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Un nouveau Conseil National pour l’OFS[1]de France

Chaque année, le Conseil National de l’OFS convie tous les Conseils Régionaux de France (représentés par 3 membres : assistant spirituel, ministre et une troisième personne déléguée) pour une rencontre fraternelle, un bilan de l’année écoulée et les perspectives à venir. 

En cette année 2022, le week-end des 15 et 16 octobre rassemblait environ 80 personnes et revêtait un caractère particulier puisqu’il comportait l’élection d’un nouveau Conseil National élu pour trois ans, par tous les membres présents des Conseils Régionaux ayant fait profession, (en fait 42 votants), avec la présence de deux de nos frères provinciaux Michel Laloux, ofm et Jean-François Marie Auclair, ofm conv, de deux représentants du CIOFS[2] venus de Rome : Noemi Paola Riccardi et le frère Tomàs Gilga Panzo Suva, assistant ofm cap., de François Van Tichelen, ministre national de Belgique, et de trois représentants de la Jefra[3] : Pierre-François Clément, Swann Cimbe-Brianceau et sœur Elizabeth Desportes assistante nationale de la Jefra.

Nous étions accueillis chaleureusement dans l’Espace Montcalm, maison diocésaine de Vannes, par la fraternité régionale de Bretagne qui n’a pas ménagé ses efforts pour que chacun vive ces deux jours dans une ambiance spirituelle – la prière de l’office des laudes, la célébration de l’Eucharistie et la prière du soir – et une organisation matérielle – chambres, collations et repas – très satisfaisante ! Même le soleil fut de la partie toute la journée de samedi !

Dès le samedi matin, après un mot de bienvenue de Claire Hulot, ministre nationale, et la présentation de la fraternité de Bretagne qui nous accueillait, chaque membre du Conseil National sortant, à tour de rôle, argumenta le bilan de la mission confiée qu’il avait pu mettre en œuvre et qui fut approuvé respectivement par les membres votants de l’assemblée présente. Nos deux assistants nationaux rapportèrent également le bilan de leur mission spirituelle et pastorale.

L’après-midi, nos deux frères provinciaux évoquèrent le rôle important de l’assistance spirituelle dans la vie de nos fraternités et la mission essentielle de ceux qui en assument la charge : être un lien de communion dans la vie de la fraternité, faire émerger les multiples expressions de la vie franciscaine séculière à travers l’écoute et à la lumière de la Parole de Dieu, avoir le souci de la croissance spirituelle des fraternités et des personnes, se former en permanence avec les autres assistants… Puis ils nous annoncèrent l’impossibilité de trouver de nouveaux frères pour remplacer les assistants nationaux actuels, les frères José Kohler, ofm et Dominique Lebon, ofm cap, arrivés eux-mêmes au terme de plusieurs mandats. Cet état de fait amènera à trouver d’autres modalités de fonctionnement, à l’étude actuellement…

Les membres de la Jefra et le représentant de l’OFS auprès des Groupes de Vie Évangélique, François Gaudard, prirent aussi la parole pour rapporter leurs activités au regard de l’OFS.

Vers la fin de l’après-midi, Noémi et le frère Tomàs nous dressèrent le cadre dans lequel allait s’effectuer l’élection du lendemain, et nous annoncèrent qu’un nombre insuffisant de candidats disponibles nécessitait que l’Esprit Saint nous insuffle de solliciter quelques membres supplémentaires pour élargir le choix des électeurs : nous avions le temps de la réflexion durant la nuit…

Après le repas du soir, un film intéressant: « caravane  amoureuse », tourné en 2010 par plusieurs membres de la fraternité de Bretagne, nous permit d’apprécier ce thème de « la fraternité semeuse de joie dans l’altérité » et ainsi de laisser décanter quelque peu les préoccupations électorales du lendemain !

La matinée de dimanche s’annonça laborieuse face aux exigences que préconisaient les Statuts rappelés avec insistance par la déléguée du CIOFS qui présidait les élections, mais ce temps put finalement se solder par des votes déterminants sur le choix de celles et ceux qui furent élus ou réélus : chacune et chacun fut interrogé sur son acceptation de sa nouvelle mission et vers midi, nous aurions pu laisser échapper une fumée blanche par la cheminée de notre « consistoire » : nous avions un nouveau Conseil National* élu pour trois ans pour la plus grande satisfaction de tous ! Un apéritif conclut cette réunion devenue festive et après le repas, l’Eucharistie concélébrée par le frère Michel Laloux et le frère José Kohler fut un vrai chant d’action de grâces – sans compter la danse finale ! – et un envoi magnifique pour chacun à la nouvelle mission qui lui était confiée dans l’esprit de François d’Assise que nous entendions profondément nous dire : « frères et sœurs, commençons !… »

Voici la composition du nouveau Conseil National de l’Ordre Franciscain Séculier de France :
– Ministre Nationale : Claire Hulot (réélue)
– Vice-Ministre Nationale : Catherine Delmas-Goyon  (réélue)
– Trésorier National : Xavier Fauvette (élu)
– Secrétaire Nationale : Suzanne Agrech (réélue)
– Responsable Nationale de la Formation : Marie-Agnès Fleury  (réélue)
– Conseillère Internationale : Claire Dechenaux (réélue)
– Conseiller National Jeunes et Familles : Bernard Cordier (élu)
– Conseiller National Présence au Monde : Etienne Poisson (réélu)
– Suppléante de la Conseillère Internationale : Catherine Delmas-Goyon (élue)


[1]OFS : Ordre Franciscain Séculier
[2]CIOFS : Conseil International de l’Ordre Franciscain Séculier
[3]JEFRA : Jeunesse Franciscaine

Questions de foi

L’athéisme, je suis tombée dedans dès ma naissance. C’était une évidence, Dieu n’existait pas et nous n’en parlions pas. Enfant, malgré une absence totale d’éducation religieuse, j’adorais aller à la messe du village vendéen où je passais mes vacances. Les chants, les odeurs d’encens, le sermon du prêtre auquel, pourtant, je n’entendais rien, me fascinaient. Je me sentais bien entourée par une foule harmonieuse et en communion. Lorsque les cloches retentissaient, j’enfourchais mon vélo pour répondre à cet appel irrésistible qui me donnait des ailes.

Puis, j’ai grandi et suis devenue une jeune femme très éloignée de la religion, quelle qu’elle soit, et opposée à tous ses préceptes. Pourtant, je me suis mariée à l’église. La famille de mon compagnon était très croyante et nous avons trouvé un compromis pour la cérémonie religieuse : une bénédiction. Nous avons rencontré le prêtre, un homme respectueux de nos attentes et freins respectifs, large d’esprit et sans jugement. Il m’a rassurée et a marqué ce jour par sa bonté.

Les années ont passé et les interrogations et les doutes sont, petit à petit, apparus. Lors d’épisodes de désarroi, je suis allée prier, brûler un cierge et me fondre dans l’atmosphère apaisante et silencieuse d’une église.
Pour autant, je n’imagine pas me convertir à une religion car bien des aspects me repoussent. Particulièrement les règles qui, pour certaines, me paraissent contraignantes, obscures voire absurdes.

Il m’arrive de penser qu’une force existe et nous dépasse. Est-ce cela croire en Dieu ? Mais, s’il est omnipotent, omniprésent et omniscient, pourquoi ne fait-il rien face aux injustices, à la pauvreté, à la destruction de notre monde ? L’être humain est-il donc seul face au bien et au mal ? Le choix lui appartiendrait-il entièrement ? Peut-être, Dieu vit-il et agit-il à travers nous et toute sa puissance prend-elle corps à travers nos actions ?

Nous vivons une époque troublée et inquiétante où la lutte éternelle entre le bien et le mal est intense. Je nourris l’espoir que nous, êtres humains, fassions preuve de sagesse et d’humilité et, si Dieu existe, qu’il nous guide sur la bonne voie.

Sophie

UN CAPUCIN PLONGÉ DANS L’HISTOIRE DU XX°SIÈCLE.

Épisode 1 : Une vocation à l’épreuve de la guerre et de la montée des fascismes.

Pierre Péteul durant la Grande Guerre.

1er décembre 2006, une messe eut lieu en l’église « Saint Jean-Baptiste » à New York. Cette cérémonie organisée par la fondation Wallenberg[1] commémorait le quarantième anniversaire de la désignation du frère capucin Marie-Benoît comme « juste parmi les Nations », un des premiers Français à être ainsi honoré. Qui était ce religieux connu jusqu’outre-Atlantique ?

La France des débuts du XX°siècle était agitée par les conflits politiques et les conséquences des progrès de la connaissance. La III°République devait « s’enraciner » dans le sol d’une France qui demeurait sensible aux idées monarchistes. Née d’une défaite et d’une révolution, elle dut affronter de multiples crises au cours desquelles l’Église et ses fidèles prirent toute leur part. Considérée comme l’agent essentiel de l’obscurantisme et du conservatisme, l’Église catholique constituait une cible privilégiée. Suite au vote des lois du 7 juillet 1904 et du 9 décembre 1905, les rapports entre l’Église et l’État étaient fort conflictuels. La suppression de l’enseignement congréganiste, œuvre de l’ancien séminariste castrais Émile Combes, puis la loi de séparation des Églises et de l’État d’Aristide Briand tendirent les rapports entre l’État et les catholiques. L’État manifestait ainsi sa volonté de neutralité religieuse et aspirait à « garantir » à chacun les moyens d’exercer librement sa religion dans le respect de celles d’autrui. Ces textes étaient la conclusion de 25 ans de tensions entre la République et l’Église catholique qui se disputaient le magistère moral sur la société. 

Ce fut dans ce contexte politique difficile que naquit Pierre Péteul le 30 mars 1895 dans un petit village du Maine-et-Loire, au Bourg-d’Iré où se trouvait le château du comte de Falloux[2]

Il semblerait que ce contexte marqua le jeune fils de meunier « blanc »[3] qui perdit sa mère très jeune. En 1907, à l’âge de 11 ou 12 ans, le garçon déclara « aller n’importe où pour être prêtre », le diocèse étant alors surabondant en vocations. Soucieux d’être formé chez les Capucins il partit en Belgique. En 1913, au terme d’excellentes études, Pierre, devenu Frère Marie-Benoît, fit profession religieuse. Le déclenchement de la « Grande Guerre » commanda son retour en France.  

Pierre Péteul fut mobilisé en décembre 1914, affecté au 77ème régiment d’infanterie. Il changea d’affectation à plusieurs reprises et se retrouva brancardier ce qui n’était pas une charge confortable d’embusqué tant les risques étaient considérables. Sa mission consistait en effet à évacuer les blessés dans des conditions délicates et dangereuses. Sa première mention militaire pour bravoure data d’août 1915. Il reçut plusieurs citations lors des batailles de Verdun et de la Somme et fut blessé à Bouchavesnes[4].  Blessé à nouveau en 1917, il fut sauvé par la protection du corps d’un jeune Breton tué par l’explosion d’un obus et demeura à l’hôpital 9 ou 10 mois. Singulier soldat que ce Pierre Péteul qui composa dans les tranchées un traité de chant grégorien rédigé en latin. Il laissa par ailleurs 52 lettres désormais conservées aux Archives des Capucins à Paris et un récit postérieur publié par Les Amis de Saint-François en 1970. Il y décrivit les souffrances des combattants, la désorganisation lors de l’offensive allemande de février 1916 sur Verdun, comprenant que, devant ces horreurs, on pût se demander : « Comment Dieu permet-il cela ? » Il évoqua aussi une trêve tacite : les Allemands étant obligés de lancer des grenades lorsque leurs officiers étaient présents, ils avertissaient les Français en leur jetant d’abord des pierres, ce qui permettait à ceux-ci de se mettre à l’abri. 

Comme nombre de ses camarades, il ne fut pas démobilisé tout de suite et fut affecté au 7ème régiment de tirailleurs algériens. Il passa sergent puis aspirant et partit pour Casablanca puis Meknès où il supervisa la construction de routes et de fortifications. Il ne fut donc démobilisé qu’en septembre 1919[5] et s’installa à Angers où il apprit la mort d’un de ses frères, René Gabriel porté disparu à la fin de 1916 dans la Somme à l’âge de 19 ans et celle de sa tante au printemps 1919. La période de la guerre, l’expérience du poilu, furent sans doute décisives sur sa perception de la vie. Certains de ses biographes, émettent l’hypothèse qu’il combattit aux côtés de Juifs dans les tranchées ce qui pourrait en partie expliquer ses réactions par la suite. 

En 1921, la guerre achevée, il se rendit à Rome, au Collège international Saint-Laurent de Brindes. Il était enthousiaste et heureux de s’y trouver et accueillit l’élection en 1922 du Pape Pie XI au trône de Saint-Pierre avec joie. Docteur en théologie de l’université grégorienne de Rome, il fut ordonné prêtre en 1923. Portant une belle barbe noire[6], il devint professeur et directeur spirituel au scolasticat de son Ordre à Rome et demeura enseignant au séminaire capucin de Rome jusqu’en 1940.  Chaque jour, il rédigeait de très courtes notes sur les activités qu’il menait. Par ailleurs, le père Marie-Benedetto – de son nom italien- connaissait bien la communauté juive. En effet, étudiant à Rome, il obtint le prix du meilleur étudiant en hébreu et en judaïsme. Avant l’éclatement de la deuxième guerre mondiale, il avait été professeur de théologie et d’hébreu au séminaire des capucins à Marseille. « Les Chrétiens, dit-il, se sentent les fils spirituels du grand patriarche Abraham… ce qui suffirait à exclure tout antisémitisme, mouvement auquel nous, Chrétiens, ne pouvons avoir aucune part ».

Du reste, il s’engagea dans l’association Amici Israël[7] en 1926, association destinée à cultiver les relations entre Juifs et chrétiens.

Il était à Rome lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, dut quitter la ville et rejoindre, comme d’autres prêtres français la France. Mobilisé en 1939, il se retrouva donc à Marseille en 1940, alors que l’Italie se préparait à entrer dans le conflit. Il fut interprète à l’État-major du Général Billotte[8] à la 15e D.I, à Marseille. Lorsqu’il fut démobilisé, il demeura dans la capitale provençale, ville dans laquelle commença l’aventure qui fit de lui un discret héros. 

Érik Lambert


[1] Fondation à vocation internationale créée par la famille Wallenberg, famille la plus fortunée de Suède. Organisation non gouvernementale dont la mission consiste à contribuer au développement des programmes d’éducation et à des campagnes de sensibilisation reposant sur les valeurs de solidarité et de courage civique, éthique et donc conserver le souvenir de ceux qui ont sauvé des juifs de la Shoah. Raoul Wallenberg, diplomate suédois délivra des milliers de sauf-conduits et abrita des Juifs hongrois pour les protéger. Le sauf-conduit autorisait son titulaire à se rendre en Suède ou dans n’importe quel autre des pays représentés par la Suède. En octobre 1944, le parti fasciste des « Croix fléchées » s’empara du pouvoir et mit en place un régime reposant sur la terreur. Des Juifs étaient abattus en pleine rue ; d’autres traînés jusqu’au Danube puis exécutés ou noyés dans l’eau glaciale du fleuve. Wallenberg institua un ghetto international, protégé par les pays neutres. Eichmann ordonna la déportation des Juifs de la ville organisant une « marche de la mort » de dizaines de milliers de personnes jusqu’à la frontière autrichienne. Wallenberg et les représentants d’autres pays neutres suivirent les marcheurs à bord de leurs véhicules, leur distribuant nourriture, vêtements et médicaments. Il parvint à arracher de nombreux Juifs à cette marche de la mort en affirmant qu’ils faisaient partie de ses « protégés » juifs. Après l’entrée des Soviétiques dans la ville, Wallenberg fut emmené par des soldats de l’Armée rouge et disparut. Les Soviétiques déclarèrent finalement qu’il était décédé en prison en 1947 à l’âge de 34 ans. Le 26 novembre 1963, Yad Vashem décerna à Raoul Wallenberg le titre de Juste des nations. En 1987, Wallenberg fut fait citoyen d’honneur de l’État d’Israël. 

[2] Alfred de Falloux. Homme politique légitimiste, député et ministre. Une loi du 15 mars 1850 porte son nom. Elle organisait l’enseignement primaire et secondaire et prévoyait que le clergé et les membres d’ordres religieux, hommes et femmes, pourraient enseigner sans produire d’autre qualification qu’une lettre d’obédience. Cette exemption fut même étendue aux prêtres qui enseignaient dans les écoles secondaires, alors qu’un grade universitaire était exigé des enseignants laïcs. De leur côté, les écoles primaires étaient placées sous la surveillance des curés. Il déclarera à propos de cette loi : « le premier devoir du prêtre c’est d’enseigner aux pauvres la résignation ». Le château existe toujours et mérite la visite. https://www.tourisme-anjoubleu.com/decouvrir/vous-aussi-aimez-lanjou-bleu/un-patrimoine-bati-riche-et-secret/terre-de-chateaux/le-chateau-de-falloux/

[3] Favorable aux monarchistes. S’il eut été qualifié de « bleu » cela aurait signifié « républicain ».

[4] Bouchavesnes, petite commune de la Somme fut en grande partie détruite lors de l’offensive de la Somme. Un notable fortuné de la ville norvégienne de Bergen décida de soutenir la reconstruction de la ville. Désormais la localité porte le nom de Bouchavesnes-Bergen. Le lundi 1er juillet 1916, à 7h30, débuta une gigantesque offensive anglo-française sur la Somme, la plus insensée et la plus sanglante de toutes les batailles de la Grande Guerre de 1914-1918. Le 1er jour de l’offensive, il y eut 20 000 morts En ce jour le plus meurtrier de toute la Grande Guerre avec le 22 août 1914, L’offensive se poursuivit jusqu’en novembre 1916. Les alliés obtinrent un gain dérisoire de 10 km. Le prix en fut exorbitant : 400 000 Britanniques tués et blessés ainsi que 200 000 Français et 450 000 Allemands… À comparer aux 750.000 victimes de Verdun. Son souvenir demeure aussi vif chez les Britanniques, dont toute une génération de jeunes soldats a été fauchée sur la Somme, que l’est celui de Verdun en France. Ce sont des troupes de tout le Commonwealth qui furent engagées. Originalité : c’est à Bouchavesnes que l’ancien ministre de la guerre, le Lieutenant-colonel Adolphe Messimy se lança à la tête de son unité.  Blessé deux fois, à la cuisse le 27 juillet 1915, au cours de la bataille du Linge en Alsace, puis à la joue le 4 septembre 1916 au Bois de Riez (Somme), il fut cité sept fois, nommé chevalier puis officier de la Légion d’honneur pour faits de guerre et reçut la Croix de guerre avec palme. La visite des lieux et de l’Historial de Péronne mérite d’être encouragée. https://www.historial.fr/  

[5] Le renvoi des soldats à la vie civile s’effectua de façon échelonnée, avec priorité donnée à l’ancienneté. Toutefois, les dirigeants alliés s’inquiétèrent des réticences allemandes consécutives aux rudes conditions des traités. Les autorités françaises envisagèrent donc une intervention militaire afin de pousser les Allemands à accepter le « Diktat ».  Cet échelonnement peu apprécié fut par ailleurs à l’origine d’un relâchement de la discipline car les soldats estimaient que la fin de la menace allemande justifiait la fin de l’application de règlements acceptables en temps de guerre. Il y eut un certain nombre d’actions de protestation. 

[6] Un peu d’humour. Un franciscain se rend dans un salon de coiffure pour se faire couper les cheveux. Lorsqu’il est sur le point de payer, le coiffeur lui dit qu’il ne demande jamais rien aux membres du clergé. Le franciscain reconnait bien que son ordre recommande pauvreté et humilité, mais qu’il peut tout de même s’offrir une coupe de cheveux. Mais le barbier insiste, et le franciscain accepte finalement. Le jour suivant, il y avait à la porte du barbier un panier de pain frais déposé par le prêtre franciscain. Quelques jours plus tard, un prêtre dominicain va chez le même coiffeur. Encore une fois, quand il est sur le point de payer, le coiffeur lui indique qu’il a coutume de ne jamais rien demander aux membres du clergé. Le débat s’engage, le dominicain argue auprès du barbier qu’il n’y a pas de raison que sa coupe de cheveux soit gratuite. Mais le barbier insiste et le frère accepte finalement. Le lendemain, le coiffeur trouve à sa porte une collection de livres de théologie publiés par l’Ordre dominicain. Quelques jours plus tard, un jésuite se présente chez le même coiffeur et se fait coiffer et tailler la barbe. Quand il s’apprête à payer, le barbier lui dit la même chose qu’il a dite au franciscain et au jésuite. Le jésuite lui dit: « Je suis un enseignant, et par conséquent je ne suis pas riche, mais je peux me permettre de régler mes coupes de cheveux ». Le barbier insiste, et le jésuite accepte finalement. Le jour suivant, il y avait dix jésuites alignés à sa porte.

[7]L’Opus sacerdotale Amici Israel était une association internationale fondée à Rome le 24 février 1926 avec pour objet la prière pour les juifs et l’apostolat en vue de leur conversion. Dès la première année de son existence, y adhérèrent 18 cardinaux, 200 évêques, et environ 2000 prêtres. La première mission que se donna l’association consistait à faire supprimer le mot perfidis qui qualifiait le peuple juif dans la prière du Vendredi saint.  Cette réforme fut rejetée par la Curie et l’Opus fut dissous par le Saint-Office en mars 1928.https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01421250

[8] Gaston Billotte, un des treize officiers-généraux morts en opération en mai-juin 1940. À ne pas confondre avec son fils Pierre, général et homme politique d’après-guerre, Saint-cyrien, blessé en 1940, évadé d’un OFLAG, retenu en URSS puis chef d’État-major du général de Gaulle. Député, ministre puis maire de Créteil.

« C’est l’Avent…Que faisons-nous de l’attente du Seigneur ? »

Dans l’Église, l’Avent est un temps proposé aux chrétiens, durant quatre semaines, pour se préparer à la fête de Noël. Comme l’indique son origine latine adventus, l’Avent annonce une « venue », un « avènement ». Par conséquent, c’est un temps d’attente, mais pour quelle venue ? Attendons-nous simplement de pouvoir commémorer la naissance de l’enfant Jésus dans une étable de Bethléem, il y a un peu plus de deux mille ans ?

En tout premier lieu, cette attente s’inscrit dans celle du peuple juif de la venue du Messie, fils de David. Ce Sauveur, annoncé par les prophètes, devait réaliser les promesses de Dieu pour son peuple : le libérer du joug de l’oppresseur, restaurer la royauté et établir un règne de justice et de paix. Isaïe le présente ainsi : « un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix, pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et l’affermir dans le droit et la justice. » (Is 9,5-6) ou encore : « Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. » (Is 7,14)

La tradition chrétienne a reconnu dans ces versets l’annonce de la naissance du Christ, traduction grecque du mot « Messie », comme le souligne Mathieu, lorsque l’Ange apparait en songe à Joseph : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Or tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, » ce qui se traduit : « Dieu avec nous ». » (Mt 1, 20-23, cf. Évangile 4ème dimanche de l’Avent)
Durant l’Avent, nous nous préparons donc à faire mémoire de la manifestation de Dieu dans notre Histoire car il s’est incarné, il a pris chair de la Vierge Marie pour nous rejoindre dans notre humanité.

Mais l’Avent est aussi l’attente de la venue du Christ à la fin des temps, son retour dans la gloire et la majesté où il viendra inaugurer un ciel nouveau et une terre nouvelle (« Nous attendons ta venue dans la gloire » proclamons-nous dans l’anamnèse).
Enfin, dès aujourd’hui, le Seigneur vient combler notre attente et se manifester à nous en esprit et en vérité, si nous savons le désirer, le reconnaitre et l’accueillir.
Ainsi, l’Avent célèbre le triple avènement du Christ, à la fois passé, présent et à venir.

Comment vivre alors une telle attente ?
Comme un temps de joie, naturellement, mais pas tant pour la célébration de la naissance de ce divin enfant que pour ce qu’elle signifie : désormais Dieu est avec nous, en Christ il nous révèle l’éternel dessein de son amour et nous ouvre à jamais le chemin du salut. Comme un temps d’espérance, également, celle de son retour dans la gloire afin que nous possédions dans la pleine lumière les biens qu’il nous a promis. (Préface du 1er dimanche de l’Avent) Cette espérance est orientée vers le futur, vers le Royaume à venir, mais elle est aussi plus proche car le Royaume est déjà là. Chaque jour, nous espérons un monde meilleur, une Église plus humble, plus à l’écoute, plus fraternelle…
« Le chrétien, nous dit saint Basile, est celui qui reste vigilant chaque jour et chaque heure, sachant que le Seigneur vient. »

Nous sommes invités à une attente, dans la confiance et la patience (Jc 5, 7-10), mais qui n’a rien de passif. Bien au contraire, elle est placée sous le signe de la vigilance : « Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. » (Mt 24, 44 Évangile 1er dimanche de l’Avent). Les premiers chrétiens ont cru à l’imminence de la Parousie, c’est pourquoi Paul les exhorte à sortir de leur sommeil (Rm 13, 11-12, 1er dimanche de l’Avent). Nous aussi, nous avons à sortir de notre engourdissement et à être des veilleurs. Au cœur de l’hiver, il nous faut savoir discerner dans les ténèbres de ce monde et de nos existences tous les signes de la lumière et de la vie qui se dévoilent déjà. Puisque nous ne savons ni le jour ni l’heure du retour du Christ, c’est dès maintenant que nous avons à vivre en enfants de lumière. « Et le fruit de la lumière s’appelle : bonté, justice, vérité. » (Ep 5, 9) Dans un monde qui connait encore les douleurs de l’enfantement, préparer et hâter la venue du Seigneur, c’est convertir son cœur pour se faire plus proche de tous, particulièrement des plus petits, à l’image du Christ pauvre, né dans une étable obscure. C’est pouvoir leur annoncer la joie de la Bonne Nouvelle et le salut offert à tout être vivant.
Être des veilleurs, c’est donc être des pierres vivantes de l’Église du Christ, et pour cela secouer notre torpeur pour aller au-devant de celles et ceux qui ont faim, qui sont isolés, malades ou rejetés ; et ce particulièrement à l’approche des fêtes où tout nous pousse aux excès, à la surenchère d’achats en tous genres, bien loin de la simplicité et de l’humilité de la crèche… C’est dénoncer les abus de toutes sortes, à commencer dans notre Église, et poser des gestes de solidarité et de fraternité, pour que justice et paix fleurissent dès aujourd’hui.
Comme nous aimons à le chanter, Seigneur, « que ton Règne vienne comme l’aube sur la nuit, que ton Règne vienne, qu’il éclaire et change notre vie ! »

P. Clamens-Zalay

Une Expo

L’encre en mouvement
Une histoire de la peinture chinoise du XXème siècle

Fait remarquable, l’entrée est au maximum à 10 € avec de nombreuses réductions et exonérations possibles.
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La Chine nous est peu et mal connue malgré sa place majeure dans l’espace géographique et dans le temps historique puisqu’elle abrite le peuple le plus nombreux et une civilisation qui, pour différente qu’elle soit de la nôtre, n’a rien à lui envier en profondeur ni en richesse. L’exposition présentée au musée Cernuschi ainsi que sa magnifique collection permanente offrent un aperçu de notre ignorance du « Pays du milieu » comme des préjugés de tous ordres qui prétendent la combler avec leur exotisme inquiet et néanmoins suffisant.

La peinture chinoise est étonnante par de multiples aspects. Sa matière est traditionnellement constituée d’encre et de papier qui la rendent fragile à la lumière ; c’est dire combien cette exposition est un événement rare (rappelons que nous devons à la Chine le papier sans lequel l’Europe du parchemin n’aurait sans doute pas connu l’essor intellectuel de la Renaissance). Il y a également entre la peinture et l’écriture un lien indissociable du fait du caractère idéographique de celle-ci, propice à la créativité et à la diversité calligraphiques. Ainsi les tableaux entremêlent-ils d’un même geste inscriptions, poèmes et représentations picturales. Le mouvement s’inscrit sur le papier, celui de la composition bien sûr, mais aussi celui de la main de l’artiste prolongée par un pinceau protéiforme qui dépose sur des surfaces précieuses une encre à la plasticité spectaculaire, cela sans reprises ni retouches. L’exposition présente d’ailleurs quelques films où l’on peut admirer la sûreté de la main, et donc les grandes connaissance et maîtrise qui la guide, traçant sur la feuille la mémoire du geste. La peinture chinoise est surprenante aussi (cette surprise ne tient qu’à notre ignorance) par sa variété et son évolution tout au long du XXème siècle, c’est-à-dire notamment depuis la fin de l’Empire (1912) à travers les bouleversements que cet immense pays a connus. Elle a enregistré ces mutations tout en témoignant d’une curiosité pour l’étranger que nous ne n’avons guère rendue à la Chine. Ses artistes ont voyagé en Asie (particulièrement au Japon) mais aussi en Europe, en Amérique, rapportant de nouvelles expériences et de nouveaux moyens, lesquels s’ajoutaient aux apports de la diversité rencontrée à l’intérieur de l’immense territoire national. Ainsi la peinture à l’huile est-elle venue se marier à l’encre qui régnait en maître, la photographie a-t-elle participé à varier les motifs, la « performance » de l’art contemporain occidental s’est-elle tout naturellement adaptée à la culture chinoise du geste graphique et pictural enrichi de sa diversité autochtone. L’intention de l’exposition est de retracer ces évolutions, ce qu’elle fait très bien par l’organisation chronologique des salles et leurs panneaux didactiques. On y admire la faculté des artistes chinois à conjuguer la curiosité d’autres cultures et techniques avec la connaissance amoureuse de leurs propres traditions.

Peut-être aurait-il fallu commencer par là : les œuvres sont d’une beauté et d’une élégance vibrantes et confondantes, si bien que l’on ressort de cette émouvante exposition avec un seul regret : celui de l’analphabète devant une écriture dont le sens lui demeure indéchiffrable. Il n’en va pas de même de nos yeux ravis et comblés. Reste à apprendre le Chinois se dit-on ou, du moins, à témoigner davantage de curiosité et de respect à ce grand pays.

Jean Chavot

Prière

🕯Fais de nous des veilleurs🕯

Seigneur,
En ce début de l’Avent, viens réveiller notre cœur alourdi, secouer notre torpeur spirituelle.
Donne-nous d’écouter à nouveau les murmures de ton Esprit qui en nous prie, veille, espère.

Seigneur,
Ravive notre attente, la vigilance active de notre foi afin de nous engager partout où la vie est bafouée, l’amour piétiné, l’espérance menacée, l’homme méprisé.

Seigneur,
En ce temps de l’Avent, fais de nous des veilleurs qui préparent et hâtent l’avènement et le triomphe ultime de ton Royaume, celui du règne de l’Amour.

Événements de décembre

🎄 Cheminer vers Noël avec la famille franciscaine 🎄

Une méditation quotidienne tout au long de l’Avent, pour préparer votre cœur dans les pas des plus grandes figures de la spiritualité franciscaine

👉 Retraite proposée par Famille Franciscaine de France
du 27 nov. 2022 au 25 déc. 2022

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Formation Franciscaine : Ecologie et expérience franciscaine
Clameur de la terre et clameur des pauvres à l’école de François d’Assise

Comment François d’Assise peut-il être « patron céleste des écologistes » alors que l’écologie n’était pas une préoccupation du monde du XIIIème siècle ?
La tradition franciscaine offre une lumière précieuse pour éclairer nos défis contemporains et approfondir notre conversion à l’évangile, car le Poverello est « l’exemple par excellence de la protection de ce qui est faible et d’une écologie intégrale, vécue avec joie et authenticité. » (Laudato Si §10).
Point essentiel : pas de cantique de frère Soleil sans le baiser au lépreux.

👉 Avec qui : Frère Frédéric-Marie Le Méhauté, ofm
👉 Comment : Au Centre Sèvres :
cours en ligne du 21 février au 4 avril 2023
12 h, prix 70 € – Tutorat collectif le mardi de19h30 à 20h15
👉 Pour s’inscrire : C’est ici !!!


🌿 Pèlerinages Terre Sainte 🌿
Proposés par le Commissariat de Terre Sainte

• un pèlerinage pour les Rameaux
• un pèlerinage pour les mamans en mai sur les pas de Marie
• une retraite spirituelle pour la Saint-Antoine de Padoue en juin

Ces propositions spirituelles seront animées par : Fr. Roger, Fr. Carlos et Fr. Didier.

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Saint Jean Chapitre 1, 1-18

Prologue de Jean
Suite et fin

14 ➡️ • C’est l’étape précise de l’incarnation : le Verbe s’est fait chair, et il est venu « planter sa tente » parmi les hommes, si bien que la gloire divine qui remplit le Fils unique, bien plus réellement qu’autrefois la « Tente du témoignage », est devenue visible : c’était une Gloire toute d’amour inlassable et gratuit.
• La « chair » dans la Bible désigne la condition humaine dans sa faiblesse naturelle, ses limites, sa précarité. La créature n’est pas Dieu, qui, lui, est infini.
• Le Verbe a « planté sa tente » (demeuré) chez nous. Dieu avait voulu « demeurer » chez son peuple. Ce furent :
1. Le tente de l’hébreu nomade (Ex. 25, 8 ; 29, 42-46 ; Lv. 26, 11 ; Nb. 35, 34). Dieu y a sa ‘demeure’, et il y vient dans la nuée et la gloire (Ex. 40, 34).
2. Ce fut ensuite le Temple de Jérusalem (1R. 8, 10-13).
3. Et aussi sa présence dans la Loi, organe de sa Sagesse (Sir. 24, 8-12.23 ; Ba. 3, 36 ; 4, 1-4). Mais la Tente, le Temple et la Loi n’étaient qu’une préfiguration du Verbe incarné, véritable habitation de Dieu parmi nous.

• La « Gloire » dans la Bible, c’est l’éclat fascinant de l’être divin, de sa puissance, mais aussi de sa sainteté, de sa pureté, de son être intime qui est l’amour. « Qui me voit, voit le Père ».
• « Plein de grâce et de vérité ». Dieu lui-même s’était donné ce titre au Sinaï, en se désignant à Moïse comme « Dieu de tendresse et de pitié… riche en grâce et en fidélité » (Ex. 34, 6). La gloire du Fils unique est donc une plénitude d’amour miséricordieux et fidèle.

15 ➡️ • Nouvelle insertion sur Jean-Baptiste, qui est, selon notre schéma, tout à fait symétrique de la première.
• « Avant moi il était… » (cf. « Avant qu’Abraham fût, je suis »). Jean-Baptiste s’efface devant celui qui le précédait de toute éternité.

16 ➡️ • « Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu » Le Verbe est venu pour nous faire bénéficier de cette plénitude, c’est-à-dire de cet amour gratuit qui se déverse, inépuisable, sur tous ceux qui ont foi « en son nom ».
• « … et grâce après grâce », c’est à dire une grâce de plus en plus abondante. A la grâce de l’AT (la Loi de sainteté donnée à Moïse), va succéder la grâce qui prend chair, le Christ. Jean nous fait déjà pressentir le verset suivant.

17 ➡️ • Moïse … Jésus Christ, ces 2 noms représentent les 2 Alliances.
• Déjà la Loi donnée par l’intermédiaire de Moïse était un signe de l’amour gratuit de Dieu pour son peuple : grâce à elle Israël possédait en quelque sorte le code du salut.
• Mais la grâce suprême, l’amour gratuit qui se livre pleinement et sans retour, c’est Jésus Christ qui en est la personnification.

18 ➡️ • « Personne n’a jamais vu Dieu… » Ni Moïse, ni Elie n’avaient pu voir la face de Dieu, malgré leur prière (Ex. 33, 18-34 ; 1R. 19, 11-13). Seul Celui qui repose dans le sein du Père l’a vu et le voit.
• « le sein du Père » du verset 18 est le parfait symétrique de « auprès de Dieu… en Dieu » du verset 1. Le titre de Fils remplace maintenant celui de Verbe.
• C’est le Fils unique qui désormais nous « dévoile » Dieu, nous le « parle », nous l’exprime, nous le raconte, nous l’explique, nous le traduit par toute sa parole et par tous ses gestes. L’Evangile sera cette révélation, ce dévoilement du Père. Non seulement par les discours de Jésus, mais par sa manière d’être et ses actes qui seront eux aussi la traduction vivante de l’être même du Père. Et la pointe extrême de cette traduction vivante sera le don que le Fils fait de sa vie, exprimant ainsi par sa mort jusqu’où va l’amour du Père. « « Qui me voit, voit le Père » (14, 9).

Conclusion

Tel est le trajet de la « Parole » dans le Prologue, qui ne revient pas vers Dieu sans avoir fécondé la terre, selon la prophétie d’Isaïe 55, 10-11. De fait, des enfants de Dieu ont germé de la terre. C’est le centre et la pointe du prologue (v. 12-13).

Remarquons enfin que le Prologue ne parle que de « venue » du Verbe (v. 11) et non pas de retour. Ce retour, le Verbe en parlera lui-même, en tant que Verbe-incarné, en tant que Jésus Christ, au chapitre 17 de Jean, à « l’heure de passer de ce monde à son Père ». Ce sera l’objet de la « prière sacerdotale ».

Frère Joseph

EDITO

Sobriété ou tempérance ?

Combien de familles se heurteront au même dilemme à l’approche de Noël : offrir des cadeaux aux enfants ou chauffer la maison ? Chez les dix millions d’entre nous qui vivent sous le seuil de pauvreté, la question sera tournée et retournée en vain. Elle occupera moins les familles aisées, et pas du tout les plus riches dont la fortune s’est encore considérablement accrue ces dernières années. Dans cet état de choses, la fin proclamée de l’abondance et de l’insouciance sonne comme une mauvaise plaisanterie, cruelle pour les uns, incongrue pour les autres.

Luc (16 : 19-31) décrit une situation analogue. Un riche dont la « vie n’était chaque jour que festins et plaisirs » restait étranger à la présence du « pauvre, nommé Lazare, qui se tenait couché devant le portail de sa villa, le corps couvert de plaies purulentes ». Pourtant Lazare « aurait bien voulu calmer sa faim avec les miettes qui tombaient de la table du riche ». Puis, lorsqu’au terme de ses misères, Lazare fut emporté par les anges auprès d’Abraham et que le riche souffrit à son tour dans les flammes du séjour des morts, le fossé qui séparait les deux hommes s’élargit en un abîme d’une telle immensité que, comme Abraham le décrit : « même si on le voulait, on ne pourrait ni le franchir pour aller d’ici vers vous, ni le traverser pour venir de chez vous ici ».

Cette parabole d’une très grande portée spirituelle peut plus modestement aider chacun à méditer la notion de sobriété autrement qu’elle s’impose aujourd’hui. Efforçons-nous, par exemple, d’oublier l’injustice de la situation initiale et de ne pas voir sa conclusion sous le jour du châtiment et de la récompense ; considérerons plutôt que Lazare et le riche représentent deux versants d’une même humanité souffrante. Bien que l’idée choque — entre qui manque de tout et qui jouit de tout, l’écart est insupportable — le mal n’est-il pas dans l’obsession d’une jouissance tout illusoire et matérielle, qu’on s’en gave quotidiennement ou qu’on en rêve comme de la seule espérance ? N’est-ce pas la gloutonnerie indifférente d’un côté et la dépendance attentiste de l’autre qui creusent l’abîme en nous et entre nous, avec le terrible résultat que constate Abraham ?

Et qu’est-ce au fond que la sobriété sinon le contraire de l’ébriété ? Ce n’est pas la pauvreté qu’il convient d’opposer ici à la richesse, mais la lucidité (la lumière, qui est première) à l’ivresse, c’est-à-dire à l’idolâtrie des festins et des plaisirs, commune malgré les apparences au patachon et à celui qui se tient « couché devant son portail » en attente de quelques miettes. Bien sûr, la responsabilité du riche est à la mesure de ses privilèges, mais cela ne dispense pas le pauvre de la sienne, plus fondamentale encore. À bien lire Luc, ce qui condamne le riche (il n’a pas d’autre nom que le « riche ») est sa surdité à la voix du ressuscité : Jésus qui nous dit : « celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif » (Jean 4 : 14). Et ce qui sauve Lazare n’est pas sa sobriété imposée, mais d’avoir bu de cette eau-là, c’est-à-dire d’être pauvre au sens évangélique. De même aujourd’hui, seule la poursuite de la paix et du bien nous remettra sur la voie de l’amour du prochain et de la création, et donc de la tempérance sans laquelle la sobriété n’est qu’une pause entre deux agapes. N’attendons pas couchés devant le portail du « riche », saisissons dans l’épreuve l’occasion d’une conscience nouvelle, réapproprions-nous notre espérance, nos forces, nos savoir-faire, comme on le voit déjà dans des initiatives éparses, silencieuses, mais résolues : ici un couple ingénieurs remet en marche un ancien moulin à eau afin de fournir de l’électricité à toutes les familles d’une vallée, là des riverains s’associent dans des jardins collectifs cultivés en permaculture, ici et là on réapprend la profondeur de l’essentiel sous le miroitement du superflu.

Noël qui vient, au lieu d’un dilemme, peut signer la relégation des pères Noël à crédit et favoriser le réveil des consciences au seuil des supermarchés : montrer aux enfants que le plus magnifique des cadeaux est la renaissance de la lumière, que la plus douce des chaleurs est celle que l’on se prodigue les uns aux autres. Et un jour peut-être, la poupée qui parle et la panoplie de héros feront les beaux souvenirs d’adultes maîtres de leur destin.

Le comité de rédaction

Cycle Duns Scot 5/5

la notion de liberté

Pour saint Thomas d’Aquin, comme pour saint Augustin, la liberté ne peut pas être considérée comme une qualité innée de la volonté, mais comme le fruit de la collaboration de la volonté et de l’intellect.

Duns Scot au contraire souligne la liberté comme qualité fondamentale de la volonté. Il estime que la personne humaine aime Dieu sans perdre la liberté de ne pas aimer Dieu. L’amour divin agit de façon prévenante pour soutenir, supporter, assister la volonté dans sa considération aimante.

Duns Scot évoque une morale de l’harmonie et non de l’obligation. C’est la théologie franciscaine, un art de vivre.
Pour lui, la nature humaine n’est pas suspecte puisqu’elle vient de Dieu. Son anthropologie est positive comme celle de François. Il a fait l’expérience d’un Dieu Bon. Il est un fidèle disciple de François. Mais la nature humaine n’est ni parfaite ni complète, il faut arriver à une plus grande harmonie. L’éducation et la vie morale (art de vivre) viennent perfectionner le contexte moral.

La liberté, comme toutes les facultés dont l’homme est doté, croît et se perfectionne, affirme Duns Scot, lorsque l’homme s’ouvre à Dieu, en valorisant la disposition à l’écoute de sa voix.

Quand nous nous mettons à l’écoute de la Révélation divine, de la Parole de Dieu, pour l’accueillir, alors nous sommes atteints par un message qui remplit notre vie de lumière et d’espérance et nous sommes vraiment libres.

Chantal Auvray