Famille franciscaine de l'Est Francilien

> Projet de vie







>La louange de François est-elle le chant d’un doux illuminé ?


La louange est au cœur de la prière de François d’Assise, et cette prière se construit tout au long de sa vie et de son itinéraire spirituel ; elle est façonnée par la Parole de Dieu (les textes bibliques, en particulier les psaumes, mais aussi les textes liturgiques). Elle n’est jamais égocentrique car entièrement tournée vers Dieu : « Elle est d’abord l’expression d’un homme qui s’est laissé saisir par la réalité de Dieu et par sa grandeur infinie. Elle est tout le contraire d’une subjectivité repliée sur elle-même. » (Eloi Leclerc, Un maître à prier)

François, dans un vocabulaire d’une richesse foisonnante, nous invite, tous, à louer avec lui la grandeur, la transcendance de Dieu : « sachons aimer, honorer, adorer, servir, louer et bénir, glorifier et célébrer, magnifier et remercier le très haut souverain Dieu éternel, trinité et unité, Père, Fils et Saint-Esprit […] lui qui est sans commencement ni fin, immuable, invisible, inénarrable, ineffable, incompréhensible, impénétrable, béni, louable, glorieux et célébré, sublime, élevé, doux, aimable, délectable et tout désirable plus que tout autre bien dans les siècles. » (1 Reg 23,11)

Il a bien conscience de la distance qui nous sépare de Dieu « Indigents et pécheurs que nous sommes tous, nous ne sommes pas dignes de te nommer »  (1 Reg 23,5) mais cette transcendance n’est jamais vécue comme écrasante. En effet, pour lui la gloire de Dieu se manifeste pleinement dans le Christ humble et pauvre qui, dans un débordement d’amour, a choisi de quitter le rang qui l’égalait à Dieu pour s’abaisser et prendre notre condition humaine. Il ne cessera de méditer sur « l’humilité manifestée par l’Incarnation, et l’amour manifesté par la Passion. » (1 Cel 84)

Le Dieu qu’il loue est « le Bien », « tout Bien », « le souverain Bien », Celui qui « ne nous a fait et ne nous fait que du bien ». Il est la source de tout bien et « tout bien est à Lui qui seul est bon ». A l’opposé des mouvements religieux de son temps qui voyaient dans le monde d’ici bas le règne du mal, François, lui, y reconnait la beauté et la bonté de l’amour créateur du Père.« Il référait au Créateur les qualités qu’il découvrait à chaque créature. Il se réjouissait pour tous les ouvrages sortis de la main de Dieu […] Il savait, dans une belle chose, contempler le Très Beau ; tout ce qu’il rencontrait de bon lui chantait : « Celui qui m’a fait, celui-là est le Très Bon. » Il poursuivait à la trace son Bien Aimé en tout lieu de sa création ». (2 Cel 165)
La vie religieuse n’a pas éteint la sensibilité et la poésie chez François : son amour passionné pour Dieu, il le chante, il est "le troubadour de Dieu". C’est avec tout son être qu’il prie, au point, nous dit Thomas de Celano, que « ce n’était plus un homme qui priait, c’était la prière faite homme. » (2 Cel 95) Après avoir reçu les stigmates, « Il portait Jésus dans son cœur, Jésus sur ses lèvres, Jésus dans ses oreilles, Jésus dans ses yeux, Jésus dans ses mains, Jésus partout. » (1 Cel 115)

C’est pourquoi on a parfois été tenté de réduire la louange franciscaine au chant jailli spontanément d’un être joyeux et illuminé qui se plairait à célébrer la nature et à prêcher aux oiseaux…Il n’en est rien. Ainsi, le Cantique de frère Soleil ou Cantique des créatures n’est pas composé dans un moment de joie ou d’insouciance, mais un an avant la mort du Poverello, alors qu’il est gravement malade et atteint de cécité. Après des mois de souffrances physiques et psychiques, c’est le passage des ténèbres à la lumière : la certitude de rejoindre bientôt son Seigneur fait jaillir en lui son plus beau chant de louange. Non pas la louange des créatures, mais celle du Créateur, d’un Père qui a voulu et aimé chacune de ses créatures d’un même amour bienveillant, faisant d’elles des frères et des sœurs avec lesquels François fraternise. Chacun, chacune, à sa façon, nous révèle la beauté et la bonté du Très-Haut, le Maître de toutes choses. Les deux dernières strophes du cantique sont celles d’un homme pacifié et apaisé : après avoir célébré l’amour de Dieu Père et Créateur, François loue le Dieu Miséricordieux qui seul peut faire de nous des êtres réconciliés, et miséricordieux à leur tour. La mort elle-même est accueillie dans la confiance et chantée comme une sœur. Ainsi, « la louange de Dieu peut jaillir aussi bien de la contemplation du créé que du plus profond de la souffrance humaine, lorsqu’on en devine et accepte le sens caché. » (Thaddée Mathura, Prier 15 jours avec François d’Assise)  

Enfants du même Père, frères et sœurs de la Création, et en union avec elle, notre vocation n’est-elle pas de chanter la grandeur, la beauté, la bonté et l’amour éternel d’un Dieu qui ne nous veut que du bien…
« Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité ! » (Cantique de frère Soleil)


Pascale Clamens

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