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Homélie de Mgr Rey lors des obsèques du comédien Michael Lonsdale

Dans le cadre de cette rubrique, nous avons souhaité pouvoir vous partager le texte de l’homélie prononcée par Mgr Rey, le 1er octobre dernier, lors des obsèques du comédien Michael Lonsdale qui avait su si bien mettre son art au service de sa foi…

La barbe mangeait le visage, les sourcils broussailleux et la chevelure blanche balayée en arrière, masquaient une pudeur flegmatique, un humour taquin et surtout une bienveillance qui le rendait disponible et attentif à tous, aux grands comme aux passants de la rue.
Mais que cachait cette voix singulière, à la fois si profonde, paisible et douce et dont la diction grave emportait les mots jusqu’aux tréfonds du cœur ?
34 ans d’amitié avec Michaël me convinrent d’une réponse que je n’aurais jamais pu improviser lors de notre première rencontre place Vauban, à son domicile.
Quelques jours avant son décès, à son chevet, face à ce corps endolori, de plus en plus gouverné par les impossibilités et que désertait peu à peu la vie, résonnaient les confidences entendues en amont, fruit de sa conversion : « Mon idéal est de rencontrer le Christ… La chose la plus chère que je possède dans ma vie, c’est l’amour du Christ… J’aimerais partir en paix. Je voudrais mourir en Dieu. Ce qui fonde ma confiance face à la mort, c’est Jésus. »
Michaël ne se contentait pas d’être un croyant affiché, un chrétien assumé, tant l’expérience de Dieu avait transfiguré sa vie, mais il laissait entrevoir à son contact que la beauté nous est intérieure, que notre propre vie doit devenir une œuvre d’art, sculptée par l’amour, pour réfracter en direction d’autrui une lumière qui nous brûle du dedans.
Son art aussi bien déclamatoire que pictural, ne faisait qu’exprimer une quête spirituelle qui enflammait son être profond. Comédien et plasticien, l’artiste se savait prophète. Prophète d’une transcendance qui passait par sa voix ou par son pinceau, et dont il ne voulait être que l’humble serviteur. Les éternels seconds rôles dans James Bond ou en endossant le personnage de frère Luc dans Des Hommes et des dieux, illustraient cette vertu d’humilité dont il était paré. Laisser Dieu passer devant soi était son leitmotiv.
« Le métier de comédien est un travail de passeur », disait Michaël après l’obtention de son César. Et d’ajouter : « je dois m’efforcer de transmettre la beauté en faisant entendre les mots d’un Autre ».
La beauté extérieure de l’œuvre se présentait pour lui comme un appât pour nous attirer et nous élever vers une beauté supérieure, une beauté incréée. Cette « beauté qui sauvera le monde », dont parlait Dostoïevski. Il nous a aidés à comprendre que l’art n’est qu’épiphanique. A peine esquissée, la clarté que l’on perçoit renvoie à une source lumineuse qui l’explique. Lui qui avait -selon ses mots- « horreur du copinage entre les comédiens », et se méfiait du show business et du star system, bannissait la vacuité des modes. Si le spectateur s’arrête à l’image, s’il la retient en se fixant sur elle, il en devient l’otage. Il devient idolâtre. La vocation de l’artiste, selon Michaël, est simplement de faire signe et de mettre en mouvement vers un au-delà de l’œuvre. Celle-ci s’efface dans le mystère qu’elle ébauche. Comme l’écrivait la philosophe Simone Weil : « La beauté séduit la chair pour obtenir sa permission de passer jusqu’à l’âme » (La pesanteur et la grâce).
Oui Michaël nous conduit à un art oblatif et qui porte une saveur pascale. L’achèvement de l’œuvre tient à ce que l’excès de lumière qu’elle porte ou des convictions qui l’habitent, appelle une ouverture à ce qui la dépasse.
Les philosophes antiques définissaient la beauté comme « la splendeur de la vérité ». Le peintre Matisse intuitionnait ce lien intime qui unit vérité et beauté lorsqu’il confessait : « toute ma vie je n’ai eu qu’un souci, non pas faire beau, mais faire vrai. » Une vérité qui n’est pas conceptuelle ou spéculative, mais que Michaël puisait dans les êtres ou dans les choses qu’il côtoyait, et qui avait pour arrière-fond le visage du Christ. Pour Michael, l’art n’avait pas seulement une fonction décorative ou divertissante, mais il avait pour tâche de rendre l’homme à lui-même à partir de sa source et de sa finalité, c’est-à-dire à partir de Dieu. Une telle perception de l’art refuse tout esthétisme.
Michaël n’était pas d’un côté chrétien et de l’autre artiste. Il était témoin et initiateur du Christ par et dans son art. Son attachement au Christ a été le creuset de sa vie et de sa création. Ses engagements successifs dans le festival Magnificat, la diaconie de la beauté, les groupes de prières et les sessions de Paray-le-Monial, soulignaient toujours son désir brûlant de témoigner de sa foi au travers de son talent.
En ce 1er octobre, l’Eglise célèbre Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. « Ma sainte préférée », avouait Michaël. Coïncidence ou Providence ? Le comédien respecté qui eut la chance de travailler avec Beckett, Duras, Truffaut… ; qui était capable d’entrer et de nous faire entrer dans des personnages si différents les uns des autres en fonctionnant à l’improvisation et à l’instinct…, se retrouvait parfaitement dans des chemins de l’enfance spirituelle que la jeune carmélite avait défrichés à Lisieux.
Cette enfance spirituelle ne ressort point de l’infantilisme puéril, mais procède d’une capacité d’émerveillement qui caractérise l’esprit de celui ou celle qui découvre la nouveauté de la vie… Cet esprit d’enfance offrait à Michaël l’audace d’arraisonner les plateaux de tournage et les planches de la scène tout autant que de gravir les chemins pentus de la foi avec désinvolture, innocence, et une infinie curiosité.
« Quand je me présenterai devant Dieu, c’est l’enfant que je fus qui me précédera. » écrivait Bernanos. « Dominique, je suis un grand enfant » me confiait encore Michaël lors de notre ultime tête-à-tête.
Chers amis, Michaël n’est plus devant nous. Il est en nous, dans notre mémoire et dans notre cœur. Il est surtout en Dieu. Celui qu’il a toujours cherché jusqu’au bout de lui-même, et parfois dans la nuit. Il fut sa passion. Il est désormais sa Paix.

L’enfant oublié

Le meurtre de George Floyd suscite un mouvement de protestation mondial qui, s’il est bien sûr légitime, n’en reste pas moins ambigu, ou ambivalent, dans ses formes comme dans son contenu. Au-delà de la diversité de ses manifestations, il s’y mêle en effet au moins deux révoltes contre deux aspects confondus dans ce cas mais qui restent distincts : le racisme et la violence policière.

Pour commencer, il serait hasardeux de faire une généralité mondiale de cette confusion en réaction à la situation particulière de ce meurtre. Car il est survenu à la suite d’une longue litanie d’assassinats commis en toute impunité dans un pays historiquement et fondamentalement « communautarisé », où le nombre global de gens tués par la police ou jetés en prison est parmi les plus hauts du monde, si ce n’est le plus haut, touchant une proportion extrêmement élevée de populations « racisées ». Il est sans doute choquant pour beaucoup de prendre conscience que la réalité de ce pays au passé génocidaire est très éloignée du visage de luxe, de liberté et de démocratie qu’il présente au monde, privilèges d’une frange toujours plus réduite de sa population, en grande majorité « WASP » : blanche, anglo-saxonne, protes-tante.

Ensuite, si la solidarité avec les catégories défavorisées ou opprimées aux États-Unis est bienvenue, nous n’en sommes pas au même point en France, ni du point de vue du racisme ni du point de vue de l’âpreté de l’action policière (action qui demeure indispensable face à la délinquance). Il existe encore trop de racistes en France et dans sa police, mais il est faux que le racisme y soit une réalité structurelle au même titre. En revanche, le recours appuyé de l’État français aux « forces de l’ordre » pour contenir les mouvements sociaux est de plus en plus systématique et violent. Les responsabilités de cette violence incombent-elles aux mouvements ou au gouvernement ? On peut en discuter sans fin. Mais on ne peut nier que l’utilisation de la police ait été dernièrement d’une violence inédite, disproportionnée, condamnée par l’Europe, l’ONU et Amnesty International. Cette violence-là n’a rien de racisé, elle est politique, et c’est hautement préoccupant.

Plaquer la problématique américaine sur la nôtre — tendance malencontreuse des médias — est source d’une autre dramatique erreur d’appréciation : nous enfermer dans une vision rétrécie du monde, centrée sur l’occident. Car une inégalité globale terrifiante règne entre les pays riches dits « blancs » et les pays pauvres dits « colorés », dont les témoins désespérés sont les migrants, émissaires à nos portes de l’énorme masse de leurs frères qui vivent dans la misère, dans la terreur des bombes ou de leurs gouvernements néo-coloniaux et qui meurent de faim à raison de 25 000 personnes par jour, dans notre indifférence quasi générale. Que se passera-t-il pour eux si on réforme la police américaine, si on interdit la prise au cou en France, si Adama Traoré est reconnu victime d’une bavure, si on déboulonne toutes les statues ? Un petit enfant connaît la réponse : les touristes qui larmoyèrent un temps sur sa photo sont revenus se baigner sur la plage de Turquie où la mer le déposa à nos regards : rien. Il ne se passera rien. Il s’appelait Aylan. Qui s’en souvient ?

En France, la question du racisme est trop souvent traitée non pas pour être résolue mais pour servir de distinction morale et formelle entre formations politiques, et pour renvoyer chacun à un questionnement individuel plus ou moins victimisant ou culpabilisant. Il ne se passera rien, donc, tant qu’on ne s’attaquera pas réellement et profondément à la racine du mal qu’est l’injustice. Et rien ne changera tant que les relations personnelles et collectives ne seront pas refondées sur la réalité fraternelle de l’humanité. Car cet oubli est le terreau de toutes les injustices.

Jean Chavot

Lettre ouverte à un ami

Tu me salues en disant « Prends soin de toi ». Je sais que tu me veux tout le bien possible. Pourtant, je raccroche le téléphone contrarié par ces quatre petits mots qui ne remplacent pas l’embrassade impossible en ces temps de confinement. Je t’avoue que dans cette frustration somme toute provisoire, il y a aussi de l’agacement.

Ça me crispe que tu fasses usage de cette expression toute faite, recyclée de l’anglais « Take care of you ». Tu me diras que c’est une bataille perdue… Mais il y a autre chose que mon attachement à notre langue, marotte pour laquelle tu as sans doute raison de te moquer de moi. C’est que le mot soin signifie « Attention, application de l’esprit à une chose, à faire quelque chose » (Littré). C’est une attention dirigée vers autrui — personne, animal, objet, à la rigueur ses propres affaires — mais pas à soi-même. Quand tu m’invites à prendre soin de moi, j’entends un contresens, un non-sens même, et j’ai l’impression que tu m’abandonnes à ma solitude, que tu te défausses sur moi de ton obligation d’attention à mon égard. Ainsi que le disaient les amis d’autrefois, tu es mon « obligé » comme je suis le tien. Pas seulement à cause de l’amitié ; nous avons tous des obligations les uns envers les autres, d’attention, de considération, de respect, de soutien, et d’amour les uns pour les autres. L’épidémie nous le rappelle cruellement : oublier cette obligation mène à la mort collective. Prendre soin de soi, c’est se condamner, prendre soin de l’autre, c’est tous nous sauver.

À la notion d’obligation, la tendance est à préférer celle de droit. Droit au logement, droit à l’enfant, droit au travail, droit au chômage, droit à la retraite, droit à la santé, et même droit à la sexualité… « Prendre soin de soi » c’est veiller à que tous ses droits soient respectés, comme si chacun naissait avec une série de droits naturels que la société devait reconnaître pour être une société et t’assurer que tu en fais partie. Mais le droit ne crée aucun lien, ce qui fait la société est l’obligation collective des uns envers les autres et non la revendication d’un droit individuel. L’obligation est ce qui donne corps à la charité et à la fois fonde le contrat social, comme Rous-seau l’a démontré en son temps. « Prendre soin de soi », c’est nier les deux au profit d’une re-cherche de bien-être qui confine parfois à l’obscénité, et c’est aussi nier la providence qui prend soin de nous tous également, à laquelle nous répondons par l’obligation du bien, c’est-à-dire par les vertus de justice, de tempérance, de prudence et de courage. Comment s’étonner que l’idée de vertu semble surannée ? Dans une société dédiée au profit consumériste, celle de valeur prend logiquement le pas sur elle, puisque la vertu exige qu’on s’y conforme tandis que le droit et la va-leur n’appellent qu’à la possession et à la jouissance individuelles.

J’ai fini par te le dire, pardonne-moi. Ne me demande plus de prendre soin de moi. Je ne sais pas, la prochaine fois que nous nous saluerons, dis-moi « Porte-toi bien », « Paix et Bien » , « Prenons soin les uns des autres » ou ce que tu voudras. Mais s’il te plaît, prends soin de nos mots, car tu le sais, le langage est notre bien commun et le verbe est merveilleusement créateur.

Jean Chavot

Pourquoi faire une pause ?

La vie de notre société est rythmée par des pauses. Ainsi, nous sommes invités à entrer dans le rythme scolaire, avec ses congés réguliers, ou pour la retraite, dont on parle beaucoup. Ces périodes plus ou moins longues me font penser à un temps typique aux chrétiens : le carême, temps qu’il n’est pas indifférent de nommer « parcours de vie ».

C’est à travers une grille de lecture que nous évaluons les étapes de nos existences, leurs régressions, leurs dérives, leurs croissances. Un voisin qui m’est proche porte sa voiture chez le garagiste pour une révision tandis qu’un ami sportif se prépare à courir un marathon. Il s’en donne les moyens par un programme d’entrainement qui lui permet de rêver à la victoire… De même, l’étape du carême nous invite à une remise en forme afin d’entrer dans une dynamique de croissance spirituelle. À quelque groupe que nous soyons associés, notre vie n’est jamais un long fleuve tranquille, elle traverse perturbations et tempêtes. Les différents moments de notre existence méritent d’être révisés ou évalués. Nous avons à en discerner la succession et l’évolution. « Ça résiste», « Ça dévie », autant de critères de lecture à travers lesquels il nous faut également évaluer notre vie spirituelle. Il est nécessaire de prendre du recul si nous ne voulons pas ronronner au rythme de l’habitude, et il n’y a pas d’âge pour cela. L’Eglise nous propose une pause: le carême. C’est un temps précieux, un temps d’entraînement pour célébrer Pâques d’une manière plus consciente et plus active. Repérons nos blessures, nos fragilités, nous ruptures, nos déchirures humaines et spirituelles. Sans faire de bruit, quel que soit notre état, dans la dépendance ou la souffrance, notre « vie cachée » (titre d’un film profondément spirituel), nous conduira à la joie de Pâques.

Même en dehors de ce temps du carême, nous sommes aussi appelés à « toujours commencer ». La clé de la fraternité, universelle, est un outil incontournable pour le changement de notre société blessée, malmenée. L’enjeu est permanent ; en tout temps, il s’agit de devenir plus vivants, plus libres, plus ouverts au sens de la vie, amoureux de l’essentiel.

Fr Thierry Gournay

S’émerveiller du présent…

Après ce temps fort autour de Noël et de la nouvelle année, nous nous retrouvons dans le temps dit « ordinaire ». Même si certains événements ont pu neutraliser les moments attendus, nous mettons le cap sur Pâques, ce qui nous dispense de « regarder en arrière ».
Pourtant, la tentation est grande de porter notre regard sur le passé.

J’entends souvent ces expressions : « C’était le bon temps », « Ce n’est plus comme avant ». Chacun a bien conscience de la valeur du passé ou des changements qui modifient nos habitudes. Le présent marque notre vie de son poids d’exigence ou d’adversité et le passé, souvent embelli par la mémoire, en apparaît d’autant plus gratifiant, moins rude. Penser à partir du passé fait naître la nostalgie, comme un songe plus supportable que la réalité. L’heure des épreuves est au présent, l’heure du rêve est au passé. Si la Foi, l’Espérance et l’Amour animent notre vie spirituelle, en revanche, le souvenir ne fait pas partie des éléments les plus stimulants. Accompagné de nostalgie et de regrets, il ne fonde pas notre bonheur, il n’est pas une vertu sur notre chemin de vie.

Dans son intervention pour la fête de l’Epiphanie, le Pape François méditait sur l’adoration. A l’adresse de tous, on peut s’en étonner. Pourtant la contemplation est la respiration de l’âme. Accessible à chacun, elle permet de voir Dieu dans le présent. Comme il est dit dans le récit de Matthieu sur l’adoration des mages, c’est dans la maison où se trouvaient Jésus et ses parents qu’ils se prosternèrent (Mt 3/11). Qui que nous soyons, là où nous sommes, nous pouvons annoncer cette Bonne Nouvelle de Dieu présent à la vie humaine. Nous serons ainsi « témoins missionnaires », en reconnaissant cette présence et cette action de Dieu, rendues sensibles par la prière gratuite et contemplative. Car cette forme de prière recèle une puissance d’unification d’où jaillissent la Paix et le Bien.

Non, la vie n’est « plus comme avant ». Et heureusement ! Quel que soit notre âge, la vie est devant nous. Dieu est toujours plus grand qu’on ne le pense, et sa présence d’amour nous attend tout au long de l’année.

Fr. Thierry Lille février 2020

témoignage de jean k.

Lorsque mon ami Erik m’a demandé de témoigner sur la façon de vivre ma Foi, je me disais qu’à mon âge presque canonique, mon témoignage n’aurait pas beaucoup d’intérêt et je pensais vivre ma Foi basée sur mon histoire, mon éducation.

La providence a mis sur ma route une communauté bénédictine en Normandie.

En me posant un instant, je me rends compte que cette Foi qui m’anime vient bien évidemment de ce que j’ai reçu, de ce patrimoine spirituel et des valeurs transmises, mais je me rends compte de ce que ma vie m’a apporté et de la richesse du quotidien.

Les rencontres m’ont permis notamment de vivre différemment l’Evangile. La providence a mis sur ma route une communauté bénédictine en Normandie. Au gré des séjours nous nous sommes apprivoisés, rapprochés, avons appris à nous connaître, et c’est tout naturellement que j’ai décidé de m’engager comme oblat en 2009.
10 ans d’engagement avec ma communauté, 10 ans d’intimité et de complicité spirituelles avec mes frères bénédictins à l’ombre de cette abbaye normande. L’oblature, c’est une rencontre et une promesse ! Une rencontre avec une communauté, une abbaye et l’histoire qui l’a façonnée et modelée, et une promesse de vivre en communion de prière avec mes frères et de partager, dans la liturgie des heures, la force de se donner au Christ, qui que nous soyons à travers le monde.
Ce peu caractérise ma Foi, et ma vie c’est vivre chaque rencontre sous le regard du Christ avec bienveillance et attention.
J’ai décidé il y a 5 années de quitter mon poste de dirigeant d’entreprise pour m’engager, via le milieu associatif, auprès des autres et aligner mes valeurs avec un projet professionnel. Dilemme pour trouver l’équilibre entre cette envie de me donner aux autres et subvenir aux contingences pécuniaires de ma famille.

Trois ans de maraude comme bénévole au sein d’une association nationale m’avait permis de goûter aux joies de la rencontre avec les plus petits et les plus démunis. Faisant écho à cette expérience de bénévole, j’ai pu, côté professionnel, trouver une mission de 2 ans dans une association qui accueille et accompagne les gens de la rue. J’ai pu ainsi créer une nouvelle structure pour les gens en difficulté du 13 e arrondissement avec des axes autour du sport et de la culture.

Depuis un an j’accompagne, dans la recherche de fonds, une association qui s’occupe de jeunes enfants issus de familles en difficulté éducative.

Voilà comment chaque jour, au rythme de mes rendez-vous spirituels quotidiens avec mes frères bénédictins, je me nourris au gré de chaque rencontre souvent parisienne, où chaque échange, chaque sourire, chaque regard est lumière et présence divine et me nourrit !

                                    Jean K.

Témoignage de Jacqueline Rossi

Sur le thème de la rencontre régionale du 16 juin « Tout homme est mon frère »

« Quand le Seigneur m’eût donné des frères, le Très Haut me révéla lui-même que je devais vivre selon le Saint Evangile.»

Cette phrase du Testament de St François a toujours été celle qui m’a guidée pour accepter les différentes missions pour lesquelles j’ai été appelée.

Aussi quand je fus appelée à la Pastorale de la Santé et en l’occurrence à aller visiter à l’hôpital, ce ne fut pas sans appréhension … C’est là pourtant que j’étais donc appelée à rencontrer des frères que je n’ai pas choisis bien sûr et qui vont peut être m’interpeller, me déranger …. Non seulement les patients mais aussi les soignants et les familles !

  • Reconnaître en chacun sa dignité d’homme (ou de femme) quel que soit sa situation ,non seulement physique mais parfois morale ….
  • Reconnaître un frère dans cette femme toute bleue parce qu’elle est tombée et qu’elle m’a fait peur au 1er abord.
  • Reconnaître un frère dans cet homme très en colère de voir sa mère partir et qui en veut à toute la société et particulièrement à la religion.
  • Reconnaître un frère dans cette aide-soignante fatiguée d‘être appelée sans arrêt par la même personne et qui finit par perdre patience.
    …. Ce n’est pas toujours évident.
  • Être proche de ces parents qui font appel pour qu’on baptise leur enfant qui va être débranché
  • Accompagner ces mêmes familles avant le départ de leur enfant
  • Se faire proche de cette maman qui a perdu son enfant parce que trop petit à la naissance ou qui mettait la vie de la maman en danger
  • Accompagner les familles lors du décès d’un de leur proches et parfois faire des rencontres humaines extraordinaires et toujours être remercié des paroles qu’on a pu dire … des paroles qu’il me faut bien peser car la plupart des personnes ne se disent pas croyants …
  • Partager avec cette infirmière et cette aide-soignante heureuses de te voir parce qu’elles sont impliquées dans la paroisse et qu’elles peuvent en parler.
  • Sentir la confiance de la psychologue du service qui me dit « j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, je vous confie la suite » ou encore de cette infirmière qui me dit « je n’y arrive pas mais vous vous allez peut-être y arriver … »
  • Goûter la joie des personnes à qui je vais porter la communion le dimanche parce qu’elles l’ont demandé dans la semaine.

  … ce n’est pas plus évident mais bousculant

J’ai découvert que si j’arrivais à vivre cela et à respecter chacun dans ce qu’il vit, c’est parce que je n’étais pas seule et que sans la prière et la confiance, ce serait impossible. Si on m’avait dit que je ferai cela un jour, j’aurais dit « mission impossible »

Vive l’Evangile, pour moi, c’est donc, dans ces situations, être là tout simplement par la présence, l’écoute … sans parler forcément de Jésus-Christ ! (c’est rare).

Toutes ces personnes que je rencontre dans mes visites à l’hôpital sont présentes dans ma prière le soir de mes visites et je rends grâce pour ce que j’ai vécu, partagé avec elles
Avant de rentrer dans une chambre ou avant d’aller au service néonatal ou encore à la chambre mortuaire , je demande toujours au Seigneur de me précéder car j’ai bien conscience que je n’y vais pas pour mon propre compte …

Je fais mienne les paroles d’Eloi Leclerc : « Evangéliser un homme, vois-tu, c’est lui dire : Toi aussi, tu es aimé de Dieu dans le Seigneur Jésus. Et pas seulement le lui dire, mais le penser réellement. Et pas seulement le penser, mais se comporter avec cet homme de telle manière qu’il sente et découvre qu’il y a en lui quelque chose de plus grand et de plus noble que ce qu’il pensait, et qu’il s’éveille ainsi à une nouvelle conscience de soi. C’est cela, lui annoncer la Bonne Nouvelle. Tu ne peux le faire qu’en lui offrant ton amitié. Une amitié réelle, sans condescendance, faite de confiance et d’estime profonde. »

Journée régionale des fraternités franciscaines séculières de la région Créteil-St Denis-Meaux

Le   dimanche 16  juin 2019, les fraternités séculières  de notre région se sont retrouvées à Roissy en Brie où nous  avons  été accueillis  chaleureusement par la fraternité Ste Claire. Ce fut une journée mémorable.

Le thème de la journée, «  Tout homme est mon frère  »,  prolongeait celui de notre retraite régionale de février. L’approche du thème fut nouvelle par rapport à celle adoptée généralement lors  de nos rencontres régionales : pas d’exposé suivi de carrefours, mais des témoignages personnels approfondis ; des frères et des sœurs séculiers de notre région ont partagé leur expérience au service de malades ou de personnes âgées, de prisonniers  ou de jeunes de l’aide sociale à l’enfance ou encore de parents (père ou mère) élevant seuls leurs enfants. De cette grande variété d‘engagements et de la manière de les vivre se dégageait un même esprit franciscain, un même parfum évangélique  qui nous a tous beaucoup touchés. Certains de ces témoignages seront publiés sur le site à partir de septembre.

Le repas partagé  à l’extérieur ,dans les effluves du tilleul en fleurs, a été un grand  moment de bonheur  fraternel  mais nous n’étions pas au bout de nos surprises : l’après-midi , nous avons été invités à préparer, en équipes, de brèves mises en scènes mimées d’épisodes de la vie de St François à partir de quelques lignes distribuées à chaque équipe, le but étant de faire deviner aux autres de quel épisode il s’agissait.  C’était loin d’être facile car il s’agissait parfois de moments peu  connus de la vie de François mais rien ne nous a arrêtés et  tout le monde s’est bien amusé. Mais il ne s’agissait  pas seulement d’un jeu  car, bien  sûr, il y était aussi  question de l’attitude de St  François  vis-à-vis du frère et Frère Joseph nous a aidés  à mieux comprendre ce qui était en jeu  dans ces épisodes. La rencontre s’est terminée par l’Eucharistie dans la gratitude pour tout ce que nous avions vécu et partagé au cours de cette journée.

Marie Agnès et Pascale