Archives de catégorie : Projet de vie

Dieu est-il pour nous « le Consolateur » ? 1ère partie

Dans l’Ancien Testament, le croyant, accablé par l’épreuve, a conscience que ce monde ne peut lui apporter de réelle consolation : « Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quel pénibles consolateurs vous faites ! » (Jb 16,2) « J’espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé. » (Ps 69,21). C’est pourquoi il se tourne vers Dieu qui, seul, peut le secourir et le réconforter : « Agis avec éclat en ma faveur, alors mes ennemis seront confondus en voyant que toi, Seigneur, tu me secours et me consoles. » (Ps 86,17)

Aussi l’Exil à Babylone est-il pour le peuple d’Israël une expérience traumatisante : il se sent oublié de tous et, surtout, il a le sentiment d’être abandonné par son Dieu. C’est le temps de la détresse, de la désolation. C’est le temps des Lamentations…Mais cet abandon ne pouvait durer qu’ « un bref instant », le Seigneur revient vers Jérusalem : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem… » (Is 40,1) « Cieux, criez de joie, terre exulte, que les montagnes poussent des cris car Yahvé a consolé son peuple » (Is 49,13) « C’est moi, je suis celui qui vous console » (Is 51,12).

Dans le Livre de la consolation  (Is 40-55), le verbe « consoler », utilisé à de multiples reprises, a pour sens : « permettre de pousser un profond soupir de soulagement ». Sa racine, NHM, renvoie à la racine NHsM du récit de la création, dans lequel Yahvé insuffle son haleine de vie à Adam et en fait un être vivant. Il ne s’agit donc pas seulement pour Dieu de soutenir ou de réconforter Israël mais plus encore de lui transmettre un second souffle créateur. Au sortir de l’épreuve, il donne à son peuple de reprendre souffle, de renaître…

En intervenant en faveur de Jérusalem, le Seigneur accomplit les promesses annoncées par les prophètes : « Je changerai leur deuil en allégresse, je les consolerai, je les réjouirai après leurs peines. » (Jr 31,13) Ce Dieu consolateur a la sollicitude d’un berger, la tendresse d’un père ou d’une mère, l’amour d’un époux : « Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai » (Is 66,12-13), « On ne te dira plus « Délaissée » et de ta terre on ne dira plus  » Désolation ». Mais on t’appellera « Mon plaisir est en elle » et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton bâtisseur t’épousera. Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse que ton Dieu éprouvera à ton sujet. » (Is 62, 4-5)

 Israël vit dans l’attente de sa restauration : « Ainsi parle Yahvé : Je me tourne de nouveau vers Jérusalem avec compassion. Mon Temple y sera rebâti », « Mes villes abonderont encore de biens. Yahvé consolera encore Sion, il fera encore choix de Jérusalem. » (Za 1,16-17) car Jérusalem retrouvera sa splendeur et son rayonnement universel. C’est l’envoyé du Seigneur, le messie, qui accomplira cette œuvre de consolation et de salut (Is 61-62). Cette espérance se prolonge dans le Nouveau Testament : le peuple attend la venue du Messie, la « Consolation d’Israël » (Lc 2,25).

Dans la version grecque de l’AT, « consoler », traduit par le verbe « parakaleo », prend alors le sens de « venir aux côtés d’une personne isolée ». Le NT utilisera ce verbe pour dire que le Dieu qui console se manifeste auprès des hommes en son Fils. Jésus se présente comme le Serviteur, le Messie attendu. Il est celui qui est présent auprès des pauvres, des malades, des affligés et de tous ceux qui sont persécutés (Lc 4,18-21). Et lorsqu’il rejoint le Père, il ne les laisse pas orphelins puisqu’il leur envoie l’Esprit Saint, le Paraclet, qui sera leur Défenseur et leur Consolateur.

Avec Paul, une nouvelle théologie de la consolation s’élabore: de l’épreuve même, vécue en union aux souffrances du Christ, peut surgir la consolation et cette dernière rejaillit alors sur les autres fidèles (2 Co 1,3-11) car elle trouve sa source dans la foi au Christ Ressuscité. Si elle est parfois une réponse ponctuelle à une situation de grande détresse, elle est bien plus que cela : elle est une grâce, un don définitif fait à tout croyant (2 Th 2,16-17) Ainsi, la consolation est « la confirmation concrète du salut de Dieu en chaque existence individuelle, le deuxième souffle donné de façon totalement gratuite. Etre consolé, c’est faire l’expérience de la Résurrection. »  (Nicolas Rousselot, Les notions de « consolation » et de « désolation » dans la spiritualité d’Ignace de Loyola)

P. Clamens-Zalay

« Patience et longueur de temps font-elles plus que force ni que rage ?»

Durant l’année écoulée, ce qui nous était apparu, de prime abord, comme un « simple virus » a suffi pour déstabiliser nos scientifiques et nos politiques, et pour mettre à mal notre existence au quotidien. Patience… Combien de fois n’avons-nous pas entendu ou prononcé cette injonction, tant il est vrai que notre monde, habitué à vivre, non le présent, mais l’immédiateté, a perdu le sens de cette vertu.

La patience est avant tout un attribut de Dieu. Dans l’Ancien Testament, Dieu est décrit comme miséricordieux et « lent à la colère » ; certes il punit en cas de nécessité, mais le plus souvent, il se montre longanime. Les manquements de l’homme à son Alliance ne le rebutent pas, et il laisse au pécheur le temps pour se repentir et revenir à lui. Son amour est fidèle et patient, il ne se dément pas, il sait attendre. Nombreux sont les passages proches de celui-ci : « Le Seigneur est miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité. » (Ps 103,8) Et s’il advient que l’homme fasse preuve de patience, c’est qu’il a acquis une certaine sagesse : « Mieux vaut un homme lent à la colère qu’un héros, un homme maître de soi qu’un preneur de villes. » (Pr 16,32)

La Bible nous parle également d’une autre forme de patience : l’endurance, c’est à dire la persévérance dans la foi face aux épreuves, aux doutes, à l’incompréhension, à la souffrance, ou dans l’attente que se réalisent les promesses de Dieu. Des exemples nous en sont donnés à travers de grandes figures : Abraham, Moïse, Job, les prophètes…

C’est la patience de l’homme de foi qui ne se décourage pas, qui reste constant, même dans le malheur, qui s’en remet à la volonté de Dieu car il sait que son Seigneur ne l’abandonnera pas. C’est la patience du croyant qui attend dans la confiance que s’accomplissent les promesses divines et qui espère contre toute espérance.

Dans le Nouveau Testament la patience se conjugue avec l’espérance, celle du salut final « Car notre salut est objet d’espérance ; et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ? Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance » (Rm 8,24-25), celle des biens célestes à venir « vous avez soutenu un grand assaut de souffrances […] Ne perdez donc pas votre assurance ; elle a une grande et juste récompense. Vous avez besoin de constance, pour que, après avoir accompli la volonté de Dieu, vous bénéficiez de la promesse. » (He 10,32-38) Dieu ne choisit pas d’éprouver l’homme, par contre c’est l’espérance qui a pris corps en Jésus Christ qui permet au chrétien de tenir et de vérifier sa foi dans l’épreuve « Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves. Vous le savez : bien éprouvée, votre foi produit la constance » (Jc 1,2-3), « Heureux homme, celui qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. Que nul, s’il est éprouvé ne dise : C’est Dieu qui m’éprouve. Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne » (Jc 1,12-13). Le croyant se conforme ainsi au Christ, exemple parfait de la patience dans l’épreuve jusqu’à la mort : « Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement […] Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces. » (1 P 2,19-21) Bien loin d’être passive, la patience se traduit par une attente active et dynamique qui engage tout notre être ; Paul et Pierre nous invitent à « courir avec constance l’épreuve » à laquelle nous sommes confrontés, notre patience s’en trouvera alors fortifiée. Enfin, Paul nous rappelle que nous vivons par l’Esprit et que nous devons marcher sous son impulsion, or « voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). Le fruit de l’Esprit par excellence c’est l’amour et c’est l’amour seul qui produit la patience car : « il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune […] Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » (1 Co 13, 5-7)

François d’Assise, lui aussi, souligne que c’est dans les difficultés que se mesure notre patience : « Ce qu’un serviteur de Dieu possède de patience et d’humilité, on ne peut pas le savoir tant que tout va selon ses désirs… » (Adm 13). Dans le Cantique des Créatures, il loue la persévérance de ceux « qui supportent épreuves et maladies » en conservant la paix, il reprend également l’image de la couronne de vie qu’ils recevront du Très-Haut. Par ailleurs, il associe patience et humilité : humilité de celui qui renonce à sa volonté propre pour s’abandonner en toute confiance à celle du Père.

Souhaitons que l’année nouvelle nous redonne le goût de la patience…Patience envers nos frères et sœurs : il ne s’agit pas d’apprendre à les supporter mais d’apprendre à les aimer toujours davantage car seul l’amour peut transformer leur cœur et le nôtre. Patience face aux épreuves : quand tout semble se dérober, c’est dans la foi que nous puiserons l’espérance qui nous maintiendra fermes et résolus, car notre Père ne peut se détourner de nous. Nous savons bien que son amour et sa tendresse pour nous ne passeront jamais…

P. Clamens-Zalay

La sobriété – 2ème partie « La sobriété, autrement nommée pauvreté ? simplicité ? humilité ?»

Dans la vie spirituelle, la sobriété n’apparait pas toujours comme telle, mais elle est sœur des vertus que se plaît à saluer St François : pauvreté, simplicité, humilité.
Les premiers chrétiens « n’avaient qu’un cœur et qu’une âme », ils mettaient en commun ce qu’ils possédaient et le partageaient avec les plus démunis : « Parmi eux, nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. » (Ac 4,32 ; 34-35) Les nouveaux convertis se référaient à cette parole du Christ : « si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens suis-moi ! » (Mt 19, 21-22).
A la fin du IIIème siècle, Antoine le Grand fut le précurseur d’un mouvement spirituel qui vit le jour en Égypte. Des hommes quittèrent tout pour rejoindre le désert et y mener une vie ascétique, totalement consacrée à la prière pour les uns, associant prière et travail pour les autres. Les Pères du désert firent le choix du retrait et de la simplification pour se libérer de tout ce qui pouvait entraver leur relation à Dieu. Unis à leur Seigneur, ils étaient en profonde communion avec ce monde dont ils s’étaient éloignés. Leur influence sera grande sur le monachisme occidental car leur ascèse, qui peut parfois nous surprendre aujourd’hui, ne faisait pas d’eux des surhommes, mais des êtres unifiés et pacifiés.
C’est précisément ce que rechercha saint Benoît dans sa Règle qui organise la vie des moines à travers trois grandes activités : la prière commune, la lectio divina et le travail manuel. Cette Règle est un modèle d’équilibre inégalé : basée sur la simplicité et la modération, elle prône la sobriété et la rigueur mais limite les excès dans l’ascèse, car cette dernière n’est qu’un moyen au service de la recherche de Dieu et de l’épanouissement de la vie intérieure.
Cependant, nous savons bien que l’Église n’a pas toujours été un modèle de sobriété : pendant des siècles elle s’est voulue puissante et triomphante, multipliant à l’excès les richesses et les dorures, oubliant sa vocation à être une Église pauvre pour les pauvres…Fort heureusement, depuis Vatican II, les papes qui se sont succédé ont renoncé au faste et aux apparats et la liturgie a retrouvé « la noble simplicité » du rite et des ornements.
Pour autant la sobriété n’est pas l’ennemie de la beauté. Toutes deux peuvent même coexister en parfaite harmonie dans une célébration ou dans un office, dès lors que le beauté ne se veut pas pur esthétisme, mais ouvre à une beauté qui lui est supérieure, La Beauté.
Il en est de même dans notre vie d’oraison personnelle. Rien ne doit faire obstacle à la rencontre, à ce cœur à cœur avec Celui qui nous est plus intime que nous-même. Notre Père se dévoile dans le silence. Pour que sa Parole puisse être écoutée, méditée, priée, pour qu’elle prenne corps en nous, il faut pouvoir s’abstraire de ce monde et de toute forme de distraction. Il faut pouvoir également se décentrer de soi, pour être en union avec Celui que nous adorons. « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ».
Contempler le Très-Haut c’est aussi contempler le Très Humble. Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous rejoindre dans la fragilité de notre condition humaine. Il n’a pas choisi de se révéler dans la gloire, la puissance et la richesse. Le Christ est « un Roi d’humilité, Roi sans palais, Roi sans armée », comme nous le chantons à l’Épiphanie. De la nativité à la mort sur la croix, c’est toujours sous les dehors les plus humbles que se manifeste l’amour divin. Ce mystère de l’humilité de Dieu, St François le contemple dans l’Eucharistie : « Voyez : chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal, il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre. » (Adm 1,16-18).
Si la sobriété se dit dans la simplicité, la pauvreté et l’humilité, il est clair que ces valeurs ne sont pas celles de notre monde. Alors désirer être toujours plus uni au Christ suppose une vie intérieure extrêmement féconde pour se conformer à Celui que nous contemplons et que nous recevons. C’est ainsi que nous pourrons, à l’exemple de François, découvrir l’humilité de Dieu : « Ô admirable grandeur et stupéfiante bonté ! Ô humilité sublime, ô humble sublimité ! Le maître de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie pour notre salut, au point de se cacher sous une petite hostie de pain ! Voyez, frères, l’humilité de Dieu et faites-lui l’hommage de vos cœurs. Humiliez-vous, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se livre à vous tout entier. » (L.Ord 27-29)

P. Clamens-Zalay

La sobriété – 1ère partie : « Y a-t-il une sobriété heureuse ?»

La crise sanitaire de cette année 2020 nous a obligés à limiter ou à cesser une partie de nos dépenses. Ces restrictions que nous avons d’abord subies, par manque d’accès à toutes les offres multiples et variées auxquelles nous sommes habitués, peut-être avons-nous réussi, au fil du temps, à leur donner sens en redécouvrant ce qui se cache derrière des vocables comme « tempérance », « modération », « frugalité » … en un mot la « sobriété », si chère à notre pape François.
La sobriété évoque l’idée de privation volontaire, de refus d’une consommation débridée, de renoncement aux plaisirs et à l’agitation de ce monde. Alors, pour celui qui est sans cesse sollicité à consommer toujours plus ou pour celui qui vit dans l’extrême dénuement, laisser entendre que la sobriété peut être « heureuse », et conduire au bonheur, est difficile à concevoir.
Pierre Rabhi, pionnier de l’agroécologie, prône la sobriété heureuse « comme une sorte d’antidote à la société de la surabondance sans joie dans laquelle les pays dits développés se sont enlisés […] L’observation objective des faits met en évidence la nécessité absolue de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, ainsi que l’économie et tous nos moyens à leur service […] La sobriété, dans ce cas, devient facteur de justice et d’équité, mais cela nécessite obligatoirement de renoncer au modèle actuel. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse)

Que nous dit le pape dans Laudato Si ? « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. » (LS 223) « La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons, ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs. » (LS 222).

L’un comme l’autre affirment que nous ne pouvons continuer à épuiser ainsi les ressources de la Terre car il n’en va pas uniquement de l’avenir de notre planète, mais, de manière plus urgente, de l’avenir de l’homme. Nous avons développé un système dans lequel une infime partie de la population mondiale consomme, à elle seule, la presque totalité de ce qui est produit. Non seulement nous créons toujours plus d’inégalités et d’injustices, mais ce déséquilibre dans lequel nous nous sommes installés ne peut que conduire à des conflits et à des guerres. Les pays pauvres n’accepteront plus d’être les laissés pour compte de la mondialisation et les premières victimes d’un réchauffement climatique dont les pays riches sont en grande partie responsables.

Comme citoyens, nous pouvons faire le choix d’une certaine sobriété au quotidien, en interrogeant tous les aspects de notre vie : consommation, alimentation, habitat, travail, déplacements, loisirs, vacances, santé, en les analysant sous l’angle de l’utilité et de la nécessité, de la dépendance qui peut en découler, des conditions de fabrication (proximité, niveau de pollution, mais aussi droit du travail et droits de l’homme). Et, au final, nous y trouverons plus de joie que dans l’escalade sans fin de la satisfaction de besoins qui ne sont pas les nôtres mais ceux que l’on nous impose.
Comme chrétiens, nous pouvons découvrir combien la sobriété peut être heureuse car elle porte en elle la promesse d’un bonheur tout autre. François d’Assise en est la parfaite illustration : dans une société médiévale faisant la part belle aux marchands, au pouvoir des seigneurs et à la concurrence entre cités, dans un temps où l’Église vivait dans l’opulence et l’omnipotence, il a fait le choix radical d’un retour à la pauvreté évangélique. Non pas pour la pauvreté en elle-même, mais parce qu’elle est le seul chemin qui nous ouvre au Père et à la fraternité universelle. En se dépossédant de ses biens et de toute volonté de domination, François se fait le frère de toute créature, en particulier de la plus petite, la plus pauvre, la plus méprisée, et avec elle il peut rendre tous biens au Père, Lui qui est le seul Bien.

Cependant, ne soyons pas dupes, vouloir introduire plus de sobriété dans son existence, n’est pas si facile et suppose des remises en cause ou des renoncements. Si le pape présente cette attitude comme « libératrice », c’est parce qu’elle conduit immanquablement à prendre du recul sur tout ce qui mène ce monde mais l’écarte bien trop souvent du Royaume. Choisir la sobriété, c’est rechercher plus de simplicité et une certaine forme de pauvreté dans notre existence, c’est-à-dire renoncer à la toute puissance et accepter de tout recevoir comme un don. Or ce qui nous est donné n’est pas fait pour être amassé et retenu égoïstement, mais pour être partagé. C’est aussi réduire le temps que nous consacrons à nos chers écrans pour nous rendre plus disponibles à Dieu et à nos frères, pour vivre avec eux, non pas la communication, mais la communion…

Concluons en citant Mgr Colomb, qui écrivait dans sa Lettre pastorale, à l’occasion des 5 ans de Laudato Si : « Partout dans le monde chrétien des hommes et des femmes se sont levés pour rappeler l’essentiel : la recherche d’une vie simple, équilibrée, une vie tournée vers Dieu, tendue vers l’espérance du Royaume à venir et marquée par la fraternité et la solidarité envers les plus pauvres. Car l’essentiel pour le croyant n’est pas d’abord la sauvegarde de la planète. L’essentiel est de se tourner vers ce qui est éternel en usant de manière équilibrée de ce qui est transitoire. » (Vers une sobriété heureuse, 1er mai 2020)

P. Clamens-Zalay

Comment vivrons-nous cette rentrée ?

La rentrée est habituellement un temps propice aux projets de toutes sortes. Après des vacances sous le signe du repos et de la détente, nous sommes bien souvent animés d’un nouvel élan et plus ouverts au changement, autrement dit à la vie. Mais cette rentrée 2020 ne ressemble à aucune autre… Si nous avions cru que la pandémie disparaîtrait avec l’été, il n’en est rien, et les discours les plus alarmistes nous obligent à repenser la reprise de notre travail ou de nos activités. La tentation est grande de renoncer à nos projets et de nous replier sur nous-mêmes, de nous « reconfiner » sans en attendre l’injonction. Et si nous leur faisons la part belle, la peur et la méfiance peuvent nous conduire à tourner le dos à la vie.

Laïcs franciscains, nous sommes invités à vivre l’Évangile à la manière de François en suivant, comme lui, les traces de notre Seigneur qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Notre foi est un long cheminement, qui s’avère parfois laborieux ou nécessite des haltes, mais elle se vit dans le mouvement, dans la rencontre, jamais dans l’enfermement… Chacun de nous est ce jeune homme riche auquel le Christ adresse ces mots : « viens, suis-moi ». Mais pour marcher à la suite du Ressuscité, il nous faut d’abord nous défaire de tout ce qui nous encombre : nos faiblesses et nos doutes, notre instinct de pouvoir, de possession, des biens comme des personnes, nos difficultés à pardonner et à vivre la miséricorde, nos peurs et notre manque de confiance. Ainsi suivre les traces de notre Seigneur Jésus-Christ suppose que nous soyons capables d’accueillir sans cesse sa grâce inépuisable et d’y répondre en nous laissant travailler par son Esprit.
François, à la fin de sa vie, « était loin de se croire arrivé, mais, tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté, il gardait toujours l’espoir de commencer. » C’est pourquoi il disait à ses frères : « Commençons, mes frères, à servir le Seigneur Dieu, car c’est à peine si nous avons jusqu’alors accompli quelque progrès ! » (1 C 103)
François ne dit pas « recommençons » ou « continuons », mais « commençons »…car c’est chaque jour qu’il faut se laisser convertir, et par conséquent prendre le risque d’être confronté à la nouveauté des situations et des personnes rencontrées en cherchant toujours à les recevoir humblement dans la joie et dans la paix. Oser la nouveauté, oser la confiance…commencer… « François est l’homme délivré de la peur. Il a plongé ses racines ailleurs. Il ne se construit pas tout seul. Il se reçoit du Père. Il n’a plus de biens à défendre, mais des cadeaux de vie à partager. Il est fraternel, parce qu’il a remplacé la jalousie, l’envie, la cupidité par un regard émerveillé. Ce qu’il y a de vrai, de beau et de bien, dans ce que tout homme fait et dit, devient un don de Dieu, un reflet de Dieu, une Parole de Dieu au sens large. » (M. Hubaut, « Chemins d’intériorité avec saint François »)
Par nous-mêmes, nous ne sommes rien si nous ne laissons pas agir en nous l’Esprit du Seigneur ; ainsi renouvelés et vivifiés nous pouvons alors accepter nos pauvretés et nous reconnaître totalement dépendants de l’amour et de la prodigalité du Père, source de tout bien. Nul besoin alors d’accumuler des trésors devenus inutiles, de vouloir prouver sa valeur ou de s’acharner à maîtriser les événements. Dépassées, également, la peur et la méfiance qui paralysent ou qui mettent en échec la rencontre de l’autre en vérité. Tout devient possible, tout peut réellement commencer.
Quand François se décrit comme « homme fragile et méprisable », « homme inutile et indigne créature » (Lord 3 ; 47), ce n’est pas un effet de style mais la conscience aiguë que par lui-même il n’est rien mais qu’il reçoit tout et se reçoit du Seigneur. C’est le résultat d’un long chemin de conversion car, nous dit Celano, il était « tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté ».

Cette rentrée, inquiétante, certes, tâchons de l’aborder plus sereinement en nous mettant à l’école de François : accueillir chaque jour ce qui nous sera donné, avec confiance, dans la joie et, pourquoi pas, l’émerveillement. Retournons à la vie et « commençons à servir le Seigneur Dieu ».

« Dieu tout-puissant, juste et miséricordieux, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux et de vouloir toujours ce qui te plaît, afin qu’intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés par le feu de l’Esprit Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils Bien-Aimé, et, par ta seule grâce, parvenir jusqu’à toi, Très-Haut, qui vis et règnes, glorieux, en Trinité parfaite et simple Unité, Dieu tout-puissant, dans tous les siècles des siècles. » (LOrd 50-52)

P. Clamens-Zalay

Comment pouvons-nous nous dire fils et filles bien-aimés du Père ?

Dans l’Ancien Testament, Dieu se présente comme le maître d’Israël sur lequel il exerce son autorité avec bienveillance : il conduit, il avertit, il corrige, il protège… et peu à peu se dessine l’image d’un père pour son peuple « Vous êtes des fils pour Yahvé votre Dieu » (Dt 14,1). Les prophètes Osée et Jérémie insistent en soulignant la tendresse débordante de Yahweh pour son enfant, celle d’un père mais aussi d’une mère : « Et moi j’avais appris à marcher à Éphraïm, je le prenais par les bras, et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux ! Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. » (Os 11, 3-4) « Éphraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j’en parle je veuille encore me souvenir de lui ? C’est pour cela que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ». (Jr 31,20). Lorsqu’il faut consoler les affligés, Isaïe a recours à des images maternelles pour exprimer l’amour de Dieu : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles. Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49, 15). Ému jusqu’aux « entrailles » par les souffrances de ses « fils », Dieu est celui qui chérit ses enfants plus qu’un père, plus qu’une mère, car la fidélité de son amour ne se dément pas, ce serait se renier lui-même. Il est à la fois Créateur, Seigneur, Dieu et Père d’un peuple qu’il s’est choisi et dont les fils sont ses « bien-aimés » (Ps108, 7) et de ce fait objets de sa protection et de sa miséricorde.
Le Nouveau Testament, les Évangiles et les Lettres de Paul, nous désigne Jésus comme le Fils bien-aimé du Père. Il est celui qui accomplit les prophéties de l’Ancien Testament concernant l’Emmanuel : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix » (Is 9,5). Lors de son baptême, et de la Transfiguration, Dieu l’identifie comme son Fils : « Et voici qu’une voix venue des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. »(Mt 3,17). Jésus est non seulement le « Fils » mais plus encore « le Fils bien-aimé », c’est-à-dire le « Fils unique », expression que Jean emploie à de multiples reprises. Il est celui qui peut s’adresser à Dieu en le nommant « Abba ! Père ! », ce qui traduit cette relation intime et à nulle autre pareille qui les unit tous deux. Affirmer sa filiation, c’est donc affirmer sa condition divine, ce que les Juifs de son temps ne pouvaient accepter. Jean explique clairement l’unité entre le Père et le Fils, unité de nature, unité dans la gloire et dans les œuvres car le Père a tout remis au Fils et lui a donné tout pouvoir. (Jn 5,19-23) Paul, dans l’Épître aux Colossiens, célèbre la primauté du Fils bien-aimé, exalté comme Seigneur et comme Sauveur : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses…Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui…Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtint en tout la primauté, car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » (Col 1,15-20).

Enfin, Jésus est celui qui connait le Père et qui seul peut le révéler : « Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connait le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connait le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt 11,27).

Si tout être humain est enfant de Dieu, le chrétien devient « fils du Père » par adoption. C’est un thème cher à Saint Paul : tous les chrétiens sont fils de Dieu par la foi au Christ : « Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus » (Ga 3,26) ; L’Esprit qu’ils ont reçu fait d’eux des fils adoptifs : « En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait crier : Abba ! Père ! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. » (Rm 8, 14-17). Par la foi nous sommes un seul être dans le Christ Jésus, lui le frère
aîné avec lequel nous partageons l’héritage paternel. Nous sommes baptisés dans le Christ pour renaître à une vie nouvelle, pour prendre part à la Vie du Fils, pour nous conformer à lui et devenir ce que nous sommes, les bien-aimés de Dieu : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. »(Col 3, 12-13).

Prendre conscience de notre filiation au Père, c’est reconnaitre en l’autre un frère, lui aussi un bien-aimé du Père, alors même qu’il m’est peut-être indifférent ou hostile…C’est garder présent au cœur le commandement d’amour de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et le « comme je vous ai aimés » est essentiel, il est le fondement de toute fraternité. Thème tout à fait franciscain : dans notre Projet de Vie, nous pouvons lire : « En tout homme le Père des Cieux voit les traits de son Fils, premier-né d’une multitude de frères ; de même les laïcs franciscains accueilleront, d’un cœur humble et courtois, tout homme comme un don du Seigneur et une image du Christ. » (PdV 13).

Vouloir vivre en fils et filles bien-aimés du Père, c’est donc témoigner de notre confiance en un Dieu présent à chaque instant de notre vie, un Dieu qui ne peut nous oublier, comme nous le dit Isaïe ; c’est nous donner tout entier pour chacun de nos frères à la mesure de l’amour dont le Père nous aime et le traduire par des actes de charité fraternelle ; enfin, c’est rayonner pour nos frères et sœurs de sa grande douceur et de sa miséricorde inépuisable, c’est participer déjà à la nature de Celui qui nous a adoptés.

P. Clamens-Zalay

« Dans l’épreuve, redécouvrir Dieu présent à notre vie »

Dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent présenté comme le « Rocher » d’Israël, nom qui traduit sa fidélité inébranlable à son Alliance. Cette union de Dieu avec son peuple est si solide qu’elle résiste à l’épreuve du temps et qu’elle ne se dément pas face aux infidélités répétées des hommes. Oui, notre Dieu est « le Dieu fidèle, éternellement ». Cette fidélité, Israël l’expérimente dans les épreuves ; ainsi en est-il durant l’Exil.

Dans la mentalité juive, il existe un principe selon lequel Dieu rétribue chacun selon sa conduite : récompense pour le juste et malheur au méchant. Les déportations successives à Babylone ont donc d’abord été vécues comme le châtiment des péchés d’Israël : celui des rois qui n’ont cessé de s’écarter de l’alliance divine, celui des puissants qui se sont enrichis au détriment des plus petits, oubliant leur devoir de charité, celui du peuple tout entier qui s’est laissé séduire par d’autres dieux et dont la conduite s’est pervertie. Les exilés auraient pu se sentir abandonnés de Dieu, pourtant cette épreuve va se révéler féconde. Les paroles des prophètes deviennent source de réconfort car, si elles annoncent le châtiment, elles s’accompagnent toujours d’une promesse de renaissance pour peu que l’appel à la conversion soit enfin entendu. Les exilés trouvent des raisons d’espérer au cœur même de leurs difficultés parce qu’ils prennent conscience de la présence de Dieu à leurs côtés. Ils font une relecture de leur histoire et de leur relation à Dieu. « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR » (Os 2,21-22)

Sous l’influence des prophètes et des prêtres, s’invente une nouvelle façon de vivre sa foi, plus spirituelle : plus de Temple, ni de sacrifices, mais des assemblées (ou synagogues) pour prier et méditer la Parole de Dieu. Peu à peu, c’est un Israël nouveau qui se construit, alors même qu’il redécouvre sa vocation de nation sainte. C’est la communauté des « pauvres de Yahweh », ceux qui ont tout perdu mais qui, humblement, s’en remettent totalement à Dieu car ils ont foi en sa fidélité et en son amour bienveillant, car ils savent que de lui seul vient le salut.

Dans les livres d’Ezechiel et d’Isaïe, Dieu promet la fin de l’exil, il se présente comme le Pasteur d’Israël, il est le berger qui prendra soin des exilés et les ramènera sur leur terre. « Car ainsi parle le Seigneur DIEU : je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. De même qu’un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d’un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité. Je le ferai sortir d’entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre » (Ez 34, 11-13). Il leur donnera un cœur nouveau, il conclura avec eux une alliance perpétuelle et les comblera de bienfaits. « Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR. Humiliée, ballotée, privée de réconfort, voici que moi je mettrai un cerne de fard autour de tes pierres, je te fonderai sur des saphirs, je ferai tes créneaux en rubis, tes portes en pierres étincelantes et tout ton pourtour en pierres ornementales. Tous tes fils seront disciples du SEIGNEUR, et grande sera la paix de tes fils. » (Is 54, 10-13). Le retour d’un certain nombre d’exilés à Jérusalem témoignera de la fidélité de Dieu à son peuple et du caractère immuable de son Alliance. Forts de leur foi renouvelée et vivifiée par les épreuves, les exilés auront une influence déterminante dans la réorganisation de la vie matérielle et spirituelle de la communauté, malgré les difficultés et les dissensions.

Pourquoi ne pas faire un parallèle entre cet épisode de l’Exil et ce que nous vivons actuellement ?
Durant ces semaines de confinement, nous avons pu souffrir dans notre chair des effets de cette pandémie, ou plus simplement nous sentir totalement entravés par les restrictions portées à nos libertés. Mais dans ce retrait et ce silence, peut-être avons-nous eu la chance de découvrir que, débarrassés, malgré nous, de ce que nous appelions des priorités, un « trésor » nous attendait…une liberté bien plus grande et bien plus exaltante : une liberté intérieure. Celle née d’un cœur à cœur enfin rendu possible avec notre SEIGNEUR. Malgré la peur, la maladie, la mort, tout nous chantait, à nous aussi, sa présence et son amour indéfectibles : l’attention portée aux autres, les gestes de solidarité, le bonheur éprouvé dans les choses les plus simples en attestaient. La nature elle-même éclatait de vie et de couleurs pour célébrer son Créateur. Le confinement, en favorisant le dépouillement, devenait un temps propice à la prière et à la méditation, à une vie intérieure beaucoup plus riche parce que plus accordée à notre vocation d’enfants de Dieu.

Dans La France contre les robots, Bernanos dit de la civilisation moderne qu’elle est « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Alors, au sortir de cette épreuve, qu’allons-nous faire de notre « trésor » ? Allons-nous reprendre notre course effrénée vers des bonheurs illusoires et fugaces ? Ou allons-nous repenser notre vie et notre relation à Dieu, à l’image des exilés à Babylone, en nous appuyant sur la fidélité d’un Père qui ne nous veut que du bien, lui le seul Bien…

P. Clamens-Zalay

« Il vous précède en Galilée »

Dans l’Évangile de Matthieu, lorsque les femmes viennent au tombeau, au matin de Pâques, l’Ange du Seigneur leur apparait et leur dit : « Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité comme il l’avait dit ; venez voir l’endroit où il gisait. » Puis, il les envoie porter cette nouvelle aux disciples : « Il est ressuscité des morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; c’est là que vous le verrez. » (Mt 28,5-7) La Galilée…c’est le retour aux origines, là où tout a commencé…
L’appel des premiers disciples… Ceux qui deviendront les apôtres ne sont pas des scribes ou des pharisiens, mais des hommes simples qui vont tout abandonner pour suivre Jésus. Avec eux, il va sillonner cette terre de Galilée, « proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute langueur parmi le peuple » (Mt 4,23). Il va partager leur existence et se faire leur proche : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.» (Jn 15, 15) Cette amitié n’est pas de façade, Jésus a vécu pleinement son humanité, il a aimé profondément ceux qu’il a choisis et établis. D’ailleurs ses « amis », il les appelle ses « frères » lorsqu’après l’ange, il apparait aux femmes : « Ne craignez point ; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, et là ils me verront. » (Mt 28, 10) Durant les trois années de son ministère, il a peu à peu ouvert leur intelligence et leur cœur aux Écritures ; et pourtant l’annonce de sa Passion et de sa Résurrection leur est demeurée mystérieuse : « ils ne comprenaient pas cette parole » (Mc 9,32) ; « ils furent profondément attristés » (Mt 17,23).
C’est donc en Galilée que le Christ ressuscité veut se manifester à eux, c’est au cœur de leur vie qu’il les attend. Sur les lieux mêmes où ils l’ont suivi, tout ce qu’il leur a enseigné et révélé va enfin prendre sens à la lumière de la Résurrection…Leurs yeux vont s’ouvrir et ils pourront « voir » le Ressuscité.
La Galilée, c’est aussi le carrefour des nations, la « Galilée des nations », lieu de passage où se croisent les caravanes, où se rencontrent des cultures et des peuples différents. C’est le symbole du monde païen, à l’inverse de Jérusalem, la ville sainte, lieu du pouvoir politique et religieux. Mais c’est en Galilée qu’une grande lumière s’est levée, comme le prophétisait Isaïe. C’est donc en Galilée que le Christ ressuscité apparait aux disciples et leur confie une mission, non pas pour les seuls fils d’Israël, mais pour toutes les nations : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit. » (Mt 28,19-20). Désormais, la communion au Christ s’offre à tous les hommes, le salut annoncé est universel.
Ce retour en Galilée n’est pas la seule affaire des disciples : Jésus nous renvoie, nous aussi, à notre Galilée intérieure. C’est dans ce que nous avons de plus profond, de plus intime, qu’il nous attend et nous précède, qu’il nous invite à le reconnaître pour renaître à la Vie, pour ressusciter avec lui : « il nous donne de le retrouver, en nous faisant la grâce de nous retrouver nous-mêmes. Sa résurrection est aussi notre résurrection, le réveil de notre être. Rencontrer le Seigneur ressuscité dans notre Galilée, c’est entendre son appel : « Éveille-toi, toi qui dors ; relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14). »
(Eloi Leclerc, Pâques en Galilée) Le « confinement », qui s’impose à nous actuellement est un temps particulier et déroutant, mais il peut faciliter ce retour sur soi pour faire la vérité et à aller à l’essentiel. Il nous interroge sur ce qui est au cœur de notre vie, au cœur de notre foi : Jésus a triomphé de la mort, il est ressuscité, en lui le Salut nous est offert, avec lui nous ressusciterons. Nous avons à être les témoins de cette Espérance. Dans notre quotidien, dans tout ce qui tisse nos relations, le Christ nous appelle également à le suivre, comme autrefois sur les chemins de Galilée, à la rencontre de nos frères et sœurs pour leur partager cette Vie nouvelle, pour leur communiquer son Amour. Ce retour en Galilée « nous engage, en effet, à renoncer à la richesse, aux honneurs, au pouvoir, à tout ce qui crée la distance, pour suivre Jésus sur des chemins de fraternité et de communion avec tous les hommes, notamment avec les plus petits, les pauvres, les exclus.. ». (Eloi Leclerc, Pâques en Galilée)
C’est l’expérience même de François d’Assise : alors que l’Église de son temps a fait le choix de la puissance, des honneurs et de la richesse, François prône un retour aux origines, à l’Église primitive pour suivre un Christ humble et pauvre : « La règle de vie des frères est la suivante : vivre dans l’obéissance, dans la chasteté et sans aucun bien qui leur appartienne ; et suivre la doctrine et les traces de notre Seigneur Jésus-Christ qui a dit :Si tu veux être parfait, va et vends tout ce que tu as et donnes-en le prix aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel, puis viens et suis-moi. » (1Reg 1,1-2)
Le Christ nous précède et se donne à voir sur nos chemins de Galilée. Si nous voulons suivre les pas du Ressuscité, ce retour, à la lumière de Pâques, aux origines, à notre Galilée intérieure, est primordial : c’est là que se fonde notre foi en Jésus-Christ, Seigneur de la Vie.

P. Clamens-Zalay

Si tu savais le don de Dieu

Si nous étions entrés dans ce temps de Carême 2020 sans vraiment nous y préparer, l’épidémie de coronavirus qui frappe notre monde est venue tout bouleverser, et peut-être nous réveiller… En effet, comment ne pas faire le parallèle entre confinement/désert et guérison/résurrection ?
Sans l’avoir voulu, nous voici contraints de nous mettre en retrait, de renoncer à tout ce qui nous tient à cœur : activités professionnelles et associatives, rencontres familiales et amicales. Mais cette épreuve, qui nous a tout d’abord plongés dans la sidération et la peur, pourrait, si nous le voulons, nous conduire à retrouver le sens de ce temps privilégié qu’est le Carême.

« Si tu savais le don de Dieu »… C’est la parole de Jésus à la Samaritaine, mais c’est aussi la parole qu’il adresse à chacun et chacune d’entre nous. De tout temps, Dieu se présente à nous pour nous donner la Vie, celle-là même qu’il insufflait à l’homme en le créant. Cependant, trop souvent, comme l’aveugle-né, nous avons les yeux fermés, comme le peuple d’Israël au désert, nous avons le cœur endurci. Refusant d’écouter la voix du Seigneur, nous choisissons de vivre en fils de Satan et non en enfants de lumière.
Ce temps du Carême nous est donné pour prendre du recul, faire silence et nous ouvrir à la Parole de Dieu. Au tentateur qui s’approche alors qu’il a jeûné quarante jours et quarante nuits et qu’il a faim, Jésus répond : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Mt 4,4) Cette parole, nous l’avons entendue maintes fois, mais, avec l’émergence de ce virus dans nos existences, elle ne peut que résonner en nous, qui sommes devenus des « surconsommateurs », brutalement confrontés à l’éventualité du manque. Elle vient singulièrement questionner notre mode de vie et nos priorités. Nos placards remplis à l’excès avant même cette crise, et nos poubelles qui croulent sous le poids de tout ce que nous jetons, ne révèlent-ils pas un autre manque beaucoup plus profond ? Où est l’essentiel pour nous aujourd’hui ? Qu’est-ce qui fait sens dans notre vie ?

« Si tu savais le don de Dieu »… Nous sommes invités à relire les Écritures et à prier. Nous sommes invités à contempler le Christ pauvre en croix et à méditer sa mort et sa résurrection. Il nous faut abandonner les modèles qui nous ont faussement fait croire à la toute puissance de l’homme moderne, pour nous laisser transformer et convertir. C’est ainsi que nous pouvons renouer la relation filiale, si souvent blessée, retrouver le face à face avec Dieu et entrer, nous aussi, dans ce dialogue d’amour qui unit le Père et le Fils. Humblement, avec nos pauvretés, mais riches de tout ce qu’il nous donne, nous redécouvrons alors ce que veut dire : tout recevoir de lui et se recevoir de lui. Dieu est la source de toute bonté, de tout amour, et c’est la Vie en plénitude qu’il est venu nous offrir en son Fils.
C’est ce que François expérimente lorsqu’il se retire sur une île du lac Trasimène pour y vivre le Carême dans la solitude, jeûnant quarante jours et quarante nuits, ne mangeant rien de plus qu’un demi pain. (Fioretti 7) Prier Dieu, louer Dieu, adorer Dieu, avec cette intime conviction qui l’animera durant toute sa vie : « Mon Dieu et mon Tout ».

« Si tu savais le don de Dieu »… Jésus poursuit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » (Jn 4,13-14) Cette eau vive c’est l’Esprit, qui fait de nous des adorateurs du Père en vérité. « Ne savez-vous pas que vous êtes un temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1Co 3,16) Sous l’emprise de l’Esprit, nous expérimentons la bonté et l’amour de Dieu, et nous pouvons, à notre tour, devenir source d’eau vive pour nos frères et sœurs en vivant des fruits de l’Esprit, comme St Paul nous y invite : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière – or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité – et sachez reconnaître ce qui est capable de plaire au Seigneur. » (Ep 5, 8-10) « Cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré pour nous » (Ep 5,1-2) Aujourd’hui plus que jamais, nous sommes appelés à vivre des fruits de l’Esprit en posant des gestes concrets de solidarité et de partage, par exemple avec tous ceux qui sont isolés dans leur confinement, ou encore avec tous ceux qui sont à notre service malgré les risques encourus. Dans un message récent, l’évêque de Nanterre, Matthieu Rougé, déclarait : « Tout cela, nous pouvons le vivre dans la confiance et l’espérance. Nous nous préparons à la Semaine Sainte, c’est-à-dire à la célébration de la mort et de la résurrection du Christ. Notre foi en cette victoire de l’Amour sur la mort est la source d’une paix inaltérable dont nous sommes appelés à témoigner. La coïncidence entre la lutte contre le virus et le carême constitue un appel à lutter contre tous les « virus » qui peuvent nous faire du mal : l’égoïsme, la division, la malveillance, le découragement. Dans la paix de la foi, nous pouvons à l’inverse contribuer à l’espérance de tous. »

En chemin vers Pâques, dans la confiance et l’espérance, accueillons l’appel du pape François à nous laisser réconcilier avec Dieu et devenons ce que nous sommes : des enfants de lumière… « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu’en voyant vos bonnes actions ils rendent gloire à votre Père qui est dans les cieux. » (Mt 5, 16)

P. Clamens

« Homme et femme il les créa »

Triste constat encore une fois : en 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit un décès tous les 3 jours, tandis que 220 000 femmes, environ, ont déclaré avoir été victimes de violences conjugales. Ce fléau touche tous les milieux et toutes les classes sociales. Il s’inscrit dans une relation où la femme n’est plus perçue comme telle, mais rabaissée au rang d’objet ; et, à ce titre, elle peut être insultée, humiliée, menacée, battue, violentée et…assassinée. L’amour n’a pas sa place dans tout cela, il est perverti par un besoin de possession, où l’objet n’est là que pour satisfaire le désir d’un homme, propriétaire de « sa femme ». Ce n’est certainement pas la relation voulue par Dieu entre l’homme et la femme lorsqu’ il les créa…

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn 1,27) Dans ce 1er récit de la Genèse, Dieu crée un couple : l’homme et la femme. Après les avoir bénis et leur avoir confié l’ensemble de la Création, Dieu contemple son œuvre avec satisfaction : « cela était très bon » (1,31). A aucun moment, il n’est question de domination de l’homme sur la femme. Le texte souligne leur égale valeur. Ils sont créés en même temps, l’un et l’autre à l’image de Dieu, ce qui est propre au genre humain et le distingue des autres créatures. Ils reçoivent même bénédiction et même mission : « soumettre » et « dominer » tout ce que la Parole créatrice du Père a fait surgir par pur amour, non pour en être les maîtres, mais les intendants bienveillants.

Dans le 2nd récit, après avoir modelé l’homme de ses mains, Dieu fait ce constat : « il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit assortie » (Gn 2,18) (A noter : c’est le seul « il n’est pas bon » de ces 2 récits). Dieu façonne alors les animaux, auxquels l’homme donne un nom, mais aucun ne lui correspond et ne peut combler sa solitude ; aussi «de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !» (Gn 2,22-23) Oui, l’homme, îsh en hébreu, a enfin trouvé celle qui lui est assortie : ishsha, la femme, et il peut laisser éclater sa joie! Les deux termes hébreux sont intéressants, d’ailleurs, car ils montrent bien la similitude de ces deux êtres. L’homme ne peut cacher son émerveillement devant cette compagne, de même nature que lui, mais aussi toute autre, ce qui confère à la femme une valeur essentielle et irremplaçable. Le texte se poursuit ainsi : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (Gn 2,24) En s’attachant l’un à l’autre, l’homme et la femme créent un lien plus fort que celui de la parenté, ils ne sont plus deux mais deviennent « une seule chair ». Le récit s’achève sur ces mots : « Or, tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre » (Gn 2,25) L’harmonie de la Création est là : l’homme et la femme vivent en toute transparence et confiance, rien ne trouble ou ne dénature, alors, leur relation…

Bien sûr, l’Église, selon les époques et les contextes, n’a pas toujours eu un discours valorisant sur la place de la femme, mais aujourd’hui le Catéchisme de l’Église catholique est très clair : « L’homme et la femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. « Être homme », « être femme » est une réalité bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur » (article 369). Dès les origines, la création de l’être humain a une dimension relationnelle : l’homme n’est pas fait pour vivre seul, sinon il est voué à la mort, il est destiné à entrer en relation avec un autre que lui-même, qui lui soit semblable ; et l’homme et la femme ne sont pas appelés à vivre l’un à côté de l’autre, mais dans l’union, l’un pour l’autre. « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui. » (Ct 2,16)

Lors de sa 1ère messe de cette année 2020, le pape François dénonçait les violences faites aux femmes, insistant sur « la dignité de toute femme » et sur le fait qu’elle « est donneuse et médiatrice de paix et doit être pleinement associée aux processus décisionnels ». Le 15 janvier, il nommait la première femme laïque, Francesca Di Giovanni, sous-secrétaire aux relations du Saint-Siège avec les États, faisant d’elle la n°3 de ce dicastère. Un évènement, au Vatican, qui n’est pas passé inaperçu !

A nous donc de retrouver l’harmonie originelle entre l’îsh et l’ishsha et de poser un regard nouveau sur leur relation, ce regard de Dieu plein d’admiration pour l’homme et la femme qu’il venait de créer, lorsqu’il conclut au soir du sixième jour que « cela était très bon »…

P. Clamens