Famille franciscaine de l'Est Francilien

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La prière et le sens de l'homme (3ème partie)


Que l'Evangile ouvre sur un comportement moral, c'est là une évidence. Mais avant d'être un code de morale, l'Evangile n'est-il pas le lieu de l'expérience de Dieu en Jésus Christ ? N'est-il pas ce lieu où je m'identifie, où je me reconnais parce que Dieu m'adresse une parole et que je lui réponds ? Avant d'être traduit en acte d'engagement, et pour être traduit en actes, l'Evangile ne doit-il pas être d'abord prié ? Il est évident que la parabole du Bon Samaritain me conduit à un comportement moral. Elle m'appelle à la charité. Mais dans un premier temps, elle m'appelle à me reconnaître en la personne dévalisée, abandonnée et secourue par Dieu. L'Évangile est d'abord et avant tout le lieu d'une expérience mystique. Il est ensuite action et engagement dans le monde. Il est important de ne pas télescoper le premier temps si l'on ne veut pas sombrer dans la pure activité humaine. L'Evangile ne peut être vécu que s'il est d'abord prié. Cela rappelle  que l'homme ne se justifie pas par son action, mais qu'il est justifié gratuitement par Dieu. Ce rappel n'est pas inutile aujourd'hui : l'accent que nous mettons sur l'engagement du chrétien dans le monde est tel que le chrétien engagé finit par penser qu'il se définit par son engagement et que ce sont ses œuvres qui le justifient. [… ]

Il n'est pour le moment présent qu'une seule manière d'annoncer Dieu vivant et présent dans l'histoire des hommes et de révéler le sens de l'homme : que des hommes se réunissent, vivent une relation incessante avec Dieu et la manifestent. A condition qu'ils ne fassent pas de la prière un refuge. Il y a un moment — et je crois que nous vivons ce moment — où seule l'existence vécue dans la différence est une parole qui peut être entendue. Existence vécue dans la différence : je ne parle pas seulement de l'intention qui anime l'action des chrétiens, je ne parle pas de cette action elle-même, je ne parle pas de la prière faite en secret ; je parle de l'expérience de Dieu vécue, dite et proclamée. Je parle d'hommes et de femmes qui se rassemblent pour chanter la gloire de Dieu et prier leur foi. Je parle d'hommes et de femmes qui se retranchent derrière les murs de leurs couvents ou de leurs monastères pour se consacrer uniquement à la louange de Dieu et qui disent, par leur existence, que Dieu est vivant, qu'il est présent et qu'ils sont en relation avec lui et que cela les comble.[...]
Il s'ensuit que prier, pour l'Eglise, c'est-à-dire exprimer cette relation, n'est pas un simple moyen destiné à lui obtenir des grâces pour le salut ou un meilleur engagement dans sa mission. Prier, c'est dévoiler le sens de l'homme, cela en le vivant et l'exprimant. Et cela est, pour aujourd'hui surtout, la mission première de l'Eglise et de tout chrétien.

Frère Joseph BANOUB, OFM

Les exigences de la prière (2ème partie)

Comment prier ?


Il nous faut apprendre à prier, tout en gardant la spontanéité, qui est l’une des qualités premières de la prière, parce que par elle nous exprimons le vrai de nous-mêmes.
Le meilleur moyen d’apprendre à prier est de regarder Jésus. Il demandait tout à son Père et lui confiait tout.

En premier, il nous faut entrer dans la prière de Jésus, qui est à la base de toute prière et de toute démarche d’intériorité : « Père, que ton règne arrive ». Non pas d’une façon négative, hors de moi, mais par moi et en moi. Que dit Jésus à Gethsémani : « Abba, tout t’est possible : éloigne de moi cette coupe ; cependant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc. 14, 36).

Nous ne pouvons entrer dans la prière de Jésus que si la nôtre a ce ton. Ta volonté, Père, et non la mienne. Cela invite à une confiance et à une dépossession chères à saint François.
Là, nous touchons à l’originalité de la prière chrétienne en ce sens qu’elle est toujours participation à la prière du Christ. Nous n’inventons pas la prière. Elle nous précède. Elle existe en dehors de nous. Elle est la relation que le Christ ne cesse d’exprimer à son Père. Au cœur de la Trinité Sainte, le Fils est louange et action de grâces au Père de qui il reçoit tout. En devenant homme, il exprime dans son humanité cette relation au Père : c’est la prière de l’homme Jésus, qui est prière du Fils de Dieu.[…]
Le Fils de Dieu s’est fait homme pour mettre l’humanité en relation avec le Père. Il a prononcé un jour le nom de « Abba », c’est à dire « papa chéri », manifestant par là une relation d’intimité profonde avec le Père. Cet ‘Abba’ porte l’affirmation de sa mission et le cœur de son message.
En nous donnant le pouvoir de dire avec lui et en lui ce mot de ‘Abba’, il nous donne part à sa position de Fils. Et saint Paul affirme à 2 reprises que le cri de ‘Abba, Père’ est le signe de la filiation et de la possession de l’Esprit (Rm. 8, 15 ; Ga. 4, 6).

Ce rapport nouveau instaure une relation nouvelle entre Dieu et les hommes, celle de la divinisation.
Prier n’est donc pas une nécessité qui s’impose ; ce n’est pas un moyen pour être en règle avec la volonté de Dieu ou pour obtenir des grâces. Prier pour être pleinement nous-mêmes et exprimer ce que nous sommes, des êtres dans la grâce.


Frère Joseph BANOUB, OFM

Texte extrait de son intervention lors de la retraite régionale des fraternités franciscaines séculières de la région Créteil /St Denis/ Meaux, le 18 mars 2018.

 

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