PRIONS EN CONFINEMENT SEMAINE_10

« Père très Saint, avec Saint François d’Assise nous te supplions.
Au nom de Jésus-Christ donne-nous ton Esprit.
Répands-Le sur tous les hommes, toutes les femmes, et tous les enfants,
Sur la Création toute entière.
Qu’Il chasse la pandémie et restaure les corps et les cœurs.
Nous te le demandons à Toi qui vis pour les siècles des siècles.
»

Prière composée par fr Michel Laloux, ministre provincial, en cette période de pandémie.

Cette réflexion se fera, sœurs et frères, tout en continuant l’appel à la prière.

La fidélité

Comme les autres thèmes abordés, la fidélité, pour le chrétien et le franciscain, n’est pas d’abord de l’ordre de la morale, elle est de l’ordre de la conformité.

Que nous dit la Bible ?
Elle nous dit, et c’est une constante, que Dieu est fidèle à lui-même. De toute éternité, Il a décidé d’aimer ses créatures, particulièrement sa créature spirituelle, l’homme, et rien ne pourra le dévier de sa trajectoire, même quand l’homme décide d’user de sa liberté pour aller dans le sens inverse et faillir à cette fidélité à laquelle il est appelée. Dieu ne cessera jamais de chercher l’homme, tout en lui laissant la liberté, c’est-à-dire sans s’imposer, risquant ainsi d’être rejeté.
L’Apocalypse nous donne une parole typique de la persévérance de Dieu et de son effacement : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui et lui avec moi. » (3,20)
Une première conclusion s’impose : Pas de fidélité sans liberté.

Cette première conclusion amène une question :
Est-ce que nous ne risquons pas avec notre inconstance et nos infidélités de mettre à mal la fidélité de Dieu ?
Pour répondre à cette question, arrêtons-nous sur le passage de 2Tm. 2,11-13 :
« Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le renions, lui aussi nous reniera. Si nous lui sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même ».
Il s’agit d’une hymne où s’exprime, dans un parallélisme, un certain rapport entre notre vie actuelle et le salut, une certaine réciprocité entre notre attitude à l’égard du Christ et celle du Christ à notre égard. Si nous le renions, il nous reniera. On s’attendrait alors, dans le dernier verset, à trouver le même balancement : si nous sommes infidèles, lui aussi sera infidèle.
Non. La logique se rompt pour nous amener à l’affirmation qui est le sommet du passage : Dieu demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même.
Pourquoi ?
L’étonnant dans ce passage, c’est que Dieu puisse renier mais ne puisse être infidèle à l’homme sans être infidèle à lui-même, se renier lui-même. Ce qui signifie que, dans ce reniement, Dieu est encore fidèle, fidèle à son alliance, fidèle à son amour, dans un respect infini de la liberté et de la responsabilité de son partenaire. Nous sommes ici devant la conséquence la plus importante de ce qui a été dit plus haut : dans sa fidélité, Dieu cherche l’homme sans le forcer. On peut user de notre liberté et lui dire non, mais personne ne peut faire que Dieu soit infidèle, que Dieu cesse d’être Dieu.

Mystère, la fidélité de Dieu est une réalité concrète. Il ne nous appartient pas de supprimer le mystère, mais de laisser Dieu nous y introduire. Et du même coup nous saisirons comment notre fidélité peut et doit être une constance et s’appuyer sur des habitudes qui se renouvellent constamment, en fonction des circonstances. Opter pour les mœurs de Dieu pour une plus grande conformité.

Et pour François d’Assise ?

Trois constantes : fidélité à soi-même, fidélité au Christ, fidélité à l’Eglise.

Fidélité à soi : Se convertir au Christ n’a jamais voulu dire chez François se renier. Mais comment, par la grâce du Très-Haut, mettre au service de l’Evangile ce qu’il est. Un exemple : Faut-il être sur les routes ou se retirer ? Marthe ou Marie ?
Pour François, résoudre le problème ne voulait pas dire supprimer l’une des deux réalités, mais de réaliser en lui l’unité. Il a mis sa nature à la disposition de la grâce, ce qui veut dire qu’il n’a pas dénié à la nature sa valeur positive. Autre exemple, il n’a étouffé ni sa sensibilité ni son imagination, ce qui nous a valu le Cantique de frère soleil.

Fidélité à Jésus : Tout grand amour impose une nouvelle échelle de valeurs, un rude travail sur soi-même pour trouver un nouveau style de vie, pour réorganiser sa vie intérieure.
La fidélité au Christ, pour François, consiste à « demeurer dans l’amour » (Jn.15, 9) et à « marcher dans l’amour » (2 Jn.4-6). Et c’est l’œuvre de toute une vie, puisque tous les jours Dieu appelle par une grâce nouvelle, et que tous les jours l’homme répond par une fidélité renouvelée. Tout l’itinéraire de François a été marqué par le dialogue initial de son chemin de Damas : la question était posé en terme de fidélité au service de Jésus (qui vaut-il mieux servir ?) et la réponse a été un engagement d’une disponibilité sans réserve (que veux-tu que je fasse ?)
En François, l’amour du Christ a ordonné tout le reste dans l’élan d’une fidélité sans partage.

Fidélité à l’Eglise : Être fidèle à l’Eglise, ne veut pas dire s’écraser devant elle : quand l’évêque le met à la porte, il rentre par une autre (2 C 147).
Quand il s’agit des grandes orientations de son Ordre, il a toujours recourt à l’Église : il présente ses 12 premiers frères, il soumet son projet de Règle.
Il faut lire la lettre à tous les clercs : équilibre admirable entre le rappel des devoirs et de la grandeur des clercs et la soumission respectueuse aux représentants de l’Eglise.

Quand le nombre des frères a augmenté, il a dû céder le particulier (son inspiration) devant le bien commun de l’Eglise. Il s’est vu comme une poule incapable de protéger sa couvée innombrable, alors il confie ses fils « à l’Eglise pour qu’elle les garde à l’ombre de ses ailes, les protège et les gouverne » (3 comp. 63).
Nous savons aussi que ce détachement ne s’est pas fait tout seul, sans lutte ; un jour, il s’était écrié : « Quels sont ceux qui m’ont volé mon Ordre et mes frères ? » (2C 188). Mais dans une perspective de foi et dans un réflexe de soumission à l’Eglise, il abandonne son œuvre à Jésus Christ qui lui avait dit : « Qui a planté l’Ordre des frères ? N’est-ce pas moi ? » (LP.86)

Pour finir, on peut dire qu’après avoir expérimenté lui-même « l’obéissance à base d’amour » (Adm.4), François comprend que c’est encore être fidèle à soi-même et au Christ que d’être fidèle à l’Eglise, même si on souffre par elle et pour elle : « Même s’ils me persécutaient, c’est encore à eux que je veux recourir » (Test.6).

frère Joseph – assistant régional

ÉVÉNEMENTS JUIN

Du 24 mai 2020 au 24 mai 2021
La Famille franciscaine s’unit dans une campagne mondiale pour célébrer et mettre en pratique l’Encyclique Laudato Si’ du Pape François.

L’idée est née lors du Conseil International de Justice, Paix et Intégrité de la Création, qui s’est déroulé, en 2019, à Jérusalem. Les frères franciscains ont décidé d’organiser une campagne mondiale avec tous les admirateurs de Saint François d’Assise, « l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité » (LS.10). Ainsi est née la “Révolution Laudato Si’” qui compte sur la collaboration d’environ 45 institutions.
La Révolution Laudato Si’ est une campagne mondiale dont le but est d’animer et de promouvoir la conversion écologique intégrale, c’est-à-dire une écologie environnementale, économique et sociale. Les dimensions humaine et sociale sont au centre de notre campagne, car nous voulons que les valeurs de justice sociale et environnementale, le soin et le respect de la création et la solidarité intergénérationnelle fassent partie de notre quotidien.

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web-série « Le Monde d’Après ? » #MdA.

Par Fr. Frédéric-Marie Le Méhauté, franciscain, enseignant de théologie aux facultés Jésuites de Paris et responsable de la Pastorale Jeunes et Vocations de la Province du Bienheureux Jean Duns Scot (France et Belgique)

« Le Monde d’Après ? » est une série de courtes vidéos pensées pour Internet et diffusées sur la chaîne Youtube de notre Province (5 vidéos sont déjà en ligne). Chaque vidéo dure entre 8-9 minutes et développe un grand thème de l’encyclique à travers la lecture d’extraits, des mises en perspectives et un peu d’humour !

Un peu plus loin avec >> Laudato si’ 5ans <<

Le site du conseil international de l’OFS a fait peau neuve : allez le visiter !

Vous verrez que nous appartenons à une grande famille internationale et pourrez découvrir des projets concrets mis en œuvre dans différents pays du monde.

>> Découvrir le site <<

Une semaine de prière avec les frères de Brive du 08 au 14 juin 2020

A l’occasion de la saint Antoine, célébrée le 13 juin, les frères franciscains présents aux grottes de saint Antoine, à Brive, vous proposent une semaine de prière.

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« Dans l’épreuve, redécouvrir Dieu présent à notre vie »

Dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent présenté comme le « Rocher » d’Israël, nom qui traduit sa fidélité inébranlable à son Alliance. Cette union de Dieu avec son peuple est si solide qu’elle résiste à l’épreuve du temps et qu’elle ne se dément pas face aux infidélités répétées des hommes. Oui, notre Dieu est « le Dieu fidèle, éternellement ». Cette fidélité, Israël l’expérimente dans les épreuves ; ainsi en est-il durant l’Exil.

Dans la mentalité juive, il existe un principe selon lequel Dieu rétribue chacun selon sa conduite : récompense pour le juste et malheur au méchant. Les déportations successives à Babylone ont donc d’abord été vécues comme le châtiment des péchés d’Israël : celui des rois qui n’ont cessé de s’écarter de l’alliance divine, celui des puissants qui se sont enrichis au détriment des plus petits, oubliant leur devoir de charité, celui du peuple tout entier qui s’est laissé séduire par d’autres dieux et dont la conduite s’est pervertie. Les exilés auraient pu se sentir abandonnés de Dieu, pourtant cette épreuve va se révéler féconde. Les paroles des prophètes deviennent source de réconfort car, si elles annoncent le châtiment, elles s’accompagnent toujours d’une promesse de renaissance pour peu que l’appel à la conversion soit enfin entendu. Les exilés trouvent des raisons d’espérer au cœur même de leurs difficultés parce qu’ils prennent conscience de la présence de Dieu à leurs côtés. Ils font une relecture de leur histoire et de leur relation à Dieu. « Je te fiancerai à moi pour toujours, je te fiancerai à moi par la justice et le droit, l’amour et la tendresse. Je te fiancerai à moi par la fidélité et tu connaîtras le SEIGNEUR » (Os 2,21-22)

Sous l’influence des prophètes et des prêtres, s’invente une nouvelle façon de vivre sa foi, plus spirituelle : plus de Temple, ni de sacrifices, mais des assemblées (ou synagogues) pour prier et méditer la Parole de Dieu. Peu à peu, c’est un Israël nouveau qui se construit, alors même qu’il redécouvre sa vocation de nation sainte. C’est la communauté des « pauvres de Yahweh », ceux qui ont tout perdu mais qui, humblement, s’en remettent totalement à Dieu car ils ont foi en sa fidélité et en son amour bienveillant, car ils savent que de lui seul vient le salut.

Dans les livres d’Ezechiel et d’Isaïe, Dieu promet la fin de l’exil, il se présente comme le Pasteur d’Israël, il est le berger qui prendra soin des exilés et les ramènera sur leur terre. « Car ainsi parle le Seigneur DIEU : je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin. De même qu’un berger prend soin de ses bêtes le jour où il se trouve au milieu d’un troupeau débandé, ainsi je prendrai soin de mon troupeau ; je l’arracherai de tous les endroits où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité. Je le ferai sortir d’entre les peuples, je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre » (Ez 34, 11-13). Il leur donnera un cœur nouveau, il conclura avec eux une alliance perpétuelle et les comblera de bienfaits. « Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le SEIGNEUR. Humiliée, ballotée, privée de réconfort, voici que moi je mettrai un cerne de fard autour de tes pierres, je te fonderai sur des saphirs, je ferai tes créneaux en rubis, tes portes en pierres étincelantes et tout ton pourtour en pierres ornementales. Tous tes fils seront disciples du SEIGNEUR, et grande sera la paix de tes fils. » (Is 54, 10-13). Le retour d’un certain nombre d’exilés à Jérusalem témoignera de la fidélité de Dieu à son peuple et du caractère immuable de son Alliance. Forts de leur foi renouvelée et vivifiée par les épreuves, les exilés auront une influence déterminante dans la réorganisation de la vie matérielle et spirituelle de la communauté, malgré les difficultés et les dissensions.

Pourquoi ne pas faire un parallèle entre cet épisode de l’Exil et ce que nous vivons actuellement ?
Durant ces semaines de confinement, nous avons pu souffrir dans notre chair des effets de cette pandémie, ou plus simplement nous sentir totalement entravés par les restrictions portées à nos libertés. Mais dans ce retrait et ce silence, peut-être avons-nous eu la chance de découvrir que, débarrassés, malgré nous, de ce que nous appelions des priorités, un « trésor » nous attendait…une liberté bien plus grande et bien plus exaltante : une liberté intérieure. Celle née d’un cœur à cœur enfin rendu possible avec notre SEIGNEUR. Malgré la peur, la maladie, la mort, tout nous chantait, à nous aussi, sa présence et son amour indéfectibles : l’attention portée aux autres, les gestes de solidarité, le bonheur éprouvé dans les choses les plus simples en attestaient. La nature elle-même éclatait de vie et de couleurs pour célébrer son Créateur. Le confinement, en favorisant le dépouillement, devenait un temps propice à la prière et à la méditation, à une vie intérieure beaucoup plus riche parce que plus accordée à notre vocation d’enfants de Dieu.

Dans La France contre les robots, Bernanos dit de la civilisation moderne qu’elle est « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Alors, au sortir de cette épreuve, qu’allons-nous faire de notre « trésor » ? Allons-nous reprendre notre course effrénée vers des bonheurs illusoires et fugaces ? Ou allons-nous repenser notre vie et notre relation à Dieu, à l’image des exilés à Babylone, en nous appuyant sur la fidélité d’un Père qui ne nous veut que du bien, lui le seul Bien…

P. Clamens-Zalay

Léon XIII : Entre conservatisme et ouverture au monde

Le mois dernier fut esquissé le rôle joué par le Pape Léon XIII dans la réforme du Tiers-ordre franciscain. La pensée et l’action franciscaines entraient en cohérence avec le souci social de ce prélat ignatien. Gioacchino Pecci, considéré par ses détracteurs comme un pape rouge, était un gros travailleur qui réalisa un « cursus honorum » parfait au cœur de l’institution ecclésiale jusqu’à accéder au trône de Saint-Pierre le 20 février 1878, à 68 ans. Il fut sans doute élu pour être un pape de transition après le long règne de Pie IX. Pourtant, il demeura évêque de Rome pendant vingt-cinq ans. Ordonné prêtre en 1837, il entra immédiatement dans l’administration pontificale. Légat pontifical(1) à 27 ans, Archevêque(2) à 32 ans, puis nonce apostolique(3) en Belgique, poste délicat en un royaume doté d’un souverain protestant(4) ; il devint camerlingue(5) à 67 ans. Pie IX(6) l’avait longtemps tenu à l’écart craignant les idées perçues comme trop libérales de cet enfant de petite noblesse siennoise. S’il devint prêtre, il semblerait que ce fut plus par souci de faire carrière que par vocation profonde. Toutefois, son long pontificat marqua à jamais l’histoire de l’Église. Conscient que le monde était en train de changer, il fit un effort intellectuel afin de mieux comprendre ces évolutions qui agitaient le monde d’alors. Convaincu de la supériorité absolue du pouvoir spirituel, il rejeta tout accommodement sur la question romaine. Il fut toutefois à l’origine d’un renouveau intellectuel qui toucha toute l’Église jusqu’à la fin des années soixante. Grand admirateur de St Thomas(7), son corps de pensée fut le néo-thomisme(8). La notion de bien commun animait son cheminement. Fidèle au « bœuf muet »(9), il estimait que la création était divine et s’attachait à montrer que ce bien commun devait aussi nourrir la société et l’économie du monde industriel, repoussant les injustices nées de cette réalité nouvelle.
Léon XIII aspirait à une Église présente dans son époque, celle du siècle des révolutions qui provoquèrent de profonds changements dans les esprits et les sociétés. Déjà sensible à la question sociale, sa rencontre avec le financier Ferdinand de Meeûs, gouverneur de la Société générale de Belgique, philanthrope et catholique engagé, fondateur du Crédit de la Charité, ne fit que le conforter dans sa volonté que l’Église s’intéressât aux difficultés du prolétariat naissant et aux souffrances du monde ouvrier. Par ailleurs, l’émergence des idées socialistes lui paraissait une menace qui invitait l’Église à vivre avec son temps. Pour relever ce défi de l’ère moderne, Léon XIII s’appuya sur le Tiers-ordre franciscain et sur des catholiques préoccupés par la misère ouvrière afin de dénoncer les abus du capitalisme.

Érik LAMBERT

(1) Envoyé par le pape pour une mission, ponctuelle ou permanente, d’administration ou de représentation.
(2) Evêque placé à la tête d’une province ecclésiastique et qui a plusieurs évêques sous son « autorité »
(3) « Ambassadeur » du Pape
(4) Léopold 1er, roi des Belges était un prince allemand de Saxe-Cobourg et Gotha.
(5) Cardinal particulièrement chargé par le Pape de l’administration des biens temporels du Saint-Siège. Il préside la chambre apostolique et gouverne quand le Saint Siège est vacant.
(6) Giovanni Ferretti, élu le 16 juin 1846 sous le nom de Pie IX, a eu le règne le plus long (32 ans) et l’un des plus tourmentés de l’Histoire de l’Église. Le pape du concile Vatican I fut d’abord perçu comme un homme d’ouverture. Les catholiques libéraux ainsi que les républicains italiens reportèrent sur lui leurs espoirs d’ouverture mais ils durent déchanter après l’échec des soulèvements révolutionnaires de 1848. Le 8 décembre 1864, en annexe de l’encyclique Quanta cura, Pie IX publia le Syllabus, catalogue de tout ce qu’il pensait être les erreurs de la pensée moderne. Le ton sarcastique du Syllabus suscita l’ire des catholiques libéraux. C’était l’époque de l’ultramontanisme. Dans les grands pays catholiques, dont la France, le clergé et les fidèles manifestaient un soutien croissant envers le pape « d’outre-monts ». L’autorité morale et spirituelle de Pie IX ne cessa de s’accroître. En 1869, le concile Vatican I institua le dogme de l’infaillibilité pontificale. Mais quelques mois plus tard, le 20 septembre 1870, les troupes du roi d’Italie occupèrent Rome. C’en fut fini des États pontificaux. Pie IX se considéra comme prisonnier au Vatican. Une situation qui perdura jusqu’aux accords du Latran en 1929, avec Mussolini, et à la création de l’État souverain du Vatican (le plus petit État du monde).
(7) Saint-Thomas d’Aquin, éduqué au monastère bénédictin du Mont-Cassin, devenu dominicain, tenta
de concilier la philosophie d’Aristote et la doctrine chrétienne. Cette ambition engagea une révolution intellectuelle, la philosophie scolastique, qui réconcilia la raison et la foi au nom de la Vérité.
Thomas d’Aquin fut canonisé, proclamé Docteur de l’Église et surtout considéré comme le saint-patron des écoles et universités catholiques.
(8) Courant de pensée qui constitue l’alternative entre positivisme et matérialisme. Il s’agit d’une théologie défendant un réalisme philosophique. La renaissance du thomisme est en partie l’œuvre de l’encyclique Æterni Patris du 4 août 1879 (Sur la restauration dans les écoles catholiques de la philosophie chrétienne selon l’esprit du « docteur angélique » c’est-à-dire St Thomas) Le pape conseilla de suivre Thomas pour lutter contre les dangers de certains dispositifs philosophiques, en pensant que la raison pouvait atteindre une vérité philosophique qui ne mettrait pas en danger la foi. Le 4 août 1880 Léon XIII déclare saint Thomas patron des études dans les écoles catholiques (Cum hoc sit). Le 29 juin 1914, dans son motu proprio, le pape Pie X demande aux professeurs de philosophie catholique d’enseigner les principes du thomisme dans les universités et les collèges. Et cette même année, la Congrégation romaine des Séminaires et Universités promulgua une liste de 24 thèses thomistes reconnues comme normæ directivæ tutæ. Après la mort de Pie X, Benoît XV fit réviser le Code de droit canonique, recommandant la doctrine de Thomas et approuvant les 24 thèses (1917).
(9) A cause de sa taciturnité, qu’ils attribuaient à la lenteur de son intelligence, ses condisciples l’appelaient le boeuf muet de Sicile; mais son maître leur disait « Ce boeuf mugira si fort, que toute la terre l’entendra ». «Thomas, viens vite, il y a un boeuf qui vole devant la fenêtre ! Et le brave Thomas, que n’effleurait jamais l’idée qu’on pût mentir, allait voir sous les lazzis de ses condisciples. Même durant les repas, il restait absorbé dans sa méditation, au point qu’on pouvait lui changer de plat sans qu’il s’en aperçût. », In Libération, L’amour vache par Robert Maggiori, 3 août 2004.

La femme adultère chap 8, 1-11

Préliminaires
Ce récit est ordinairement considéré par les spécialistes comme une pièce rapportée dans l’évangile de Jean. Il s’agirait d’une tradition indépendante, qui n’a été utilisée par aucun des 4 évangélistes, mais qui aurait été insérée après coup dans l’évangile de Jean. Cette constatation nous amène à nous poser 2 questions :
Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?
Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ?

Pourquoi ce récit n’est-il pas de Jean ?

• Les manuscrits les plus anciens l’ignorent.
• Certains manuscrits, plus récents, le placent ailleurs, dans le ch. 8 (après les versets 36 ou 44), ou même à la fin de l’évangile, preuve qu’on ne savait trop où mettre cette pièce « flottante ».
• D’autres manuscrits l’attribuent à Luc et le placent après Luc 21, 38, c’est à dire entre « les derniers jours de Jésus au Temple » et « le complot contre Jésus ».
• Les Pères Grecs semblent ignorer ce récit.
• Enfin, on n’y trouve ni le vocabulaire, ni le style de Jean. Par contre, il relève tout à fait du style et de l’idée générale de Luc, l’évangéliste de la miséricorde.

Pourquoi l’avoir inséré dans l’évangile de Jean ? Et pourquoi au début de ce chapitre 8 ?

• Le thème du procès fait à Jésus par les autorités juives, est un thème récurrent dans cet évangile, et le récit de la femme adultère l’illustre parfaitement.
• En Jean, les ch. 7 et 8 sont ceux de la grande et violente opposition entre Jésus et les Juifs : insérer ce récit en plein milieu convenait fort bien. Surtout, juste avant le verset 15 : « Moi, je ne juge personne ! »
• Enfin, sous ce récit, apparemment de simple indulgence de la part de Jésus, se cache, une fois de plus, une révélation sur la véritable identité de Jésus. C’est donc un récit christologique.

Le véritable accusé n’est pas celui qu’on pointe 1-6a

>> En apparence, on instruit ici le procès d’une femme adultère. En réalité les scribes et les pharisiens font le procès de Jésus. La femme adultère ne sert que de prétexte.
>> La véritable intention des accusateurs se déplace :
• à l’égard de la femme coupable, c’était de se faire les pieux défenseurs de la loi de Moïse (dont le but était, en effet, d’extirper les mauvaises mœurs dans le peuple de Dieu). Le Lévitique 20, 10 prévoyait sans conteste la mort par lapidation.
• mais à l’égard de Jésus, c’est en réalité de trouver un motif pour le condamner à mort.
>> La tactique ? enfermer Jésus dans un dilemme fatal :
• ou bien il penche pour la clémence, mais alors il prend parti contre l’autorité de Moïse, et encourt dès lors, comme blasphémateur, le même châtiment que la femme.
• ou bien il penche pour la sévérité, mais alors, lui qui se présente comme le prophète de la miséricorde, il se contredit lui-même : c’est un faux prophète, et les faux prophètes, Israël ne peut les tolérer en son sein, il faut s’en débarrasser.

Le piège est le même que la question insidieuse posée un jour à Jésus : « Maître, est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César ? » (Lc. 20, 20-26). Selon la réponse, Jésus serait, ou un mauvais juif, ou un dangereux agitateur.
>> L’ambiance est tendue, et le danger est aussi grave pour Jésus que celui qu’il devra bientôt affronter lors de son jugement devant le sanhédrin. On le voit à un détail révélateur, qui invite à faire le rapprochement : Jésus commence par garder le silence ; or, devant le sanhédrin, Marc nous rapporte : « Mais lui se taisait et ne répondait rien » (14, 61).
>> Jésus écrit sur le sol… On a supposé beaucoup de choses, à tort. Il s’agit, très probablement, d’un geste pour rien qui marque son désintérêt pour la question posée, son refus d’émettre un jugement. Mais les juifs insistent…

frère Joseph

Un livre…

INGRÉDIENTS POUR UNE VIE DE PASSIONS FORMIDABLES LUIS SEPÚLVEDA

Edition : Métaillé
Publication : 10/04/2014
Pages : 144

Grand écrivain chilien, Luis Sepulveda s’est éteint dans sa soixante-et-onzième année le 16 avril dernier en Espagne où il vivait. C’est une des victimes du covid 19, et cette nouvelle a pris plus de place dans les chroniques, par ailleurs parcimonieuses, que le rappel de son oeuvre pourtant considérable. Est-ce l’effet d’une certaine arrogance typiquement française, disposée à traiter en mineures les littératures étrangères, surtout lorsqu’elle proviennent de régions défavorisées comme l’Amérique du Sud (les auteurs états-uniens bénéficient, eux, et on se demande souvent pourquoi, d’une certaine faveur automatique). Et cependant, la littérature sud-américaine est d’une grande richesse, trop méconnue, et Luis Sepulveda en est un très bel héraut, avec la vitalité, la vigueur, la sensualité et la simplicité directe et généreuse de son écriture, simplicité à laquelle seuls les grands auteurs parviennent.

La vie de Luis Sepulveda est en elle-même un roman. Né dans une très modeste famille de la banlieue de Santiago, l’enfant qui rêvait de devenir footballeur professionnel découvre la littéra-ture dans sa jeune adolescence, pour se consoler de ses déboires avec une fille qui n’aimait pas le foot, mais qui aimait la poésie. C’est aussi un militant très actif dans le soutien à la révolution paci-fique emmenée par Salvator Allende, et ensuite contre la dictature de Pinochet dont on ne rappelle-ra jamais assez combien elle fut sanguinaire. Échappant de peu à la mort, sa peine capitale fut commuée en 28 ans de prison dont il ne purgera « que » deux ans et demi, pour ensuite, grâce à l’intervention internationale, se voir exilé. Commence une pérégrination en Amérique Latine, puis à travers le monde et en Europe où il s’installe et se marie, en Allemagne, puis pour finir en Espagne. Partout il a multiplié les expériences, toujours au contact des gens, et toujours animé de la même foi révolutionnaire et écologiste.

Ingrédients pour une vie de passions formidables retrace des épisodes, souvent jubilatoires, de l’existence semi nomade d’un exilé qui n’a jamais oublié son pays (« Seul un oiseau fou a pu avoir l’idée de me faire naître à cet endroit »), auquel il consacre le dernier et magnifique chapitre, et d’un homme passionné d’humanité qui n’a jamais rien renié de l’amour pour son peuple, ni pour les autres peuples, ni de ses combats pour un monde juste et fraternel, ni de l’humilité de son am-bition d’écrivain qui se résume à une double tentative : « nommer les choses, comprendre le monde ». Mais il est dans la logique de ses attachements — même s’il pensait des pays où il a vécu certainement la même chose qu’il disait de ses enfants : « Tous mes enfants sont mes préfé-rés » — de finir avec sa propre déclaration d’identité, à sa façon : « Je suis un Chilien sans un do-cument qui l’atteste mais peu m’importe car, où que je sois, il me suffit de regarder vers le sud pour sentir sur mon visage l’air austral qui, dans ma mémoire têtue, a toujours l’odeur de la solidarité, de la fraternité et de la volonté de construire un pays meilleur. »

Jean Chavot

Prière de juin

Dieu,
Toi la source de toute vie,
Toi le Père infiniment bon
qui engendres toute créature à l’amour,
Toi le défenseur de l’opprimé,
le libérateur de ton peuple humilié,
fais de nous des hommes et des femmes amoureux de la vie,
luttant pour la justice avec les armes de la paix.

Nous Te le demandons
par ton Fils et notre frère, Jésus, le Christ.
Il a guéri les malades et partagé le pain.
Il a lutté contre les puissances de la violence et de la mort.
Serviteur souffrant, Il a pris sur Lui
toute la violence du monde.
De sa mort a jailli, inépuisable, la source de la vie.

Fais de nous, Père, à son image,
des assoiffés de justice,
des artisans de paix.

Père de toute miséricorde,
envoie-nous ton Esprit,
l’avocat des pauvres,
le consolateur des humiliés,
le souffle léger
qui réconcilie le frère avec le frère.
Qu’à son inspiration,
pleine de force et de douceur,
pour éliminer toute violence,
nous devenions infiniment ingénieux,
accrochés au roc de notre foi,
prêts à toutes les patiences de l’espérance,
rompus à toutes les ruses de l’amour.

Nous Te rendons grâces
car pour réconcilier tous les hommes en ton amour,
Tu nous as fait l’honneur
d’avoir besoin de nous.

Confiné-déconfiné

Voilà deux mots récemment passés en force au premier rang de notre vocabulaire… et pourtant, bien avant la période inédite que nous vivons, la Pentecôte fut une réalité où l’on retrouvait ce même mouvement, comme un spasme : la même séquence de fermeture et d’ouverture. Quand la situation est unique, dangereuse, quand les repères de la vie disparaissent ou s’estompent, la peur provoque une réaction de confinement. Se mettre à l’abri, c’est chercher un secours dans le retrait, et c’est aussi, pour le groupe, se réfugier dans son identité. La sécurité et l’identité, nécessités de l’existence, sont positives. À condition de ne pas se soustraire au mouvement de la vie.

Le repli des disciples, après la disparition de Jésus, est une réaction du même ordre, de peur et de pertes de repères. Mais ils nous font bien prendre conscience que le confinement n’est pas fait pour durer. Il faut en sortir. C’est bien ce qui arrive à la communauté des « Actes des Apôtres ». Jésus, « en ce premier jour de la semaine », arrive à l’endroit où le groupe s’est réuni pour se retrouver. Il leur souhaite à chacun la « Paix » , il leur montre ses mains et son côté. Il leur révèle qu’il est dans la vraie vie, faite de Paix et de passion. Par la Paix vécue, il dit son amour et par son combat, il dit le mal dépassé. De ce moment partagé, il se dégage une plénitude de joie. Puis, les disciples reçoivent leur mission : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». C’est la Parole qui « déconfine » les disciples : ils sortent, il n’est plus question qu’ils restent entre eux. Nous avons bien vu la portée de la fermeture provisoire des églises, il n’est pas question pour nous non plus de rester confinés entre croyants, mais d’aller annoncer, par la Parole et par l’engagement, la Bonne Nouvelle du pardon, de la réconciliation avec tous, d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur couleur.

Un autre sentiment surprend les disciples : l’émerveillement. Et c’est la force de l’Esprit de favoriser des initiatives inattendues ou inespérées, partout sur la Terre. C’est le même sentiment qui nous anime nous aussi en ces temps exceptionnels, partagés entre angoisse et espérance : l’émerveillement d’un mieux vivre possible pour ce monde et pour tous ses habitants. Prenons le temps de considérer et d’apprécier les initiatives audacieuses qui naissent partout, créatrices et « apprenantes », dans toutes les langues.

C’est aussi le moment de redire le sens de notre expérience humaine : « nous sommes appelés à former un seul corps dans un unique Esprit. » C’est un projet immense dans le temps et dans l’espace, qui nous rappelle que le monde ne s’est pas fait en un jour. Notre histoire humaine est rythmée de Pentecôtes, que nous pouvons oublier parfois, mais qui renouvellent notre Espérance en la force inaltérable de l’Esprit. Cette année, la Pentecôte diffuse comme un parfum de confinement et de déconfinement. A suivre !

« Paix et Bien »

Thierry Gournay