Famille franciscaine de l'Est Francilien

> Projet de vie







> Nos morts appellent-elles des résurrections ?



La mort nous accompagne tout au long de notre existence, elle est de chaque instant, car, bien loin d’être contraire à la vie, elle y est étroitement liée. Chaque maman fait ce constat troublant qu’au moment même où elle enfante et donne la vie, elle donne aussi la mort, mais elle-même doit mourir à la relation unique et privilégiée qu’elle a eue avec son bébé durant les 9 mois de sa grossesse… S’il nous parait assez naturel d’évoquer toute forme de vie comme porteuse de mort, il nous est moins coutumier d’affirmer que toute mort est aussi une forme de vie. « Notre voyage sur cette terre est une pâque incessante, une traversée continuelle de la mort vers une nouvelle vie. Entre notre naissance initiale et notre mort finale, tout le cours de notre existence est constitué d’une série de " petites " morts et naissances. » (Mgr Kallistos Ware, Le royaume intérieur)


Le passage de l’enfance à l’âge adulte en est un bel exemple : que de morts intérieures à chaque étape pour qu’émerge en nous la vie nouvelle et que nous devenions peu à peu l’homme ou la femme que nous sommes appelés à être ! Et, jusqu’au terme de notre voyage sur cette terre, nul n’est épargné par les doutes, les échecs, les maladies, les séparations. Que dire de cette blessure qui met fin brutalement à une carrière sportive prometteuse après des années dédiées exclusivement à l’entraînement, de cette promotion qui nous était promise et qui échoit à un collègue pourtant moins compétent, de ce conjoint qui nous quitte alors que nous croyions partager avec lui un bonheur tranquillement installé, de cet enfant que la maladie emporte après des mois de soins épuisants et de cruelles souffrances… Les épreuves jalonnent notre chemin et sont de réelles expériences de mort dont nous risquons de ne pas nous remettre. Comment croire, alors, que de telles blessures puisse jaillir une vie nouvelle ?


Il y a, tout d’abord, la présence indéfectible de Dieu à nos côtés. Oui, dans nos épreuves et au plus profond de nos ténèbres, Il est là. Si pour un temps nous lui avons lâché la main et nous sommes repliés sur nous-mêmes, Lui nous attend, le cœur étreint de compassion pour son enfant qui souffre. Quand rien, ni personne, ne peut plus nous atteindre, Il nous relève, quand la tentation est trop forte de céder à nos pulsions mortifères, Il nous sauve.


Il faut donc choisir de dire « oui » à la vie… Mais pour renaître, pour ressusciter, il faut d’abord en passer par la mort. Renoncer à la poursuite de ce que nous avions imaginé, voulu, construit, aimé, se défaire de tout sentiment d’amertume, d’injustice, de vengeance, et tout remettre au Père. Confiance et désappropriation … C’est l’expérience même de François d’Assise.


Son autorité sur l’Ordre étant contestée, il a du lâcher prise, se déposséder : accepter que l’Ordre qu’il avait fondé lui échappe et apprendre à vivre ce renoncement dans la paix… « Loué sois-tu, mon Seigneur, pour ceux qui pardonnent par amour pour toi ; qui supportent épreuves et maladies ; heureux s’ils conservent la paix, car par toi, Très-Haut, ils seront couronnés. » (Cantique de Frère Soleil)


La perte d’un proche et l’absence qui en résulte sont, sans aucun doute, l’épreuve la plus difficile à traverser. Pour qu’elle ne fasse pas de nous des "morts-vivants", c’est tous les jours qu’il nous faudra consentir à dire « oui » à ce monde, « oui » à la vie reçue comme un don. Les orthodoxes insistent sur le fait que cette séparation, si tragique soit-elle, n’en est pas une car elle n’est ni insurmontable, ni définitive : avec la force de la foi elle devient communion, en attendant les retrouvailles futures…


« C’est l’épreuve qui dévoile ce qu’il y a dans l’homme. Si celui-ci est enraciné en Dieu, conscient de l’amour dont Dieu l’entoure, les épreuves peuvent s’abattre sur lui, le faire peut-être crier et se lamenter, quelque chose de profond et de calme subsiste ; il peut tenir, endurer sans être détruit. Ce n’est pas d’avoir supporté la souffrance qui engendre la joie, mais c’est la joie, déjà là, qui permet de supporter la souffrance.» (Thaddée Matura, Prier 15 jours avec François d’Assise)


Dieu nous a créés non pour la mort, mais pour la vie, c’est pourquoi dès maintenant et ici-bas, il agit en nous pour nous libérer de nos tombeaux et nous faire renaître à sa vie. « Je suis la Résurrection et la Vie » nous dit Jésus (Jn 11,25)   Ces « morts-résurrections » qui jalonnent notre existence trouvent sens dans la mort et la Résurrection du Christ ; par Lui, en union avec Lui, elles peuvent devenir participation à sa Pâque. « Que nul ne craigne la mort, car celle du Sauveur nous en a délivrés ; il l’a fait disparaître après l’avoir subie. […] Le Christ est ressuscité, et voici que règne la vie. Le Christ est ressuscité, et il n’est plus de mort au tombeau »  (St Jean Chrysostome)

Pascale Clamens

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