. Une once de découragement qui sourd, clandestinement, insidieusement. Je suis un peu comme ces deux disciples dont Luc nous conte l’aventure. Tels Cléophas et son ami qui avaient investi temps, espoir en Jésus désormais crucifié ; c’est aussi un peu la fin de mon histoire. Où est Jésus qui fit route avec les désespérés ? Suis-je aussi aveugle, incapable de l’identifier dans ma vie, dans mes soucis ? Suis-je aveugle comme le furent les pèlerins d’Emmaüs ? L’aveuglement sans cécité ? Mon esprit est-il disponible pour l’accueillir ? Les doutes nés de cette nouvelle étape m’aveuglent-ils ? Jésus suit discrètement mon chemin, apparaît mais je ne le vois pas. Il est pourtant là dans ma détresse, mes doutes, ma faiblesse mais aussi dans mes joies comme il le fut aux Noces de Cana. À moi de le trouver dans les douceurs du quotidien ; dans le prochain mariage de notre fils Arthur et de l’enfant qui naîtra peut-être demain. À moi de me laisser surprendre dans le regard de mon épouse toujours là après plus de trente ans. Les deux hommes d’Emmaüs n’avaient pas l’esprit disponible, ils n’avaient que le désespoir de la perte de Jésus en tête. Ne suis-je pas l’un d’eux, ébranlé par ma nouvelle situation ? Peut-être suis-je celui que Luc ne nomme pas ?
Saurais-je le retenir quand il me fera signe comme le firent les deux disciples ? Serais-je moi aussi disciple ? Le verrai-je comme eux le firent lorsqu’il fractionna le pain ? Ce geste de la convivialité, ce geste qui plonge aussi dans notre intimité, ce geste qui est celui de l’Eucharistie. Saurais-je y puiser l’espérance ?
Lorsque Le Caravage peint l’épisode d’Emmaüs, il dévoile un Christ ni jeune, ni vieux et si humain qui surprend. Saurais-je me laisser surprendre ?
Le chemin qu’indique Jésus aux disciples est celui de l’espérance. À moi de l’emprunter avec confiance, à moi d’oublier les désagréments d’un corps parfois frondeur, à moi de ne pas m’apitoyer sur d’insignifiants tracas, de repousser les bouffées de nostalgie. En suivant les pas du Pape François, reconnaître dans l’épisode des pèlerins d’Emmaüs la « thérapie de l’Espérance ».

Jésus m’accompagne sur cette ultime saison de mon existence, celle où je dois chercher Dieu, saisir les instants d’amitié, partager et écouter avec bienveillance. Le mystère nourrit le doute et comme pour Pierre, comme pour les deux pèlerins, la Foi parfois s’éloigne. Profiter du temps qui s’offre à moi dans cette quête. Jésus n’a pas abandonné Cléophas et son ami; tout n’était pas fini !
L’avenir est devant, Jésus fait route avec moi, il s’invite à nouveau à la table de ma vie, il continue à me suivre ; à moi de la reconnaître lorsqu’il se manifeste. Le regard de la Foi qu’évoque Jean (14-19) pourra seul me permettre de relever ce défi.


Érik LAMBERT