Famille franciscaine de l'Est Francilien

> Culture

(Lire et sortir)

 

> Couleurs de l'incendie

P.Lemaitre, Couleurs de l'incendie, Paris, Albin Michel, 2018, 530 pages, 22,90 euros.


Voici une année littéraire qui commence bien ! Fort de son intérêt pour le XX°siècle, encouragé par un Goncourt mérité et par le succès cinématographique de son passionnant Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre offre le second volume de la trilogie qu’il consacre à un monde hanté par les conflits. Le décor est vite posé.  Février 1927, quelques temps avant la crise économique, Couleurs de l’incendie s’ouvre sur les obsèques du patriarche, fin d’un monde englouti dans la Grande Guerre. Edouard Péricourts’est retiré de la scène, le coryphée Marcel a disparu, l’ex-mari est incarcéré ; c’est désormais Madeleine qui affronte les affres de la vie, les contraintes de la gestion d’une banque et des souffrances psychologiques de son fils Paul. Confrontée aux fourberies des uns et des autres, Madeleine, construit une nouvelle vie, celle d’une femme ruinée, contrainte de s’émanciper par les infortunes de l’existence mais une femme résolue qui nourrit sa vengeance. L’ensemble est servi par une plume alerte, une science du rebondissement, et une pointe d’humour. Lemaitre attentionné, évite l’égarement du lecteur : « est-ce que vous vous souvenez    de… ? » Il séduit, entraîne dans son intrigue, aidé par des personnages balzaciens. L’escroquerie et les souvenirs des tranchées avaient animé le premier volume ; les multiples trahisons et la vengeance inexorable d’une femme sont au cœur du second. Comme Lemaitre le fit dans le premier volume de la saga, Couleurs de l’incendie  commence par une scène assez spectaculaire, qui semble un clin d’œil à Au Revoir là-haut. Une tentative de suicide, un enfant désormais handicapé, des financiers véreux, le contexte glauque des années 20-30, des personnages qui apparaissent méthodiquement mais aussi la vengeance, fil conducteur du roman ; bref…un goût de Hitchcock ; quoi de plus naturel pour un auteur de polars ? Il y a aussi une pincée d’Hergé avec des jumelles Dupondt laides à pleurer, une cantatrice aux comportements de diva à la Castafiore… Une ambition militante dénonçant l’évasion fiscale, le boursicotage, les affaires d’Oustric à Marthe Hanau, de Klotz à Stavisky ;  sans oublier la vénalité de la presse, les journalistes-Rastignac et la condition de femmes qui s’émancipent. C’est aussi un roman historique avec un Monte Christo en jupons qui  chemine dans la grande Histoire. « Les couleurs de l’incendie » ce sont les étincelles qui éveillent les flammes du fascisme et du nazisme. Nous sommes déjà impatients d’ouvrir l’hypothétique  dernier volume de la trilogie qui plongera sans doute avec bonheur dans le second conflit mondial ; l’infâme Pradelle, sorti de prison endosserait superbement un costume à la Bonny.

Erik Lambert.

> Le jeûne, une nouvelle thérapie ?

 

Documentaire de Thierry de Lestrade et Sylvie Gilman

Disponible en VOD sur le site d'ARTE. Existe également un livre : Le Jeûne, une nouvelle thérapie. Thierry de Lestrade. La Découverte/Poche

 

            Aux temps où les hommes étaient plus étroitement tributaires de la nature, ils traversaient des périodes où l'approvisionnement était rare, voire absent, par exemple à la sortie de l'hiver quand les animaux étaient trop maigres ou bien pendant la "soudure", l'intervalle entre deux récoltes. Ainsi, le carême coïncide avec une intersaison où la disette était fréquente. De même, le jeûne est pratiqué chez tous les peuples sous une forme traditionnelle ou une autre, toujours empreinte de spiritualité ou de religiosité. Bien que ce ne soit pas son but, cet excellent documentaire nous aide à comprendre la profondeur et l'ancienneté de la pratique du jeûne et par là nous invite à réfléchir à sa portée spirituelle.

            Accepter l'idée que le jeûne soit bon pour la santé oblige à inverser le système de valeurs de notre société de surabondance où "le manque est vécu comme une défaite". Or, le documentaire en apporte les preuves accumulées par des études cliniques et scientifiques complètes réalisées d'abord en Russie soviétique, puis en Allemagne et maintenant en Californie : le jeûne guérit ou aide à soigner de nombreuses maladies au premier rang desquelles figurent logiquement celles qui sont en grande partie dues aux modes de vie actuels (cancer, diabète, maladies auto-immunes, dépression, hypertension, asthme, allergies, arthrose etc…). Des voix dominantes continuent malgré tout d'ignorer ses bons résultats et de clamer sa dangerosité. Pourtant, à condition de respecter certaines règles de bon sens, il ne comporte que des bienfaits et aucun risque. Il y a une raison à cela qui suscite beaucoup de réflexion : le jeûne est un mécanisme d'adaptation modelé par l'évolution dès les origines de la vie et commun à tous les animaux (dont l'homme). Cesser de s'alimenter provoque un état de stress positif qui relance nos mécanismes autorégulateurs rendus passifs par nos modes de vie récents. Car nous ne sommes pas prévus pour nous alimenter sans cesse comme nous le faisons. Au contraire, nous sommes adaptés au jeûne et cette capacité est probablement inscrite dans notre code génétique comme le montreraient sans doute les deux ou trois études nécessaires que personne ne consent à subventionner.

            Pourquoi le jeûne continue-t-il d'être une pratique marginale malgré ses formidables résultats ? Il y a une première réponse terrible : parce qu'il ne rapporte pas d'argent. Les maladies chroniques qu'il soigne avec une efficacité avérée sont une manne financière quotidienne pour l'industrie pharmaceutique qui n'a aucun intérêt à se priver de clients à d'autant plus long terme qu'elle ne les guérit pas ; c'est pourquoi la recherche sur le jeûne ne bénéficie d'aucun soutien de sa part ni de la part des états qui protègent ses intérêts.
Il y a une seconde et double réponse, spirituelle celle-là, si ce n'est de civilisation. Le jeûne est une ascèse, et on voit bien comment la recherche de satisfaction immédiate nous en éloigne alors qu'elle est une condition naturelle du bien-être. D'autre part, le jeûne, en tant que capacité du corps à se guérir lui-même, nous rappelle que toute bénéfique, indispensable et enthousiasmante que soit la science, elle se doit, pour son plus grand profit et le nôtre, de rester humble devant la création en cherchant à la comprendre avant d'essayer de la dépasser et de la remplacer. Elle se doit aussi, et avant tout, d'échapper à la mainmise des commerçants, fussent-ils en médicaments.

Jean Chavot.

AccueilArchives Contact
Site réalisé par Mirage