Communauté des Frères franciscains de Fontenay
Culture
> Le Livre du mois
Evénement
Bibliothèque
Archives

> La part des flammes 



Gaëlle Nohant, La Part des flammes, Livre de poche, 2015,
545 p., 8,60 €.

L’action se déroule en ce siècle expirant qui rendit nostalgique ceux qui connurent ensuite la « grande guerre ». Ce fut un monde d’un autre temps, celui que Stefan Zweig décrivit dans Mémoires d’un Européen.

Nous sommes en mai 1897, alors qu’une noblesse sclérosée dans un mode de vie d’une autre époque faisait œuvre charitable. Or, comme si cette société devait disparaître happée par la modernité, l’annuelle vente de bienfaisance du Bazar de la charité cultivant la  bonne conscience mondaine, devint un enfer brûlant pour une part de la fine fleur de l’aristocratie française.  Nous sommes entraînés par Gaëlle Nohant dans l’univers du XIX siècle moribond avec une plume alerte digne d’un très bon roman du siècle des révolutions. Personnages fictifs, noms célèbres se mêlent dans cette peinture d’une société où les aristocrates entretiennent des relations d’étiquette, où les rapports avec le personnel domestique des grandes familles chères à Druon demeurent ceux de l’Ancien Régime. Ce roman rythmé par d’incessants rebondissements, cultive toutes les caractéristiques des créations littéraires d’antan : mariages de convenance, trahison, puissance des amitiés, enlèvement, duel, position assujettie de la femme, amours contrariés et impossibles, rudesse et détachement des rapports enfants-parents, secrets familiaux enfouis, presse avide de sensationnel et ferment de rumeur, carcan des conventions sociales, foi religieuse qui confine à la superstition…

Nous sommes entraînés à Paris considérant une noblesse dont le rôle social s’étiole, croisant la domesticité et le petit peuple de la capitale, prenant garde aux fiacres qui foncent dans les rues, appréhendant l’ambiance parisienne d’alors. Dans ce monde à l’agonie, Sophie d’Alençon connaît les affres des errements psychologiques des Wittelsbach. Telle sa sœur Elisabeth d’Autriche, elle cultive un mal-être, un « spleen » qu’elle ne peut supporter. Certes, le premier congrès freudien de psychanalyse se tint en 1908 mais déjà en ces temps, les maladies de l’âme sollicitaient l’intérêt des médecins.  Ces mortes, ces femmes à jamais atteintes dans leur esprit, ces victimes irrémédiablement défigurées ; ces martyrs du cinématographe naissant, ne sont-elles pas sacrifiées sur l’autel de la modernité ? Ce désastre ne fut-il pas le prélude au cataclysme de 1914 ?

Un roman de femme dont les principaux personnages sont filles d’Ève. Nul doute qu’il s’agit là d’un beau roman pour l’été qui plonge dans le Paris fin de siècle, fin d’une époque heureuse pour les nantis, La Part des flammes pourrait bien inspirer un cinéaste et en tout état de cause, il vous attirera dans un monde qui fut emporté par le cataclysme de 1914.  

Erik Lambert.

AccueilArchives Contact
Site réalisé par Mirage