Famille franciscaine de l'Est Francilien

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> Les exigences de la prière


Il nous faut partir d’une constatation : l’inactivité apparente de la prière est insupportable au suractif qu’est l’homme d’aujourd’hui. Dans une économie d’hyper productivité, il n’y a pas de place pour la prière. L’homme d’affaires n’a pas de place pour chiffrer ses prières, si ce n’est du côté des pertes. Dans la course au record, la prière c’est de l’inaction. Et c’est une démission indigne de l’homme que de paraître confier à la prière le soin d’arracher à la maladie ou à la misère, d’obtenir la paix entre les nations.


            Ces reproches sont faits à la prière, de Marx à Freud en passant par Nietzsche : aliénation, projection de fantasmes personnels, démission indigne de l’homme… Il faut reconnaître qu'il existe des déviations de la prière. Ce n’est pas mal de prier quand on a peur, mais la prière n’est pas un refuge contre la peur. Le désaccord chez un certain nombre de chrétiens entre les actes et la prière fait fuir beaucoup de personnes et donne raison aux reproches qui nous sont adressés.


            « Je prierai pour vous ». Cette formule familière aux chrétiens, n’est que mystification si elle est une parole de convenance, sans engagement réel. Le chrétien ne s’isole pour prier à certaines heures que pour ensuite vivre davantage du Christ parmi les hommes. Toute prière comporte une double tentation. La tentation des forts, c’est de se fier davantage à l’action qu’à la prière. La tentation des faibles, c’est de se réfugier dans la prière par peur de l’action. De la tentation à la confusion il n’y a souvent qu’un pas.

Qu’est-ce donc la prière ?

  1. Prier, c’est reconnaître l’initiative de Dieu au creux de mon action.
  2. C’est attester que Dieu est perpétuellement présent et agissant dans ma vie. Par ma prière, j’affirme que c’est finalement Dieu qui construit l’homme. Cette prière transfigure la vie. Faire le ménage, être présents aux personnes qui nous entourent, soigner les malades, farfouiller le ventre d’un ordinateur, dans la prière, c’est tout autre chose que de travailler par devoir.
  3. Dans un monde pollué de péché, la prière sous-entend la volonté d’aménager l’univers dans l’optique du projet de Dieu sur le monde : « Rassembler les enfants de Dieu dispersés ».
  4. Prier, « c’est avoir faim de Dieu parce que cette faim nous constitue comme ‘être humain’. Alors, ou bien la faim de Dieu est le soleil autour duquel j’organise tout ; ou bien Dieu est un objet parmi d’autres, qui tourne dans le ciel très encombré de ma vie » dit André SEVE dans ‘Trente minutes pour Dieu’.

Ce n’est pas la vie qui commande la prière, c’est la prière qui commande ma vie. Si la vie commande la prière, il ne s'agit que de caser cette prière dans la journée. Si la prière commande la vie, le sens global que je donne à ma vie est l’expression vécue de ma fascination de Dieu. La vie donne à une telle prière sa sincérité, et la prière donne à la vie sa lucidité.

Comment prier ?

            Il nous faut apprendre à prier, tout en gardant la spontanéité, qui est l’une des qualités premières de la prière, parce que par elle nous exprimons le vrai de nous-mêmes.
Le meilleur moyen d’apprendre à prier est de regarder Jésus. Il demandait tout à son Père et lui confiait tout.
En premier, il nous faut entrer dans la prière de Jésus, qui est à la base de toute prière et de toute démarche d’intériorité : « Père, que ton règne arrive ». Non pas d’une façon négative, hors de moi, mais par moi et en moi. Que dit Jésus à Gethsémani : « Abba, tout t’est possible : éloigne de moi cette coupe ; cependant, pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc. 14, 36).

Nous ne pouvons entrer dans la prière de Jésus que si la nôtre a ce ton. Ta volonté, Père, et non la mienne. Cela invite à une confiance et à une dépossession chère à saint François.
Là, nous touchons à l’originalité de la prière chrétienne en ce sens qu’elle est toujours participation à la prière du Christ. Nous n’inventons pas la prière. Elle nous précède. Elle existe en dehors de nous. Elle est la relation que le Christ ne cesse d’exprimer à son Père. Au cœur de la Trinité Sainte, le Fils est louange et action de grâces au Père de qui il reçoit tout. En devenant homme, il exprime dans son humanité cette relation au Père : c’est la prière de l’homme Jésus, qui est prière du Fils de Dieu. […]
Le Fils de Dieu s’est fait homme pour mettre l’humanité en relation avec le Père. Il a prononcé un jour le nom de « Abba », c’est à dire « papa chéri », manifestant par là une relation d’intimité profonde avec le Père. Cet ‘Abba’ porte l’affirmation de sa mission et le cœur de son message.
En nous donnant le pouvoir de dire avec lui et en lui ce mot de ‘Abba’, il nous donne part à sa position de Fils. Et saint Paul affirme à 2 reprises que le cri de ‘Abba, Père’ est le signe de la filiation et de la possession de l’Esprit (Rm. 8, 15 ; Ga. 4, 6).
Ce rapport nouveau instaure une relation nouvelle entre Dieu et les hommes, celle de la divinisation.
Prier n’est donc pas une nécessité qui s’impose ; ce n’est pas un moyen pour être en règle avec la volonté de Dieu ou pour obtenir des grâces. Prier pour être pleinement nous-mêmes et exprimer ce que nous sommes, des êtres dans la grâce.


Frère Joseph Banoub, OFM.

Texte extrait de son intervention sur « les exigences de la prière » lors de la retraite régionale des fraternités franciscaines séculières de la région Créteil /St Denis/ Meaux, le 18 mars 2018.

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