Famille franciscaine de l'Est Francilien

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> Monsieur le curé fait sa crise

J.Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, Quasar Éditions,
176 pages, 12 €.



            En 1948, Giovannino Guareschi créait Don Camillo, truculent curé des années d’après-guerre. Depuis cette époque, la place du prêtre dans nos sociétés a beaucoup évolué. C’est ce que conte Jean Mercier en prenant la plume pour narrer les contraintes quotidiennes d’un prêtre de notre siècle,  le Père Benjamin Bucquoy. Conflits et mesquineries, querelles d’ego, le burn-out survient lorsqu’un jeune prêtre est nommé à une fonction qui lui paraissait promise. Sa décision est prise…il fugue...dans le cabanon au fond du jardin. La disparition du religieux jette l’émoi dans la communauté locale, alimente les articles de presse et conduit à une prise de conscience de tous.
Ce livre, pétri d’humour ne laisse pas indifférent. Il évoque ce surhomme qu’est le prêtre, ce couteau suisse au service des paroisses, gérant le regroupement des clochers, les relations avec les laïcs, les rapports avec l’évêque, les querelles entre fidèles,  la pression de l’opinion, la course d’un lieu à un autre. Écrasé par les réunions, épuisé par les kilomètres, noyé par les multiples sollicitations, le credo du curé est: administrer. Nos prêtres n’ont plus le temps de baptiser, de marier et d’enterrer ; ils sont devenus des gestionnaires. La gestion est sans doute ce qui constitue désormais l’essentiel de la tâche qui incombe aux prêtres. Il est si loin le temps où le prêtre était une personnalité incontournable, le temps où il était un notable local. Vivant souvent seuls, trop occupés pour accueillir le soutien d’une vie spirituelle accomplie, souffrant d’un manque de reconnaissance, on oublie trop souvent que les curés sont aussi des hommes. On suit Benjamin dans sa tempête intérieure, plongé dans la lassitude, soucieux de retrouver un équilibre. À la faveur d’une affaire financière ou d’un fait divers sexuel, combien de fois avons-nous rappelé, sans pour autant excuser, que le curé est aussi un homme avec ses faiblesses et ses limites ? Être au service de Dieu et du Christ ne protège pas des  défaillances.
Une plume dynamique, une fine connaissance de la vie ecclésiastique, un plaidoyer drôle et réjouissant ; un petit ouvrage qui se dévore avec le sourire aux lèvres dans l’impatience du dénouement. Cet enfermement est aussi un peu le nôtre mais l’espérance de la conversion permet de nourrir la foi, le sacrement de réconciliation ouvre nos cœurs à la résurrection.
Ce n’est donc pas le communisme qu’affronte Benjamin mais c’est la folie de notre temps, la vitesse à laquelle passent nos existences, la communication si difficile entre les hommes et ces instants de pause, de méditation que nous négligeons. Don Camillo n’est plus, mais Benjamin Bucquoy pourrait fort bien trouver un Julien Duvivier.
Ce petit ouvrage est un roman humoristique mais il est aussi un conte théologique à offrir à vos…curés et sans doute à votre évêque.

Erik Lambert


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L'Arnaque en version lutte des classes
Un film de François Ruffin


François Ruffin est le fondateur de Fakir, « Journal fâché avec tout le monde. Ou presque » et le réalisateur de ce documentaire jubilatoire, vainqueur de la dernière édition du césar du meilleur film documentaire, soirée qu'il a marquée d'un discours virulent contre l'indifférence des médias et des politiques à l'égard des victimes ouvrières des délocalisations.

Son film est placé sous le double signe de l'humour et d'une conscience sociale de combat. Dès le générique, la courbe de la multiplication du chiffre d'affaire de LVMH par vingt en trente ans est mise en regard de celle de la multiplication par quinze, dans le même temps, du nombre de repas servis par les restaus du cœur. Puis François Ruffin qui joue son propre rôle se présente comme un grand admirateur de Bernard Arnault, PDG de LVMH, homme le plus riche de France et grand casseur de l'industrie textile du nord avec le démantèlement du groupe Boussac sur lequel il a bâti sa fortune, au mépris de ces engagements envers la collectivité et sans aucune considération pour toutes les familles ouvrières laissées sur le carreau.
François Ruffin se refuse à croire que son idole s'apprête à prendre la nationalité Belge pour échapper à l'impôt. Il se met en quête d'un démenti, décidé à œuvrer pour la réconciliation du milliardaire avec la classe ouvrière picarde incarnée par une bonne sœur au cœur bien rouge et à la langue bien pendue. Il propose à tous ceux qu'il rencontre d'acheter une action du groupe LVMH afin de pouvoir dialoguer avec Bernard Arnault à la grande réunion des actionnaires… dont il se fera expulser manu militari.
Cette déconvenue décidera François Ruffin à monter une arnaque aussi majestueuse que celle du film du même nom, dans le but de sauver un couple d'ouvrier et leur fils - les Klur - de la misère qui se referme sur eux, famille représentative des souffrances ouvrières ignorées des financiers, des politiques et des médias. L'arnaque n'est en rien une escroquerie. Sa grande force est d'être aussi malicieuse qu'irréprochable, car son ressort est la malhonnêteté même de Bernard Arnault et consorts, politiques compris. Pour eux, tout ce qui compte est que la misère dont ils font leurs choux gras ne vienne pas troubler l'élégance feutrée du groupe LVMH et de ses grands actionnaires. En ces "journées particulières" baptisées "Dans les coulisses du rêve", ces gens s'apprêtent à étaler un luxe en dehors duquel tout est pour eux méprisable. Les Klur menacent de venir leur rappeler que ce n'est que leur petite - et bien fragile - réalité.

Pascal Ruffin ne semble pas du genre à tirer des morales de l'histoire. Pourtant, on est tenté de conclure qu'il suffit de peu de choses pour faire descendre les "puissants de ce monde" de leur piédestal : une conscience claire, une joie de vivre inoxydable, un peu d'astuce, beaucoup d'amitié et un sens de la dignité auprès duquel l'arrogance satisfaite des nantis n'est que misérable vulgarité.

Jean Chavot.

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