Archives de catégorie : Projet de vie

« Claire d’Assise, un exemple lumineux pour le monde… » (1ère partie)

Bien des aspects de la vocation et de la spiritualité de celle qui aime à se nommer « la petite plante de saint François » peuvent éclairer notre vie de foi aujourd’hui. Dans cette 1ère partie nous nous attacherons à la pauvreté et à la symbolique du miroir, avant d’aborder dans la seconde partie la joie et l’action de grâce.

La pauvreté et la symbolique du miroir

Si Claire au eu le souci des plus pauvres dès son enfance, sa rencontre avec François a été un véritable révélateur : elle a reconnu dans la Forme de vie qu’il avait choisie ce qu’elle portait et désirait au plus profond d’elle-même depuis toujours : suivre la vie et la pauvreté du très haut Seigneur Jésus Christ et de sa très sainte Mère. Guidée par les conseils et l’exemple de François, elle place la pauvreté au cœur de sa vie évangélique. La pauvreté qu’elle prône est radicale et exigeante, mais Claire a cette intuition, qu’elle expérimentera tout au long de sa vie, qu’en se dépossédant de tout bien, qu’en s’abandonnant à la volonté du Père et à la divine Providence, elle accède à une joie bien plus grande, à des richesses éternelles. Le dépouillement, donc, mais pas la misère ; la pauvreté, non pas comme une fin en soi, mais comme une vertu qui rend totalement libre et ouvre le cœur pour mieux aimer le Seigneur et chacune de ses créatures, pour tout recevoir de Dieu et se recevoir de lui qui est le « Tout Bien ».
Traditionnellement, les monastères possédaient des biens et des titres de propriété qui garantissaient leur existence et leur permettaient de se vouer à la prière ; Claire, elle, se bat pour obtenir le « privilège de la très sainte pauvreté » pour son Ordre. Rien ne peut l’en détourner, pas même le Pape, sa détermination et son audace ont raison de tous les obstacles : ce privilège lui est accordé, personne ne pourra forcer les Sœurs Pauvres à recevoir des possessions. La pauvreté tient également une place importante dans la Règle qu’elle se décide à écrire, et elle est la première femme à le faire, pour asseoir la Forme de vie qu’elle a choisie et ne plus dépendre de textes rédigés pour d’autres communautés monastiques et qui ne la satisfont pas. « Que les sœurs ne s’approprient rien, ni maison, ni lieu, ni quoi que ce soit. Et comme des pèlerines et des étrangères en ce siècle, qu’elles envoient à l’aumône avec confiance ; et il ne faut pas qu’elles en aient honte, car le Seigneur s’est fait pauvre pour nous en ce monde. Telle est la hauteur de la très sainte pauvreté qui vous a instituées, vous mes sœurs très chères, héritières et reines du royaume des cieux, qui vous a faites pauvres en biens, qui vous a élevées en vertus. Qu’elle soit votre part, elle qui conduit dans la terre des vivants. Totalement attachées à elle, sœurs bien-aimées, pour le nom de notre Seigneur Jésus-Christ et de sa très sainte mère, veuillez ne posséder à jamais rien d’autre sous le ciel. » (Reg Cl 8, 1-6) L’approbation tant attendue de cette Règle, qui est largement inspirée de celle de François, lui parvient la veille de sa mort.
Celano nous dit que deux sujets occupaient toutes les pensées de François : l’humilité manifestée par l’Incarnation et l’amour manifesté par la Passion. De même, Claire en regardant le visage du Christ y découvre « … la pauvreté de celui qui a été déposé dans une crèche et enveloppé de petits langes. Ô admirable humilité, Ô stupéfiante pauvreté ! Le Roi des anges, le Seigneur du ciel et de la terre est couché dans une crèche », « … l’humilité, du moins la bienheureuse pauvreté, les labeurs sans nombre et les peines qu’il supporta pour la rédemption du genre humain », « … l’ineffable charité par laquelle il voulut souffrir sur le poteau de la croix et mourir là du genre de mort le plus honteux de tous. » (4 LAg 19-23) Elle ne peut que s’émerveiller du chemin que le Seigneur a emprunté pour nous rejoindre dans notre humanité, du don qu’il a fait de sa vie pour nous révéler son amour et nous faire participer à la gloire de Dieu.
Son expérience de la contemplation du Christ, elle la traduit en utilisant la symbolique du miroir, très présente dans ses Lettres à Agnès de Prague. « Dans ce miroir resplendit la bienheureuse pauvreté, la sainte humilité et l’ineffable charité, comme, avec la grâce de Dieu, tu pourras le contempler par tout le miroir. » (4 LAg 18) Le Christ est le miroir qu’il nous faut contempler car il nous rend visible le Père, il est « la splendeur de la gloire éternelle, l’éclat de la lumière éternelle et le miroir sans tache. » (4 LAg 14) Le contempler, c’est se laisser transformer par lui, en lui, pour devenir à son tour miroir pour les autres, pour être reflet de la divinité dans ce monde. « Pose ton esprit devant le miroir de l’éternité, pose ton âme devant la splendeur de la gloire ; pose ton cœur devant l’effigie de la substance divine et transforme- toi tout entière par la contemplation en l’image de la divinité elle-même ». (3 LAg 13-14) C’est la vocation de Claire et de ses sœurs : « Le Seigneur lui-même, en effet, nous a placées comme une forme en exemple et miroir, non seulement pour les autres, mais aussi pour nos sœurs que le Seigneur appellera à notre vocation, pour qu’elles aussi soient un miroir et un exemple pour ceux qui vivent dans le monde. » (TestCl 19-20) Le Pape Alexandre IV écrit dans la Bulle de canonisation de Claire : « Ô admirable clarté de la bienheureuse Claire ! […] Elle a scintillé pendant sa vie : après sa mort elle rayonne ; elle a éclairé sur terre : au ciel elle luit ! »
C’est aussi la vocation de tout chrétien : être lumière pour ses frères et sœurs en humanité et leur donner à voir dès ici-bas l’amour miséricordieux du Père qui transfigure toute chose et tout être.

P. Clamens-Zalay

« Orgueil et humilité »

« Les laïcs franciscains accueilleront, d’un cœur humble et courtois, tout homme comme un don du Seigneur et une image du Christ. » (Projet de Vie 13)

2nde partie : L’humilité selon St François

Un épisode des Fioretti, en apparence anodin, nous en donne une première approche. Le frère Massée, voulant éprouver l’humilité du Saint, l’interroge ainsi : « Pourquoi tout le monde court-il après toi et pourquoi chacun semble-t-il désirer te voir, et t’entendre, et t’obéir ? De corps, tu n’es pas bel homme, tu n’as pas grande science, tu n’es pas noble ; d’où te vient-il donc que tout le monde court après toi ? » Et François de lui répondre : « Dieu n’a pas trouvé sur terre de plus vile créature, il m’a, pour cette raison, choisi pour confondre la noblesse et la grandeur et la force et la beauté et la science du monde, afin que l’on connaisse que toute vertu et tout bien viennent de lui et non de la créature, et que nul ne puisse se glorifier en sa présence, mais que quiconque se glorifie dans le Seigneur, à qui appartient tout honneur et gloire dans l’éternité. » (Fior 10) Ces paroles pourraient s’apparenter à de la fausse humilité, il n’en est rien ; François n’attend aucun démenti, aucune protestation de Massée car il a le sentiment profond de sa pauvreté, de son insignifiance, de sa « petitesse ». Être humble, c’est d’abord pouvoir se placer en vérité sous le regard de Dieu, et non sous le regard des hommes qui n’a jamais la juste mesure. « Heureux le serviteur qui, lorsqu’on le félicite et qu’on l’honore, ne se tient pas pour meilleur que lorsqu’on le traite en homme de rien, simple et méprisable. Car tant vaut l’homme devant Dieu, tant vaut-il en réalité, sans plus. » (Adm 20,1-2) Être humble n’est pas se dévaloriser, se rabaisser, car cela reviendrait à rester centré sur soi-même, or l’humilité a le narcissisme en horreur. Être humble, c’est contempler Dieu pour mettre en lumière, certes, le fossé qui sépare la créature de son Créateur, mais surtout l’amour incommensurable du Père pour celui qu’il a tiré du néant, et c’est pouvoir se réjouir d’un tel amour. L’humilité se vit donc dans la vérité, la sérénité et la joie pour celui, et c’est le cas de François, qui accepte devant Dieu et devant ses frères de s’accueillir tel qu’il est, avec ses grandeurs et ses faiblesses.

L’humilité de François nait de sa contemplation du Christ qui lui découvre l’humilité de Dieu : « le Très-Haut », « le roi tout puissant », le « roi du ciel et de la terre » s’est penché vers nous, s’est courbé bien bas et s’est donné tout entier à nous en prenant chair de notre chair. De l’incarnation à la crucifixion, dans l’Eucharistie comme dans le Lavement des pieds, c’est un Dieu humble et pauvre qui nous est révélé dans le Christ. « Voyez: chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal, il s’est incarné dans le sein de la Vierge; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre.» (Adm 2,16-18) C’est dans ce même mouvement d’abaissement que le Christ se met à genou devant ses disciples pour leur laver les pieds. A l’école du Christ, François a compris que l’humilité ne consiste pas à être petit ou à se sentir petit, mais à se faire petit, à se faire le serviteur de tous.

C’est pourquoi il en fait une vertu centrale dans sa vie, comme dans celle de ses frères, appelés chaque jour à faire l’expérience de la minorité et du service. Tout d’abord, s’agissant de leurs relations fraternelles, il les exhorte à ne pas calomnier, ne pas envier les autres, ne pas les jalouser, à éviter les disputes, à accepter les reproches, à se montrer patient, obéissant, compatissant…Mais surtout, il les invite à adopter une attitude de désappropriation : ne rien s’attribuer à soi-même, mais reconnaître que tout vient de Dieu, les biens, les honneurs, les bonnes actions…Il recommande à ses frères « de s’appliquer à l’humilité en tout, de ne pas se glorifier, se réjouir, s’enorgueillir intérieurement des bonnes paroles et bonnes actions, ni même d’aucun bien que Dieu dit, fait ou accomplit parfois en eux ou par eux [ …] Soyons-en fermement convaincus : nous n’avons à nous que les vices et les péchés. » (1 R 17,5-7)

L’humilité qu’il prône rejette toute forme de domination et se refuse à asservir une autre créature, la plus petite soit-elle, au nom d’une fraternité partagée et reçue d’un même Père, Lui, le Très Haut qui se fait, par amour pour nous, le Très Bas. « O humilité sublime, ô humble sublimité ! Le maître de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie pour notre salut, au point de se cacher sous une petite hostie de pain ! Voyez, frères, l’humilité de Dieu, et faites lui l’hommage de vos cœurs. Humiliez-vous, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se donne à vous tout entier.» (Lettre à tout l’Ordre 27-29)

P. Clamens-Zalay

« Orgueil et humilité »

« Les laïcs franciscains accueilleront, d’un cœur humble et courtois, tout homme comme un don du Seigneur et une image du Christ. » (Projet de Vie 13)

1ère partie : Que nous dit la Bible ?

L’orgueil se manifeste, le plus fréquemment, par un sentiment de supériorité à l’égard de tous ou de certains en particulier. L’orgueilleux aspire aux honneurs et aux meilleures places, qu’il pense lui être dus (Mt 23,6s ; Lc 14,7-11), il cherche à s’élever à tout prix, bien souvent au mépris de ses semblables. La figure du pharisien, dans les Évangiles, en est le meilleur exemple : dans la parabole qui les présente, lui et le publicain, priant au Temple (Lc 18,9-14), il s’exprime ainsi : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes, adultères, ou bien encore comme ce publicain » . Le pharisien, confiant en sa propre justice, établit des comparaisons pour affirmer sa supériorité et rabaisser ses congénères. Il s’arroge même le droit de les critiquer et de les juger. A multiples reprises, Jésus condamne sévèrement cette prétention : « tout homme qui s’élève sera abaissé, mais celui qui s’abaisse sera élevé. » (Lc 18,14 ; 14,11 ; Mt 23,12). Les textes bibliques fustigent l’orgueil des puissants de ce monde (les princes, les riches, les scribes, les pharisiens, les prêtres, les docteurs de la Loi) car il éteint en eux toute forme de justice et de charité. L’orgueil se traduit de diverses manières : dédain et insolence (Ps 6,17 ; 21,24), envie et jalousie, forfanterie et arrogance (Jc 4, 13-17), refus d’écouter ou de se soumettre, volonté de s’imposer, animosité et ironie, vanité et hypocrisie de ceux qui se donnent pour modèles mais dont le cœur est corrompu : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui fermez aux hommes le Royaume des cieux ! Vous n’entrez certes pas vous-mêmes, et vous ne laissez pas entrer ceux qui le voudraient ! […] Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui acquittez la dîme de la menthe, du fenouil et du cumin, après avoir négligé les points les plus graves de la Loi, la justice, la miséricorde et la bonne foi […] au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence des justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité. » (Mt 23,13 ; 23 ; 28)
Mais l’orgueil peut aussi affecter la relation à Dieu : l’homme cherche à s’élever face à Dieu et prétend être son égal (Gn 3,5). L’orgueil lui fait refuser toute forme de dépendance à son Créateur et le pousse à s’attribuer le seul mérite de ce qu’il est, de ce qu’il a, à se suffire à lui-même. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te glorifies-tu comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4,7).
Le Siracide dépeint l’orgueil comme détestable aux yeux de Dieu car il éloigne l’homme de son Seigneur : « L’orgueil déplait à Dieu […] Pourquoi tant d’orgueil pour qui est terre et cendre, un être qui, vivant, a déjà les tripes dégoûtantes ? […] Le principe de l’orgueil, c’est d’abandonner le Seigneur et de tenir son cœur éloigné du Créateur. Car le principe de l’orgueil, c’est le péché, celui qui s’y adonne répand l’abomination […] L’orgueil n’est pas fait pour l’homme » (Si 10, 6-18)
A l’inverse de l’orgueil, l’humilité est l’attitude de celui qui reconnait avoir tout reçu de Dieu et qui admet n’être rien par lui-même (Ga 6,3) si ce n’est un serviteur inutile, un être pécheur, sauvé par pure grâce et non par ses mérites. « C’est Yahvé qui fait mourir et vivre, qui fait descendre au shéol et en remonter. C’est Yahvé qui appauvrit et qui enrichit, qui abaisse et aussi qui élève. Il retire de la poussière le faible, du fumier il relève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles et leur assigner un siège d’honneur. » (1 S 2,6-8) « La crainte de Yahvé est discipline de sagesse, avant la gloire, il y a l’humilité. » (Pr 15,33) Au long de son histoire, Israël traverse toutes sortes d’épreuves qui vont lui enseigner l’humilité. Les humiliations subies, personnelles ou collectives, lui font prendre conscience de sa totale impuissance et de sa misère spirituelle dès lors qu’il s’écarte de son Seigneur. Il peut alors revenir à lui avec un cœur brisé (Ps 51(50), 19) et s’abandonner à lui dans la confiance, en se reconnaissant pauvre et pécheur (Ps 25 ; 106 ; 130). Le pauvre des psaumes est celui qui craint Yahvé, il est son ami et son serviteur (Ps 86). Avec Sophonie, pauvreté et humilité se rejoignent (So 2,3), les « Pauvres de Yahvé » sont les « humbles de la Terre » et au Jour du Seigneur le Reste d’Israël sera « un peuple humble et pauvre » (So 3,12).
Enfin, l’humilité est le signe du Christ. Il est le Messie humble annoncé par Zacharie (9,9) ; mais surtout, nous dit St Paul, « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort et à la mort sur une croix ! » (Ph 2,6-8). Jésus est un maître « doux et humble de cœur » qui invite à se mettre à son école (Mt 11,29) car c’est aux tout-petits, aux humbles de ce monde, que Dieu choisit de manifester sa sagesse (1 Co 1,27-31). Dans le Nouveau Testament, l’humilité apparait comme un fruit de l’Esprit qui se conjugue avec la charité. A la suite du Christ, l’humilité parfaite consiste donc à se faire petits par amour de Dieu, et, au nom de cet amour, à se mettre à l’écoute de ses frères et de ses sœurs, à revêtir la tenue de service pour leur laver les pieds. « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » (Mc 9, 35).

P. Clamens-Zalay

Dieu est-il pour nous « le Consolateur » ? 2nde partie

Après avoir abordé la notion de « consolation » dans les textes bibliques, il s’agit, dans cette seconde partie, d’en découvrir le sens dans la spiritualité ignatienne car elle en est l’un des fondements. Une autre vision de la consolation, pour éclairer notre foi…
Ignace disait, à la fin de sa vie, qu’il ne pouvait vivre «sans consolation, c’est-à-dire sans éprouver en son âme quelque chose qui ne venait et ne pouvait venir de lui-même, mais avait sa source en Dieu seul».
C’est durant sa jeunesse (dont certains épisodes ne sont pas sans rappeler ceux de la vie du jeune François d’Assise) qu’il va faire cette expérience. Blessé en défendant la citadelle de Pampelune assiégée par les Français, il passe sa convalescence dans le château familial. Sans projet, sans envie, il trompe son ennui dans des lectures, non pas des romans de chevalerie qu’il affectionne tant, mais des ouvrages pieux, les seuls disponibles en ce lieu. Il se rêve alors réalisant, tantôt les exploits d’un chevalier au service d’une grande dame, tantôt les miracles et les hauts faits d’un nouveau saint, à l’image de Saint François et de Saint Dominique. Peu à peu, il comprend que si ses rêves de grandeur en ce monde l’enthousiasment sur le moment, ils le laissent ensuite « sec et mécontent. Mais quand il pensait aller nu-pieds à Jérusalem […], non seulement il était consolé quand il se trouvait dans de telles pensées, mais encore, après les avoir laissées, il restait content et allègre. » (Ignace de Loyola, Récit) Il prend conscience que la vraie consolation, celle qui vient de Dieu, procure une joie et une quiétude que rien ne peut éteindre, contrairement aux fausses consolations. Ainsi, s’opère en lui une conversion qui n’échappe pas à son entourage et qui le conduit à suivre le dessein de Dieu.
Pour Ignace, la consolation n’est donc pas simplement le baume que Dieu vient apposer sur nos souffrances pour nous permettre de les dépasser. Il expérimente la consolation comme un temps privilégié de rencontre avec le Seigneur ; les jésuites parlent des « visites de l’Esprit dans l’âme humaine ». De cette union au Seigneur naissent une joie et une paix profondes, inaltérables, même si les douleurs et les épreuves sont encore présentes. Ignace écrit dans les Exercices spirituels : « j’appelle consolation toute augmentation d’espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l’âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur. » (ES n°316) A la consolation, il oppose la désolation, c’est à dire : « les ténèbres et le trouble de l’âme, l’inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur. » (ES n°317) Certes, la désolation peut ruiner tout ce que la consolation avait établi jusque-là, mais il est intéressant de noter qu’elle ne se définit pas en elle-même, mais uniquement en tant que le contraire de la consolation. Le Christ, par sa mort et sa résurrection, a vaincu définitivement le mal, la consolation peut donc ressurgir à tout moment. C’est pourquoi Ignace conseille, au temps de la désolation, de prier, de méditer, de s’adonner à la pénitence, de conserver la patience et de croire toujours dans le secours d’un Dieu qui nous demeure attaché, quand bien même sa présence ne nous est plus sensible.
Enfin, pour Ignace, la consolation, en tant qu’elle est union à Dieu, ne se limite pas à une contemplation statique et ne doit pas conduire à un retrait du monde, bien au contraire, elle est un élan, elle porte à l’action, à la mise en œuvre de la volonté divine, pour l’amour de Dieu et le service du prochain. Guilhem Causse en parle ainsi : « La contemplation n’est pas d’abord le fait de prier ou de regarder avec émerveillement, mais une attitude de réceptivité à l’action de Dieu, attitude à vivre aussi bien dans la prière que dans le service des frères. L’action est la manière dont l’homme se joint à l’activité divine, dans la louange ou dans le service. Et notre première et fondamentale expérience de cette activité divine est ce qu’Ignace appelle la « consolation ». Ainsi la consolation est ce qui porte à et dans l’action. » (G. Causse, Consolation et action, la spiritualité jésuite pour aujourd’hui)
« Contemplatifs dans l’action », les jésuites se sont donné pour but de porter à ce monde la consolation, avec les fruits qu’elle produit : la joie et la paix. Et ce, à travers le sacrement de la réconciliation d’une part, mais aussi à travers leurs nombreuses œuvres, dans l’éducation, dans l’aide aux plus pauvres, dans l’aide aux migrants… Citons, entre autres, le Service Jésuite des Réfugiés (JRS) lancé en 1980 et présent aujourd’hui dans une cinquantaine de pays.
Qu’à leur exemple, nous puissions goûter ces visites de l’Esprit en notre cœur et découvrir la consolation spirituelle qu’Ignace a expérimentée, pour la partager à nos frères et sœurs, car « tout ce qui n’est pas donné est perdu », selon l’expression favorite de Pierre Ceyrac, jésuite qui fut longtemps engagé auprès des Indiens les plus pauvres dans l’État du Tamil Nadu.

P. Clamens-Zalay

Dieu est-il pour nous « le Consolateur » ? 1ère partie

Dans l’Ancien Testament, le croyant, accablé par l’épreuve, a conscience que ce monde ne peut lui apporter de réelle consolation : « Que de fois ai-je entendu de tels propos, et quel pénibles consolateurs vous faites ! » (Jb 16,2) « J’espérais la compassion, mais en vain, des consolateurs, et je n’en ai pas trouvé. » (Ps 69,21). C’est pourquoi il se tourne vers Dieu qui, seul, peut le secourir et le réconforter : « Agis avec éclat en ma faveur, alors mes ennemis seront confondus en voyant que toi, Seigneur, tu me secours et me consoles. » (Ps 86,17)

Aussi l’Exil à Babylone est-il pour le peuple d’Israël une expérience traumatisante : il se sent oublié de tous et, surtout, il a le sentiment d’être abandonné par son Dieu. C’est le temps de la détresse, de la désolation. C’est le temps des Lamentations…Mais cet abandon ne pouvait durer qu’ « un bref instant », le Seigneur revient vers Jérusalem : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu, parlez au cœur de Jérusalem… » (Is 40,1) « Cieux, criez de joie, terre exulte, que les montagnes poussent des cris car Yahvé a consolé son peuple » (Is 49,13) « C’est moi, je suis celui qui vous console » (Is 51,12).

Dans le Livre de la consolation  (Is 40-55), le verbe « consoler », utilisé à de multiples reprises, a pour sens : « permettre de pousser un profond soupir de soulagement ». Sa racine, NHM, renvoie à la racine NHsM du récit de la création, dans lequel Yahvé insuffle son haleine de vie à Adam et en fait un être vivant. Il ne s’agit donc pas seulement pour Dieu de soutenir ou de réconforter Israël mais plus encore de lui transmettre un second souffle créateur. Au sortir de l’épreuve, il donne à son peuple de reprendre souffle, de renaître…

En intervenant en faveur de Jérusalem, le Seigneur accomplit les promesses annoncées par les prophètes : « Je changerai leur deuil en allégresse, je les consolerai, je les réjouirai après leurs peines. » (Jr 31,13) Ce Dieu consolateur a la sollicitude d’un berger, la tendresse d’un père ou d’une mère, l’amour d’un époux : « Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche, on vous caressera en vous tenant sur les genoux. Comme celui que sa mère console, moi aussi, je vous consolerai » (Is 66,12-13), « On ne te dira plus « Délaissée » et de ta terre on ne dira plus  » Désolation ». Mais on t’appellera « Mon plaisir est en elle » et ta terre sera épousée. Comme un jeune homme épouse une vierge, ton bâtisseur t’épousera. Et c’est la joie de l’époux au sujet de l’épouse que ton Dieu éprouvera à ton sujet. » (Is 62, 4-5)

 Israël vit dans l’attente de sa restauration : « Ainsi parle Yahvé : Je me tourne de nouveau vers Jérusalem avec compassion. Mon Temple y sera rebâti », « Mes villes abonderont encore de biens. Yahvé consolera encore Sion, il fera encore choix de Jérusalem. » (Za 1,16-17) car Jérusalem retrouvera sa splendeur et son rayonnement universel. C’est l’envoyé du Seigneur, le messie, qui accomplira cette œuvre de consolation et de salut (Is 61-62). Cette espérance se prolonge dans le Nouveau Testament : le peuple attend la venue du Messie, la « Consolation d’Israël » (Lc 2,25).

Dans la version grecque de l’AT, « consoler », traduit par le verbe « parakaleo », prend alors le sens de « venir aux côtés d’une personne isolée ». Le NT utilisera ce verbe pour dire que le Dieu qui console se manifeste auprès des hommes en son Fils. Jésus se présente comme le Serviteur, le Messie attendu. Il est celui qui est présent auprès des pauvres, des malades, des affligés et de tous ceux qui sont persécutés (Lc 4,18-21). Et lorsqu’il rejoint le Père, il ne les laisse pas orphelins puisqu’il leur envoie l’Esprit Saint, le Paraclet, qui sera leur Défenseur et leur Consolateur.

Avec Paul, une nouvelle théologie de la consolation s’élabore: de l’épreuve même, vécue en union aux souffrances du Christ, peut surgir la consolation et cette dernière rejaillit alors sur les autres fidèles (2 Co 1,3-11) car elle trouve sa source dans la foi au Christ Ressuscité. Si elle est parfois une réponse ponctuelle à une situation de grande détresse, elle est bien plus que cela : elle est une grâce, un don définitif fait à tout croyant (2 Th 2,16-17) Ainsi, la consolation est « la confirmation concrète du salut de Dieu en chaque existence individuelle, le deuxième souffle donné de façon totalement gratuite. Etre consolé, c’est faire l’expérience de la Résurrection. »  (Nicolas Rousselot, Les notions de « consolation » et de « désolation » dans la spiritualité d’Ignace de Loyola)

P. Clamens-Zalay

« Patience et longueur de temps font-elles plus que force ni que rage ?»

Durant l’année écoulée, ce qui nous était apparu, de prime abord, comme un « simple virus » a suffi pour déstabiliser nos scientifiques et nos politiques, et pour mettre à mal notre existence au quotidien. Patience… Combien de fois n’avons-nous pas entendu ou prononcé cette injonction, tant il est vrai que notre monde, habitué à vivre, non le présent, mais l’immédiateté, a perdu le sens de cette vertu.

La patience est avant tout un attribut de Dieu. Dans l’Ancien Testament, Dieu est décrit comme miséricordieux et « lent à la colère » ; certes il punit en cas de nécessité, mais le plus souvent, il se montre longanime. Les manquements de l’homme à son Alliance ne le rebutent pas, et il laisse au pécheur le temps pour se repentir et revenir à lui. Son amour est fidèle et patient, il ne se dément pas, il sait attendre. Nombreux sont les passages proches de celui-ci : « Le Seigneur est miséricordieux et bienveillant, lent à la colère et plein de fidélité. » (Ps 103,8) Et s’il advient que l’homme fasse preuve de patience, c’est qu’il a acquis une certaine sagesse : « Mieux vaut un homme lent à la colère qu’un héros, un homme maître de soi qu’un preneur de villes. » (Pr 16,32)

La Bible nous parle également d’une autre forme de patience : l’endurance, c’est à dire la persévérance dans la foi face aux épreuves, aux doutes, à l’incompréhension, à la souffrance, ou dans l’attente que se réalisent les promesses de Dieu. Des exemples nous en sont donnés à travers de grandes figures : Abraham, Moïse, Job, les prophètes…

C’est la patience de l’homme de foi qui ne se décourage pas, qui reste constant, même dans le malheur, qui s’en remet à la volonté de Dieu car il sait que son Seigneur ne l’abandonnera pas. C’est la patience du croyant qui attend dans la confiance que s’accomplissent les promesses divines et qui espère contre toute espérance.

Dans le Nouveau Testament la patience se conjugue avec l’espérance, celle du salut final « Car notre salut est objet d’espérance ; et voir ce qu’on espère, ce n’est plus l’espérer : ce qu’on voit, comment pourrait-on l’espérer encore ? Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c’est l’attendre avec constance » (Rm 8,24-25), celle des biens célestes à venir « vous avez soutenu un grand assaut de souffrances […] Ne perdez donc pas votre assurance ; elle a une grande et juste récompense. Vous avez besoin de constance, pour que, après avoir accompli la volonté de Dieu, vous bénéficiez de la promesse. » (He 10,32-38) Dieu ne choisit pas d’éprouver l’homme, par contre c’est l’espérance qui a pris corps en Jésus Christ qui permet au chrétien de tenir et de vérifier sa foi dans l’épreuve « Tenez pour une joie suprême, mes frères, d’être en butte à toutes sortes d’épreuves. Vous le savez : bien éprouvée, votre foi produit la constance » (Jc 1,2-3), « Heureux homme, celui qui supporte l’épreuve ! Sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie que le Seigneur a promise à ceux qui l’aiment. Que nul, s’il est éprouvé ne dise : C’est Dieu qui m’éprouve. Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne » (Jc 1,12-13). Le croyant se conforme ainsi au Christ, exemple parfait de la patience dans l’épreuve jusqu’à la mort : « Car c’est une grâce que de supporter, par égard pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement […] Or, c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces. » (1 P 2,19-21) Bien loin d’être passive, la patience se traduit par une attente active et dynamique qui engage tout notre être ; Paul et Pierre nous invitent à « courir avec constance l’épreuve » à laquelle nous sommes confrontés, notre patience s’en trouvera alors fortifiée. Enfin, Paul nous rappelle que nous vivons par l’Esprit et que nous devons marcher sous son impulsion, or « voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5,22-23). Le fruit de l’Esprit par excellence c’est l’amour et c’est l’amour seul qui produit la patience car : « il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune […] Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » (1 Co 13, 5-7)

François d’Assise, lui aussi, souligne que c’est dans les difficultés que se mesure notre patience : « Ce qu’un serviteur de Dieu possède de patience et d’humilité, on ne peut pas le savoir tant que tout va selon ses désirs… » (Adm 13). Dans le Cantique des Créatures, il loue la persévérance de ceux « qui supportent épreuves et maladies » en conservant la paix, il reprend également l’image de la couronne de vie qu’ils recevront du Très-Haut. Par ailleurs, il associe patience et humilité : humilité de celui qui renonce à sa volonté propre pour s’abandonner en toute confiance à celle du Père.

Souhaitons que l’année nouvelle nous redonne le goût de la patience…Patience envers nos frères et sœurs : il ne s’agit pas d’apprendre à les supporter mais d’apprendre à les aimer toujours davantage car seul l’amour peut transformer leur cœur et le nôtre. Patience face aux épreuves : quand tout semble se dérober, c’est dans la foi que nous puiserons l’espérance qui nous maintiendra fermes et résolus, car notre Père ne peut se détourner de nous. Nous savons bien que son amour et sa tendresse pour nous ne passeront jamais…

P. Clamens-Zalay

La sobriété – 2ème partie « La sobriété, autrement nommée pauvreté ? simplicité ? humilité ?»

Dans la vie spirituelle, la sobriété n’apparait pas toujours comme telle, mais elle est sœur des vertus que se plaît à saluer St François : pauvreté, simplicité, humilité.
Les premiers chrétiens « n’avaient qu’un cœur et qu’une âme », ils mettaient en commun ce qu’ils possédaient et le partageaient avec les plus démunis : « Parmi eux, nul n’était dans le besoin ; car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On distribuait alors à chacun suivant ses besoins. » (Ac 4,32 ; 34-35) Les nouveaux convertis se référaient à cette parole du Christ : « si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens suis-moi ! » (Mt 19, 21-22).
A la fin du IIIème siècle, Antoine le Grand fut le précurseur d’un mouvement spirituel qui vit le jour en Égypte. Des hommes quittèrent tout pour rejoindre le désert et y mener une vie ascétique, totalement consacrée à la prière pour les uns, associant prière et travail pour les autres. Les Pères du désert firent le choix du retrait et de la simplification pour se libérer de tout ce qui pouvait entraver leur relation à Dieu. Unis à leur Seigneur, ils étaient en profonde communion avec ce monde dont ils s’étaient éloignés. Leur influence sera grande sur le monachisme occidental car leur ascèse, qui peut parfois nous surprendre aujourd’hui, ne faisait pas d’eux des surhommes, mais des êtres unifiés et pacifiés.
C’est précisément ce que rechercha saint Benoît dans sa Règle qui organise la vie des moines à travers trois grandes activités : la prière commune, la lectio divina et le travail manuel. Cette Règle est un modèle d’équilibre inégalé : basée sur la simplicité et la modération, elle prône la sobriété et la rigueur mais limite les excès dans l’ascèse, car cette dernière n’est qu’un moyen au service de la recherche de Dieu et de l’épanouissement de la vie intérieure.
Cependant, nous savons bien que l’Église n’a pas toujours été un modèle de sobriété : pendant des siècles elle s’est voulue puissante et triomphante, multipliant à l’excès les richesses et les dorures, oubliant sa vocation à être une Église pauvre pour les pauvres…Fort heureusement, depuis Vatican II, les papes qui se sont succédé ont renoncé au faste et aux apparats et la liturgie a retrouvé « la noble simplicité » du rite et des ornements.
Pour autant la sobriété n’est pas l’ennemie de la beauté. Toutes deux peuvent même coexister en parfaite harmonie dans une célébration ou dans un office, dès lors que le beauté ne se veut pas pur esthétisme, mais ouvre à une beauté qui lui est supérieure, La Beauté.
Il en est de même dans notre vie d’oraison personnelle. Rien ne doit faire obstacle à la rencontre, à ce cœur à cœur avec Celui qui nous est plus intime que nous-même. Notre Père se dévoile dans le silence. Pour que sa Parole puisse être écoutée, méditée, priée, pour qu’elle prenne corps en nous, il faut pouvoir s’abstraire de ce monde et de toute forme de distraction. Il faut pouvoir également se décentrer de soi, pour être en union avec Celui que nous adorons. « Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là, dans le secret ».
Contempler le Très-Haut c’est aussi contempler le Très Humble. Dieu s’abaisse jusqu’à nous pour nous rejoindre dans la fragilité de notre condition humaine. Il n’a pas choisi de se révéler dans la gloire, la puissance et la richesse. Le Christ est « un Roi d’humilité, Roi sans palais, Roi sans armée », comme nous le chantons à l’Épiphanie. De la nativité à la mort sur la croix, c’est toujours sous les dehors les plus humbles que se manifeste l’amour divin. Ce mystère de l’humilité de Dieu, St François le contemple dans l’Eucharistie : « Voyez : chaque jour il s’abaisse, exactement comme à l’heure où, quittant son palais royal, il s’est incarné dans le sein de la Vierge ; chaque jour c’est lui-même qui vient à nous, et sous les dehors les plus humbles ; chaque jour il descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre. » (Adm 1,16-18).
Si la sobriété se dit dans la simplicité, la pauvreté et l’humilité, il est clair que ces valeurs ne sont pas celles de notre monde. Alors désirer être toujours plus uni au Christ suppose une vie intérieure extrêmement féconde pour se conformer à Celui que nous contemplons et que nous recevons. C’est ainsi que nous pourrons, à l’exemple de François, découvrir l’humilité de Dieu : « Ô admirable grandeur et stupéfiante bonté ! Ô humilité sublime, ô humble sublimité ! Le maître de l’univers, Dieu et Fils de Dieu, s’humilie pour notre salut, au point de se cacher sous une petite hostie de pain ! Voyez, frères, l’humilité de Dieu et faites-lui l’hommage de vos cœurs. Humiliez-vous, vous aussi, pour pouvoir être exaltés par lui. Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se livre à vous tout entier. » (L.Ord 27-29)

P. Clamens-Zalay

La sobriété – 1ère partie : « Y a-t-il une sobriété heureuse ?»

La crise sanitaire de cette année 2020 nous a obligés à limiter ou à cesser une partie de nos dépenses. Ces restrictions que nous avons d’abord subies, par manque d’accès à toutes les offres multiples et variées auxquelles nous sommes habitués, peut-être avons-nous réussi, au fil du temps, à leur donner sens en redécouvrant ce qui se cache derrière des vocables comme « tempérance », « modération », « frugalité » … en un mot la « sobriété », si chère à notre pape François.
La sobriété évoque l’idée de privation volontaire, de refus d’une consommation débridée, de renoncement aux plaisirs et à l’agitation de ce monde. Alors, pour celui qui est sans cesse sollicité à consommer toujours plus ou pour celui qui vit dans l’extrême dénuement, laisser entendre que la sobriété peut être « heureuse », et conduire au bonheur, est difficile à concevoir.
Pierre Rabhi, pionnier de l’agroécologie, prône la sobriété heureuse « comme une sorte d’antidote à la société de la surabondance sans joie dans laquelle les pays dits développés se sont enlisés […] L’observation objective des faits met en évidence la nécessité absolue de placer l’humain et la nature au cœur de nos préoccupations, ainsi que l’économie et tous nos moyens à leur service […] La sobriété, dans ce cas, devient facteur de justice et d’équité, mais cela nécessite obligatoirement de renoncer au modèle actuel. » (Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse)

Que nous dit le pape dans Laudato Si ? « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. » (LS 223) « La spiritualité chrétienne propose une croissance par la sobriété, et une capacité de jouir avec peu. C’est un retour à la simplicité qui nous permet de nous arrêter pour apprécier ce qui est petit, pour remercier des possibilités que la vie offre, sans nous attacher à ce que nous avons, ni nous attrister de ce que nous ne possédons pas. Cela suppose d’éviter la dynamique de la domination et de la simple accumulation de plaisirs. » (LS 222).

L’un comme l’autre affirment que nous ne pouvons continuer à épuiser ainsi les ressources de la Terre car il n’en va pas uniquement de l’avenir de notre planète, mais, de manière plus urgente, de l’avenir de l’homme. Nous avons développé un système dans lequel une infime partie de la population mondiale consomme, à elle seule, la presque totalité de ce qui est produit. Non seulement nous créons toujours plus d’inégalités et d’injustices, mais ce déséquilibre dans lequel nous nous sommes installés ne peut que conduire à des conflits et à des guerres. Les pays pauvres n’accepteront plus d’être les laissés pour compte de la mondialisation et les premières victimes d’un réchauffement climatique dont les pays riches sont en grande partie responsables.

Comme citoyens, nous pouvons faire le choix d’une certaine sobriété au quotidien, en interrogeant tous les aspects de notre vie : consommation, alimentation, habitat, travail, déplacements, loisirs, vacances, santé, en les analysant sous l’angle de l’utilité et de la nécessité, de la dépendance qui peut en découler, des conditions de fabrication (proximité, niveau de pollution, mais aussi droit du travail et droits de l’homme). Et, au final, nous y trouverons plus de joie que dans l’escalade sans fin de la satisfaction de besoins qui ne sont pas les nôtres mais ceux que l’on nous impose.
Comme chrétiens, nous pouvons découvrir combien la sobriété peut être heureuse car elle porte en elle la promesse d’un bonheur tout autre. François d’Assise en est la parfaite illustration : dans une société médiévale faisant la part belle aux marchands, au pouvoir des seigneurs et à la concurrence entre cités, dans un temps où l’Église vivait dans l’opulence et l’omnipotence, il a fait le choix radical d’un retour à la pauvreté évangélique. Non pas pour la pauvreté en elle-même, mais parce qu’elle est le seul chemin qui nous ouvre au Père et à la fraternité universelle. En se dépossédant de ses biens et de toute volonté de domination, François se fait le frère de toute créature, en particulier de la plus petite, la plus pauvre, la plus méprisée, et avec elle il peut rendre tous biens au Père, Lui qui est le seul Bien.

Cependant, ne soyons pas dupes, vouloir introduire plus de sobriété dans son existence, n’est pas si facile et suppose des remises en cause ou des renoncements. Si le pape présente cette attitude comme « libératrice », c’est parce qu’elle conduit immanquablement à prendre du recul sur tout ce qui mène ce monde mais l’écarte bien trop souvent du Royaume. Choisir la sobriété, c’est rechercher plus de simplicité et une certaine forme de pauvreté dans notre existence, c’est-à-dire renoncer à la toute puissance et accepter de tout recevoir comme un don. Or ce qui nous est donné n’est pas fait pour être amassé et retenu égoïstement, mais pour être partagé. C’est aussi réduire le temps que nous consacrons à nos chers écrans pour nous rendre plus disponibles à Dieu et à nos frères, pour vivre avec eux, non pas la communication, mais la communion…

Concluons en citant Mgr Colomb, qui écrivait dans sa Lettre pastorale, à l’occasion des 5 ans de Laudato Si : « Partout dans le monde chrétien des hommes et des femmes se sont levés pour rappeler l’essentiel : la recherche d’une vie simple, équilibrée, une vie tournée vers Dieu, tendue vers l’espérance du Royaume à venir et marquée par la fraternité et la solidarité envers les plus pauvres. Car l’essentiel pour le croyant n’est pas d’abord la sauvegarde de la planète. L’essentiel est de se tourner vers ce qui est éternel en usant de manière équilibrée de ce qui est transitoire. » (Vers une sobriété heureuse, 1er mai 2020)

P. Clamens-Zalay

Comment vivrons-nous cette rentrée ?

La rentrée est habituellement un temps propice aux projets de toutes sortes. Après des vacances sous le signe du repos et de la détente, nous sommes bien souvent animés d’un nouvel élan et plus ouverts au changement, autrement dit à la vie. Mais cette rentrée 2020 ne ressemble à aucune autre… Si nous avions cru que la pandémie disparaîtrait avec l’été, il n’en est rien, et les discours les plus alarmistes nous obligent à repenser la reprise de notre travail ou de nos activités. La tentation est grande de renoncer à nos projets et de nous replier sur nous-mêmes, de nous « reconfiner » sans en attendre l’injonction. Et si nous leur faisons la part belle, la peur et la méfiance peuvent nous conduire à tourner le dos à la vie.

Laïcs franciscains, nous sommes invités à vivre l’Évangile à la manière de François en suivant, comme lui, les traces de notre Seigneur qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie ». Notre foi est un long cheminement, qui s’avère parfois laborieux ou nécessite des haltes, mais elle se vit dans le mouvement, dans la rencontre, jamais dans l’enfermement… Chacun de nous est ce jeune homme riche auquel le Christ adresse ces mots : « viens, suis-moi ». Mais pour marcher à la suite du Ressuscité, il nous faut d’abord nous défaire de tout ce qui nous encombre : nos faiblesses et nos doutes, notre instinct de pouvoir, de possession, des biens comme des personnes, nos difficultés à pardonner et à vivre la miséricorde, nos peurs et notre manque de confiance. Ainsi suivre les traces de notre Seigneur Jésus-Christ suppose que nous soyons capables d’accueillir sans cesse sa grâce inépuisable et d’y répondre en nous laissant travailler par son Esprit.
François, à la fin de sa vie, « était loin de se croire arrivé, mais, tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté, il gardait toujours l’espoir de commencer. » C’est pourquoi il disait à ses frères : « Commençons, mes frères, à servir le Seigneur Dieu, car c’est à peine si nous avons jusqu’alors accompli quelque progrès ! » (1 C 103)
François ne dit pas « recommençons » ou « continuons », mais « commençons »…car c’est chaque jour qu’il faut se laisser convertir, et par conséquent prendre le risque d’être confronté à la nouveauté des situations et des personnes rencontrées en cherchant toujours à les recevoir humblement dans la joie et dans la paix. Oser la nouveauté, oser la confiance…commencer… « François est l’homme délivré de la peur. Il a plongé ses racines ailleurs. Il ne se construit pas tout seul. Il se reçoit du Père. Il n’a plus de biens à défendre, mais des cadeaux de vie à partager. Il est fraternel, parce qu’il a remplacé la jalousie, l’envie, la cupidité par un regard émerveillé. Ce qu’il y a de vrai, de beau et de bien, dans ce que tout homme fait et dit, devient un don de Dieu, un reflet de Dieu, une Parole de Dieu au sens large. » (M. Hubaut, « Chemins d’intériorité avec saint François »)
Par nous-mêmes, nous ne sommes rien si nous ne laissons pas agir en nous l’Esprit du Seigneur ; ainsi renouvelés et vivifiés nous pouvons alors accepter nos pauvretés et nous reconnaître totalement dépendants de l’amour et de la prodigalité du Père, source de tout bien. Nul besoin alors d’accumuler des trésors devenus inutiles, de vouloir prouver sa valeur ou de s’acharner à maîtriser les événements. Dépassées, également, la peur et la méfiance qui paralysent ou qui mettent en échec la rencontre de l’autre en vérité. Tout devient possible, tout peut réellement commencer.
Quand François se décrit comme « homme fragile et méprisable », « homme inutile et indigne créature » (Lord 3 ; 47), ce n’est pas un effet de style mais la conscience aiguë que par lui-même il n’est rien mais qu’il reçoit tout et se reçoit du Seigneur. C’est le résultat d’un long chemin de conversion car, nous dit Celano, il était « tenace dans sa volonté de perpétuel renouvellement dans la sainteté ».

Cette rentrée, inquiétante, certes, tâchons de l’aborder plus sereinement en nous mettant à l’école de François : accueillir chaque jour ce qui nous sera donné, avec confiance, dans la joie et, pourquoi pas, l’émerveillement. Retournons à la vie et « commençons à servir le Seigneur Dieu ».

« Dieu tout-puissant, juste et miséricordieux, par nous-mêmes nous ne sommes que pauvreté; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux et de vouloir toujours ce qui te plaît, afin qu’intérieurement purifiés, intérieurement illuminés et embrasés par le feu de l’Esprit Saint, nous puissions suivre les traces de ton Fils Bien-Aimé, et, par ta seule grâce, parvenir jusqu’à toi, Très-Haut, qui vis et règnes, glorieux, en Trinité parfaite et simple Unité, Dieu tout-puissant, dans tous les siècles des siècles. » (LOrd 50-52)

P. Clamens-Zalay

Comment pouvons-nous nous dire fils et filles bien-aimés du Père ?

Dans l’Ancien Testament, Dieu se présente comme le maître d’Israël sur lequel il exerce son autorité avec bienveillance : il conduit, il avertit, il corrige, il protège… et peu à peu se dessine l’image d’un père pour son peuple « Vous êtes des fils pour Yahvé votre Dieu » (Dt 14,1). Les prophètes Osée et Jérémie insistent en soulignant la tendresse débordante de Yahweh pour son enfant, celle d’un père mais aussi d’une mère : « Et moi j’avais appris à marcher à Éphraïm, je le prenais par les bras, et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux ! Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. » (Os 11, 3-4) « Éphraïm est-il donc pour moi un fils si cher, un enfant tellement préféré, que chaque fois que j’en parle je veuille encore me souvenir de lui ? C’est pour cela que mes entrailles s’émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse ». (Jr 31,20). Lorsqu’il faut consoler les affligés, Isaïe a recours à des images maternelles pour exprimer l’amour de Dieu : « Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles. Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. » (Is 49, 15). Ému jusqu’aux « entrailles » par les souffrances de ses « fils », Dieu est celui qui chérit ses enfants plus qu’un père, plus qu’une mère, car la fidélité de son amour ne se dément pas, ce serait se renier lui-même. Il est à la fois Créateur, Seigneur, Dieu et Père d’un peuple qu’il s’est choisi et dont les fils sont ses « bien-aimés » (Ps108, 7) et de ce fait objets de sa protection et de sa miséricorde.
Le Nouveau Testament, les Évangiles et les Lettres de Paul, nous désigne Jésus comme le Fils bien-aimé du Père. Il est celui qui accomplit les prophéties de l’Ancien Testament concernant l’Emmanuel : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix » (Is 9,5). Lors de son baptême, et de la Transfiguration, Dieu l’identifie comme son Fils : « Et voici qu’une voix venue des cieux disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur. »(Mt 3,17). Jésus est non seulement le « Fils » mais plus encore « le Fils bien-aimé », c’est-à-dire le « Fils unique », expression que Jean emploie à de multiples reprises. Il est celui qui peut s’adresser à Dieu en le nommant « Abba ! Père ! », ce qui traduit cette relation intime et à nulle autre pareille qui les unit tous deux. Affirmer sa filiation, c’est donc affirmer sa condition divine, ce que les Juifs de son temps ne pouvaient accepter. Jean explique clairement l’unité entre le Père et le Fils, unité de nature, unité dans la gloire et dans les œuvres car le Père a tout remis au Fils et lui a donné tout pouvoir. (Jn 5,19-23) Paul, dans l’Épître aux Colossiens, célèbre la primauté du Fils bien-aimé, exalté comme Seigneur et comme Sauveur : « Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses…Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui…Premier-né d’entre les morts, il fallait qu’il obtint en tout la primauté, car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute plénitude et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui, aussi bien sur la terre que dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » (Col 1,15-20).

Enfin, Jésus est celui qui connait le Père et qui seul peut le révéler : « Tout m’a été remis par mon Père, et nul ne connait le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connait le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt 11,27).

Si tout être humain est enfant de Dieu, le chrétien devient « fils du Père » par adoption. C’est un thème cher à Saint Paul : tous les chrétiens sont fils de Dieu par la foi au Christ : « Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus » (Ga 3,26) ; L’Esprit qu’ils ont reçu fait d’eux des fils adoptifs : « En effet, tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait crier : Abba ! Père ! L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. » (Rm 8, 14-17). Par la foi nous sommes un seul être dans le Christ Jésus, lui le frère
aîné avec lequel nous partageons l’héritage paternel. Nous sommes baptisés dans le Christ pour renaître à une vie nouvelle, pour prendre part à la Vie du Fils, pour nous conformer à lui et devenir ce que nous sommes, les bien-aimés de Dieu : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience, supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. »(Col 3, 12-13).

Prendre conscience de notre filiation au Père, c’est reconnaitre en l’autre un frère, lui aussi un bien-aimé du Père, alors même qu’il m’est peut-être indifférent ou hostile…C’est garder présent au cœur le commandement d’amour de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » et le « comme je vous ai aimés » est essentiel, il est le fondement de toute fraternité. Thème tout à fait franciscain : dans notre Projet de Vie, nous pouvons lire : « En tout homme le Père des Cieux voit les traits de son Fils, premier-né d’une multitude de frères ; de même les laïcs franciscains accueilleront, d’un cœur humble et courtois, tout homme comme un don du Seigneur et une image du Christ. » (PdV 13).

Vouloir vivre en fils et filles bien-aimés du Père, c’est donc témoigner de notre confiance en un Dieu présent à chaque instant de notre vie, un Dieu qui ne peut nous oublier, comme nous le dit Isaïe ; c’est nous donner tout entier pour chacun de nos frères à la mesure de l’amour dont le Père nous aime et le traduire par des actes de charité fraternelle ; enfin, c’est rayonner pour nos frères et sœurs de sa grande douceur et de sa miséricorde inépuisable, c’est participer déjà à la nature de Celui qui nous a adoptés.

P. Clamens-Zalay