Famille franciscaine de l'Est Francilien

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> Un Franciscain chez les SS.

G.Goldmann, Un Franciscain chez les SS, Editions de l’Emmanuel, Paris, 2008, 332 pages. 22 €.

 

Très curieux ouvrage que ce témoignage ; qu’en penser ? Le titre lui-même pose question car comment envisager un franciscain chez les SS ? Fallait-il y voir un naufrage spirituel ? S’agissait-il d’un autre Kurt Gerstein ? La lecture de l’ouvrage laisse le lecteur dubitatif. Difficile de comprendre le parcours du jeune Goldmann, enfant rétif à la discipline, affrontant les premiers relents de nazisme et opposant sa bure brune aux chemises brunes et noires. Edité par les éditions de l’Emmanuel, le témoin nourrit l’ambition de célébrer la puissance de la prière, mais décrit aussi les horreurs de la guerre et les souffrances qu’elle engendre.

Si l’on appréhende aisément les racines profondes de l’endoctrinement nazi, on demeure atterré par la description du despotisme de nazillons pathologiques régnant dans les camps de prisonniers allemands. Il s’agit d’un livre d’histoire, du témoignage édifiant d’un séminariste versé dans la SS, qui refusa toutefois de prêter serment « sur l’honneur du sang allemand ». Mais déjà …Surprise du lecteur : comment un élément aussi rétif au dogme nazi demeura au sein de la garde noire ?  Comment put-il, comme le raconte Goldmann, rencontrer un Himmler compréhensif qui lui aurait laissé toute latitude pour vivre sa foi ? Comment parvint-il à obtenir une audience du Pape Pie XII qui en fit un prêtre alors que ses études n’étaient pas achevées ?  Comment obtint-il l’opportunité de visiter Dachau ? Quel étrange hasard lui permit de dénicher au gré de flâneries sur les quais de Seine des ouvrages de la bibliothèque de son séminaire franciscain, pillée par les nazis, puis de parvenir à les envoyer par caisses estampillées SS vers un monastère franciscain ?
Après avoir été reversé dans la Wehrmacht comme infirmier, combattant au Monte Cassino, notre Indiana Jones monastique participa à l’attentat de Rastenburg contre le Führer. N’hésitant pas à user de sa MP 40 Schmeisser afin de convaincre un évêque de lui permettre d’offrir le saint-sacrement aux soldats allemands au seuil de la mort, il mena toutes ses aventures en parvenant contre obus, massacres et menaces à dire la messe sous la menace permanente de l’exécution miraculeusement évitée. Animé par une foi digne du plus efficace des saints, bravache voire hâbleur, il poursuivit sa mission dans un camp de prisonniers perdu dans les sables sahariens où il parvint à convertir les plus farouches disciples mystiques de Thulé avant de partir évangéliser les Nippons.

On ne peut toutefois que demeurer très dubitatif devant ce témoignage. On comprend mal comment Goldmann a pu rester aussi longtemps dans la SS, comment il a pu échapper à l’exécution, alors que l’épée de Damoclès gestapiste pesait sur lui. Comment alors qu’il suscitait la méfiance et qu’il se refusait à tuer, a-t-il pu engager un tel « cursus honorum » le conduisant au grade d’adjudant-chef qu’il exhiba avec fierté ?  Comment, fort de ses convictions, a-t-il pu obtenir et accepter la Croix de fer ?

Sans cesse protégé par la Grâce divine et par la fervente prière de religieuses acquises à sa cause, il affronta les situations les plus délicates ; mais à lire cet ouvrage, on ne peut s’empêcher de penser que l’humilité ne fut pas sa qualité première. En fermant ce livre au style rugueux et lapidaire, on ne peut masquer un curieux sentiment de doute. L’autosatisfaction transpire, le héros en soutane se met en scène avec ferveur, complaisant vis-à-vis de lui-même. Il y eut le capucin botté de Castelnau, il y a désormais le franciscain intrépide.                                                                                  


Erik Lambert.

> Paysages Français
Une aventure photographique (1984 - 2017)

http:www.bnf.fr
9 ou 11 €. Mardi - samedi de 10h à 19h, dimanche de 13h à 19h.

La Bibliothèque Nationale propose jusqu'au 4 février une exposition photographique très instructive, enrichissante et à certains égards émouvante. Les très nombreuses photos exposées sont les réponses d'une trentaine de grands photographes à des commandes d'institutions soucieuses d'observer l'évolution du territoire français au cours des quatre dernières décennies marquées par les profonds changements dont nous avons pu être témoins. C'est pourquoi il est particulièrement judicieux de la recommander ou, encore mieux, d'y accompagner des jeunes ou des enfants qui ne les ont pas vécus en direct : ils pourront ainsi observer que l'Histoire qui s'inscrit dans tous les aspects de nos vies le fait aussi, et de manière spectaculaire, dans les paysages qu'on s'imagine pourtant immuables.

Les photographes exposés sont des artistes dont on peut voir sur des pupitres individuels des vidéos qui expliquent très agréablement leurs intentions et leurs méthodes. Cette heureuse initiative compense largement l'ineptie verbeuse des panneaux explicatifs, gros manque de l'exposition. Mais c'est peu de chose, car le travail des photographes parle de lui-même ; il excède largement la valeur documentaire qui reste cependant primordiale. Leurs objectifs savent saisir la présence de l'Homme, en creux, dans des paysages naturels déserts, par la trace, la griffure, la destruction, la transformation, la fertilisation, la sauvegarde qu'il y a opérées. Et c'est paradoxalement dans les paysages urbains ou périurbains que son absence exprime le plus la solitude contemporaine. Et puis tout à coup, on ne voit plus que lui, l'humain, dans des portraits de femmes et d'hommes saisis dans leur effort, leur fatigue ou leur repos, et lui encore quand il disparaît des lieux de travail vides, abandonnés, qui parlent d'une autre manière de l'existence laborieuse, étrangement solitaire malgré la promiscuité. Comme dans ses grands ensembles qu'on voit sortir de terre et parfois y retourner par la destruction, alors que la nature en friche et les enfants les regardent depuis les terrains vagues.

Par l'art du cadrage et de la lumière, les photographes révèlent l'étrangeté et la beauté des théâtres de nos vies quotidiennes. Nous les traversons en aveugles, l'habitude les a rendus anodins, l'envie de les voir disparaître les a faits transparents. Les artistes savent les voir et les restituer pour nous dans leur dignité de paysages intrigants, parfois bouleversants, de sorte que notre regard en ressort éduqué, parfois ébloui, et de nouveau conscient.

Jean Chavot.

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