ROGER BACON, UN ESPRIT ÉCLAIRÉ DE SON TEMPS (suite).

2. Roger Bacon, un intellectuel plongé dans l’effervescence intellectuelle médiévale, … QUI DÉVELOPPA SA PENSÉE AVEC LE SOUTIEN PAPAL, …

Roger Bacon

, … Quelques années auparavant, alors qu’il était encore à Oxford, il avait fait la connaissance du cardinal Guy le Gros de Foulques, qu’Urbain IV avait envoyé en Angleterre pour régler les différends entre Henri III et les barons[1]. Lorsque le cardinal devint le pape Clément IV, il demanda à Bacon de communiquer ses travaux. La suppression de la constitution prohibitive ne fit pas disparaître tous les obstacles ; le secret de l’affaire attisa plutôt les soucis, comme le déclara Bacon. Le premier obstacle fut la volonté contraire de ses supérieurs : « Comme votre Sainteté, écrit-il au pape, ne leur a pas écrit pour m’excuser et que je n’ai pas pu leur faire connaître votre secret, parce que vous m’aviez ordonné de garder le secret, ils ne m’ont pas laissé tranquille, mais m’ont chargé d’autres tâches ; mais il m’était impossible d’obéir à cause de votre commandement ». Une autre difficulté fut le manque d’argent nécessaire pour se procurer du parchemin, payer les copistes. 

À la demande du Pape, Roger Bacon dut communiquer ses travaux qui n’étaient pourtant qu’à l’état de projet. Avant d’entrer dans les ordres, il avait écrit de nombreux essais et traités sur les sujets qu’il enseignait à l’école, pour ses élèves seulement, ou pour des amis qui le lui avaient demandé. Il ne put que proposer des esquisses, des programmes, publiant successivement en 1267 trois préambules l’Opus Majusl’Opus Minus et l’Opus Tertium. L’Opus Majus traitait en sept parties des obstacles à la sagesse et à la vérité réelles, c’est-à-dire les erreurs et leurs sources ; de la relation entre la théologie et la philosophie, prise dans son sens le plus large ; de l’importance de l’éducation et de la formation des adultes. Les erreurs et leurs sources ; la relation entre la théologie et la philosophie, prise dans son sens le plus large comme comprenant toutes les sciences qui ne sont pas strictement philosophiques. Il s’attachait à prouver que toutes les sciences étaient fondées sur les sciences sacrées, en particulier sur l’Écriture Sainte. Il établissait la nécessité d’étudier les langues bibliques, car sans elles il semblait impossible de faire ressortir le trésor caché dans l’Écriture Sainte. Il évoquait les mathématiques, leur relation et leur application aux sciences sacrées, en particulier à l’Écriture Sainte. Il s’intéressa à la géographie biblique et à l’astronomie, à l’optique aux sciences expérimentales, à la philosophie morale et à l’éthique. L’Opus Majus fut édité pour la première fois à Londres, en 1733, puis à Venise, en 1750, par les Pères franciscains. De l’Opus Minus, beaucoup de choses ont été perdues. À l’origine, il comportait neuf parties, dont l’une devait être un traité d’alchimie, à la fois spéculatif et pratique. Une autre partie était intitulée « Les sept péchés dans l’étude de la théologie ». L’ambition de l’Opus Tertium fut indiqué par Bacon lui-même : « De même que ces raisons [la profondeur de la vérité et sa difficulté] m’ont incité à composer le Second écrit comme un complément facilitant la compréhension du Premier ouvrage, de même, à cause d’elles, j’ai écrit ce Troisième ouvrage pour donner compréhension et complétude aux deux ouvrages ; car beaucoup de choses sont ici ajoutées pour le bien de la sagesse qui ne se trouvent pas dans les autres écrits ». Il considéra lui-même que le Tertium fut l’œuvre la plus aboutie adressée au Pape. On ne dispose que de quelques extraits mais il semble que cette grande encyclopédie comprenait quatre volumes, dont le premier devait traiter de la grammaire et de la logique ; le second des mathématiques (arithmétique et géométrie), de l’astronomie et de la musique ; le troisième des sciences naturelles, de la perspective, de l’astrologie, des lois de la gravité, de l’alchimie, de l’agriculture, de la médecine et des sciences expérimentales ; le quatrième de la métaphysique et de la philosophie morale. Pour lutter contre l’ignorance humaine, il affirma la nécessité d’apprendre les langues étrangères, en particulier l’hébreu, l’arabe et le grec.

À la mort de Clément IV en 1271, Bacon perdit la liberté qui était la sienne avec l’accession au trône papal de Grégoire X. En effet, Tébaldo Visconti[2] devait son élection au soutien du général des franciscains. Malgré les persécutions dont il fut l’objet, il continua d’écrire et, outre ses objections contre les philosophes et les théologiens autorisés, il remit en question les princes, les prélats et les ordres mendiants allant jusqu’à dénoncer l’ignorance et les mœurs dissolues du clergé et la corruption de la cour romaine. Les nuages s’accumulaient au-dessus de lui…

Érik Lambert


[1] Henri III d’Angleterre était le fils aîné de Jean Sans terre. Il devint roi grâce à une intervention pontificale et à l’appui militaire de certains barons, Henri III connut un règne perpétuellement troublé par des révoltes et vit son autorité bafouée et discutée. Ce fut un roi faible de caractère et volontiers soumis aux avis de favoris ; cosmopolite dans sa pensée et dans ses goûts, très attaché à la papauté ; favorable à l’intrusion d’étrangers volontiers nommés aux grands offices et aux bénéfices épiscopaux, il suscita des réactions xénophobes. Partageant avec nombre de grandes familles anglaises le rêve de reconquérir les terres autrefois tenues par sa dynastie en France, il dut accepter, en 1259, le traité de Paris qui ne lui laissa que la Guyenne, les diocèses de Limoges, de Cahors et de Périgueux. Longtemps divisés, les opposants réussirent, en 1258, à regrouper leurs forces derrière Simon de Montfort, comte de Leicester. Le « Parlement fou » imposa à Henri III la renonciation à la plupart de ses droits, la soumission aux directives d’un Conseil oligarchique (Provisions d’Oxford). Pendant huit années, le souverain, tantôt prisonnier de grands vassaux, tantôt rendu à une précaire liberté, dut laisser se développer une anarchie féodale et seule l’énergie de son fils Édouard, qui obtint victoire sur victoire, en particulier à Evesham en 1265, et imposa la paix de Kenilworth en 1266, sauva la couronne. Les longues luttes civiles favorisèrent la croissance de l’institution parlementaire : le parti du roi comme celui de Simon de Montfort cherchèrent à obtenir l’appui de chevaliers et de députés des bourgs en les convoquant au Parlement. Souverain lettré, ami des arts, initiateur de la construction de l’abbaye de Westminster sous sa forme définitive, contemporain d’une prodigieuse vie intellectuelle, Henri III resta pourtant le symbole de l’incapacité et de la faiblesse.

[2] Tebaldo Visconti se joignit à la croisade du futur roi Édouard Ier d’Angleterre. Un an plus tard, à Saint-Jean-d’Acre en Palestine, il apprit qu’il était élu pape. Son élection n’avait pu aboutir qu’après que le podestat de Viterbe fit murer les électeurs dans le palais épiscopal le 1er septembre 1271 car l’assemblée élective était trop longue. Or, le nouveau pape, qui prit le nom de Grégoire X, n’était même pas prêtre. C’était un candidat de compromis proposé dans le but d’en finir avec la vacance du siège qui durait depuis la mort de Clément IV trois ans auparavant. Il mit lui-même fin aux périodes de vacance entre les pontifes en promulguant au IIe concile œcuménique de Lyon la constitution (ubi periculum) qui ordonnait l’enfermement des cardinaux (le conclave) pour les élections papales.

L’Apocalypse de saint Jean et l’Ancien Testament

En comparant l’œuvre de Jean avec l’AT on découvrira le sens des images utilisées

Ap. 1, 1-3

Dn. 2, 28-29

Ap

AP. 1, 4 – 3 

Ex. 3, 14 ; 16, 32-33 ; 19, 6 ; Ps. 2, 8-9 ; 89, 28.38 ; Dn. 7, 9-13 ; 10, 5-19 ; 12, 1 ; Za. 4, 1-14 ; 12, 10 ; Is. 44, 6 ; 48, 12 ; 49, 2 ; 62, 2 ; Gn. 2, 9; Ez. 48, 35 ; Ct. 5, 2

Ap. 4 – 5 

Gn. 49, 9 ; Ex. 12, 3-6 ; Is. 6, 1-5 ; 53, 7 ; Ez. 1; 2, 9-10 ; Dn. 7, 9-10

Ap. 6 – 8, 5  

Za. 1, 8-10.12 ; 6, 1-8 ; Is. 13, 10 ; 25, 8 ; 49, 10 ; Ez. 9 ; 34, 23 ; Os. 10, 8 ; Dn. 12 , 1

Ap. 8, 6 – 11, 19   

Ex. 25, 9 ; Is. 14 , 12 ; Ez. 2 – 3 ; 40, 3 ; Za. 4, 1-14 ; Jl. 1 – 2 ; Jb. 26, 6 ; 2 M. 2, 8

Ap. 12, 1- 6    

Gn. 3 ; Ps. 2 ; Is. 66, 7 ; Ct. 6, 10

Ap. 12, 7 – 14, 5     

Gn. 3, 14-16 ; Nb. 16, 30-34 ; Dn. 7, 2-8

Ap. 14, 6 – 19, 10      

Ex. 15, 2-9 ; Is. 21, 23 ; 61, 10 ; 63, 1-6 ; Jr. 25, 10 ; 51, 7-8 ; Ez. 26-27 ; Jl. 4, 13 ; Dn. 7, 24

Ap. 19, 11 – 20, 15       

Ps. 2 ; Is. 63, 1-6 ; Ez. 39, 17-20 ; Sg. 18, 14-16 ; Dn. 7

Ap. 21 – 22       

Gn. 2 ; Lv. 26, 11-12 ; Ez. 37, 27 ; 47, 1-12 ; Is. 7 ; 25, 8 ; 54, 5 ; 60 ; 65, 17 ; Za. 8, 8; Za. 14, 8 

L’auteur de l’apocalypse utilise donc énormément l’Écriture. Mais les citations exactes sont très rares. Il garde une entière liberté pour s’inspirer de l’AT en l’interprétant dans un sens chrétien.
Il utilise 2 procédés :

  1. Une double utilisation du même texte
    Dans Ez. 2, 8 le prophète reçoit un livre que Dieu lui donne à avaler. L’auteur de l’apocalypse utilise ce texte de 2 façons :
    ➡️ A : Dans une vision (5, 1s) il voit un livre ; il ne s’agit pas de l’avaler mais de l’ouvrir. On n’insiste plus sur l’origine divine du message délivré par le prophète mais sur la puissance de l’Agneau qui, seul, pourra l’ouvrir.
    ➡️ B : Dans une autre vision (10, 1-11) l’auteur doit avaler un petit livre (le message du Christ) et il insiste sur l’effet doux-amer qu’en provoque la manducation.
  1. Fusion de plusieurs textes :
    Ap. 22, 1-3 …….. Ez 47, 1 ; Za 14, 8 ; Gn 2, 9.

Ap. 22, 1-3

Puis il me montra un fleuve d’eau vive, brillant comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau.
Au milieu de la place de la cité et des deux bras du fleuve, est un arbre de vie produisant 12 récoltes.
Chaque mois, il donne son fruit et son feuillage sert à la guérison des nations.
Il n’y aura plus de malédiction.
Le trône de Dieu et de l’Agneau sera dans la cité et ses serviteurs lui rendront un culte.

Ez. 47, 1

Il me fit venir vers l’entrée du temple ; or, de l’eau jaillissait de dessous le seuil de la maison, vers l’Orient ; et l’eau descendait au bas du côté droit de la maison, au Sud de l’autel.

Za. 14, 8

En ce jour-là, des eaux vives sortiront de Jérusalem, moitié vers la mer orientale, moitié vers la mer occidentale.
Il en sera ainsi l’été comme l’hiver.

Gn. 2, 9

Le Seigneur Dieu fit germer du sol tout arbre d’aspect attrayant et bon à manger, l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bonheur et du malheur.

Ezéchiel entrevoyait pour l’avenir un peuple renouvelé par cette eau, symbole de l’Esprit. Mais en ajoutant le passage du livre de la Genèse, l’auteur présente cette opération comme une nouvelle création, où nous pourrons goûter aux fruits d’éternité sans craindre la malédiction. Enfin, quand il mêle Zacharie, il donne à cette annonce une dimension universelle : c’est la vie pour toutes les nations.
Cet exemple nous fait voir la connaissance qu’avait l’auteur de l’apocalypse de l’Écriture et comment il a su les recréer pour montrer l’accomplissement des Écritures en Jésus.

Fr Joseph

Édito de janvier

Le présent de Noël

Chaque année, Noël nous rappelle que le Verbe s’est fait chair. Les familles célèbrent le don incommensurable que constitue la Nativité par l’offrande de cadeaux aux enfants, reconnaissant ainsi, à leur mesure, le don miraculeux que Dieu fit de son fils au monde. Bien que l’on se souvienne trop peu, au pied du sapin, de la signification spirituelle de cette réciprocité, son sens reste présent dans la tendresse qu’exprime le geste de donner comme dans la joie qui brille aux yeux des petits et des grands.

Mais rappelons-nous qu’au premier de tous les Noëls, le roi Hérode, croyant son règne menacé par un nourrisson, fit massacrer tous les nouveau-nés de Bethléem, aujourd’hui ville de Cisjordanie occupée où le deuil des milliers d’enfants gazaouis morts sous les bombes recouvrit la joie d’un voile noir. Dans un registre moins effroyable, étonnons-nous que nombre de municipalités françaises, sous l’emprise d’une conception erronée de la laïcité, voire inspirées par le wokisme, dénaturent le contenu et les formes traditionnelles des festivités de Noël pour des raisons idéologiques alors que leurs administrés, toutes populations confondues, y sont spontanément attachés. Déplorons enfin qu’un tiers des français envisagent de revendre leurs cadeaux de Noël et que beaucoup le font le soir même sur les sites de revente en ligne, faisant ainsi preuve d’un mépris de l’amour inscrit dans le don égal à leur considération de sa valeur marchande. Ces exemples, de natures et de gravités inégales, illustrent à quel point, sans cesse et dès l’origine, l’Incarnation est à la fois un mystère présent en toute chose et une réalité déniée, combattue ou ignorée.

Nul ne sait quel jour naquit Jésus et peu importe l’historicité de détail au regard du fait de l’incarnation qui se produit non pas un jour, mais à chaque instant et en tout lieu, en chacun, entre chacun et dans nos sociétés. De même que la Création qui eut elle aussi un début, l’Incarnation con-tinue incessamment de se manifester depuis que l’Épiphanie la révéla, après la première annonce aux bergers rejetés dans la misère, aux Mages qui en transmirent la portée universelle. Rien ne peut re-tenir Dieu d’agir continuellement dans et sur sa Création, en particulier dans et sur l’homme qu’il a créé à son image afin qu’il collabore à sa volonté ; rien, pas même la chute ni le péché dont il nous sauva par la mort sur la croix et la résurrection de son Fils. S’il a choisi de s’incarner à un moment précis de notre histoire, c’est pour nous éduquer, pour nous accompagner jusqu’à l’accomplissement de nos vies de créatures divines, c’est-à-dire pour nous relever de notre imperfection, nous qui sommes issus de sa perfection, afin que nous avancions vers le but final de notre divinisation par le retour dans le sein du Père dont nous aurons enfin su nous montrer dignes. S’incarner, c’est prendre chair, c’est assumer l’imperfection pour mieux la comprendre et la résoudre. Il nous est impossible de mesurer ce que « prendre chair » signifie pour Dieu de sacrifice et d’amour, si ce n’est, à notre di-mension, en prenant nous-mêmes la mesure de notre propre imperfection, non pas pour nous en punir mais pour mieux accueillir l’enseignement qu’Il nous prodigue à chaque seconde par sa Pré-sence en nous et parmi nous, dans le moindre de nos actes, dans la plus fugace de nos relations et la plus insignifiante de nos paroles et de nos pensées.

François d’Assise nous enseigne dans sa première admonition que l’Incarnation se rend visible dans l’Eucharistie, moment privilégié où Dieu quitte sa magnificence pour venir à nous dans la forme d’une humble hostie à partager. Voyons-nous Dieu pour autant, Lui que n’a jamais vu que le Fils ? Le premier des préceptes est de l’aimer de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, mais parce que notre péché nous rend aveugle à sa perfection, c’est par l’application du second précepte que sa grâce se rend perceptible à nous : « Aime ton prochain comme toi-même. » Sans doute, la difficulté d’en faire notre règle de vie n’est-elle pas la moindre de nos imperfections. Et pourtant, ressentir sa Présence est le plus grand des bonheurs, limpide comme la joie d’un enfant qui se sait aimé.

Le comité de rédaction

Soirée de présentation du dernier livre de Michel Sauquet

Trésors de la spiritualité franciscaine aux XXè et XXIè siècles

Une table ronde de lancement du dernier livre de Michel Sauquet, Trésors de la spiritualité franciscaine aux XXè et XXIè siècles s’est tenue au couvent Saint-François de Paris 14è le mercredi 6 décembre 2023.

Autour de Michel Sauquet, elle a rassemblé Gaëlle de la Brosse (éditrice éd. Salvator), Pierre Moracchini (historien et directeur de l’école franciscaine de Paris), Fr. Luc Mathieu o.f.m. (bibliothèque franciscaine), Catherine Delmas-Goyon o.f.s (vice-ministre de la fraternité franciscaine séculière), Fr. Sylvain Besson o.f.m.cap., Brigitte Foch (présidente de l’association Chemins d’Assise), ainsi qu’une centaine d’auditeurs.

Cette table-ronde a permis à chacun de se demander en quoi Saint François est un phare pour notre époque.

Saint François a profondément marqué les personnes de son vivant et celles qui ont suivi sa mort jusqu’à nous, que ce soit dans un contexte proprement religieux ou dans un contexte simplement culturel (Fr. Luc Mathieu o.f.m.). D’ailleurs l’ouvrage de Michel Sauquet offre un florilège de textes de ces différents auteurs issus de contextes de vie et de pensée très différents, voire éloignés, et classés selon huit grandes thématiques typiquement franciscaines que le lecteur peut picorer ici ou là selon ses envies.

Ainsi, on trouve dans cette anthologie des expressions et des élans typiques de Saint François avec par exemple Padre Pio : « Reste avec moi Seigneur, parce que si pauvre que soit mon âme, elle souhaite être pour toi un nid d’amour. » Mais on y trouve aussi le poète Antonin Artaud qui a écrit un poème sur Saint François : « Je suis celui qui peut dissoudre l’épouvante / D’être un homme et de s’en aller parmi les morts / Car mon corps n’est-il pas la merveilleuse cendre / Dont la terre est la voix par où parle la mort.« 

L’influence de Saint François est réelle chez nos contemporains. Les publications sur lui sont de plus en plus nombreuses depuis la fin du XIXè siècle. Mais il demeure insaisissable comme l’a rappelé Catherine Delmas-Goyon. Sa volonté de prendre l’Evangile sans glose le rend à la fois totalement présent au monde mais aussi échappant à toute doctrine humaine, tout comme Jésus dans l’Evangile qui passe au milieu des docteurs et des pharisiens sans qu’ils puissent le saisir (cf. Luc 4, 30). Il touchera ainsi les jeunes comme l’a évoqué Fr. Sylvain o.f.m.cap. Il touchera aussi les moins jeunes, tel un texte de Michel Hubaut lu par François-Xavier Durye : « D’une vieillesse qui sait encore écouter, fais-moi la grâce Seigneur« .

Saint François permet d’être rencontré dans les actes. On le rencontre en cheminant « sur le chemin de Vézelay à Compostelle qu’on commence comme randonneur et qu’on termine comme pèlerin« . On le rencontre aussi au contact des pauvres, qui ne sont plus alors regardés comme les pauvres rêvés et imaginés par les décideurs de la société, mais comme ce qu’ils sont réellement, avec leur vrais visages comme l’évoque le poète Christian Bobin. On rencontre aussi Saint François dans l’amitié (Pierre Moracchini).

François-Xavier Durye a lu avec souffle et inspiration quelques textes des auteurs cités ; Grégory Turpin, accompagné de sa guitare, a chanté les merveilles de la création si chères à Saint François.

« Seigneur, fais de moi un instrument de paix » ont entonné avec lui les personnes présentes à cette soirée fraternelle.

Jean Alvarez

Partage de Janvier

La Vierge Marie est penchée au bord
De son cœur profond comme une fontaine
Et joint ses deux mains pour garder plus fort
Le ciel jaillissant dont elle est trop pleine

La Vierge Marie a fermé les yeux
Et voilé son cœur de ses deux paupières
Pour ne plus rien voir, pour mieux entendre
Un souffle qui fait trembler ses prières…

Un Ange a parlé tout bas dans la chambre
Toi seule, ô Marie, entends ce qu’il dit,
Toi seule dans l’ombre et le Paradis.
Il a semé Dieu tout grand dans tes membres.

Je ne l’ai pas vu. Mais en s’en allant
-J’étais sur le pas ému de la porte-
Il a laissé choir dans mon cœur tremblant
Un grain murmurant du Verbe qu’il porte.

Il a fait tomber à la place en moi
La plus ignorée et la plus profonde
Un mot où palpite on ne sait pas quoi,
Un mot dans mon sein pour le mettre au monde.

Ah ! comment un mot sortira-t-il bien
De moi que voilà qui suis peu savante ?
Mais le Saint-Esprit -je suis sa servante-
S’Il veut qu’il me naisse y mettra du sien.

Il y a dans toi, Vierge un petit Roi
Ton petit enfant, un Dieu ! Trois ensemble !
Et nul ne s’en doute. Il y a dans moi
Un petit oiseau dont le duvet tremble.

Marie-Noël

Prière

Psaume 15

  1. Criez de joie pour Dieu qui nous sauve,
    Accueillez par vos chants le Seigneur, le Dieu vivant.
  2. Car il est le Seigneur, le Redoutable, le Très Haut,
    Le Puissant, le Roi de l’univers.
  3. Il est notre Père très saint, notre Roi,
    Qui dès avant la création du monde,
    Envoya du ciel son Fils bien aimé
    Jésus qui est né de la Vierge Marie.
  4. Il invoque Dieu en disant :  » Tu es mon Père « ,
    Et Dieu dit :  » J’établirai mon Premier Né
    Au-dessus de tous les rois de la terre ! « 
  5. En ce jour le Seigneur Dieu a envoyé sa grâce,
    La nuit a retenti de sa louange.
  6. Voici le jour que le Seigneur a fait,
    Jour de triomphe et jour de joie.
  7. Car un enfant nous est donné,
    Il est né pour nous, pèlerin sur la route,
    Nulle chambre pour l’héberger,
    il est né dans une crèche.
  8. Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
    Et paix sur terre aux hommes qu’il aime.
  9. Que les cieux se réjouissent et que la terre exulte,
    Que jubile la mer avec ses habitants,
    Que fleurissent les plaines et chantent les forêts !
  10. Chantez lui un cantique nouveau,
    Chantez le Seigneur, terre entière !
  11. Car le Seigneur est grand et digne de louange,
    Devant lui disparaissent toutes les idoles.
  12. Peuples païens, reconnaissez le Seigneur,
    Rendez lui honneur et louange,
    Reconnaissez la gloire de son nom.
  13. Faites don de vous-mêmes
    Et vous aussi portez sa croix,
    Obéissez jusqu’au bout à ses commandements.

St François d’Assise

Événement de janvier

Initiation à la spiritualité franciscaine

La famille franciscaine de l’Est francilien (Créteil/ St Denis/Meaux) propose une initiation à la spiritualité franciscaine sur l’année 2023-2024.
Il s’agit d’un cycle de 6 rencontres qui ont commencé en octobre 2023. Les trois dernières se dérouleront le samedi de 15h à 17h, chez les Sœurs de St François d’Assise, 31 rue du commandant Jean Duhail, 94120 Fontenay-sous-Bois.

Quand 👉 Les samedis 20 janvier, 9 mars, 27 avril.
En savoir plus 👉 Françoise Rousseau 06-71-76-37-33

Un Livre puis un autre

Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil

Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil, Le Tripode, Paris, 2022, 160 pages, 17 €.

Le 14 juin 1830, les troupes françaises débarquèrent près d’Alger afin de mener une expédition punitive. Pourquoi ? Parce qu’en 1827, le dey d’Alger, Hussein, frappa « du manche de son chasse-mouches » le consul de France Deval, qui ne voulait pas rembourser un prêt consenti au Directoire en 1798 ! La flotte française appareilla de Toulon le 25 mai 1830 avec 453 navires, 83 pièces de siège, 27.000 marins et 37.000 soldats. Alger tomba le 5 juillet 1830 après de durs combats. Jusqu’au 14 octobre 1839, on parlait de « possessions françaises dans le nord de l’Afrique ». L’initiative d’utiliser le terme d’Algérie consacra la conquête arabe et balaya des noms historiquement plus adaptés comme Numidie ou Kabylie. Resta à inciter les métropolitains à exploiter ces terres nouvelles. 

Le roman de Mathieu Belezi Attaquer la terre et le soleil s’intéresse à cette page ignorée de l’histoire de France. La question coloniale et particulièrement celle afférente à l’Algérie se dissimule dans les nimbes d’une histoire épique que le roman national ne saurait appréhender avec objectivité. Les « colonistes »[1], ne souhaitaient pas, comme l’écrivit le littérateur Arthur Ponroy, rendre « aux barbares et aux corsaires tout un côté du lac français ». Si, dans un premier temps, ce furent surtout des négociants, des cabaretiers et des civils habitués à suivre les armées en campagne qui gagnèrent Alger et Oran, il fallut ensuite amplifier la colonisation. C’est cette histoire que conte le petit ouvrage de Belezi, prix littéraire du Monde et prix du livre Inter. Dès 1841, le gouverneur général Bugeaud affirma son soutien aux colonisateurs auxquels il promit ses « conseils d’agronome » et ses « secours militaires » car « il faut que les Arabes soient soumis, que le drapeau de la France, soit seul debout sur cette terre d’Afrique » et que « partout où il y a des bonnes eaux et des terres fertiles, c’est là qu’il faut placer les colons, sans s’informer à qui appartiennent les terres, il faut le leur distribuer en toute propriété ». Passionné d’histoire romaine, il exhuma la devise Ense et aratro (« Par le glaive et la charrue »)[2] et créa dans la région d’Oran une colonie de 55 hectares à base de concessions accordées à des militaires[3]. L’arrivée de nouveaux migrants fut encouragée par une politique d’expropriations pour cause d’utilité publique suivie de concessions de terres. On s’inquièta aussi de faire venir des femmes nécessaires à « la constitution de la famille et de la moralisation des individus ». Attirés par ce pays de cocagne chanté avec force affiches et promesses, les nouveaux colons furent accueillis dans l’un des 650 « centres de peuplement ». Mais pour conquérir les terres nécessaires à la venue d’agriculteurs, il convenait aussi d’achever la conquête. Partout, il fallait conquérir par la force et inspirer la terreur. Comme l’écrivit le lieutenant-colonel de Montagnac, il s’agit « d’anéantir tout ce qui ne rampera pas à nos pieds comme des chiens » comme il l’écrivit dans une lettre à sa sœur du 2 mai 1843 : « Nous battons la campagne, nous tuons, nous brûlons, nous coupons, nous taillons, pour le mieux dans le meilleur des mondes. » 

Attaquer la terre et le soleil est le quatrième roman que Belezi consacre à l’Algérie coloniale. Une jeune femme Séraphine et sa famille sont attirées par la promesse d’une nouvelle vie et rejoignent une colonie agricole, afin d’enraciner la présence française et la « civilisation » en Algérie. Or, le rêve devient un cauchemar.  Confrontée à des peuples rétifs, à des terres ardues à cultiver, à des conditions climatiques hostiles, au choléra endémique, Séraphine prend conscience du mensonge dont tous sont victimes. « Sainte et sainte mère de Dieu, pourquoi nous avez-vous abandonnés ? », devient le mantra qui rythme le livre. En parallèle, un officier et son escadron « pacifient » à grands coups de sabre, de meurtres, de viols, de pillages ces terres desquelles il faut extirper les « sauvages ». Cynique, porté par une mission civilisatrice, il éradique, il enfume, il exécute ; ange exterminateur au service de la « civilisation » ou plutôt du diable. Triste réalité ignorée de ce que firent monarchie et république en ces terres africaines si proches de Marseille. Le roman dénonce les violences « justifiées » par le combat de la « civilisation » contre la barbarie, montre l’absurdité de l’aventure d’une femme pionnière pleurant le rêve brisé de toute une famille ; la folie d’un capitaine, sinistre Polyphème moderne gorgé de sang ; hurlant, promettant de la chair fraîche, montant péniblement sur son destrier. 

Un petit livre composé de courts chapitres, ponctués d’expressions spécifiques au vocabulaire de la colonisation : fondouk[4]moukèreyatagan[5],  et au jargon militaire : grollesbidochese faire péter la rate. La ponctuation minimaliste est au service d’un style épuré et direct qui contribue à donner l’impression au lecteur qu’il est au cœur des scènes. Un beau roman qui ouvre une porte sur ce que fut la colonisation, non sur ses apports et ses ombres, mais sur la manière dont elle fut menée. Les personnages de Belezi sont tous victimes d’une idéologie nationale-colonialiste qui connut son apogée avec l’exposition coloniale de 1931[6]. Encensée par certains, objet de repentance pour d’autres, la colonisation française est un avatar de l’ambition révolutionnaire d’offrir à l’humanité l’épanouissement de l’être humain en imposant la servitude de la « raison » afin de lutter contre l’oppression des superstitions. Lourde tâche pour les puissances « civilisées » que de vaincre l’obscurantisme au nom du progrès[7]. La petite porte ouverte par Belezi pourrait alimenter un débat appréhendant bienfaits et méfaits de la colonisation. Toutefois, trop de Français préfèrent ignorer les sombres errements de leur pays et demeurent aveugles face aux sombres errances de la collaboration, de Vichy et de la guerre d’Algérie. 


[1] Les Chambres de commerce de Lyon et de Marseille, les chefs militaires -le maréchal Soult, ministre de la Guerre-, qui avaient connu les gloires de l’Empire, et nombre d’organes de presse.
[2] Outre le Stipendium (la solde), le produit éventuel du butin, les exonérations fiscales ; le soldat romain, dès la fin de la République, bénéficia de la pratique des assignations de terres à des colons militaires. Lorsqu’il allongea la durée de service à vingt-cinq ans, Auguste bouleversa la vie des légionnaires. La retraite bénéficiait désormais, quand ils y arrivaient, à des hommes de 40 à 45 ans. Avec l’espérance de vie du premier siècle, ces vétérans savaient parfaitement que leur vie active était derrière eux. Beaucoup craignaient le retour à la terre et ne se voyaient pas commencer une deuxième existence en tant que fermiers. Toutefois, les installer sur des terres « coloniales » favorisait le contrôle de ces territoires. 
[3] Pour attirer le colon, la concession gratuite fut systématique en Algérie, sauf durant la décennie 1861-1871 durant laquelle Napoléon III souhaita créer un « royaume arabe ». La révolte de 1871 encouragea le gouvernement à revenir vers le système de la concession gratuite. C’est le seul système qui fut pratiqué pour attirer les colons jusqu’en 1904. 
[4] Hôtellerie et entrepôt des marchands en Afrique du nord.
[5] Le yatagan est une arme turque à lame recourbée et dont le tranchant forme, vers la pointe, une courbe rentrante. 
[6] Se reporter au livre de R. Girardet, L’Idée coloniale en France de 1871 à 1962.
[7] Joseph Rudyard Kipling, convaincu de la supériorité britannique et du « fardeau de l’homme blanc ». Son plus célèbre poème est paru en février 1899 dans McLure’s Magazine« Take up the White Man’s burden »
The savage wars of peace
Fill full the mouth of Famine,
And bid the sickness cease »
 (en anglais)
« Assumez le fardeau de l’homme blanc »


François d’Assise, le chevalier sans armure

Luc Adrian, « François d’Assise, le chevalier sans armure », Édition Emmanuel, 21€.
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Plus biographique qu’hagiographique, le récit de la vie de François d’Assise que propose le livre de Luc Adrian s’apparente à un roman pour la jeunesse. L’initiative est louable : on ne peut reprocher à l’auteur et à l’éditeur leur volonté de présenter le Poverello aux nouvelles générations et de restituer le monde dans lequel il vécut, sa famille, la société médiévale, les crises politiques et religieuses qui l’agitèrent. Toutefois, ceux que la spiritualité franciscaine et la personnalité de son fondateur avaient antérieurement touchés ne découvriront rien qu’ils n’aient déjà appris, et continuent d’apprendre, dans l’abondante littérature de qualité sur ces sujets ainsi que dans leur pratique d’échanges fraternels. Ils pourraient même s’agacer de ce que laisse présager le titre de l’ouvrage : une tentative de faire de Giovanni di Pietro Bernardone un personnage de légende, une sorte d’anti-héros médiéval, une « star » du temps des croisades, en contradiction fondamentale avec la foi et l’exemplarité évangéliques de saint François.

La vulgarisation tend toujours le piège d’une simplification trop réductrice ou d’un dévoiement tel qu’elle finit par n’être que vulgarité, et le danger est évidemment plus grand encore dans l’ordre de la spiritualité. Si l’objectif de Luc Adrian était d’atteindre et de séduire un public jeune afin de lui faire connaître l’homme que fut François d’Assise, on ne peut lui reprocher de s’être attaché avant tout aux aspects biographiques de ce qu’il faut bien appeler le « personnage » de son roman, et cela au détriment de notions moins spectaculaires, moins immédiatement séduisantes et compréhensibles aux adolescents. Mais ce qui gêne dans ce livre, c’est le ton général, ce sont les artifices que l’auteur utilise pour accrocher son lecteur. Son récit joue ainsi presque constamment sur des effets d’anachronisme entre notre époque et le Moyen-Âge, ressort comique éculé de films comme « Les Visiteurs ». Ce pourrait être judicieux, à la rigueur, s’il ne puisait pas la plupart de ses références modernes dans la pseudo-culture de divertissement la plus ordinaire, et s’il s’était attaché plutôt à trouver des correspondances plus éclairantes, et aussi plus élégantes, dans et pour notre époque. Pour compenser sa tendance à un jeunisme par ailleurs tout à fait dépassé, il se lance çà et là dans des explications lourdement édifiantes dans lesquelles il n’abandonne pourtant pas le langage néo-argotique qu’il croit celui des jeunes d’aujourd’hui, ni ses incessantes plaisanteries qui sont trop évidemment destinées à amuser pour ne pas tomber à plat. Il résulte de tout cela le sentiment que Luc Adrian, dont on devine malgré tout la qualité d’auteur et l’authenticité de l’intérêt pour son sujet, a pris délibérément un parti iconoclaste dans le but de rendre plus abordable la sainteté de François d’Assise. Il y a là une contradiction intenable : si l’on veut initier quelqu’un — fût-il, et à plus forte raison, un enfant — à une beauté qui lui est supposée inaccessible, ce n’est certes pas en la maquillant de laideur commune qu’on y parviendra. Encore une fois, vulgariser ne doit pas signifier abaisser, mais élever.

Ce livre illustre une certaine difficulté que rencontre l’Église contemporaine à trouver une manière juste de s’adresser aux populations qui la méconnaissent ou la rejettent. Elle y parvient en se montrant compréhensive, à l’écoute, en adaptant judicieusement son discours, mais cela sans rien renier de sa conviction, de son langage ni de son message, en un mot de sa mission. De ce point de vue, et sur le thème le plus cher aux franciscains, ce roman est un échec exemplaire. Il est un concentré de ce que l’on pourrait appeler sévèrement « le mauvais goût catholique », celui qui se veut actuel, à la portée de tous, mais qui ne parle à personne, simplement parce qu’il se laisse séduire par l’époque et doute de la puissance intrinsèque de ce qui fonde sa foi. Tout le contraire, en somme, de saint François.

Jean Chavot