Famille franciscaine de l'Est Francilien

> Vie Franciscaine

 

 

 

 





> Pour vous qui est François aujourd’hui ?
(suite)
Témoignage d’E. Martin

Le regard de François sur l’humain m’a toujours bouleversée. Le dernier des hommes sera toujours pour lui le premier de ses frères. Dans la relation à l’autre différent (le lépreux, le brigand…) - pour moi, ce fut la personne incarcérée à Fleury Mérogis -, François m’a appris à la voir comme un frère à aimer, sans le juger, et en acceptant de l’approcher avec bienveillance et considération. Mon engagement à la prison de Fleury Mérogis dans le cadre de l’aumônerie des prisons fut une école de changement de regard. Dans les nombreux échanges que nous avons eus autour de la Parole de Dieu, j’ai réalisé combien ils nous évangélisent. Apprendre à se faire petit devant eux, se laisser enseigner par eux, permet de réaliser que nous ne sommes pas tout puissants dans la relation et que la vérité se cherche ensemble. « Il n’y a pas tellement d’hommes méchants, mais surtout des hommes blessés » disait Eloi Leclerc. De François, j’ai appris que rester humain dans un monde qui tend à la déshumanisation, c’est travailler à convertir sa propre approche de l’ « autre », différent, et, comme Jésus avec le jeune homme riche, reconnaître qu’il est un sujet en chemin d’émancipation, tout comme nous le sommes aussi nous-mêmes (« Jésus l’aima »… Mc 10, 21,  regard de foi de Dieu sur chacun...). Chacun n’est pas fait dans le même moule. Dieu « ne veut pas la mort du méchant, mais qu’il se détourne de ses chemins et qu’il vive » nous dit la Bible  (Ez, 18,23). Il ne peut accepter la réduction de l’homme à son passage à l’acte. L’amour est d’une autre nature. François l’avait compris, lui qui est sorti des murs pour affronter ce loup qui est symbole de nos enfers, de nos peurs, de nos enfermements, de nos lieux sans pardon, sans compassion (la prison n’en serait-il pas un ?...). Il s’est laissé rejoindre par lui, l’a écouté, et l’a laissé être ce qu’il est, dans sa différence, pour que ses « étrangetés » deviennent une base de fraternité et non de haine.

Passer de la condition de loup à la condition de frère est le vrai défi de notre monde, et François nous guide sur ce chemin qu’il a lui-même emprunté, nous apprenant à laisser à chacun le temps qu’il faut pour qu’il puisse participer comme acteur à sa croissance d’être.
Et si la prison se comprenait comme un lieu de réhabilitation de la personne ? Quelle belle tâche pour nous chrétiens d’accompagner ces hommes et ces femmes avec le regard d’un François d’Assise en « aimant sans condescendance », avec une considération faite de « confiance et d’estime profonde »  (Eloi Leclerc - Sagesse d’un pauvre). La re-construction à l’intérieur des murs pourrait alors s’amorcer dès lors que la personne se sentirait regardée autrement et aimée pour elle-même, dans une prise en compte de tout son être et de tout son potentiel de résilience.

J’en ai fait l’émouvante expérience dans cette aventure de rencontres qui a duré douze ans… Oui, Dieu est là, dans son « royaume caché » où se vivent de vraies « résurrections »…

Elisabeth Martin, Fraternité Franciscaine séculière.

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