Famille franciscaine de l'Est Francilien

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(Lire et sortir)





> La nuit dernière au XVe siécle.

D.van Cauwelaert, La Nuit dernière au XV° siècle, Livre de poche, Paris, 2015, 252 pages. 6,60 €.



            Didier van Cauwelaert est souvent inspiré par le surnaturel et son roman La nuit dernière au XV°siècle ne déroge pas à la règle.  La recette se décline dans l’univers contemporain, avec une pincée de XV°siècle. Ainsi,  Jean-Luc Talbot, contrôleur des impôts castelroussin, avide de redressements fiscaux porte le nom d’un général anglais du XV°siècle. Homme de son temps, il cultive la rigueur cartésienne propre à la profession qu’il exerce et mène une vie personnelle plutôt conforme à ce que peut être celle du vulgum pecus de notre époque. Il cherche sans doute un sens à sa vie, s’ennuie quelque peu entre les contraintes parfois sadiques de sa vie professionnelle et les relations privées éphémères. Certes, il vit en terre berrichonne chère aux traditions druidiques, aux rebouteux, aux alchimistes et autres magiciens et sorcières ; mais pas de quoi perturber notre « héros » rationaliste.

Pourtant,  les hasards d’un contrôle fiscal le conduisent en un château à l’ambiance étrange et fantasmagorique. Las, toutes les certitudes sont bousculées lorsque notre contrôleur plonge dans un univers peuplé de fantômes dont Isabeau, maumariée,  morte depuis plus de cinq siècles hantant le château  pour retrouver  l’homme qu’elle avait aimé. Or, son Guillaume est réincarné en Jean-Luc Talbot.  Les personnages qui vivent dans cette demeure sont-ils du monde des vivants ou de celui d’antan ? Les protagonistes portent des noms que Van Cauwelaert a sans doute puisés dans ce siècle d’invention du monde. Pense-t-il à Isabeau de Bretagne ou Isabeau de Bavière, épouse du roi fol Charles VI ? À Guillaume Coquillart ? Toute la question de cette relation avec une femme du XV°siècle en mal d’amour pour Jean-Luc-Guillaume est de savoir s’il est plongé dans le rêve ou s’il est victime du complot d’un contribuable retors. Sombre-t-il dans la folie ? A-t-il enfin trouvé l’amour qu’il cherchait ? Est-il soumis à une manipulation diabolique ? Peut-il modifier le passé en étant réincarné ? Peut-il mener de concert et de conserve une vie aujourd’hui et une autre hier ? Peut-il entretenir une liaison avec une femme d’antan ?

Il y a dans ce petit ouvrage de 250 pages beaucoup de personnages excentriques qui naviguent parfois au fil des siècles, dépeints avec un rythme soutenu, dans ce qui tient plus de la fable burlesque que du roman. C’est sans nul doute un livre amusant voire parfois drôle qui exploite les ficelles de l’univers du surnaturel avec force fantômes et revenants, écriture automatique, confusion entre rêve et réalité,  au coeur d’un décor de conte.

Plaisant sans être génial, divertissant sans être désopilant, un petit côté « visiteurs » avec une petite réflexion philosophico-psychologique dont la fin peut surprendre tant l’idée du complot pouvait sembler la plus crédible. Un bon petit ouvrage pour la plage qui ne passera certainement pas à la postérité mais saura divertir avant de passer à quelque chose de plus sérieux. À prendre dans ses bagages cet été. 

Erik Lambert


> Rodin


C’est un choc lorsque l’on pénètre au Grand Palais pour cette exposition rétrospective consacrée à Rodin à la faveur du centenaire de sa mort.
En effet, côtoyant des œuvres célèbres du sculpteur parisien, le visiteur découvre une colossale sculpture travaillée à la tronçonneuse peinte à l’huile en bleu et ocre du sculpteur saxon contemporain Georg Baselitz, Volk Ding Zero et Le jeune homme assis du rhénan Wilhelm Lehmbruck. L’ambition de l’exposition réside sans doute dans l’hypothèse que Rodin fut, certes un artiste de la charnière des XIX°-XX° siècles, mais qu’il fut surtout source d’inspiration pour nombre de sculpteurs qui créèrent après lui. Pour un amateur béotien plus sensible au Dieu de l’Artémision qu’à des œuvres plus récentes, le coup fut rude.

Mais après réflexion, on peut percevoir la démarche qui a guidé les concepteurs. La révolution engagée par Rodin consiste à façonner des corps expressifs exhalant des sentiments sans accessoires, sans artifices dans une humanité crue. Ces corps expriment tous les sentiments qui nous animent ceux du bonheur comme ceux de la souffrance. Il ne s’agit donc pas d’une rétrospective  que nous offre le musée de l’hôtel Biron, mais plutôt un hommage à ce que représenta Rodin pour tant d’artistes. Au gré des salles, Giacometti, Brancusi et Picasso, participent à l’éloge alors que Camille Claudel demeure  étrangement lointaine, ne s’invitant qu’à la faveur de deux œuvres. 

Rodin, c’est notre vie humaine entre enfer et paradis, c’est la sensualité du célèbre baiser et l’enfer d’un Ugolin tourmenté et effrayant bien différent de celui de Jean-Baptiste Carpeaux. Que ce soit des plâtres, des bronzes, des marbres, toutes les œuvres expriment des sentiments qui sautent au visage, des formes qui envoûtent, des poses qui émeuvent, déconcertent, troublent. Quelle violence dans nos faiblesses humaines,  Aloadès se croyant les égaux des dieux, Illusion, sœur d’Icare, orgueil, avarice et luxure qui nous conduisent si près de la sublime et dantesque Porte de l’enfer.

L’âge venant, on nourrit une brutale émotion tant le maître parvint à rendre admirable le corps flétri par l’âge de la vieillissante belle Heaumière chère à François Villon ! Ce souci de travailler la matière inerte pour lui offrir la vie, c’est le génie de Rodin insufflé à d’autres artistes de Joseph Bernard et  son violent homme, fragment du fardeau de la vie, ou d’Antoine Bourdelle et les souffrances exprimées par ses Combattants. On peine avec les hommes de La Fontaine de la vie du Croate Ivan Mestrovic, on est fasciné par ce visage et ce vêtement qui communient en ce Torse de l’âge d’airain drapé.

En terminant la visite, on prend conscience que la puissance des sentiments humains qu’exprime Rodin a influencé les artistes des nouveaux supports offerts par le siècle qui naquit. Max Svabinsky sut saisir les moments d’inspiration de l’artiste et l’exposition montre combien la photographie peut être un art vivant qui épouse ceux qui l’ont précédé. Cette exposition est tumulte, violence et splendeur même si à trop vouloir trouver Rodin partout elle finit par nous faire oublier Rodin.  

Vous avez achevé votre flânerie, mais revenez en arrière si vous n’avez pas admiré ces subtiles petites aquarelles de Delacroix, Le Mendiant anglais et Le Paysan romain…tout ceci est au Grand Palais jusqu’à la fin juillet, n’hésitez pas les tourments de notre humanité vous attendent !

Erik Lambert.

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