Famille franciscaine de l'Est Francilien

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> La Valse de Méphisto

F. Tallis, La Valse de Méphisto, Paris, 2018, 10/18, 358 pages, 8,40 euros


    Nous sommes en 1904, l'inspecteur Oskar Rheinhardt et son ami le docteur-psychiatre, adepte de  Sigmund Freud, Max Liebermann,  sont plongés dans le monde sombre des utopistes de tout poil qui fréquentent l’une des grands capitales européennes : Vienne. Ce sont les dernières années du XIX°siècle, la vague des attentats anarchistes frappe le monde. Sensibles aux idées de Proudhon et de Bakounine ; Ravachol, Lucheni, Henry, Bresci, Czolgosz, Vaillant, Caserio, aspirèrent à bouleverser la société par le terrorisme. C’est la stratégie de la propagande par le fait qui conduisit en France aux lois scélérates jugées liberticides.
Vienne, 1904, le corps d’un homme défiguré par l’acide et tué par balle est retrouvé face à trois sièges soigneusement agencés comme si un procès avait eu lieu. Dans la collection « Grands détectives » publiée par les éditions 10-18, Franck Tallis montre une belle créativité puisqu’il s’agit là du septième opus de la série. L’ouvrage conduit le lecteur dans la Vienne habsbourgeoise, univers bientôt englouti par la Grande Guerre. Cet Empire bicéphale, décadent et vieilli à l’image d’un François-Joseph de 74 ans, est au cœur d’une intrigue alerte qui fait valser le lecteur sur les Mephisto-Walzer de Franz Liszt inspirées d’épisodes du Faust de Nikolaus Lenau. Tel Hitchcock ; Ferdinand Porsche, Gustave Le Bon, Ferdinand-Charles d’Autriche et Freud font de furtives apparitions au fil de l’intrigue. Les deux amis pourchassent Méphistophélès, un des sept princes de l’enfer, serviteur du diable, qui navigue dans les cafés et les caves enfumés d’un monde viennois interlope. Ce suppôt de Satan ressemble quelque peu au prince Kropotkine et trouve dans la Vienne moribonde des Klimt, Schiele, Kokoschka, Schnitzler, Roth, un cloaque hétéroclite à la mesure de ses projets démoniaques.  Se côtoient des utopistes romantiques, des artistes bohèmes, des nymphomanes éprises des mœurs nouvelles, des anarchistes, tous avides de bousculer une société qui vacille. La psychanalyse balbutie mais permet d’imaginer le profil du meurtrier, la police scientifique s’éveille à peine mais les empreintes permettent de confondre les criminels. Un roman de qualité dans lequel se mêlent plusieurs histoires sans porter préjudice à la cohérence de l’enquête. Ce monde a disparu mais le Topfenstrudel et l’Apfelschmarnn existent toujours et pourquoi ne pas envisager un petit clin d’œil à Méphisto : lire Tallis à Vienne au Zwölf Apostelkeller de la Sonnenfelsgasse ?

Erik Lambert.



> Néandertal. L'expo.


La paléoanthropologie a fait d'immenses progrès dans les dernières décennies, grâce à l'apport d'avancées techniques et scientifiques, notamment dans le domaine des outils d'analyse et de la génétique. Ces progrès ont révolutionné les conceptions de notre évolution en tant qu'espèce, et cette science capitale pour comprendre le destin de l'Humanité continue de bouillonner de découvertes, de théories, de débats et d'avancées spectaculaires dans la connaissance et la réflexion.

L'origine africaine de l'Homme - Homo Erectus - et ses premières incursions en Eurasie autour de 1,8 millions d'années ne font plus de doutes, tandis qu'une découverte au Maroc cet automne a fait remonter l'apparition de l'Homme Moderne - notre lignée - à 300 000 ans, quelques dizaines de millénaires "seulement" après celle de l'Homme de Neandertal. Ce dernier n'est pas notre ancêtre, il appartient à une branche évolutive distincte, encore discutée. C'est là une réalité très importante à considérer : de nombreuses espèces humaines se sont succédées et ont cohabité au cours des âges. Ainsi, Néandertaliens et Hommes Modernes se sont côtoyés au point d'avoir des enfants - des hybrides - dont nous portons la trace génétique indiscutable. Au moment où il vivait, d'autres espèces suivaient leur propre ligne évolutive, dont l'Homme de Denisova, contemporain asiatique de Neandertal et probablement d'autres encore inconnues.

Les conceptions racistes ancrées au XIXème siècle ont forgé des représentations erronées de l'Homme de Néandertal, mais également de toutes les autres espèces différentes de la nôtre, au nom d'une vision de nous-mêmes - ou plutôt de l'homme blanc européen - au sommet d'une Création conçue pour notre seule existence et notre seul service. On voit bien aujourd'hui comment cette conception peut aboutir à mettre en danger la nature et l'Humanité en rompant des équilibres essentiels, montrant par là qu'elle contredit absolument le sens de la Création. La paléoanthropologie en prend acte. Elle ne réserve plus la dénomination d'Homo Sapiens à notre seule espèce. L'Homme de Neandertal possédait un cerveau plus gros que le nôtre, il était capable d'abstraction, de communication, de solidarité, il se parait, il se soignait et prenait soin des infirmes, il enterrait ses morts… C'est bon à savoir quand des études récentes montrent que nos cerveaux dont nous sommes si fiers, eux, diminuent en taille…

Voilà, parmi d'autres, des raisons de se précipiter au Musée de l'Homme qui propose sous ce titre "attractif" une exposition sur les Néandertaliens. Malheureusement, l'intention spectaculaire et mercantile y prend le pas sur la volonté didactique ; la vulgarisation devient, sous le clinquant des moyens modernes, simple vulgarité. Mais la force du sujet l'emporte, et l'exposition reste une bonne entrée en matière.

Jean Chavot.

http://museedelhomme.fr/fr/visitez/agenda/exposition/neandertal-expo
Jusqu'au 7 janvier 2019. De 9 à 12 €.


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