Archives de catégorie : Parcours biblique

Apocalyspse de Saint Jean

PLAN de l’APOCALYPSE

I – Le Christ en charge de son Eglise (1-3) :
– Vision du FILS de 1’HOMME (1, 9-20)
– Lettres aux 7 églises (2-3) : une tournée pastorale du Christ.
II – L’Eglise affrontée à Israël (4-11) :
– Liturgie autour du trône (4)
– Les 7 sceaux (5-8, 1)
– Les 7 trompettes (8, 2 – 11)
III – L’Eglise affrontée à une puissance totalitaire (12-20) :
– La femme et le dragon
– Les 2 bêtes
– Les 7 coupes
– Jugement et ruine de Babylone.
IV – La Jérusalem nouvelle (21-22)

LE CHRIST EN CHARGE de SON EGLISE
(ch. 1 à 3)

PROLOGUE (1/1-3)
Ce Prologue aura son correspondant exact à la fin du livre = 22, 6-20. Remarquable technique d’inclusion. … » Révélation de J.C.  » = dévoilement de J.C. – Jean préférera ensuite « témoignage de J.C. » = martyre de J.C. A la fois « révélation » que fait J.C. et qui concerne l’œuvre et la condition divine de J.C. … » ce qui doit arriver vite  » (tiré de Daniel 2, 28-29) = II s’agit ici de la venue du Christ.

Une cascade de personnages :

– Dieu le Père (tout part de lui, il est l’origine et la source).

– Puis une série de « médiateurs »


: le Christ,
: son Ange (parce que Jean qui va paraître n’est pas sur le même plan que le Christ, d’où la nécessité d’un Ange pour communiquer de l’un à l’autre),
: Jean (qui reçoit mission d’écrire).

– Enfin une « assemblée liturgique »: un lecteur + tous les auditeurs {qui ont mission d' »écouter », c.-à-d. de recevoir positivement, de mettre en pratique ce qu’ils entendent).
 » Heureux celui qui lit et ceux qui écoutent« … C’est la 1ère des 7 béatitudes de l’Apocalypse (1, 3-14, 13 ; 16, 15 ; 19, 9 ; 20, 6 ; 22, 7.14).
… »car le moment est proche… » : La Bible distingue entre le « temps » et le « moment ». Le temps (« chronos » en grec), c’est la chronologie, la succession des événements. Le moment (« kairos » en grec), c’est la fraction du temps durant laquelle le Dieu de l’Alliance se manifeste aux yeux de son peuple.
« kairos » (le moment) se trouve 7 fois dans l’Apocalypse (1,3 ; 11,18 ; 12,12 et 3 fois en 14 – 22, 10).

ADRESSE
Cette ADRESSE est bâtie en forme de dialogue liturgique avec l’assemblée chrétienne :

1 _ Salutation par Jean (4-5a)
… « grâce et paix » : « grâce » = bienveillance gratuite de Dieu. « Paix » = état de plénitude, par intimité avec Jésus. … « de la part de DIEU-TRINITE »
: le Père, désigné en 3 termes « qui est, qui était et qui vient« . Jean s’inspire d’un targum palestinien qui commentait « Je suis celui qui suis » d’Ex. 3, 14 en « Celui qui est, qui était et qui sera« , mais il le transforme en disant « et qui vient » pour marquer, non plus l’être intime de Dieu dans son éternité, mais son intervention imminente en faveur de son peuple.
: L’Esprit chiffré par 7 = L’Esprit Saint dans la totalité de ses actions.
: Jésus Christ qualifié en 3 termes (mort, ressuscité, exalté) par réutilisation du Psaume 89, 28.38 (« témoin fidèle » = martyr- « premier-né des morts » = ressuscité – « Prince des rois de la terre » = exalté, avec suprématie sur toutes forces historiques hostiles).

2 _ Réponse de l’Assemblée (5b-6)
– Louange toute centrée sur Jésus, qui est désigné en 3 actions :
1} « Celui qui nous aime » = seul présent de l’indicatif de tout le NT. pour exprimer la permanence de l’amour de Jésus
2) « qui nous a délivrés par son sang« .
3} « qui a fait de nous un royaume de prêtres » : un « royaume » parce que nous sommes ceux sur qui le Christ règne;
« de prêtres » parce que nous sommes ceux qui ne cessent de faire monter vers Dieu la louange pour la Création et pour l’Histoire Sainte. L’arrière-fond de ces 3 actions divines = Ex 19, 16.
Et toute l’assemblée ponctue : Amen !

3_ Prophétie de Jean : le Christ vient ! (7)
– Jean s’inspire à la fois de Daniel 7, 13 (« voici qu‘au milieu des nuées venait comme un fils d’homme« ), et de Zacharie 12, 10,14 (« ils regarderont vers moi, celui qu’ils ont transpercé… »). Comme Matthieu racontant la Passion (24, 30), Jean combine Daniel et Zacharie pour montrer que la venue glorieuse du Christ va s’imposer à tous, même aux ennemis du Christ qui seront pris de remords.
– Oui, Amen ! conclut toute 1’assemblée.

4_ Auto-proclamation de Dieu (8)
– Remarquer comment cette conclusion fait inclusion avec le v. 4 du début. … « Je suis l’Alpha et l’Omega… » = Je suis là de A à Z, depuis la Création jusqu’à l’achèvement du Salut ! Il est tout à fait remarquable que la formule sera reprise par le Christ lui-même en 22, 13, proclamant ainsi sa parfaite égalité avec Dieu.

Fr Joseph ofm

L’Apocalypse de saint Jean et l’Ancien Testament

En comparant l’œuvre de Jean avec l’AT on découvrira le sens des images utilisées

Ap. 1, 1-3

Dn. 2, 28-29

Ap

AP. 1, 4 – 3 

Ex. 3, 14 ; 16, 32-33 ; 19, 6 ; Ps. 2, 8-9 ; 89, 28.38 ; Dn. 7, 9-13 ; 10, 5-19 ; 12, 1 ; Za. 4, 1-14 ; 12, 10 ; Is. 44, 6 ; 48, 12 ; 49, 2 ; 62, 2 ; Gn. 2, 9; Ez. 48, 35 ; Ct. 5, 2

Ap. 4 – 5 

Gn. 49, 9 ; Ex. 12, 3-6 ; Is. 6, 1-5 ; 53, 7 ; Ez. 1; 2, 9-10 ; Dn. 7, 9-10

Ap. 6 – 8, 5  

Za. 1, 8-10.12 ; 6, 1-8 ; Is. 13, 10 ; 25, 8 ; 49, 10 ; Ez. 9 ; 34, 23 ; Os. 10, 8 ; Dn. 12 , 1

Ap. 8, 6 – 11, 19   

Ex. 25, 9 ; Is. 14 , 12 ; Ez. 2 – 3 ; 40, 3 ; Za. 4, 1-14 ; Jl. 1 – 2 ; Jb. 26, 6 ; 2 M. 2, 8

Ap. 12, 1- 6    

Gn. 3 ; Ps. 2 ; Is. 66, 7 ; Ct. 6, 10

Ap. 12, 7 – 14, 5     

Gn. 3, 14-16 ; Nb. 16, 30-34 ; Dn. 7, 2-8

Ap. 14, 6 – 19, 10      

Ex. 15, 2-9 ; Is. 21, 23 ; 61, 10 ; 63, 1-6 ; Jr. 25, 10 ; 51, 7-8 ; Ez. 26-27 ; Jl. 4, 13 ; Dn. 7, 24

Ap. 19, 11 – 20, 15       

Ps. 2 ; Is. 63, 1-6 ; Ez. 39, 17-20 ; Sg. 18, 14-16 ; Dn. 7

Ap. 21 – 22       

Gn. 2 ; Lv. 26, 11-12 ; Ez. 37, 27 ; 47, 1-12 ; Is. 7 ; 25, 8 ; 54, 5 ; 60 ; 65, 17 ; Za. 8, 8; Za. 14, 8 

L’auteur de l’apocalypse utilise donc énormément l’Écriture. Mais les citations exactes sont très rares. Il garde une entière liberté pour s’inspirer de l’AT en l’interprétant dans un sens chrétien.
Il utilise 2 procédés :

  1. Une double utilisation du même texte
    Dans Ez. 2, 8 le prophète reçoit un livre que Dieu lui donne à avaler. L’auteur de l’apocalypse utilise ce texte de 2 façons :
    ➡️ A : Dans une vision (5, 1s) il voit un livre ; il ne s’agit pas de l’avaler mais de l’ouvrir. On n’insiste plus sur l’origine divine du message délivré par le prophète mais sur la puissance de l’Agneau qui, seul, pourra l’ouvrir.
    ➡️ B : Dans une autre vision (10, 1-11) l’auteur doit avaler un petit livre (le message du Christ) et il insiste sur l’effet doux-amer qu’en provoque la manducation.
  1. Fusion de plusieurs textes :
    Ap. 22, 1-3 …….. Ez 47, 1 ; Za 14, 8 ; Gn 2, 9.

Ap. 22, 1-3

Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau.
Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant 12 récoltes.
Chaque mois, il donne son fruit et son feuillage sert à la guérison des nations.
Il n’y aura plus de malédiction.
Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte.

Ez. 47, 1

Il me fit venir vers l’entrée du temple ; or, de l’eau jaillissait de dessous le seuil de la maison, vers l’Orient ; et l’eau descendait au bas du côté droit de la maison, au Sud de l’autel.

Za. 14, 8

En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale.
Il en sera ainsi l’été comme l’hiver.

Gn. 2, 9

Le Seigneur Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur.

Ezéchiel entrevoyait pour l’avenir un peuple renouvelé par cette eau, symbole de l’Esprit. Mais en ajoutant le passage du livre de la Genèse, l’auteur présente cette opération comme une nouvelle création, où nous pourrons goûter aux fruits d’éternité sans craindre la malédiction. Enfin, quand il mêle Zacharie, il donne à cette annonce une dimension universelle : c’est la vie pour toutes les nations.
Cet exemple nous fait voir la connaissance qu’avait l’auteur de l’apocalypse de l’Écriture et comment il a su les recréer pour montrer l’accomplissement des Écritures en Jésus.

Fr Joseph

L’Apocalypse de Saint Jean

Un SYMBOLISME CONSTANT et CODÉ (suite)

4 Les personnages

le vieillard = DIEU.
• les 24 vieillards = cf. chiffre 24 plus haut.
• la femme = soit le peuple d’Israël, l’épouse de Yahvé, la femme au désert,
• soit la prostituée, la Rome-Babylone.
• l’épouse = l’Eglise.
• les cavaliers = les malheurs.
• le cavalier blanc = le MESSIE ? la victoire ?
• les habitants de la terre = les mauvais, les païens.

5 Les couleurs

blanc = couleur de la transcendance, de la résurrection, de la pureté, de la victoire.
noir = couleur de la mort.
rouge = couleur du sang, évoquant soit la cruauté, soit la victoire du martyre.
pourpre et écarlate = couleur de la luxure (celle de la « femme-Babylone »).
vert = fragilité et caducité humaines (cf. le cheval vert, chevauché par la mort).
arc-en-ciel = présence divine.

6 Les objets, les attributs, les vêtements

• l’épée = la Parole qui exerce le jugement des derniers temps.
• les ailes = capacité de monter au niveau de Dieu.
• les cheveux blancs = non pas la vieillesse, mais l’éternité.
• la ceinture en or = le pouvoir royal.
• la longue robe = la dignité sacerdotale.
• les trompettes = Dieu va parler.
• les colonnes = les « piliers » d’un groupe.
• le vêtement = signe de la situation spirituelle de l’homme.
• les coupes = soit des épreuves à traverser, soit des châtiments.
• l’or = métal dont est parée toute la Jérusalem céleste.
• un candélabre = une Eglise particulière, ou une lumière.

7 Des parties du corps

• les yeux = la connaissance, le savoir (ex. « rempli d’yeux » = qui voit tout).
• les pieds, les jambes = le lieu d’une plus ou moins grande solidité ou stabilité.

REMARQUES sur ce SYMBOLISME
1/- Presque tous ces symboles sont déjà présents dans l’A.T., mais l’auteur ne cite jamais ses sources.
2/- II ne faut jamais oublier que les images sont faites pour exprimer des idées. En effet, dans 1’Apocalypse, l’accumulation d’images aboutit souvent à quelque chose d’irreprésentable visuellement. Par ex. comment imaginer « visuellement » l’Agneau aux 7 cornes et 7 yeux, ou la Bête aux 7 têtes et aux 10 cornes ? Comment 10 cornes peuvent bien se répartir sur 7 têtes ? (13/1) – II faut se contenter de traduire intellectuellement les symboles : ex. ici, l’Agneau possède la puissance et la connaissance en plénitude. La Bête, c’est l’Empire romain avec ses empereurs (7) et ses rois vassaux (10).
3/- Une même image peut avoir des significations différentes ou même opposées. Le désert par ex. est un lieu de refuge (ch. 12), mais aussi le repaire des démons (en. 17). Le cavalier blanc symbolise la guerre victorieuse (ch. 6), mais aussi le MESSIE (19/11).

Fr Joseph

L’apocalypse de Saint Jean

Un SYMBOLISME CONSTANT et CODÉ

Le style apocalyptique disposait depuis longtemps dans l’A.T. de tout un arsenal de symboles spécifiques connus des seuls familiers de l’Ecriture : des nombres, des éléments cosmiques, des personnages, des animaux, des couleurs, des vêtements, des ornements, des attributs, des objets, des parties du corps, etc.

1. Les nombres
– 7 revient 54 fois = chiffre de la perfection, plénitude, totalité (ex. 7 esprits = plénitude de l’Esprit) … le chiffre 7 est formé de 3 et de 4 :
– 3 est le chiffre de Dieu invisible (qui se communique aux hommes par sa Parole, son Esprit, sa Sagesse), et donc le chiffre de tout ce qui est divin, absolu, définitif et total.
– 4 est le chiffre de l’univers créé (les 4 points cardinaux, les 4 vents, les 4 coins de la terre…)
– 12 est la multiplication de 3 et de 4 (12 tribus d’Israël, 12 apôtres)
… 7 et 12 signifient sensiblement la même chose = c’est la rencontre intime du Créateur et de la créature, c’est-à-dire de l’Alliance ;
a)- si l’Alliance est parfaite et réussie, on porte 7 et 12 au carré = 49 et 144.
b)- Pour signifier que l’Alliance est universelle, on multiplie par 1.000 (ex. 144.000 = une foule immense venue de partout).
c)- Si l’Alliance est menacée (soit par faute, soit par persécution ou déportation), on symbolise cela par la moitié de 7 et de 12, soit 3 et 1/2 et 6 = c’est la plénitude cassée en deux, et cela peut signifier un temps provisoire, une période limitée, ou l’impuissance d’atteindre 7 (l’imperfection)
… 3 et 1/2 se traduit aussi par 42 mois ou 1260 jours (3 ans 1/2) ou par l’expression « un temps, du temps et la moitié d’un temps » (1 + 2 + 1/2).
Vu l’importance de 7, 1’Apocalypse pourrait signifier l’Alliance renouée en JESUS CHRIST, menacée à cause des persécutions, mais assurée d’être éternelle et définitive.
– 6 marque l’impuissance d’atteindre 7, donc l’imperfection, sinon le mal (ex. 666 = chiffre de la Bête).
– 10 indique une valeur limitée quoique importante (qui peut se compter sur les 10 doigts): elle peut être capitale (les 10 commandements), ce peut être une durée d’un certain temps, mais pas infinie.
– 24 vieillards = 2 fois 12, par allusion aux 24 prophètes que dénombrait une tradition juive ? aux 24 classes de prêtres instituées par David ? aux 12 tribus d’Israël + 12 Apôtres (= Ancien et Nouveau Testament).
– 40 = les années d’une génération.
– 1/4 et 1/3 = un ensemble fragmentaire (ex. le tiers des étoiles).
– 1.000 = une très grande quantité.
– 10.000 ou myriade = une quantité incalculable (d’anges ou de cavaliers).
– 666 = le « chiffre de la Bête » (13/1-18), sans doute la désignation codée d’un empereur, le code étant le chiffre obtenu par « gématrie » (= lettres de l’alphabet servant aussi de chiffres dans les langues anciennes).

2. Les symboles cosmiques
– le ciel = à la fois le firmament naturel et la demeure de Dieu, le lieu de la transcendance.
– la mer = le repaire des puissances démoniaques.
– la nuée = le vêtement de brume qui voile la gloire de Dieu et de son Christ.
– les éclairs, le tonnerre, le tremblement de terre = manifestation de la voix divine.
– les étoiles = 1) soit des astres,
2) soit symboliquement : – le Christ lui-même (2/28, 22/16),
– une réalité démoniaque (9/1 ),
– l’Ange d’une Eglise, dont il symbolise la dimension transcendante (ex. 1/20 : « Les 7 étoiles sont les 7 anges des 7 églises »),

3. Les animaux
– l’Agneau = le CHRIST. Image employée par ISAIE pour évoquer le « serviteur souffrant » (« Comme un agneau que l’on mène à l’abattoir, il n’ouvre pas la bouche »), et par Jean-Baptiste (« Voici l’Agneau de Dieu »…) … Dans la Jérusalem céleste disparaîtront tous les animaux, sauf l’Agneau.
– le dragon, le serpent = Satan et toutes les puissances infernales.
– la Bête de la mer = le pouvoir impérial (7 têtes = tout le pouvoir + 10 cornes = 10 rois vassaux).
– la Bête de la terre = tout le sacerdoce païen de l’empire, au service de ce pouvoir impérial.
– le lion = la force, la noblesse.
– le cheval = engin de guerre, infatigable, rapidité foudroyante, course imprévisible.
– les sauterelles = châtiment des plaies d’Egypte.

Fr Joseph

L’Apocalypse de saint Jean

Les interprétations de l’apocalypse

Du fait de son étrangeté et de son hermétisme, elle a suscité des interprétations très variées :

1. Les interprétations « historicisantes » : l’Apocalypse viserait des faits de l’histoire :

  • Pour certains, elle prédirait le déroulement de toute l’histoire de l’Eglise, depuis Jésus jusqu’à la fin du monde. – … mais personne ne s’entend sur les époques ni les dates, en particulier celle de la fin du monde.
  • Pour un exégète contemporain, il s’agirait de la description symbolique de l’Ancienne Alliance seulement, jusqu’à la Résurrection-Ascension du Christ (E. Corsini).
  • Pour les « millénaristes », qui prennent 20, 1-6 au pied de la lettre, il faudrait envisager très réelle¬ment une seconde venue du Christ sur la terre, qui durerait 1.000 ans, avant que n’arrive la fin du monde.
    … mais ces 1.000 ans ne sont-ils pas le symbole du temps de l’Eglise ici-bas avant le retour du Christ ?
  • Pour d’autres (Renan par ex.), l’Apocalypse ne ferait allusion qu’aux événements politiques contemporains de Jean, c.-à-d. à l’histoire romaine de Néron à Domitien (de 64 à 96). L’allusion fréquente aux « derniers temps » s’expliquerait par le fait que Jean se figurait la fin du monde comme toute proche. – … mais puisque Jean voit sans cesse aux prises Satan et Dieu, cela ne vaut-il pas pour toute période de l’histoire ?

    2. Les interprétations « eschatologiques » : c.-à-d. qui misent uniquement sur la fin de l’histoire,
    sur les « derniers temps » (eschata en grec = derniers) :
  • Pour les « fondamentalistes », ceux qui prennent toute l’Ecriture au pied de la lettre, les bouleversements cosmiques décrits dans l’Apocalypse sont le scénario exact de ce que sera la fin du monde !
  • Pour les autres « eschatologues » et presque toute l’ancienne tradition, l’Apocalypse ne nous parlerait effectivement que des « derniers temps », mais sous une forme purement symbolique.

    3. L’interprétation qu’on pourrait appeler « globalisante » – La plupart des exégètes actuels pensent que Jean, tout en visant les persécutions de Néron et de Domitien, les inscrit toutefois dans un cadre bien plus large. Un peu comme le photographe qui règle son appareil photo de façon à disposer d’une bonne « profondeur de champ », c.-à-d. qui lui permette d’avoir une image nette aussi bien de près que de loin. Donc Jean viserait le passé, le présent et l’avenir.
  • D’abord, avant de s’en prendre à la Rome impie et persécutrice, et de proclamer la ruine finale du paganisme romain (ch. 12 à 20), Jean commence par évoquer le passage du judaïsme au christianisme (ch. 3 à 11). La persécution par Rome étant la suite logique du manque de foi d’Israël qui avait éliminé Jésus.
  • Ensuite il est notable que l’Apocalypse fournit un esprit et des données valables pour toute époque, afin de signifier le combat éternel de Satan contre Dieu et contre son peuple, 1’Eglise.
  • Enfin, tout l’esprit de l’Apocalypse consiste à fonder l’espérance chrétienne sur le Retour et la victoire finale du Christ :  » Un jour Jésus reviendra vaincre pour nous la mort  » (Christian Ducoq op)

    Fr Joseph

L’apocalypse de saint Jean

Les différences entre l’Apocalyptique et le Prophétisme

1_ Que veut dire « APOCALYPSE » ?
Ce mot ne veut dire ni catastrophe ni épouvante, mais « dévoilement de quelque chose qui est caché et connu de DIEU seul » – « dévoilement » comme au théâtre lorsque le rideau se lève, ou lors d’un jour d’inauguration lorsqu’on dévoile une statue, une plaque
Dans les temps de crise gravissime, lorsque la foi parait être submergée par le déchaînement des régimes totalitaires qui semblent sur le point d’interdire à jamais la réussite du Dessein de Dieu, les croyants brûlent de connaître la réponse à 2 questions :

1° Pourquoi la Résurrection du Christ, pourtant censée avoir inauguré le temps du Règne de Dieu, peut-elle être ainsi mise en échec ? Jésus n’a-t-il pas triomphé de toutes les puissances mauvaises ?

2° Comment tout cela finira-t-il ? L’Eglise ne va-t-elle pas disparaître ?
Alors un « voyant » se lève, chargé par Dieu de ranimer le courage et de vaincre la désespérance des croyants écrasés , en leur rapportant ce qu’il a vu lorsque Dieu a écarté pour lui le voile qui cache la fin des temps, et donc la signification ultime du cours de l’histoire. Et qu’a-t-il vu ?
Il a vu l’envers des événements, le « dessous des cartes ». Car le théâtre du monde a son correspondant là-haut sur .la grande Scène du Ciel. Si bien que sous le tragique des circonstances, notre voyant est le témoin du gigantesque combat entre les forces divines et les puissances du mal, et il en sait l’issue :
• apparemment le satanisme totalitaire triomphe, mais il va s’effondrer sous peu ;
• le Règne de Dieu est déjà là, malgré les apparences mortifères, car l’Esprit a été donné aux fidèles, et personne ne saurait leur arracher la vrai vie, la vie éternelle qui déjà les pénètre. D’ailleurs les chrétiens qui ont donné leur vie participent déjà au triomphe de 1’Agneau immolé.

2_ Un sens « populaire » qui a perdu son sens originel… – Si dans le langage courant « apocalypse » signifie « catastrophe et vision d’épouvante », on est fort loin du sens originel de « dévoilement ». Mais on comprend la dérive, car les descriptions de Jean ne font pas non plus dans la dentelle.
Alors pourquoi ce scénario d’un tel gigantisme batailleur, alors que l’Evangile respire la paix et la miséricorde ? – C’est que l’Histoire elle-même est à ce moment-là d’un tragique presque insoutenable, tant la puissance totalitaire apparaît monstrueuse et invincible. Où se trouve donc la puissance de Dieu ?
On le voit, la cause de la foi ne peut être qu’un combat au sommet, et l’enjeu ne peut être que colossal : c’est Dieu ou Satan. D’où la démesure littéraire, seule à la mesure d’un enjeu hors mesure.

3_ Un genre fort ancien – Jean va puiser à profusion dans une banque d’images traditionnelles du prophétisme de l’A.T. Il en fera le tissu conjonctif de son livre.
— Dans l’A.T. : Isaïe ch. 6 et 24-27 (vers 593-591) – Ezéchiel (durant l’Exil, 587-538) : vision en 1-2 – Joël (vers 400) : ch. 2-4 – Zacharie (vers 300) : ch. 9-14 – et surtout Daniel (vers 167) : ch. 7 à 12.
— Dans l’INTERTESTAMENT (abondante littérature juive et même chrétienne, juste avant et après JC) : deux « Apocalypses de BARUCH » – « Livre des secrets d’ENOCH » – « Assomption de MOÏSE » – « 4° livre d’ESDRAS », etc…
— Dans le N.T. : Mt 24, 1-36 – Mc 13 – Lc 17, 22-37 ; 21, 5-33 – 1 Th 4, 13 ; 5, 1 et 2 Th 2, 1-12.

4_ « Apocalypse » et « prophétie » – Deux genres cousins (Jean s’intitule lui-même « prophète »), mais il y a quelques nuances :
1)- Contrairement à une idée reçue, le prophète ne parle pas avant tout du futur mais du présent : il est le « haut-parleur » de Dieu qui rappelle sans cesse 1′ »aujourd’hui » de l’Alliance qui se joue dans les circonstances du moment, même s’il lui arrive d’évoquer le futur radieux ou menaçant. Il est essentiellement un « exhortateur ».
Mais quand humainement tout semble désespéré, l’espérance ne se nourrit plus seulement de promesses, elle cherche à « voir » la fin. Alors l’auteur d’Apocalypse prend le relais du prophète pour dévoiler le futur. Au fond il se spécialise en « prophète de la fin des temps ». – Ex. dans 1’Apocalypse, les ch. 2-3 (Lettres aux Eglises) relèvent de la prophétie. Tout le reste, 4 à 22, est du genre apocalyptique.
2)- Autre nuance, la prophétie s’adresse à l’oreille : il faut « écouter » la Parole de Dieu, c’est-à- dire « obéir ». L’apocalypse, elle, s’adresse à l’œil : elle nous en met plein la vue, par un scénario grandiose.

Fr Joseph

L’apocalypse de saint Jean

Introduction

Un livre étrange. Le théâtre, le climat et le style tranchent nettement avec tout le reste du N.T., particulièrement avec les évangiles.
Un texte hermétique, dont le langage constamment symbolique semble fait pour les seuls initiés.

AUTEUR
Jean, se nomme l’auteur lui-même, qui se dit relégué à Patmos et se qualifie de prophète. La plus ancienne tradition le tient pour Jean l’évangéliste, mais on en a douté assez vite (différences de style, de thèmes théologiques et d’atmosphère). Il est possible que des disciples de Jean y aient pas mal mis la main, une école johannique.

DATE = entre 90 et 96 (sous Domitien finissant), quoique 17, 9-11 semblerait situer la rédaction après la persécution de Néron sous Vespasien (vers 69-79). Auquel cas, deux hypothèses : ou bien une partie de l’œuvre serait de l’époque de Vespasien ; ou bien l’auteur, comme l’auteur de Daniel en 160 av. JC., ferait de l’anti datation, c’est-à-dire décrirait le passé comme s’il était encore à venir.

CIRCONSTANCES
L’EGLISE est dans la tourmente. Nous sommes au temps de la 3° génération chrétienne. Non seulement le Christ n’en finit pas de revenir, mais voilà que se déchaîne une ère de persécutions sous un empereur mégalomane, Domitien. – Déjà Néron, 30 ans plus tôt, avait déclenché pour la 1ère fois une persécution venant de la puissance romaine (et non plus des juifs), mais c’avait été le caprice d’un fou. Sous Domitien le motif devient spécifiquement religieux : l’empereur se fait appeler « Seigneur et Dieu », et exige qu’on lui rende un culte, sous peine de prison, de confiscation, de déportation et même de mort. Et la Province romaine d’Asie fait du zèle. Le problème pour 1’Eglise est très grave et le danger mortel, à la fois au dehors et au dedans :

  • Vis-à-vis des autorités, 1’Eglise ne peut transiger, ce serait un blasphème envers Dieu et le Christ. Mais c’est risquer la persécution, la fin du développement, et même l’extinction progressive de la foi.
  • Mais à l’intérieur, certains chrétiens inspirés par le courant « gnostique » – désignés nommément comme « nicolaïtes » à Ephèse et Pergame – distinguaient entre le « matériel » dans l’homme (son extérieur, son corps, ses gestes) et le « spirituel » qui seul compte (l’intérieur, le cœur, les pensées, l’intention). Ils acceptaient donc de faire les quelques simagrées cultuelles pour être tranquilles.

Sous Domitien, empereur de 81 à 96, 1’Eglise revivant la même situation de prétentions impériales impies, Jean ne trouve pas de meilleur modèle que Daniel et son mode d’expression grandiose, triomphal et secret.

Fr Joseph

L’APOCALYPSE

Le genre « Apocalyptique » :

Dans l’AT nous avons Daniel, mais aussi dans Ezéchiel (1.2.38.39), Isaïe (24-28 ; 34-35), Zacharie (9-14), Joël. Dans le NT, le livre de l’apocalypse, mais aussi Mc 13 (discours eschatologique) et parallèles ; 2 Th. 2, 1-12.

C’est un genre littéraire qui a pris naissance dans le judaïsme tardif. Mais avant tout disons que nous avons fait de ce mot ‘apocalypse’ un synonyme de catastrophe ! Une apocalypse, c’est une révélation. En temps de crise, on revient d’instinct aux apocalypses comme aux sources de l’espérance. Nous verrons la raison de cela plus tard. Mais pour l’instant, disons qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle espérance : celle qui est lucide, qui pousse dans les moments de conflits et d’affrontements. Une espérance fondée sur la fidélité de Dieu, maître de l’avenir.
Le mot ‘apocalypse’ veut dire : « écarter le voile » ; donc « révéler ». Pour comprendre cela, il faut sortir d’une conception grecque que nous avons concernant le temps. On dit assez souvent qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil : cela montre une conception cyclique du temps. Pour l’homme de la Bible, le temps est linéaire : c’est une histoire qui avance, tout en progressant, vers un terme. Alors le prophète intervient dans cette histoire pour susciter, encourager, mais aussi mettre en garde. Sa mission est de faire vivre à plein ses contemporains dans le présent en leur révélant le plan de Dieu. Cette parole est, donc, liée essentiellement aux circonstances présentes. Alors, s’intéresse-t-il à l’avenir ? Oui, mais en tant qu’il donne sens au présent, c’est-à-dire rappeler le but de la marche : Dieu et son règne. Mais le jour de Dieu reste voilé aux yeux des humains.
Dans un temps de crise, le prophète sent que ces paroles ne suffisent pas. Et parce que les temps sont durs, parce que les événements contredisent le dessein de Dieu, on cherche à voir ce dessein, voir cette fin des temps. Dieu est censé, à ce moment-là, écarter le voile. La prophétie devient apocalypse.
Le point essentiel de l’apocalyptique, c’est l’annonce d’un grand jour où Dieu établira son Royaume sur la terre et jugera les hommes. Il faut donc discerner les signes précurseurs.

Comment fonctionne cette apocalypse ?

Pour comprendre la démarche, prenons l’exemple du ‘saut en longueur’.
Celui qui va sauter se trouve à un point donné : la planche d’appel. Mais pour sauter le plus loin possible, il commence par reculer de 50 à 60 mètres, puis il les parcourt à toute vitesse ; quand il arrive à la planche il saute emporté par son élan.
Un autre exemple. Quand nous avons une décision importante à prendre, on commence généralement par regarder notre passé – et à partir de cette analyse, on parie dans le même sens sur l’avenir.
L’auteur d’apocalypse fonctionne pareillement. Il ignore la fin des temps autant que nous. Mais il est sûr d’une chose : Dieu est fidèle. Donc, pour savoir ce qui se passera à la fin des temps, il relie l’histoire de son peuple en cherchant à découvrir les grandes lois de l’agir divin ; à partir de là, il projette à la fin des temps ces grandes lois. Mais attention, ces grandes lois ne concernent pas la vie morale ou religieuse des hommes. L’auteur du livre de Daniel écrit lors de la persécution des années 165/164 avant notre ère. Et pour savoir comment tout cela se terminera, il regarde un autre temps difficile, celui de l’exil (entre 587 et 538). Il parcourt alors rapidement l’histoire entre 587 et 164, puis il projette en avant ce qu’il a découvert dans ce survol historique. Il ne voit pas des événements précis, mais la façon dont Dieu, fidèle à lui-même, achèvera l’histoire. Cela « le voyant » ne peut le faire qu’en ayant recours à des images et à un langage symbolique, parce que les mots sont déficients. Prenons des exemples : « C’est comme si le ciel m’était tombé sur la tête » – « Il était écroulé de rire », ou encore « Je ne vais pas attendre 107 ans ». En utilisant ces expressions, ni celui qui les utilise, ni celui qui les reçoit, ne les prend au pied de la lettre. On fait plutôt attention à ce qu’elles suggèrent.

Le langage apocalyptique est codé :

Blanc
Rouge
Noir
7
6
666
3 ½






12
4
3
10
1000
144000
Les yeux
La main
La tête
Les ailes
Les jambes et les pieds
Corne
Cheveux blancs
Robe longue
Ceinture en or
Debout
Assis

Victoire, pureté
Meurtre, violence, sang des martyrs
Mort, impiété
Chiffre parfait, la plénitude
(7-1) = l’imperfection
Le comble de l’imperfection
(7:2) = temps de l’épreuve
Ce chiffre peut apparaître sous plusieurs formes :
1 temps, des temps et ½ temps
3 ans ½ ou 3 jours ½ ou 42 mois ou 1260 jours.
👉 C’est la même valeur symbolique 👈
Israël, ancien et nouveau
Le monde créé
Chiffre du ciel
Quantité importante
Une très grande quantité
12 x 12 x 1000 (tous les élus)
La connaissance
La puissance
L’autorité
La mobilité
La stabilité

Puissance
Éternité
Dignité sacerdotale
Pouvoir royal
Résurrection
La stabilité

Fr. Joseph

Quelques témoignages anciens sur Saint Jean et le quatrième évangile (suite)

Avec ces témoignages qui nous viennent d’Asie Mineure et qui, par Irénée qui avait connu Polycarpe qui avait connu saint Jean, nous relient aux sources apostoliques ; on peut citer aussi les témoignages de Clément, d’Origène, d’Eusèbe, qui, ceux-là, passent par l’Orient et la Terre-Sainte.

Clément d’Alexandrie est né à Athènes, vers 150 ; après des voyages au cours desquels il a visité notamment la Palestine, il s’est fixé à Alexandrie vers 180 et y a fondé une école célèbre. Il est mort vers 211-216.
A propos des Evangiles il dit :
« Pierre ayant prêché la doctrine publiquement à Rome et ayant exposé l’Evangile par l’Esprit, ses auditeurs qui étaient nombreux, exhortèrent Marc, en tant qu’il l’avait accompagné depuis longtemps et qu’il se souvenait de ses paroles, à transcrire ce qu’il avait dit : il le fit et transcrivit l’Evangile à ceux qui le lui avaient demandé : ce que Pierre ayant appris, il ne fit rien par ses conseils, pour l’en empêcher ou pour l’y pousser.
Quant à Jean, le dernier, voyant que les choses corporelles avaient été exposées dans les Evangiles, poussé par ses disciples, et divinement inspiré par l’Esprit, il fit un Evangile spirituel. » (Eusèbe VI.XIV.6-7)

Origène qui était né à Alexandrie en 185, a été le disciple de Clément et son successeur à la tête de la célèbre Ecole. Après avoir voyagé lui aussi, il a été ordonné prêtre, vers 230, en Palestine, et s’est retiré à Césarée, où pendant 20 ans il a fondé et dirigé une école elle aussi demeurée célèbre. Il a écrit l’un des premiers commentaires de l’Evangile selon Jean.
Voici son témoignage :

« Comme je l’ai appris dans la tradition au sujet des quatre Évangiles qui sont aussi seuls incontestés dans l’Eglise de Dieu qui est sous le ciel, d’abord a été écrit celui qui est selon Matthieu, première¬ment publicain, puis apôtre de Jésus Christ : il l’a édité pour les croyants venus du Judaïsme, et composé en langue hébraïque. Le second est celui selon Marc qui l’a fait comme Pierre le lui avait indiqué : celui-ci d’ailleurs le déclara son fils dans son Epître catholique, où il dit « L’Eglise élue, qui est à Babylone vous salue, ainsi que Marc mon fils ».
« Et le troisième est l’Evangile selon Luc, celui qui a été loué par Paul et composé pour les croyants venus de la gentilité. Après tous, l’Evan¬gile selon Jean. »

Dans les Commentaires sur l’Evangile selon Jean, il dit :

« Que faut-il dire de celui qui a reposé sur la poitrine de Jésus, de Jean, qui a laissé un Evangile, en déclarant pouvoir faire plus de livres que le monde ne pourrait en contenir, et qui a aussi écrit l’Apocalypse, où il reçoit l’ordre de se taire et de ne pas écrire la voix des sept tonnerres ? Il a laissé aussi une Epître, de très peu de lignes, et peut-être une deuxième et une troisième … » (Eusèbe : Hist. Eccl. VI.XXV. 4-6).

Eusèbe enfin, né vers 265 à Césarée de Palestine, a été évêque de cette ville en 313. Il a recueilli l’enseignement d’Origène dont il a été le disciple. Il a écrit aussi son « Histoire ecclésiastique », 9 volumes, recueil précieux de tous les témoignages apostoliques des premiers siècles.

A propos de saint Jean il dit :

« En ces temps-là, demeurait encore en vie, en Asie, celui qu’aimait Jésus, Jean, à la fois apôtre et évangéliste, qui gouvernait les Eglises de ce pays, après être revenu, à la mort de Domitien, de l’île où il avait été exilé (III.XXIII.I). »
« Et maintenant, indiquons les écrits incontestés de cet apôtre. Et tout d’abord il faut certainement recevoir l’Evangile selon Jean qui est reconnu par toutes les Eglises sous le ciel. C’est à juste titre qu’il a été placé par les anciens au quatrième rang après les trois autres, comme il est évident par ce qui suit. Les hommes inspirés et vraiment dignes de Dieu, je dis les apôtres du Christ, ont été extrêmement purifiés dans leur vie et ont orné leurs âmes de toute vertu ; mais ils connaissaient mal la langue : c’est par la puissance divine et capable de prodiges qui leur avait été accordée par le Sauveur qu’ils étaient forts ; ils ne savaient pas expliquer les enseignements du Maître par la persuasion et l’art des discours, et ils ne l’essayaient même pas. Seules la démonstration de l’Esprit divin qui collaborait avec eux et la puissance thaumaturgique du Christ qui agissait par eux, leur étaient utiles. » (III.XXIV.1.3)

Fr Joseph

Quelques témoignages anciens sur Saint Jean et le quatrième évangile

Les plus anciens témoignages sur l’apôtre Jean nous viennent de PAPIAS et de POLYCARPE, par l’intermédiaire d’IRENEE.

Papias a été évêque de Hiérapolis en Phrygie, Asie Mineure, où il est mort vers 120-130. D’après IRENEE, il était « lui aussi auditeur de JEAN et compagnon de POLYCARPE » (Eusèbe, Hist. Eccl. III.XXXIX.I). Il avait composé une « Explication des sentences du Seigneur », en cinq livres. Voici ce qu’il dit lui-même dans la Préface :
« Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter à mes explications ce que j’ai bien appris autrefois des presbytres et dont j’ai bien gardé le souvenir, afin d’en fortifier la vérité. Car je ne me plaisais pas auprès de ceux qui parlent beaucoup, comme le font la plupart, mais auprès de ceux qui enseignent la vérité ; je ne me plaisais pas non plus auprès de ceux qui font mémoire de commandements étrangers, mais auprès de ceux qui rappellent les commandements donnés par le Seigneur à la foi et nés de la vérité elle-même. Si quelque part venait quelqu’un qui avait été dans la compagnie des presbytres, je m’infor¬mais des paroles des presbytres : ce qu’ont dit André ou Pierre ou Thomas, ou Jacques ou Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et ce que disent Aristion et le presbytre Jean, disciples du Seigneur. Je ne pen¬sais pas que les choses qui proviennent des livres ne fussent aussi utiles que ce qui vient d’une parole vivante et durable. »

Polycarpe a été évêque de Smyrne. Il est né vers 70 ap. J.C. et mort martyr à l’âge de 86 ans, vers 156. Il est l’un des derniers témoins de l’âge apostolique. Il avait connu saint Jean et avait été établi évêque par les apôtres (d’après Irénée), par S. Jean lui-même, (d’après Tertullien). Voici ce que dit de lui Irénée, qui a été son disciple vers 140, dans une lettre à son ami Florinus :
« Je l’ai vu en effet, quand j’étais encore enfant, dans l’Asie Inférieure, auprès de Polycarpe ; tu brillais à la cour impériale et tu t’ef-forçais d’avoir bonne réputation auprès de lui. Car je me souviens mieux des choses de ce temps-là que des événements récents. En effet les connaissances acquises dès l’enfance grandissent avec l’âme et s’unissent à elle, de telle sorte que je puis dire l’endroit où s’assoyait le bienheureux Polycarpe pour parler, comment il entrait et sortait, sa façon de vivre, son aspect physique, les entretiens qu’il tenait devant la foule, comment il rapportait ses rela¬tions avec Jean et avec les autres qui avaient vu le Seigneur, comment il rap¬pelait leurs paroles et les choses qu’il leur avait entendu dire au sujet du Seigneur, de ses miracles, de son enseignement, comment Polycarpe, après avoir reçu tout cela des témoins oculaires de la vie du Verbe, le rapportait conformément aux Ecritures. » (cité par Eusèbe, Hist. Eccl. V. 20, 6).

Saint Irénée, qui était lui aussi originaire d’Asie Mineure, comme les deux précédents dont il rapporte le témoignage, est venu en Gaule avec les premiers missionnaires chrétiens. Il était né vers 120 et a été le disciple de Polycarpe. D’abord, il a été prêtre à Lyon sous l’évêque Pothin qui est mort martyr au cours des persécutions. Irénée devait alors être en voyage à Rome. A son retour à Lyon il a été nommé évêque de cette ville. Il est mort vers 202-203, après avoir laissé des écrits qui font de lui un des plus grands théologiens du deuxième siècle. Dans un de ces écrits, il apporte ce témoignage au sujet des Evangiles :
« Matthieu donc publia chez les Hébreux et dans leur propre langue un Évangile écrit, alors que Pierre et Paul annonçaient la bonne nouvelle à Rome et posaient les fondements de l’Eglise. Ensuite après leur départ, Marc, disciple et interprète de Pierre, nous a transmis lui aussi par écrit ce qui avait été prêché par Pierre. Quant à Luc, le compagnon de Paul, il a mis dans un livre l’Evangile prêché par celui-ci. Enfin Jean, le disciple du Seigneur, celui-là même qui a reposé sur sa poitrine, a publié lui aussi l’Evangile, tandis qu’il vivait à Ephèse, en Asie. » (cité par Eusèbe, Hist. Eccl. V. 8, 1-4)

Fr Joseph