Jägerstätter, la foi affronte le démon.

Après la guerre, aveuglé par la confortable certitude que le peuple de France avait résisté dans une belle unanimité, nul ne mit en doute que tous les Allemands avaient suivi Adolf Hitler dans ses ambitions mortifères. Les jeunes de la « Rose blanche », ou les « Edelweißpiraten», la mobilisation active des femmes de la « Rosenstrasse » à Berlin, ainsi que les actions de la résistance des Eglises, qui, à l’image de Von Galen ou Dietrich Bonhoeffer furent souvent à l’initiative de chrétiens isolés. Le cinéma ouvrit de nouvelles perspectives avec La Liste de Schindler et Amen mais il était difficile d’identifier les comportements héroïques d’alors.

Dupés par le concordat du 22 juillet 1933 et l’activisme antimarxiste de Monseigneur Kass, 108 000 catholiques abandonnèrent leur religion en 1938 malgré l’encyclique Mit brennender Sorge* du Pape Pie XI, lue en chaire dans toutes les églises catholiques du Reich, le 21 mars 1937-dimanche des Rameaux-. L’Eglise fut bien silencieuse face aux persécutions, ralliant parfois, au nom de la lutte contre le communisme, la croisade hitlérienne. Certes, il y eut quelques voix discordantes, telle celle de la militante catholique Irene Harand, Sein Kampf, Antwort an Hitler**. Pourtant, alors que les premières victimes chrétiennes entraient dans les camps de concentration, les évêques autrichiens appelaient à voter «oui» au référendum du 10 avril 1938 entérinant l’ « Anschluss » c’est-à-dire l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne hitlérienne. Le cardinal-archevêque de Vienne, Theodor Innitzer, affirmait : « Ceux qui ont charge d’âmes et les fidèles, se rangeront sans condition derrière le grand État allemand et le Führer, car la lutte historique contre la criminelle illusion du bolchevisme et pour la sécurité de la vie allemande, pour le travail et le pain, pour la puissance et l’honneur du Reich et pour l’unité de la nation allemande est visiblement accompagnée de la bénédiction de la Providence. » Dès le 15 mars 1938, Mgr Innitzer rencontra personnellement Hitler lorsque celui-ci vint à Vienne, et le 18 mars, avec les autres évêques autrichiens, signa une déclaration rédigée par le Gauleiter Bürckel favorable à l’Anschluss, ajoutant de sa main la formule « Heil Hitler ! ». Le 27 mars, cette déclaration collective de l’épiscopat d’Autriche fut lue « dans toutes les Églises du territoire autrichien ». Ce fut là une réalité du monde germanique des années sombres. Difficile dans un tel contexte à un modeste fermier autrichien d’aller à l’encontre de cet aveuglement des foules. Pourtant, la foi chevillée à l’âme, Franz Jägerstätter, obscur paysan de Haute-Autriche, obéissant à ce que lui soufflait sa conscience, décida de dire non à la folie du temps. Mû par une foi inébranlable, guidé par l’Evangile, Franz osa dire non à la guerre, non à la nuit tombée sur les âmes. Soutenu par sa femme qui contribua à sa conversion, il manifesta son rejet du national-socialisme et affirma ne pouvoir servir Hitler et Jésus*. Reçu en décembre 1940 dans le Tiers-Ordre franciscain dont son épouse était aussi membre, guidé par une foi inébranlable, il parvint à identifier l’antéchrist en sachant que cette démarche mettait sa vie en jeu. Objet de multiples pressions de proches mais aussi d’ecclésiastiques, il demeura habité d’une ferme résolution, missionné par sa foi pour manifester sa liberté de conscience face au démon. Emprisonné, il fut jugé par la Cour suprême militaire de Berlin et condamné en août 1943 à la décapitation, peine réservée aux traîtres en Allemagne nationale-socialiste.

Au-delà de la mort, il poursuivit son œuvre sainte, car, une fois le conflit achevé, son souvenir planait sur ceux qui avaient survécu et avaient cheminé silencieux ou enthousiastes au cœur du national-socialisme. Où résidait le devoir ? Dans la défense de la patrie ou dans celle de ses convictions ?

En juin 2007, le Pape Benoît XVI publia un décret autorisant à reconnaître Franz Jägerstätter comme martyr. Pour certains, son attitude a rendu son honneur à l’Autriche et à l’Eglise mais pour d’autres, il était discutable de canoniser un chrétien qui avait désobéi au pouvoir d’alors et à son évêque. Pourtant, guidé par sa conscience et l’Esprit saint, il suivit le Christ jusqu’en offrant sa vie « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux homme » (Ac 5, 29)

Jamais il ne condamna ceux qui prirent un autre chemin ; ce ne fut pas l’homme qu’il rejeta mais le national-socialisme, incarnation du malin. Le 1er novembre 2007, le Cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, déclara : « Ce qui est fascinant chez Jägerstätter, c’est la clairvoyance du martyr qui a, mieux que de nombreux académiciens de son temps, su discerner l’incompatibilité entre le national-socialisme et la foi chrétienne. Ce serait toutefois une profonde méprise de penser que par la béatification de Jägerstätter sont condamnés tous ceux qui ont fait le service militaire. Jägerstätter lui-même n’a jamais jugé les autres, mais il a seulement obéi à sa conscience jusqu’au bout ».

Ils sont signes ces résistants qui n’eurent d’armes que leur foi ou leurs convictions, mais, pour beaucoup, ils sombrèrent dans l’oubli des méandres de l’histoire. Quel destin que celui de ce paysan sans éducation, combattant solitaire, voué à l’ombre, entré dans la mémoire collective à la faveur de sa béatification et désormais du film de Terrence Malick, Une Vie cachée.
Il le mérite car il a tracé une voie de sainteté qui doit aussi contribuer à éveiller nos consciences.

ERIK LAMBERT

*Avec une brûlante inquiétude.
**Son combat, réponse à Hitler.
***F. Jägerstätter, Être catholique ou nazi, Paris, Bayard, 2019, 85 pages, page 73.

prière de février

Credo pour la Paix

« Je crois en Dieu qui est le Père de tous les hommes et qui leur a confié la terre.
Je crois en Jésus Christ qui est venu pour nous encourager et pour nous guérir, pour nous délivrer des puissances et pour nous annoncer la paix de Dieu avec l’humanité. Il s’est livré
pour le monde. Il est au milieu de nous le Seigneur vivant.
Je crois en l’Esprit de Dieu qui travaille en tout homme de bonne volonté.
Je crois en l’Eglise, donnée comme signe pour toutes les nations, armée de la force de l’Esprit et envoyée pour servir les hommes.
Je crois que Dieu, à la fin, brisera la puissance du péché en nous et en tout être humain.
Je crois que l’homme vivra de la vie de Dieu pour toujours.
Je ne crois pas au droit du plus fort, au langage des armes, à la puissance des puissants.
Je ne veux croire qu’aux droits de l’homme, à la main ouverte, à la puissance des non-violents
Je ne crois pas à la race ou à la richesse, aux privilèges, à l’ordre établi.
Je veux croire que tous les hommes sont des hommes et que l’ordre de la force et de l’injustice est un désordre.
Je ne croirai pas que je n’ai pas à m’occuper de ce qui arrive loin d’ici.
Je veux croire que le monde entier est ma maison et que tous moissonnent ce que tous ont semé.
Je ne croirai pas que je puisse là-bas combattre l’oppression si je tolère ici l’injustice. Je veux croire que le droit est un, ici et là, et que je ne suis pas libre tant qu’un seul homme est esclave.
Je ne croirai pas que la guerre et la faim soient inévitables et la paix inaccessible. Je veux croire à l’action modeste et aux mains nues.
Je ne croirai pas que toute peine est veine.
Je ne croirai pas que le rêve de l’homme restera un rêve et que la mort sera la fin. Mais j’ose croire, toujours et malgré tout, à l’homme nouveau.
J’ose croire au rêve de Dieu lui-même : un ciel nouveau et une terre nouvelle où la justice habitera.
Ainsi soit-il. »

Dom Hélder Câmara (1909-1999)

Évangile de Jean chapitre 7 (suite)

Jésus et le Père

La Foule – les « Juifs »
Enjeu géographique


Sa parenté lui dit : « A partir de la Galilée, tu ne peux rien espérer, il faut viser le monde officiel, pour une action messianique efficace.
L’étape de la Galilée est achevée, c’est le moment de passer en Judée
».

Jésus

A quel plan Jésus obéit-il ?
Quel moment ? Quels objectifs ?
(1-10)

« Vous et votre monde », vous faites toujours ce que vous voulez et quand vous le voulez !
Moi, ma mission je la reçois d’en haut, c’est le dessein de Dieu !
Son objectif n’est pas votre monde, et mon heure est la sienne !


Les Juifs : « Il n’est pas venu à Jérusalem étudier la loi et les traditions… Donc, son interprétation des Ecritures ne peut être que suspecte !
La preuve, il viole la loi : il a guéri le paralytique le jour du sabbat.
»

Jésus

De qui tient-il son enseignement ?
(14-24)

Mon enseignement ne vient pas des écoles, ni d’une démarche d’autodidacte, mais de CELUI QUI M’A ENVOYE.

2 preuves :
1. Faites sa volonté, vous verrez tout de suite d’où je tiens cet
enseignement.
2. Je ne cherche pas ma gloire, mais la sienne.

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 

La loi ? Mais vous faites exception de la loi pour la circoncision (23). 


La Foule : Serait-ce le Messie ?
Mais le Messie mener une existence cachée jusqu’à ce que, soudain, il apparaisse en pleine gloire ; on ne sait pas d’où il doit venir. Tandis que Jésus, on sait qu’il est de Nazareth.

D’autre part, le Messie doit venir de Bethléem, en Judée !

Jésus

D’où vient-il ?
(25-31 et 40-52)

Ainsi, vous croyez savoir d’où je viens ? Mon origine échappe au savoir humain, je viens d’auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE !


La Foule : « Il va quitter la Palestine, pour s’en aller dans
la Diaspora ? »

Les Juifs : « Il faut l’arrêter ! Son cas est indéfendable, car jamais aucun prophète n’est venu et ne viendra de Galilée ! »

Jésus

Quelle destination ?
(32-36)

« Je m’en irai là où vous ne pouvez pas venir, auprès de CELUI QUI M’A ENVOYE… » 

Fr Joseph


Une Expo, deux livres

Marcel Hasquin
Vie de Saint François d’Assise

Expo Marcel Hasquin
Cathédrale Notre-Dame de Créteil.

L’espace culturel de la cathédrale Notre-Dame de Créteil propose l’exposition d’une série de tableaux et de dessins consacrée à François d’Assise par Marcel Hasquin, artiste né en Bel-gique en 1943 qui se partage entre deux ateliers : l’un à l’Abbaye Blanche, en Normandie, et l’autre dans le Saumurois.

Un court documentaire à l’entrée de l’exposition permet de faire la connaissance de l’homme attachant qui nous montre plus qu’il nous explique son travail — sa lutte avec la toile, comme il la décrit lui-même — en nous invitant à suivre la très intéressante progression d’un de ses tableaux, de l’esquisse à l’oeuvre terminée. Cette lutte artistique se déroule essentiellement dans la relation avec ses personnages souvent tourmentés, car Marcel Hasquin peint des êtres, des âmes et des corps fantasmatiques — pour ne pas dire fantastiques — nés de l’entrecroisement de lignes épaisses longuement retravaillées comme un filet destiné à piéger la couleur et la lumière, c’est-à-dire la vie.

Dans cette exposition particulière, ces lignes ressemblent aux joints de plomb qui cloi-sonnent les vitraux. Les formes générales des compositions s’articulent en espaces fractionnés dotés chacun d’une réalité propre, tout en collaborant harmonieusement à la figure d’ensemble dont la construction évoque naturellement la piété. Les tableaux vibrent ainsi d’une lumière qui donne à la fois le sentiment de les traverser et de naître d’eux, comme les vitraux d’une chapelle imaginaire, toute d’intériorité. Cependant, les couleurs dominantes sont chaudes et terriennes, comme pour illustrer, à travers la représentation de scènes classiques de la vie du Poverello, l’amour et l’humilité distinctives de la spiritualité franciscaines. Il rayonne ainsi des oeuvres une paix, une simplicité et une bienveillance presque tangibles, dans une grande unité stylistique, et les cadres façonnés et peints par Marcel Hasquin lui-même, intégrés à l’oeuvre comme si les tableaux débordaient sur eux, renforcent encore l’impression d’unité tout en y ajoutant un senti-ment de totalité et de liberté par l’abolition de la imite qui enserre habituellement les tableaux.

L’exposition dure jusqu’au 27 mars, elle est gratuite. C’est aussi l’occasion — si ce n’est pas déjà fait — de visiter la cathédrale Notre-Dame de Créteil à l’architecture résolument mo-derne.

Jean Chavot

En savoir +


La débâcle de Slocombe

P. Lemaitre, Miroir de nos peines, Paris, Albin Michel, 2020, 537 pages, 22,90€.
R.Slocombe, La Débâcle, Paris, Robert Laffont, août 2019, 528 pages, 22€.

Passionné par le second conflit mondial, Slocombe avait dévoilé une France sordide, celle de l’occupation qui permit aux bas instincts de notre triste humanité de s’exprimer. La police fut considérée comme résistante, pourtant, elle a parfois sombré dans la pire des collaborations. Mais, le résistancialisme fit l’unanimité dans la France d’après-guerre, l’amnésie fut confortable et les années sombres disparurent dans les couloirs de l’histoire. Pourtant, Louis Sadovsky, un des multiples collaborateurs de la police parisienne reprit vie sous le nom de Léon Sadorski dans la trilogie de Slocombe. Dans son dernier ouvrage, l’auteur de roman noir plonge dans l’épisode chaotique que fut la débâcle. Curieuse coïncidence, Pierre Lemaitre publie Miroir de nos peines, relatant lui aussi la drôle de guerre, la débâcle et l’exode. Petit-à-petit, la douloureuse période des années 40 semble sortir de l’amnésie collective. La Débâcle est l’histoire de cette angoissante fuite que suscita la fulgurante progression des troupes allemandes à l’été 1940. L’effondrement fut si inattendu et si spectaculaire que la France se jeta sur les routes. Mitraillées par les avions de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica, les populations sillonnèrent les routes les conduisant vers le sud.
« L’Etrange défaite »* constitua un épisode singulier de notre histoire nationale. C’est l’effondrement d’une nation, l’incompétence coupable d’un état-major nostalgique de la Grande Guerre, la dislocation de toutes les institutions que décrivent avec pertinence Slocombe et Lemaître à–travers les aventures d’hommes et de femmes balayés par les vents de l’Histoire et l’évanouissement de tous leurs repères. Les défenseurs de la ligne Maginot attendent une offensive qui ne vient pas, les soldats abandonnés par un commandement inexistant et suffisant se battent avec l’énergie du désespoir et les civils essaient de survivre dans l’impensable cataclysme.

Beaucoup ont le sentiment d’avoir été trahis ; qui par la Cinquième colonne, qui par les Juifs, qui par les communistes, qui par la République, qui par les politiciens, …Entre le 10 et le 17 juin de cette sinistre année 1940, les classes sociales se côtoient, se croisent dans le flot continu qui peuple les routes. La haute bourgeoisie des beaux quartiers parisiens s’engage dans cette fuite éperdue avec l’atout d’une élégante automobile emplie de biens luxueux à sauver et de l’indispensable matelas. Les véhicules hétéroclites des petits croisent les souffrances des piétons et les soucis mécaniques des cyclistes laissant çà et là les corps déchiquetés des victimes des raids aériens. La faim, la soif l’angoisse, la fatigue, le désordre de ces moments exceptionnels sont le théâtre des égoïsmes, de l’indifférence et des tragédies qui se succèdent. Une humanité abasourdie, perdue, fuyant le démon des rumeurs. Ecrasés par le soleil de ce printemps 40, déjà soumis au marché noir, des fantômes cheminent au milieu d’un amas de ruines de toute nature accompagnés au loin par le son du canon. Déambulation sans fin, toujours plus au sud, de familles et de soldats débandés, de prisonniers transférés, d’animaux de compagnie et de personnels de maison qui se perdent dans la nuit… En lisant Slocombe et Lemaitre, on plonge dans le monde du Jugement dernier de Bosch.
On ne retrouve toutefois pas l’univers sordide des autres livres de Slocombe pas plus que les intrigues des deux premiers opus de Lemaitre. Sans doute, la débâcle constitue-t-elle un contexte moins propice aux aventures picaresques. Lemaitre commence pourtant son roman avec un fait divers spectaculaire dans une chambre d’hôtel et offre un singulier personnage avec Désiré. Au cœur de cette désolation, quelques lueurs d’espoir offertes par le bougon cafetier Jules qui part sur les routes avec ses charentaises ou avec le bel amour de Fernand et Alice.

Les deux, avec des styles différents plongent le lecteur dans l’ambiance de ces moments si particuliers. Certes, Miroir de nos peines est plus classique dans sa conception et son intrigue que ce qu’a délivré jusqu’alors Pierre Lemaitre. Toutefois, à-travers une foison de détails, on emprunte les colonnes de l’exode et avec le convaincant mythomane Désiré on sourit à l’hilarante propagande qui accompagna l’écroulement.

On retrouve Louise qu’on avait abandonnée alors qu’elle regardait les masques de la gueule cassée d’Edouard. Devenue jeune femme, elle part dans en quête de ses racines.

La Débâcle, c’est celle d’un peuple à la dérive abandonné par des élites avides de fermer la douloureuse parenthèse du Front Populaire fut-ce au prix d’une défaite. Le retour à Paris sera le fin d’une sinistre aventure durant laquelle il fallut côtoyer la populace.

Ce sont deux chroniques de l’effondrement programmé d’une nation éternelle persuadée d’être protégée par sa grandeur passée. Tout cela pour finir par se jeter dans les bras d’un vieillard nostalgique des temps anciens, de la terre qui, elle, ne ment pas.

ERIK LAMBERT

*M. Bloch, L’Etrange Défaite, Paris, Folio, Gallimard, 1990.

La dimension franciscaine de Pause et Partage

L’hospitalité de Dieu est ouverte à tous !

L’hospitalité, c’est accepter de se laisser accueillir par l’autre et de devenir son hôte, ou accueillir l’autre et prendre soin de lui.

Au cours de cette journée, dans un naturel et une simplicité de cœur, il est très important d’être conscient de l’importance de l’accueil : toute personne qui se présentera à nous est considérée comme un frère ou une sœur. Tout au long de cette journée, il y a des temps forts qui s’inspirent de la spiritualité franciscaine : la rencontre, l’écoute, le partage du repas, le dialogue, ce moment de recueillement et de prière à l’oratoire où nous nous situons tous en enfants bien -aimés du même Père. L’écoute de l’autre est très importante, une personne qui se confie à vous c’est une part de sa vie, une part d’intimité qu’elle dévoile à un inconnu et il faut la respecter. Nous sommes là sous le regard de Dieu avec sa bienveillance et son amour. Lors du partage du repas, chaque personne se découvre, le dialogue s’ouvre et l’on apprend aussi à se connaître un peu mieux. Nous essayons de prendre conscience que nous devons nous mettre au service de nos frères, comme l’aurait aimé François, pour ce jour exceptionnel où nous devons recevoir chacun comme un invité de marque. Sur le thème de l’hospitalité franciscaine, dans nos choix face à l’accueil, deux phrases sonnent comme un appel et font écho aux nombreux témoignages : Nous sommes nés comme don et nous sommes appelés au don, nous sommes dignes parce que nous sommes aimés. Chaque frère rencontré est un don de Dieu qui a lui aussi quelque chose à donner.

L’après-midi, il y a ce temps à l’oratoire, ce moment de partage et de prière à partir d’un texte choisi à la dimension franciscaine. Un exercice d’ailleurs dont nous avons l’expérience en fraternité comme le partage de l’Évangile mis en relation avec notre vie par exemple. Lors de ce temps de partage, chacun peut s’exprimer sur une phrase, sur un mot qui l’a marqué dans le texte, d’abord médité en silence. Il faut aussi rappeler l’importance de la présence de Frère Joseph qui nous accompagne tout au long de cette journée, une présence indispensable, je tiens à le souligner. La présence de l’Esprit Saint est indéniable tout au long de cette journée, mais je dirais encore plus lors de ce temps de prière où les personnes sont touchées au plus profond d’elles-mêmes par rapport à leur vécu ; ce texte qui leur parle, résonne en elles comme une porte ouverte sur leur histoire et leur vie sous le regard bienveillant de Dieu.

Pause et partage n’est pas seulement un moment ‘’spirituel’’, c’est un vrai moment de fraternité, d’une fraternité qui nous tient à cœur, où chaque personne prend soin de l’autre dans des gestes simples. Dès le début François fera de l’accueil chaleureux et simple un des traits caractéristiques de la fraternité franciscaine.

«La fraternité se construit par des actes. François n’est pas un théoricien. il utilise rarement le mot abstrait de « fraternité », mais il parle toujours de « frère » dans des situations concrètes : « Et qu’ils s’aiment les uns les autres, comme dit le Seigneur : Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés. Et qu’ils montrent par des actes l’affection qu’ils ont les uns pour les autres, comme dit l’Apôtre : « N’aimons pas en paroles ni de langue mais en actes et en vérité (1reg.11, 5-8) ». (Extrait du livre de Michel Hubaut, chemin d’intériorité avec Saint-François).

Philipe Defoort

S’émerveiller du présent…

Après ce temps fort autour de Noël et de la nouvelle année, nous nous retrouvons dans le temps dit « ordinaire ». Même si certains événements ont pu neutraliser les moments attendus, nous mettons le cap sur Pâques, ce qui nous dispense de « regarder en arrière ».
Pourtant, la tentation est grande de porter notre regard sur le passé.

J’entends souvent ces expressions : « C’était le bon temps », « Ce n’est plus comme avant ». Chacun a bien conscience de la valeur du passé ou des changements qui modifient nos habitudes. Le présent marque notre vie de son poids d’exigence ou d’adversité et le passé, souvent embelli par la mémoire, en apparaît d’autant plus gratifiant, moins rude. Penser à partir du passé fait naître la nostalgie, comme un songe plus supportable que la réalité. L’heure des épreuves est au présent, l’heure du rêve est au passé. Si la Foi, l’Espérance et l’Amour animent notre vie spirituelle, en revanche, le souvenir ne fait pas partie des éléments les plus stimulants. Accompagné de nostalgie et de regrets, il ne fonde pas notre bonheur, il n’est pas une vertu sur notre chemin de vie.

Dans son intervention pour la fête de l’Epiphanie, le Pape François méditait sur l’adoration. A l’adresse de tous, on peut s’en étonner. Pourtant la contemplation est la respiration de l’âme. Accessible à chacun, elle permet de voir Dieu dans le présent. Comme il est dit dans le récit de Matthieu sur l’adoration des mages, c’est dans la maison où se trouvaient Jésus et ses parents qu’ils se prosternèrent (Mt 3/11). Qui que nous soyons, là où nous sommes, nous pouvons annoncer cette Bonne Nouvelle de Dieu présent à la vie humaine. Nous serons ainsi « témoins missionnaires », en reconnaissant cette présence et cette action de Dieu, rendues sensibles par la prière gratuite et contemplative. Car cette forme de prière recèle une puissance d’unification d’où jaillissent la Paix et le Bien.

Non, la vie n’est « plus comme avant ». Et heureusement ! Quel que soit notre âge, la vie est devant nous. Dieu est toujours plus grand qu’on ne le pense, et sa présence d’amour nous attend tout au long de l’année.

Fr. Thierry Lille février 2020

« Homme et femme il les créa »

Triste constat encore une fois : en 2018, 121 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon, soit un décès tous les 3 jours, tandis que 220 000 femmes, environ, ont déclaré avoir été victimes de violences conjugales. Ce fléau touche tous les milieux et toutes les classes sociales. Il s’inscrit dans une relation où la femme n’est plus perçue comme telle, mais rabaissée au rang d’objet ; et, à ce titre, elle peut être insultée, humiliée, menacée, battue, violentée et…assassinée. L’amour n’a pas sa place dans tout cela, il est perverti par un besoin de possession, où l’objet n’est là que pour satisfaire le désir d’un homme, propriétaire de « sa femme ». Ce n’est certainement pas la relation voulue par Dieu entre l’homme et la femme lorsqu’ il les créa…

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. » (Gn 1,27) Dans ce 1er récit de la Genèse, Dieu crée un couple : l’homme et la femme. Après les avoir bénis et leur avoir confié l’ensemble de la Création, Dieu contemple son œuvre avec satisfaction : « cela était très bon » (1,31). A aucun moment, il n’est question de domination de l’homme sur la femme. Le texte souligne leur égale valeur. Ils sont créés en même temps, l’un et l’autre à l’image de Dieu, ce qui est propre au genre humain et le distingue des autres créatures. Ils reçoivent même bénédiction et même mission : « soumettre » et « dominer » tout ce que la Parole créatrice du Père a fait surgir par pur amour, non pour en être les maîtres, mais les intendants bienveillants.

Dans le 2nd récit, après avoir modelé l’homme de ses mains, Dieu fait ce constat : « il n’est pas bon pour l’homme d’être seul. Je veux lui faire une aide qui lui soit assortie » (Gn 2,18) (A noter : c’est le seul « il n’est pas bon » de ces 2 récits). Dieu façonne alors les animaux, auxquels l’homme donne un nom, mais aucun ne lui correspond et ne peut combler sa solitude ; aussi «de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Yahvé Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme. Alors celui-ci s’écria : Pour le coup, c’est l’os de mes os et la chair de ma chair ! Celle-ci sera appelée « femme », car elle fut tirée de l’homme, celle-ci !» (Gn 2,22-23) Oui, l’homme, îsh en hébreu, a enfin trouvé celle qui lui est assortie : ishsha, la femme, et il peut laisser éclater sa joie! Les deux termes hébreux sont intéressants, d’ailleurs, car ils montrent bien la similitude de ces deux êtres. L’homme ne peut cacher son émerveillement devant cette compagne, de même nature que lui, mais aussi toute autre, ce qui confère à la femme une valeur essentielle et irremplaçable. Le texte se poursuit ainsi : « C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère et s’attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (Gn 2,24) En s’attachant l’un à l’autre, l’homme et la femme créent un lien plus fort que celui de la parenté, ils ne sont plus deux mais deviennent « une seule chair ». Le récit s’achève sur ces mots : « Or, tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre » (Gn 2,25) L’harmonie de la Création est là : l’homme et la femme vivent en toute transparence et confiance, rien ne trouble ou ne dénature, alors, leur relation…

Bien sûr, l’Église, selon les époques et les contextes, n’a pas toujours eu un discours valorisant sur la place de la femme, mais aujourd’hui le Catéchisme de l’Église catholique est très clair : « L’homme et la femme sont créés, c’est-à-dire ils sont voulus par Dieu : dans une parfaite égalité en tant que personnes humaines, d’une part, et d’autre part dans leur être respectif d’homme et de femme. « Être homme », « être femme » est une réalité bonne et voulue par Dieu : l’homme et la femme ont une dignité inamissible qui leur vient immédiatement de Dieu leur créateur » (article 369). Dès les origines, la création de l’être humain a une dimension relationnelle : l’homme n’est pas fait pour vivre seul, sinon il est voué à la mort, il est destiné à entrer en relation avec un autre que lui-même, qui lui soit semblable ; et l’homme et la femme ne sont pas appelés à vivre l’un à côté de l’autre, mais dans l’union, l’un pour l’autre. « Mon bien-aimé est à moi, et moi à lui. » (Ct 2,16)

Lors de sa 1ère messe de cette année 2020, le pape François dénonçait les violences faites aux femmes, insistant sur « la dignité de toute femme » et sur le fait qu’elle « est donneuse et médiatrice de paix et doit être pleinement associée aux processus décisionnels ». Le 15 janvier, il nommait la première femme laïque, Francesca Di Giovanni, sous-secrétaire aux relations du Saint-Siège avec les États, faisant d’elle la n°3 de ce dicastère. Un évènement, au Vatican, qui n’est pas passé inaperçu !

A nous donc de retrouver l’harmonie originelle entre l’îsh et l’ishsha et de poser un regard nouveau sur leur relation, ce regard de Dieu plein d’admiration pour l’homme et la femme qu’il venait de créer, lorsqu’il conclut au soir du sixième jour que « cela était très bon »…

P. Clamens

événements de février 2020

A la bibliothèque franciscaines des Capucins de Paris

Commentaire du Notre Père, bibliothèque franciscaine des Capucins
32 rue Boissonnade, 75014 Paris

Commentaire du Notre Père : un document inconnu du Poverello ?
le jeudi 9 janvier 2020 de 19h30 à 21h30.
32 rue Boissonade 75014, Paris

Le manuscrit de la BNF redécouvert récemment, où l’on avait retrouvé une vie de Saint François, inédite, contient également un Commentaire du Notre Père qui transmet « un écho fidèle et rare de la culture et de la prédication franciscaines primitives » !
Dominique Poirel, médiéviste, directeur de Recherche au CNRS et directeur de l’institut d’Etudes médiévale de l’Institut catholique de Paris, qui a édité et commenté ce texte, nous parlera de cette découverte passionnante…

A l’Espace Culturel de la Cathédrale de Créteil

2 rue Pasteur Valléry – Radot , 94200 Du lundi au vendredi de 10h à 19h, le week-end de 15h à 18h.

Du 19 janvier 2020 au 27 mars 2020
Exposition Marcel Hasquin autour de la vie de Saint François d’Assise.

A Chelles , les petites sœurs de St François vous reçoivent chez elles

A l’occasion de la fête de la vie consacrée le dimanche 2 février De 15h00 à 16h 15, au 17 rue du Temple, sonnette Baudouin, 3 ème étage. (01 60 08 29 47, si vous vous perdez)

Retraite

Retraite signifie « action de se retirer ». De quoi se retire-t-on ?

Le conflit suscité par la réforme des retraites atteint une dimension historique. Son âpreté se nourrit à la sensibilité tant collective que personnelle des questions soulevées par la fin de l’activité laborieuse. Elles se posent autour de deux axes : l’âge de départ et la hauteur de la pension, autrement dit le temps et l’argent. Ces deux paramètres déterminent nos existences de manières concrète et décisive, mais il ne peut être que profitable à chacun de tenter une approche plus fondamentale, inspirée par la cinquième admoni-tion de François d’Assise : « Considère, ô homme, dans quelle excellence t’a placé le Seigneur Dieu : il t’a créé et formé à l’image de son Fils bien-aimé quant au corps et à sa ressemblance quant à l’esprit. »

Justifier un recul de l’âge de départ par l’allongement de la vie induit que la fin de la carrière profes-sionnelle ouvre sur la vieillesse et, à son terme, la mort. Mais celle-ci n’est jamais nommée directement dans les débats, tout au plus par l’euphémisme statistique de l’« espérance de vie ». Ce déni de la mort et de l’espérance d’une autre réalité par notre société technologique piège la question de la retraite dans une pro-blématique matérielle — ce qu’elle coûte, le niveau et la durée de la pension — oblitérant le sens intime du mot retraite : se retirer de l’agitation du monde et ainsi se préparer à le quitter le moment venu. Envisager la retraite sous ce jour pose les questions sur un tout autre niveau, car la conscience du terme inéluctable de toute existence privilégie la conception solidaire selon laquelle, les unes après les autres, les jeunes généra-tions soutiennent les anciennes, et cela comme une priorité incontournable, au même titre que l’éducation et l’entretien des enfants qu’elles ont assumés. On le ressent plus ou moins clairement : une société qui réduirait le soin de ses vieux et de ses enfants à un paramètre comptable se vouerait à un individualisme morbide décadent, bien loin de l’excellence dans laquelle Dieu nous a placés.

Retraite signifie « action de se retirer ». De quoi se retire-t-on ? « Bat-on en retraite » comme de vieux soldats vaincus par la fatigue ? S’éclipse-t-on comme des éléphants fourbus sur le chemin du cime-tière ? Au contraire, combien de retraités s’étonnent de ne plus avoir une minute à eux ?! Seule cesse l’activité professionnelle, rien d’autre ; dans l’espace et le temps libérés, une autre vie active s’épanouit, con-trainte jusque-là par les impératifs du travail qui régentaient l’existence, ses rythmes, ses moyens, ses con-ditions, ses espoirs. Au lieu de « prendre sa retraite », c’est « reprendre sa liberté » qu’il conviendrait de dire ! Cette autre vision des choses, là encore, pose les questions autrement : est-il acceptable, inéluctable, que le travail soit communément subi dans la (plus ou moins grande) « pénibilité » ? Quelle place laisse-t-il à la contemplation, à la méditation, à l’élévation ? Pourquoi serait-on considéré à charge dès lors qu’on est dispensé de « gagner sa vie » ? La liberté n’est-elle envisageable qu’en marge d’un monde entièrement dédié au travail comme condition de la survie matérielle ? Paul nous donne une réponse : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l’esclavage.» (Gal 5,1)

Les animaux meurent quand ils ne sont plus capables de procréer, selon la loi de perpétuation des espèces. Contrairement aux idées reçues, dès ses origines préhistoriques, la seule à échapper à cette règle fut la nôtre. Notre cerveau grossit encore six ans après la naissance, s’affine et crée une multitude de con-nexions, d’aptitudes motrices, sensorielles, cognitives, affectives, sociales… Si notre espèce permet à ses anciens de subsister, c’est parce qu’ils assurent sa perpétuation en tant qu’espèce intelligente, par l’éducation et la transmission. Certes, les grands-parents n’apprennent plus aux jeunes à tailler le silex, mais chacun peut mesurer autour de lui leur implication dans la vie familiale et leur engagement dans le tissu associatif et culturel, précieux pour le maintien du lien social, crucial pour la continuité de la civilisation. L’Académie de médecine évoquait récemment une « rupture anthropologique majeure » au sujet de la PMA. Une société qui n’assurerait plus à ses anciens de quoi accomplir leur rôle naturel opérerait une autre rupture anthropologique aux conséquences désastreuses.

Laisserons-nous la société technologique fixer une date de début et une date de péremption à l’existence de l’être humain ? Est-ce là le destin acceptable de celui dont David, il y a trois mille ans, s’émerveillait devant son Créateur ? « Tu en as presque fait un dieu : tu le couronnes de gloire et d’éclat ; tu le fais régner sur les oeuvres de tes mains (…) » (Psaume 8).

Jean Chavot