Famille franciscaine de l'Est Francilien

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Y a-t-il un « délit de solidarité » ?

(2nde partie) Que nous dit l’Église ?

Cette expression n’existe pas dans le discours ecclésial, l’Église nous invite à l’accueil de l’étranger, suivant l’exigence évangélique : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » (Mt. 25,35)
Beaucoup de nos concitoyens considèrent l’Église comme totalement réactionnaire, en pointant son discours sur les questions de morale. Aussi leur est-il difficile d’imaginer et de reconnaître à quel point elle est depuis toujours novatrice sur un sujet comme celui des migrations.

Le pape Pie XII publie le 1er document sur ce thème en 1952, Exsul familia Nazarethana (L’exil de la famille de Nazareth), car la Seconde Guerre mondiale a jeté sur les routes d’Europe plus de 20 millions de personnes. Cette constitution apostolique revient sur la situation des familles de réfugiés en prenant comme modèle la fuite en Égypte de la Sainte Famille. Pie XII rappelle la doctrine sociale de l’Église, en particulier la "destination universelle des biens", en affirmant que l’objectif naturel de la migration est « la distribution la plus favorable des hommes sur la surface de la Terre cultivée ; cette surface que Dieu a créée et préparée pour l’usage de tous. » Il préconise également la mise en place d’une pastorale spécifique pour les migrants. En 1963, le pape Jean XXIII, dans son encyclique Pacem in Terris, insiste sur le principe d’un droit à émigrer. Le Concile Vatican II, se fondant sur la dignité de tout être humain, demande que l’on évite les discriminations à l’égard des migrants, pour qu’ils n’aient pas des conditions de vie instables et précaires. (Gaudium et Spes 66)
En 1969, Paul VI publie 2 textes sur la pastorale des migrants ; il y rejette la tendance à l’assimilation :
on se doit de respecter la langue, la culture et les traditions des immigrés.
En mai 2005, Benoît XVI approuve le document du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, Erga migrantes caritas Christi (la charité du Christ envers les migrants). L’Église remet à jour son discours pour mieux l’adapter à l’évolution des phénomènes migratoires due à la mondialisation. Les travailleurs étrangers ne doivent pas être traités comme des marchandises et leurs droits doivent être respectés et protégés. Le texte défend le regroupement familial et le droit à l’éducation des enfants. Il insiste sur l’importance du dialogue interreligieux. Il soutient également que les migrations permettent aux Chrétiens de « prendre conscience d'être appelés encore et toujours à être un signe de fraternité et de communion dans le monde par leur respect des différences et leur pratique de la solidarité, dans une éthique de la rencontre ». 

Déjà en 1985, le pape Jean-Paul II résumait bien la pensée de l’Église sur l’accueil des migrants : « Il faut tout faire pour que les migrants participent, avec leur propre héritage, au bien commun culturel, spirituel, humain de l’ensemble national auquel ils s’agrègent. Cela suppose ouverture, respect mutuel, dialogue, échange, participation de tous les partenaires. Ceux qui les accueillent doivent être très attentifs, non seulement aux besoins mais à la personnalité des migrants  ; ils doivent comprendre les exigences du partage et du respect, en bannissant tout esprit de suffisance, d’orgueil, d’égoïsme, en se rappelant que les biens ont une destination universelle, que tous les travailleurs et leurs familles ont droit aux mêmes garanties des lois. Cet esprit d’équité est d’autant plus nécessaire que le rejet de l’étranger est une tentation forte lorsque le pays industrialisé connaît une crise économique importante, entraînant le chômage, surtout si une idéologie raciste cherche à légitimer ce mouvement instinctif de protection. »  (Congrès mondial de la pastorale de l’émigration, 17 octobre 1985)

Dès le début de son pontificat, en 2013, le pape François s’est déplacé à Lampedusa où affluaient des milliers de migrants pour dénoncer « la mondialisation de l’indifférence ». Depuis lors, il n’a cessé de faire appel à la responsabilité de chacun, récemment encore, lors de la Messe célébrée pour les migrants à St Pierre de Rome, le 6 juillet 2018 : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. Le Seigneur promet repos et libération à tous les opprimés du monde, mais il a besoin de nous pour rendre efficace sa promesse. Il a besoin de nos yeux pour voir les besoins de nos frères et sœurs. Il a besoin de nos mains pour secourir. Il a besoin de notre voix pour dénoncer les injustices commises dans le silence – parfois complice – de beaucoup […] Je demande à l’Esprit Saint d’éclairer notre esprit et d’enflammer notre cœur pour dépasser toutes les peurs et les inquiétudes, et pour nous transformer en instruments dociles de l’amour miséricordieux du Père, prêts à donner notre vie pour nos frères et sœurs comme l’a fait le Seigneur Jésus-Christ pour chacun de nous. »
Laïcs franciscains, nous sommes appelés à bâtir un monde plus fraternel et plus évangélique, tourné vers les petits, les exclus de cette Terre : « Le sens de la fraternité les disposera à considérer avec joie comme leurs égaux tous les hommes, surtout les plus petits, pour lesquels ils chercheront à créer des conditions de vie dignes de créatures rachetées par le Christ » (Projet de Vie 13)

Pascale Clamens

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