Famille franciscaine de l'Est Francilien

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(Lire et sortir)

 

>L’Évangile selon Pilate
Suivi du journal d’un roman volé.


L’Évangile selon Pilate suivi du journal d’un roman volé. E-E Schmitt. 2000. Livre de poche. 288 pages. 7,40 €.


            C’est la partie centrale du roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, composé de trois parties, qui lui donne son titre d’Évangile selon Pilate. La première, Confession d’un condamné à mort le soir de son arrestation, est un autre Évangile encore plus surprenant et précieux que celui auquel il sert de prologue, car il est l’œuvre de Jésus lui-même en attente du supplice. C’est bien sûr une fiction romanesque, audacieuse entre toutes, que s’est permise l’auteur pour en introduire une autre moins iconoclaste puisque Ponce Pilate ne fut qu’un personnage, acteur et témoin, du drame essentiel dont il est connu pour s’être lavé les mains.

            Le Jésus que E-E Schmitt fait parler nous raconte sa vie de sa naissance à sa mort annoncée, épreuve qu’il sait être la pierre de touche de sa nature divine. C’est une vie humaine, charnelle, avec toutes les tentations que nous éprouvons nous-mêmes. Car ce Jésus ne vient pas au monde avec la conscience de qui il est. Comme pour chacun, sa vérité se construit et se révèle à lui au fur et à mesure de son existence. « Ce sont les autres qui m’ont annoncé mon destin. »
Le grand mérite, à mon sens, de l’artifice littéraire qui consiste à incarner Jésus dans un « je », est d’induire que la foi, bien qu’elle nous soit donnée, ne va jamais de soi, même pour celui qui en est l’objet et le modèle chrétiens, et de rappeler que l’Évangile - le vrai - est hautement subversif, non seulement des conventions sociales, religieuses, culturelles, mais de l’idée qu’on se fait de soi-même.

            Le corps du livre est en forme de roman épistolaire. Pilate y raconte les événements qui précèdent et suivent la Crucifixion à son frère Titus resté à Rome dans des lettres où il décrit plus qu’il décrit une Jérusalem engluée dans l’hypocrisie et le mensonge, toutes choses insupportables à son sens du droit et de l’ordre. De même, l’annonce de la Résurrection est une offense à sa rationalité romaine. Dès lors, cet « Évangile » selon Pilate - qui est plus un apôtre malgré lui qu’un évangéliste - devient un roman policier à l’envers où on ne cherche pas l’assassin mais la victime : il ne s’agit pas de découvrir qui a tué Jésus le « magicien » - Pilate le sait trop bien - mais où est passé son corps s’il est vraiment mort, et sinon où il se cache et qui sont ses complices. De fausses pistes en révélations, Pilate suit le fil rouge de son amour pour sa femme, la belle et noble Claudia tout acquise à la foi chrétienne naissante, et trouve ainsi la voie de sa propre conversion.

            Tandis que les premières parties du roman retracent deux parcours de foi d’êtres que tout oppose spectaculairement, la troisième, Journal d’un roman volé, est plus anecdotiquement une sorte de « making off » où l’auteur livre ses interrogations d’écrivain et de croyant, raconte la genèse du livre et les péripéties rocambolesques de sa longue - huit ans - élaboration.
Malgré, de-ci de-là, une certaine complaisance dans la recherche du bon mot ou dans l’usage d’une crudité de commande, le tout se lit avec le plaisir que procure une œuvre romanesque bien construite et l’intérêt qu’il y a pour tout croyant à prendre du recul sur sa foi.


Jean Chavot.



> Expo - Mucha


Exposition Mucha, Musée du Luxembourg, tous les jours de 10h30 à 19h
nocturne jusqu’à 22h tous les vendredis
nocturnes supplémentaires les lundis du 12 novembre au 17 décembre 2018, les 24 et 31 décembre de 10h30 à 18h - fermeture le 25 décembre


Depuis le 12 septembre et jusqu’au 27 janvier se tient une exposition consacrée à Alfons Mucha au musée du Luxembourg. Arrivé à Paris en 1887, l’artiste bohémien fut compagnon d’atelier de Gauguin, et revient pour quelques semaines en France. Beaucoup d’œuvres sont exposées, réparties en 6 salles, présentées avec une logique didactique de qualité. Toutefois, l’espace d’exposition est indigne de l’artiste. Dès que le compteur d’entrées indique 500, la foule se presse devant les murs empêchant de savourer les créations de ce pionnier de l’Art nouveau. Arrivé un lundi à 10h30, le défi fut d’importance et ce, jusqu’à la libraire où ochlophobie et asphyxie me guettaient. L’exposition permet pourtant d’appréhender toutes les facettes de Mucha, des belles jeunes femmes éthérées parmi lesquelles la fascinante Maud Adams, à l’affiche de la pucelle d’Orléans de Schiller, au séduisant autoportrait crayon bleu et blanc sur papier. Les esquisses de ces œuvres sont envoûtantes, alors que l’artiste réalise de superbes bronzes et des bijoux d’une rare beauté qui côtoient des photos, des vitraux et un triptyque bien loin des Trois âges de Giorgione. Le contexte n’est pas le même, les loups sont en Europe et l’artiste, soucieux de l’avenir de l’homme aspire aux  trois principes essentiels de l’humanité : la raison, la sagesse et l’amour, indispensables au progrès spirituel de l’être humain. Engagé, spirituel et franc-maçon, il pleure avec cette mère qui tient son enfant affamé, telle une piéta apparue lors de la guerre civile en Russie et se lance à la recherche d’une vérité universelle, en illustrant et commentant les paroles du Notre Père. Patriote et militant, il réalise le pavillon de la Bosnie lors de l’Exposition universelle parisienne de 1900, il peint L’Epopée slave, saga en vingt toiles géantes projetées numériquement. Certes, cela semble l’œuvre romantique d’un artiste singulier dont l’esprit demeure au XIX°siècle. Ce n’est pas la galerie des batailles du château de Versailles, mais on retiendra la très belle représentation de l’abolition de l’esclavage au pays des tsars.  Artiste du XIX°siècle, pourtant sensible à son temps, qui meurt lorsque que son pays sombre et disparaît dans la nuit du totalitarisme.
Assurément, on pourra retrouver Mucha en flânant au musée Carnavalet vers la boutique du bijoutier Georges Fouquet mais pour comprendre le cosmopolite, le mystique, le patriote, pour avoir parfois l’impression d’être dans une bande dessinée, dans l’univers onirique du Seigneur des anneaux ou de Game of Thrones, une petite balade rue de Vaugirard s’impose. Mucha,  rétif aux sensibilités artistiques du XX° siècle ne fut-il pas un défricheur des tendances du XXI° ?


Erik Lambert.

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