Famille franciscaine de l'Est Francilien

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« Comment être des artisans de paix en temps de crise ? »

 

Depuis plusieurs semaines, nous assistons dans notre pays à des manifestations, à des évènements qui traduisent de toute évidence un malaise profond, mais, encore plus, une réelle souffrance et une colère qui n’en peut plus d’avoir été trop longtemps contenue. La « fracture sociale » que pointait Jacques Chirac en 1995 est devenue "rupture" car elle n’a jamais été la priorité de nos gouvernements successifs. Combien de personnes, aujourd’hui, qui ne peuvent vivre décemment de leur travail ou de leur retraite ? Nous avons été élevés avec l’idée que "le travail payait" et que chaque génération vivrait mieux que la précédente, le constat est donc amer : les injustices sociales n’ont cessé de s’accroître et la paupérisation d’une partie de la population est une triste réalité. Les situations de précarité et d’exclusion se multiplient autour de nous. Or, nous le savons, le sentiment d’injustice est à la source de bien des conflits. Ne voit-on pas, par exemple, les prophètes bibliques reprocher aux différents rois d’Israël de négliger leur 1er devoir : celui de faire droit à la justice ?

Par ailleurs, le fossé se creuse avec nos dirigeants, nos "élites" qui semblent être les seuls, eux, à bénéficier (voire à profiter) du système. Non seulement, la confiance n’est plus de mise, mais tout ce que dit l’autre, quel qu’il soit, est sujet à caution. Si la discussion et le débat ne sont plus possibles, très vite c’est la violence qui l’emporte. Notre société, qui prône pourtant la liberté, est en train de se replier sur elle-même et de devenir une société de la défiance, une société de l’affrontement, ce qui peut en réjouir certains, mais ne fait rêver personne.

En tant que citoyens, nous ne pouvons échapper à ces conflits, mais comment nous situer comme chrétiens et franciscains, comment répondre à notre vocation qui est d’être des artisans de paix ?

Le 11 décembre, le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France a appelé les catholiques à « susciter partout où ce sera possible des groupes d’échanges et de propositions en invitant très largement d’autres personnes, partageant ou non notre foi, qui peuvent être intéressées d’y participer et d’y apporter leurs idées. »Le Conseil propose que les paroisses puissent être mises à disposition pour l’organisation de ces rencontres. Répondant à cet appel, l’évêque d’Angers, Mgr Emmanuel Delmas, nous invite à être « des facilitateurs de dialogue ». Oui, le dialogue retrouvé est certainement la 1ère étape à franchir : être capable d’écouter l’autre, lui permettre de défendre un point de vue totalement différent du mien et lui répondre sans qu’il se sente agressé. Arriver à débattre pour dégager ensemble des solutions qui répondent au bien commun et non aux intérêts particuliers… Dans Ecclesiam suam, Paul VI présente ainsi l’esprit de dialogue : « Cette forme de rapport indique une volonté de courtoisie, d’estime, de sympathie, de bonté de la part de celui qui l’entreprend ; elle exclut la condamnation a priori, la polémique offensante et tournée en habitude, l’inutilité de vaines conversations. » (Ecclesiam suam, 81)
Artisan de paix, François d’Assise, l’a été dans maintes circonstances, et sa démarche est toujours un modèle pour nous aujourd’hui. Que nous dit-il ? 
Porter la paix, qui n’est pas la nôtre mais celle du Père, cela suppose d’abord de se laisser habiter par cette paix. François déclare à ses frères : « La paix que vos bouches proclament, il vous faut d’abord et bien davantage l’avoir en vos cœurs : ainsi vous ne serez pour personne occasion de rancœur et de chute. Tout au contraire, votre paix et votre gentillesse ramèneront la paix et la tolérance parmi les hommes. » (Anonyme de Pérouse 38c.)

Ensuite, si l’on veut construire une paix véritable et durable, il faut que les droits de chacun soient reconnus et respectés (ainsi, lorsqu’un accord de paix vise à écraser le vaincu, il est immanquablement vécu comme un diktat et attise la soif de revanche). François est un ardent défenseur de cette conception d’une paix juste qui permet à chacun de ne pas se sentir lésé ou humilié. Le pacte conclu entre le loup et les habitants de Gubbio, grâce à lui, en est un bel exemple (Fioretti 21), tout comme son intervention, par le biais de frère Sylvestre, lorsque des démons poussent les habitants d’Arezzo à se déchirer et à détruire leur cité : « Sur-le-champ la ville retrouve la paix et c’est en toute sérénité que les habitants rédigèrent une charte reconnaissant les droits de chacun. » (Legenda Major, 6,9)

Porteurs de la paix du Père, désireux de la partager et de contribuer à la faire exister pour le bien de chacun et de tous, nous pouvons reprendre cette Prière pour la paix, attribuée à St François : « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union… »

Pascale Clamens

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