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Pèlerinage à Assise

Un rêve ancien que d’aller à Assise. Pourquoi ? A vrai dire, difficile de savoir. Souvenir de la prière attribuée à Saint-François, que ma mère nous faisait réciter le soir ? Souvenir bien vague de ce fils de bonne famille recherchant le calme dans une petite église en ruine près d’Assise où il y avait rencontré Dieu?

J’ai eu le plaisir de découvrir Assise dans le cadre d’un pèlerinage organisé du 9 au 15 avril à l’initiative de frère Joseph Banoub, Assistant régional de la fraternité séculière de l’Est francilien. Il fut notre accompagnateur spirituel et célébra chaque jour la messe avec nous, soit dans l’enceinte des lieux visités, soit dans la chapelle de la Casa Francesca.

Crédit Photo L. Pham Van

Nous étions une quinzaine de personnes issues de fraternités de la région parisienne. Le groupe dégageait un sentiment de sérénité et de bienveillance qui a participé à la réussite de ce pèlerinage.
Le soleil a été à nos côtés pendant tout le séjour, et nous avons été hébergés à la Casa Francesca chez les sœurs franciscaines dont l’accueil, la gentillesse et la joie de vivre nous ont laissé un bien agréable souvenir.

Frère Joseph fut un accompagnateur spirituel très présent auprès de nous mais également notre guide. Fin connaisseur du franciscanisme, il nous a menés à Assise, et hors d’Assise, dans des hauts lieux de la spiritualité franciscaine que l’on ressentait fortement imprégnés de la présence de Saint François.

A ASSISE, la visite des principaux lieux liés à la conversion de François fut particulièrement émouvante.

Crédit Photo P. Clamens-Zalay

Le premier fut le sanctuaire de Saint Damien, entouré d’oliviers et de cyprès. C’est dans l’église de Saint Damien que François entendit une voix venue du crucifix lui dire : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruine ». C’est également dans ce lieu qu’après s’être consacrée à Dieu, Claire vécut modestement jusqu’à sa mort.
C’est là aussi que François composa le CANTIQUE DES CREATURES.
Après la messe, sur la terrasse ensoleillée, Frère Joseph nous récita le CANTIQUE DES CREATURES, « le plus beau morceau de poésie religieuse depuis les Evangiles », selon Renan.
C’était touchant de l’entendre en ce lieu où François le composa un an avant sa mort.

Crédit Photo P. Clamens-Zalay

Moins intime, mais à la mesure de la renommée mondiale de Saint François, la basilique Saint François. Nous y sommes arrivés suffisamment tôt le dimanche matin ce qui nous a permis de nous recueillir devant le bien triste tombeau de Saint François puis de contempler, dans la basilique inférieure comme dans la basilique supérieure, d’admirables fresques, notamment des fresques de GIOTTO, qui donnent une merveilleuse image picturale de la vie de Saint François.

Hors d’ASSISE, nous avons visité des ermitages situés dans des lieux d’une beauté saisissante où François et ses Frères se retiraient pour prier et méditer.
Devant ces lieux resurgissait l’émotion ressentie des années auparavant en découvrant ces quelques lignes de Barrès sur la Colline de Sion : « il est des lieux où souffle l’esprit. Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse. »
Cette émotion, on ne pouvait que la ressentir en découvrant les ermitages de l’ALVERNE, de FONTE COLOMBO ou des CARCERI.

Crédit Photo P. Clamens-Zalay

L’Alverne, édifié sur un rocher entouré d’une forêt de pins et de hêtres, où François reçut les stigmates deux ans avant sa mort.
Fonte Colombo où François se retira en 1221, en compagnie de frère Léon et de frère Bonizzo pour rédiger la Régula Bullata approuvée par le Pape en 1223.
Les Carceri, ermitage entouré de chênes, où selon le mot de François Cheng, François avait trouvé ce qu’il cherchait : « une radicale solitude où l’humain ne peut plus dialoguer qu’avec l’invisible Créateur. »
Les Carceri furent également pour nous un lieu de méditation solitaire sur la base de thèmes proposés par frère Joseph : ADMONITIONS II et XXVII; LUC 11 1-4 et LUC 4,1-13.

Emouvant aussi de découvrir la Portioncule qui est, selon le mot de saint Bonaventure, « le lieu que François aima le plus au monde ».
C’est dans cette petite chapelle qu’à la fin de l’année 1208, la lecture par un prêtre de l’Evangile selon Saint Matthieu (Mt ch 10) joua un rôle décisif, dans la conversion de François, en lui faisant découvrir sa vocation à la pauvreté.
A la suite de cette lecture, il s’écria : «Voilà ce que je veux, ce que je cherche, ce que je désire faire du fond du cœur. »
C’est aussi dans cette chapelle que Claire se consacra à Dieu en 1212 et que François rendit son âme à Dieu le 3 octobre 1226.

Crédit Photo L. Pham Van

Emouvant enfin, en entrant à Saint Ruffin, de voir les antiques fonds baptismaux où furent baptisés François et Claire puis de se recueillir, dans la basilique Sainte Claire, devant son tombeau puis devant le crucifix qui parla à François aujourd’hui conservé dans cette basilique.

Nous n’avons pas vu le loup de Gubbio mais avons bien retenu ce message des FIORETTI et notre séjour s’est terminé à Greccio par la visite du sanctuaire édifié sur l’endroit où François fêta, le 25 décembre 1223, dans une joie ressentie par tous , la naissance du Christ dans une grotte de la montagne où avait été placée une merveilleuse crèche vivante semblable à celle de Bethléem.

Les lieux visités, comme la Légende franciscaine, manifestent que pour François la vie est une circulation d’amour entre le Créateur, Dieu, et sa créature.

Sa règle de vie est donc simple : observer la parole de Dieu, qui s’est exprimée par l’Évangile, donc accepter l’Evangile dans toutes ses exigences.
Huit siècles après sa mort, Saint-François reste le Saint le plus fameux de l’Eglise Catholique. Sa popularité fait de lui une figure universelle : croyants, comme non croyants, sont impressionnés par ce «bâtisseur », par son courage, sa générosité et sa force face à l’adversité.

Cette première immersion dans les lieux où vécut François conduit à revisiter certains aspects du quotidien pour rester émerveillé devant la création du monde, pour cultiver l’optimisme, garder le cœur ouvert, voir en l’autre quel qu’il soit un frère ,ne pas imposer sa volonté aux autres, pardonner, partager… la liste pourrait être longue car le Message de Saint-François concerne tous les domaines de la vie. La mise en œuvre, même modeste, de ce magnifique Message demande une sagesse difficile à atteindre, alors que faire devant la difficulté ? Il peut être tentant de renoncer mais le Message d’Assise c’est de se mettre très humblement en chemin et d’entendre la voix du Christ.

Jean-Pierre Guéroult, fraternité Saint François, Fontenay-sous-Bois.

4, L’ABBÉ PIERRE : LA CONSCIENCE D’UNE SOCIÉTÉ.

Henri Grouès dit l’abbé Pierre

Lors des élections législatives de 1951 organisées suivant la nouvelle loi électorale des apparentements[1] conçue par la « Troisième Force », Henri Gouès soutenu par la Ligue de la Jeune République[2] héritière de Marc Sangnier, n’obtint que 7,69% dans son fief de Meurthe-et-Moselle. L’impact de cette défaite électorale sur le fonctionnement d’Emmaüs fut catastrophique car l’Abbé Pierre perdit ses indemnités parlementaires qui faisaient vivre la communauté. Dépourvu de ressources, il mendiait dans les rues. Un des compagnons lui raconta alors comment il survivait lorsqu’il était à la rue. Il fouillait les poubelles pour revendre ce qui pouvait l’être, pour trier ce qui pouvait être revendu. La « biffe » permit rapidement à 150 compagnons de vivre, et d’aider 600 familles. Les ressources ainsi collectées étaient faibles, l’abbé fut contraint d’acheter des terrains et construisit des logements d’urgence, sans même attendre de permis de construire. La vocation de bâtisseurs des compagnons permit aux autorités de se décharger d’une partie de l’assistance aux pauvres qui étaient nombreux en ces années d’après-guerre. Le bouche-à-oreille et les services sociaux orientaient les sans-logis vers Emmaüs et les baraquements en bois ou en tôle, puis les petites maisons en dur de Neuilly-Plaisance, Pontault-Combault, ou Plessis-Trévise. Pour financer ses activités, il participa en 1952, au jeu radiophonique « Quitte ou double » sur Radio Luxembourg et remporta une somme de 256 000 francs, qui permit l’achat d’un camion, de nouveaux terrains et un début de notoriété. En 1953-1954, la France comptait officiellement 7 millions de mal-logés. L’abbé Pierre songea à lancer un véritable projet de construction : « les cités d’urgence ». Pourtant, un projet de loi visant à allouer un milliard de francs du budget de la Reconstruction aux cités d’urgence fut rejeté par le Conseil de la République[3].  Or, dans la nuit du 3 au 4 janvier 1954, un bébé mourut de froid dans un vieux bus, à la cité des Coquelicots[4]. Il écrivit une lettre ouverte au ministre du Logement[5], qui assista à l’enterrement du bébé, cérémonie que l’abbé qualifia de « funérailles de honte nationale ». Toutefois, les expulsions continuèrent à se multiplier[6], les sans-logis étaient nombreux. L’abbé et ses compagnons couraient les rues de Paris, afin de distribuer couvertures, soupes et cafés chauds. L’abbé lança alors l’idée de la campagne des « billets de 100 francs » : « On me dit que vous êtes dix millions d’auditeurs à l’écoute. Si chacun donnait cent francs […] sans que cela les prive d’un seul gramme de beurre sur leur pain ! Calculez combien cela ferait ! ». Le 1er février 1954, une femme expulsée de son logement mourut de froid ce qui incita l’abbé Pierre à lancer son célèbre appel sur Paris-Inter puis sur Radio Luxembourg[7]. Cet appel provoqua un spectaculaire élan de solidarité populaire « l’insurrection de la bonté » qui suscita un déluge de dons pour l’aide aux mal-logés[8]. L’abbé Pierre devint grâce à l’influence de la radio, l’emblème de la « guerre contre la misère ». Charlie Chaplin donna deux millions de francs, disant : « Je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j’ai été et que j’ai incarné. ». Déplorant sa « tumultueuse célébrité », il ne parut plus que rarement après 1954. Il visita les communautés Emmaüs réparties dans 35 pays et donna des conférences. Aux États-Unis et au Canada, il dénonça les nantis et convia la jeunesse à se mobiliser « non pour l’argent, mais pour l’Amour ». Il réapparut toutefois en 1984, à 72 ans, coiffé de son béret, revêtu d’une soutane et de sa pèlerine sur les épaules, chaussé de ses gros souliers pour défendre une enseignante de l’école parisienne Hypérion[9], Vanni Mulinaris, accusée de terrorisme. Au Palais des congrès à Paris, il s’insurgea contre « le scandale de la destruction des surplus agricoles » et il annonça la création de la première banque alimentaire française dont s’inspira Coluche en 1985 pour créer les Restaurants du cœur[10]. En mars 1986, Coluche lui remit pour la fondation Emmaüs un chèque de 1,5 million de francs. Aussi, lié par une lutte commune contre la pauvreté, l’abbé Pierre célébra la messe de funérailles après l’accident de moto qui coûta la vie au comique. L’abbé fut, aux côtés d’Albert Jacquart, Jacques Gaillot, Jacques Higelin, Josiane Balasko et Léon Schwartzenberg, … de tous les combats pour défendre la dignité des démunis. Durant la décennie (1984-1994), il fut la conscience de la société française[11]. Malgré l’âge, il s’engagea encore dans de multiples actions interpelant les gouvernants. En dépit de ses positions iconoclastes sur les questions de société et sur les fastes de l’Église catholique, il fut reçu par tous les papes de l’après-guerre. « Vous êtes mon charbon ardent », lui avait dit Mgr Roncalli, alors nonce à Paris, futur pape Jean XXIII. Il se prononça pourtant en faveur du mariage des prêtres, de l’ordination des femmes, des hommes mariés et évoqua le mariage homosexuel et l’homoparentalité[12]. Dans ses mémoires[13], il avoua même quelques entorses au vœu de chasteté[14].

L’abbé Pierre laissa un héritage législatif conséquent : loi de 1957 facilitant l’expropriation pour construire, création des ZUP, les zones à urbaniser en priorité (1958), … Entre 1954 et 1977, six millions de logements furent ainsi bâtis. Lors de la crise du logement, de la fin des années 1980, l’abbé s’engagea à nouveau, inspira la loi Besson de mai 1990[15] et soutint la création du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées[16]. Il se battit en faveur de l’application de l’article 55 de la SRU[17], qui obligeait les communes à avoir 20 % de logements sociaux. En 2006, un amendement déposé par le député Patrick Ollier menaçant cette disposition, l’abbé vint à l’Assemblée en fauteuil, engagea tout son poids moral mais aussi physique pour préserver l’intégrité de la loi.L’abbé Pierre mourut le 22 janvier 2007 à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris. Il avait 94 ans. « Notre sœur la mort » qui l’avait si souvent frôlé l’a saisi. Il l’avait pourtant si souvent côtoyée lorsqu’il « dévissa » sur un glacier alpestre pendant la guerre ou lorsqu’en juillet 1963, il survécut au naufrage d’un bateau dans le Rio de la Plata. Malgré la maladie pulmonaire dont il souffrait, en dépit des opérations multiples qu’il subit, de la maladie de Parkinson dont il était atteint, l’abbé Pierre ne renonça jamais à sa mission. En 2019, les 360 groupes du monde célébrèrent les 70 ans de la première Communauté Emmaüs. Le défi que s’était lancé l’abbé Pierre en 1949 est devenu une cause mondiale[18].


[1] Le système des apparentements est une loi électorale conçue par la Troisième Force (alliance regroupant des partis hostiles aux gaullistes et aux communistes- SFIO, UDSR-MRP-Radicaux et modérés) pour éviter que le parti communiste et le RPF gaulliste n’obtiennent beaucoup d’élus à l’Assemblée nationale en 1951 et 1956.
[2] Mouvement fondé en 1912 par Marc Sangnier, qui aspirait à concilier l’adhésion à la République et l’attachement aux principes chrétiens. Les résultats électoraux demeurèrent modestes. La Ligue adhéra au Front populaire, se positionnant à gauche de la démocratie chrétienne. Ses quatre députés présents à Vichy le 10 juillet 1940 furent parmi les 57 députés (80 parlementaires en comptant les sénateurs) qui refusèrent de voter les pleins pouvoirs à Pétain, tandis qu’un grand nombre de jeunes membres du parti entrèrent ensuite dans la résistance. Le 10 juillet 1940, les quatre qui dirent « non » furent les députés Paul Boulet (Hérault), Maurice Delom-Sorbe (Basses-Pyrénées), Maurice Montel (Cantal), Philippe Serre (Meurthe-et-Moselle). L’Assemblée nationale rendit hommage à Maurice Montel, lorsqu’il mourut car il était le dernier des 80 parlementaires qui avaient dit « non » aux pleins pouvoirs à Pétain. https://enseignants.lumni.fr/fiche-media/00000003435/l-hommage-de-l-assemblee-au-dernier-depute-ayant-vote-non-le-10-juillet-1940.html. Albert Blanchoin (Maine-et-Loire) et Jean Leroy (Vosges) étaient alors prisonniers de guerre. À la Libération, la JR conserva son autonomie. Elle suivit une ligne originale, défendant un programme social avancé et attira alors de nombreux déçus du MRP, dont l’abbé Pierre. Si la majorité de la JR rejoignit finalement le PSU, une petite minorité maintint le parti qui développa un « socialisme personnaliste » avant de se mettre en sommeil en 1985. 
[3] Chambre haute (équivalent du Sénat) sous la IV°République. 
[4] À Neuilly-sur-Marne.
[5] Maurice Lemaire qui assura cette fonction sous les gouvernements Laniel et Mendès-France. 
[6] https://metropolitiques.eu/Les-bidonvilles-francais-dans-le-journal-Le-Monde-1945-2014.html
[7] D.Amar, Hiver 54https://www.youtube.com/watch?v=7XBRoeSQA8g  https://www.youtube.com/watch?v=uijdXj73znMhttps://www.francetvinfo.fr/economie/immobilier/immobilier-indigne/video-en-1954-l-appel-de-l-abbe-pierre-pour-venir-en-aide-aux-sans-abri_4938051.html

[9] École de langues, 27 quai de la Tournelle, Paris. https://tempspresents.com/2020/04/27/hyperion-une-ecole-parisienne-suspectee-detre-le-cerveau-politique-des-brigades-rouges/
[10] https://www.youtube.com/watch?v=Cq3z5_u7lac
[11] Toujours considéré comme personnalité préférée des Français de 1988 à sa mort. https://mediaclip.ina.fr/fr/i23269776-l-abbe-pierre-longtemps-personnalite-preferee-des-francais.html
[12] « Je comprends le désir sincère de nombreux couples homosexuels, qui ont souvent vécu leur amour dans l’exclusion et la clandestinité, de faire reconnaître celui-ci par la société. » Il proposait d’ « utiliser le mot d’ « alliance » à la place de « mariage »« On sait tous qu’un modèle parental classique n’est pas nécessairement gage de bonheur et d’équilibre pour l’enfant. » 
[13] Mémoires d’un croyant (1997), Fraternité (1999) et Mon Dieu, pourquoi ? (2005).
[14] « J’ai donc connu l’expérience du désir sexuel et de sa très rare satisfaction. » Lui qui avait fait vœu de chasteté expliquait : « Cela n’enlève rien à la force du désir, il m’est arrivé d’y céder de manière passagère. Mais je n’ai jamais eu de liaison régulière. » 
[15] Art. 1er. – Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l’ensemble de la nation.
Toute personne ou famille éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l’inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d’existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant ou s’y maintenir.

[16] Décembre 1992.
[17] Loi du 13 décembre 2000. Loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU)
[18] https://www.emmaus-international.org/fr/groupes-membres/emmaus-dans-le-monde/

Comment témoigner de sa foi en milieu professionnel ?

Notre cadre d’emploi ne nous permet pas toujours de témoigner ouvertement de l’Evangile. Mais de larges ouvertures sont possibles dans le comportement évangélique que nous pouvons avoir, conformément à ce que dit Jésus aux disciples : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (Mt 5, 16)

Après quinze années de service comme inspecteur des Finances publiques où j’ai pu occuper différentes fonctions (gestionnaire de compte des grandes enreprises, contrôle fiscal, maîtrise d’ouvrage d’applications numériques), j’ai souhaité devenir professeur des écoles. Mon désir était de servir au plus près les besoins intellectuels et émotionnels de personnes dont j’allais avoir la responsabilité continue six heures par jour : des élèves d’école primaire.

Témoigner de sa foi comme inspecteur des Finances publiques pouvait se concrétiser au quotidien dans les relations de bienveillance et de transparence, non seulement à l’égard des collègues mais aussi envers les usagers du service public. La neutralité du service public ne m’autorise pas en effet à verbaliser cette foi.

En changeant de ministère, j’ai voulu me rendre plus utile aux enfants et aux familles, de manière beaucoup plus concrète. L’Ecole est souvent la première institution que les familles vont rencontrer de manière quotidienne, en particulier dans les quartiers de réseau d’éducation prioritaire. Avec une présence permanente à leurs côtés, je représente pour les élèves un exemple modélisant, à la fois pour le raisonnement, mais aussi dans le comportement. Cela m’amène à être exigeant vis-à-vis de moi-même et à me dépasser : la bienveillance est constamment requise et le respect de la parole donnée est impératif pour créer la confiance et le cadre nécessaire aux travaux de la classe dans une ambiance sereine.

Le respect des valeurs de la République et la laïcité dans la classe et dans l’école sont aussi un outil, par le cadre de neutralité qu’il pose et qui permet aux enfants de se contruire et de grandir librement par essai et erreur, à l’abri d’influences extérieures prématurées. Il est important que l’enfant puisse oser penser librement dans un cadre neutre et sécurisant.

Sur le plan philosophique, la raison est importante : elle est l’outil qui permet de s’orienter dans la vie sur les plans techniques et parfois relationnels. C’est ce que nous valorisons dans les classes. La foi permet d’avancer là où la raison se tait ou est impuissante. Sa découverte et sa compréhension peuvent se faire avec les autres et dans les familles qui sont de petites églises.

Témoin silencieux de Jésus-Christ Seigneur et Sauveur, je tente de manifester un comportement qui puisse à la fois faire grandir, aider à devenir libre de juger et de penser et susciter chez les élèves un
vrai souci des autres.

Jean Alvarez, fraternité Émile Romanet

« Comment reconnaître la volonté de Dieu et s’y ajuster… en toute liberté ? »

Durant sa conversion, François, fort de son histoire et de toute la fougue de son tempérament, a découvert progressivement, en se confrontant parfois durement à la réalité, que ses ambitions ne pouvaient satisfaire ses aspirations profondes et lui procurer la vraie joie. Des visions ou des évènements très concrets ont été pour lui des lieux de discernement. Un discernement, non pas immédiat, mais par dévoilements successifs, où Dieu se dit, même dans des erreurs et des échecs apparents.
Fils d’un riche drapier d’Assise, François ne manque pas de talents pour le négoce. Ses qualités et sa joie de vivre en font un camarade apprécié et un compagnon de fête très recherché. Il a tout pour réussir et semble promis à un bel avenir…Mais, alors qu’il rêve secrètement de gloire et d’honneurs militaires, sa participation à la guerre contre Pérouse le conduit tout droit dans les cachots de la cité rivale d’Assise. Un an d’emprisonnement, et une longue maladie vont l’affaiblir au point de creuser en lui un grand vide. Période de désenchantement et d’incertitude sur la direction à donner à sa vie…Le voici qui rêve, à nouveau, de chevalerie, conforté dans ce choix par un songe qui lui promet un futur digne d’un prince. « Inhabile encore à pénétrer les mystères de Dieu et ignorant l’art de passer des apparences visibles aux réalités invisibles, il était persuadé, à son réveil, que cette étrange vision lui assurait pour l’avenir un immense succès. » (LM 1, 3) Toutefois, son expédition prend fin à Spolète, de façon quelque peu inattendue : le Seigneur s’adresse à lui dans son sommeil et lui demande de retourner en son pays « car ta vision était l’anticipation figurée d’un évènement tout spirituel qui s’accomplira non de la façon que l’homme propose, mais selon celle que Dieu dispose. » Au matin, François rebrousse chemin vers Assise « confiant, joyeux et déjà modèle d’obéissance, il attendit la volonté du Seigneur. » (LM 1, 3)
Un autre évènement va bouleverser sa vie : c’est le baiser au lépreux. Alors qu’il chevauche dans la campagne d’Assise, il croise sur sa route un lépreux. D’abord pris de peur et de dégoût, comme il l’était à chaque fois en pareille circonstance, François se reprend, puis saute de cheval, lui offre de l’argent et, allant plus loin, saisit la main du malheureux pour l’embrasser. On oublie un peu vite ce que ce geste porte en lui, à une époque où les lépreux sont bannis de la société, exclus parmi les exclus…Dès lors, François les visite régulièrement, leur distribue des aumônes, séjourne parmi eux et les sert humblement. (LM 1, 6 ; Trois Comp. 11) Il en est transformé et franchit un pas décisif dans sa conversion : « Voici comment le Seigneur me donna, à moi frère François, la grâce de commencer à faire pénitence. Au temps où j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable. Mais le Seigneur me conduisit parmi eux ; je les soignai de tout mon cœur ; et au retour, ce qui m’avait semblé si amer s’était changé pour moi en douceur pour l’esprit et pour le corps. » (Test 1-3)
Temps de conversion, de purification intérieure pour renoncer à tout ce qu’il ambitionnait jusque-là, car François pressent que le Seigneur l’attend « ailleurs »…C’est ainsi qu’il prie devant la croix de Saint-Damien : « Dieu très haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur ; donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité ; donne-moi de sentir et de connaître, afin que je puisse l’accomplir, ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. » Et, poursuit-il dans son Testament : « Ensuite j’attendis peu, et je dis adieu au monde. » (Test 3)
L’Évangile qu’il écoute et médite en son cœur est aussi pour lui un lieu de discernement.
Ainsi, un jour qu’il assiste à la messe, il entend ce passage de Saint Matthieu où Jésus envoie ses disciples en mission : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or, ni argent, ni menue monnaie pour vos ceintures, ni besace pour la route, ni deux tuniques, ni sandales, ni bâton… » (Mt 10, 8-10) François en est transporté de joie et s’écrie : « Voilà ce que je veux, voilà ce que je cherche, ce que, du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir ! » (1 C 22) Sans attendre, il applique l’Évangile à la lettre et se confectionne un habit grossier en forme de croix, en remplaçant sa ceinture par une corde. Peu à peu, son choix de vie se dessine et va orienter son existence et celle de l’Ordre à venir : « La règle de vie des frères est la suivante : vivre dans l’obéissance, dans la chasteté et sans aucun bien qui leur appartienne ; et suivre la doctrine et les traces de notre Seigneur Jésus-Christ qui a dit : Si tu veux être parfait, va et vends tout ce que tu as et donnes-en le prix aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel ; puis viens et suis-moi. Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et me suive. » (1Reg 1-3)
Observer le saint Évangile, cela se traduit par des choix radicaux. Issu du monde marchand, François connait trop bien le pouvoir de l’argent et sa capacité à corrompre l’homme et ses relations. Pour suivre les traces de son Bien-Aimé qui s’est manifesté, non dans la toute-puissance, mais dans la pauvreté et l’humilité, il choisit de n’avoir rien en propre, de se détacher de tous les biens. Il refuse également tout pouvoir sur l’autre, tout esprit de domination, pour être libre d’aimer celui qui est le seul Bien, et, à travers lui, tous les hommes, ses frères. « N’ayons d’autre désir, d’autre volonté, d’autre plaisir et d’autre joie que Notre Créateur, Rédempteur et sauveur, le seul vrai Dieu, qui est le bien plénier, entier, total, vrai et souverain… » (1 Reg, 23, 9)
Se désapproprier de tout, pour se rendre totalement disponible à l’Esprit du Seigneur qui le guide tout au long de son itinéraire spirituel, comme le souligne son Testament : « Après que le Seigneur m’eut donné des frères, personne ne me montra ce que je devais faire, mais le Très-Haut lui-même me révéla que je devais vivre selon le saint Évangile. » (Test 14)
Et lorsque des doutes subsistent sur des choix à poser qui puissent s’ajuster pleinement à la volonté du Seigneur, François n’hésite pas à recourir à des médiations humaines. C’est le cas, lorsqu’il ne sait s’il doit se consacrer à la prière ou à la prédication : « Lui qui recevait des révélations merveilleuses grâce à son esprit de prophétie n’arrivait pas à s’éclairer lui-même pour trancher la question…Chercher par quelle voie, par quel moyen il pourrait plus parfaitement servir Dieu comme lui-même voulait être servi, telle était sa préoccupation constante » (LM. 12, 1-2). Il se tourne alors vers Claire et vers frère Sylvestre et leur demande de prier pour lui faire connaître la volonté de Dieu…
Enfin, quand les dissensions au sein de l’Ordre le conduisent à démissionner de sa charge de ministre, François se retire dans la solitude et traverse des heures sombres. Il lui faut accepter que son Ordre lui échappe. Il lui faut aller encore plus loin dans la désappropriation et le renoncement à sa volonté propre. Il lui faut tout remettre entre les mains du Seigneur… Dans une de ses dernières interviews, Éloi Leclerc le formulait de la sorte : « Il arrive un moment dans la vie spirituelle où Dieu nous demande de nous déposséder de ce qui nous tient à cœur, de cette mission qu’il nous avait confiée, de cette œuvre que nous avons accomplie, à laquelle nous nous sommes totalement donnés. Il nous faut lâcher prise. Renoncer à notre œuvre pour devenir l’œuvre de Dieu. » (Croire, 6 août 2015)
Toute l’existence de François aura donc été orientée vers cette recherche de la volonté divine afin de l’accomplir pleinement : « Dieu tout puissant, éternel, juste et bon, par nous-mêmes, nous ne sommes que pauvreté ; mais toi, à cause de toi-même, donne-nous de faire ce que nous savons que tu veux, et de vouloir toujours ce qui te plaît ; ainsi, nous deviendrons capables, intérieurement purifiés, illuminés et embrasés par le feu du Saint-Esprit, de suivre les traces de ton Fils, notre Seigneur Jésus-Christ, et, par ta seule grâce, de parvenir jusqu’à toi, Très-Haut, qui, en Trinité parfaite et très simple Unité, vis et règnes et reçois toute gloire, Dieu tout puissant dans tous les siècles des siècles. Amen. » (Oraison de la Lettre à tout l’Ordre)

P. Clamens-Zalay

Le LIVRE aux 7 SCEAUX, l’ AGNEAU et son CULTE (ch. 5)

  • Il s’agit manifestement du livre de la Torah
  • Se trouve « dans la main droite » de Dieu = L’Ecriture traduit sa Parole, sa pensée et sa volonté.
  • Personne n’en a la clé ! = le sens plénier de l’Ecriture échappe encore jusqu’ici aux juifs (« ils la lisent avec un bandeau sur les yeux… » dit Paul 2 C 3, 15 – « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant lorsqu’il nous ouvrait les Ecritures ? » disent les disciples d’Emmaüs : Lc 24, 32).
  • Si ! Quelqu’un en a la clé, dit un « ancien », c’est le Messie, appelé aussi par la tradition « lion de Juda » (Gn. 49, 9) et « rejeton de David » (1S. 11, 1). Et quel est ce Messie qui va paraître ? Un agneau égorgé…!
  • 7 cornes, 7 yeux… = la totalité de la puissance, et la totalité de l’Esprit Saint.
  • au milieu des 24 anciens et des 4 animaux = au centre de l’histoire humaine du Salut et au centre de la création.
  • Pourquoi désigne-t-on maintenant comme un « Agneau égorgé« , le Messie désigné auparavant comme « Fils d’homme » ?

1- Jésus était le « Serviteur souffrant » d’Is.53, 7, représenté sous les traits d’un agneau que l’on va égorger.
2- Il était aussi 1′ »agneau pascal » d’Ex.12, 3, et tous 2 par leur immolation ont assuré le salut du peuple élu.
3- Il est enfin l’Agneau royal et glorieux, doté de cornes symbolisant la puissance du Messie, selon une tradition.
Ainsi le Christ-Agneau, non seulement accomplit l’Ecriture, mais égorgé garde là-haut éternellement les cicatrices de sa Passion, témoignant ainsi (contre les gnostiques) de tout le sérieux et le poids de l’Incarnation. Le retour en gloire du Christ ne gomme pas le sacrifice, le glorifié reste à jamais le crucifié, et c’est à ce titre qu’il peut chaque jour rendre présent son « sacrifice » dans nos Eucharisties.

  • les 4 animaux et les 24 anciens font les mêmes gestes d’adoration envers 1’Agneau que plus haut envers Dieu, et lui décernent les mêmes titres de louange qu’à Dieu : « puissance, honneur et gloire »,
  • Ce n’est plus une louange pour la Création, mais pour la Rédemption. Et on souligne sa portée universelle (« toutes tribus… »). Son efficacité : elle fait de tous les chrétiens des « prêtres et des rois ». Enfin sa modalité sacrificielle : elle fut acquise « par son sang ».
  • Cette louange à 1’Agneau est proclamée par la création tout entière, les hommes et les animaux. Comme pour Dieu.

Fr Joseph

Prière de juin

Mon Dieu, sois loué de me donner confiance en toi dans ce que m’offre l’avenir, dans le bon choix qui est toujours celui où tu es, et si tu n’es dans aucun c’est qu’il faut attendre et chercher ta présence dont le jour au jour livre le récit.

Mon Dieu, sois loué de me donner confiance en toi dans ce que le passé m’a offert, dans les épreuves où tu m’as éduqué, dans les mauvais choix où tu n’étais pas qui m’ont appris à reconnaître et à désirer ta présence dont la nuit à la nuit donne connaissance.

Mon Dieu, sois loué de me donner foi et obéissance dans le présent où tout arrive sur la terre, aux limites du monde où paraît le message et la nouvelle de ta présence.

Un livre vert…

L’intelligence des plantes, Stefano Mancuso et Alessandra Viola, édition livre de poche, 256 pages, 8,40€
En savoir plus 👉 c’est ici

Biologiste de formation et botaniste de vocation plus tardive, Stefano Mancuso est le fondateur de la « neurobiologie végétale » et sa figure de proue depuis la publication en 2013 de « L’Intelligence des plantes » écrit avec l’aide de la vulgarisatrice Alessandra Viola. Son best-seller traduit en vingt-et-une langues reçut de nombreux prix, comme son auteur pour ses travaux audacieux qui en font le héraut de la révolte des plantes, réputées dépourvues de conscience et de sensibilité, contre la cruelle vanité esclavagiste de l’homme. Son combat est donc jumeau du combat animaliste en ce qu’il prône une idéologie où tous les ordres du vivant sont équivalents. Il est utile de lire ce livre pour mieux comprendre ce phénomène de vogue typique de notre époque où la mort de Dieu étant acquise, chacun s’évertue à l’enterrer plus profondément en l’effaçant de sa Création, ce qui suppose de rabaisser celui qui, étant fait à son image, en porte obstinément le témoignage : l’homme. Le plus tristement amusant dans cette tentative, c’est que la négation de Dieu paraisse un critère scientifique suffisant pour dispenser un Mancuso, par exemple, de s’assurer de sa méthodologie, et plus grave encore de la maîtrise des concepts philosophiques de base, si ce n’est de la pure logique trop souvent prise en défaut dans son livre. Par exemple : les plantes font des choix, c’est donc qu’elles sont intelligentes ; la preuve, elles font des choix ! Comme Mancuso prête de l’intelligence même aux amibes, on en vient parfois à souhaiter qu’elles le remboursent.

Le monde végétal, bien qu’il représente 99,7 % de la biomasse, est bien peu considéré par l’homme qui n’entre pourtant que pour une toute petite partie des maigres 0,3 % restant au monde animal. L’ingrat ne connaît que 5 à 10 % des végétaux dont il retire pourtant son pain, son vin, ses parfums, ses médicaments, ses matériaux de construction… et même ses énergies dites « fossiles » (de végétaux, rappelons-le). Stefano Mancuso y voit une injustice dont il se fait le pourfendeur, armé d’observations scientifiques qu’on espère mieux fondées que sa philosophie. Pour résumer grossièrement l’argument de départ, cette écrasante supériorité quantitative et la plus grande ancienneté du moindre brin d’herbe justifierait plus d’humilité (s’il est permis) de la part d’un homo sapiens ultra-minoritaire né de la dernière averse. Les critères du nombre et l’ancienneté appartiennent à un registre suffisamment puéril pour qu’on ne prenne pas la peine d’en relever l’insuffisance démonstrative ni l’idéologie douteuse. Quant à la dénonciation de l’exploitation dont les plantes sont victimes, c’est simplement oublier que le blé n’est pas boulanger, la vigne vigneronne, l’arbre charpentier, etc. et que Mancuso peut écrire un livre sur la pomme de terre mais jamais, et bien que ce soit infiniment regrettable, pomme de terre n’en écrira un sur Mancuso. À part ce qui semble être sa grande découverte — l’apex, ou extrémité sensible et « intelligente » de la racine — on n’apprend malheureusement pas grand-chose de plus que ce que l’on aura découvert en cours de sciences naturelles. Quoi ? Que le règne végétal est immobile, modulaire, c’est-à-dire qu’il est tout entier dans chacune de ses parties, tandis que la stratégie du règne animal est la mobilité afin de préserver une intégrité des organes qui est condition de survie. Et Mancuso de démontrer que le végétal accomplit exactement les mêmes fonctions que l’animal, dont l’homme, mais en mieux que lui (sauf que ce dernier ne s’en aperçoit guère parce que la temporalité végétale est beaucoup plus lente et décomposée). La plante est en outre dotée par le savant des mêmes sens, vue, ouïe, toucher, odorat, goût, malgré l’absence d’organe correspondant et de système nerveux central, plus une quinzaine d’autres d’une finesse interdite à nos grossières natures. Tout cela concourt à une puissante faculté de relation et de communication entre plantes et avec les animaux qu’elles savent utiliser pour leurs besoins, et prouve donc l’existence d’une intelligence végétale que Mancuso n’hésite pas à associer à l’intelligence artificielle, à un immense réseau Internet, à un futur dialogue avec les extraterrestres…

On espère que la science progresse dans la connaissance du monde végétal mis en danger par l’homme et pourtant vital à plus d’un titre pour lui comme c’est le mérite de ce livre de rappeler une telle évidence. Qu’il faille prendre plus de soin de la nature et s’en inspirer davantage en est une autre qu’il n’est nul besoin de fonder sur l’équivalence de l’homme avec ce qui permet sa subsistance. Une telle idéologie, sous couvert de réduire les particularités humaines à des caractéristiques partagées par tout le vivant, pratique en réalité un anthropocentrisme outrancier qui, s’ignorant lui-même, nuit considérablement à la recherche scientifique et n’encourage que le charlatanisme dont ce livre n’est pas loin de faire la publicité.

Jean Chavot

événements de juin

Quand  👉.Dimanche 16 juin de 9h à 17h
Où 👉 Au couvent Saint-François, 7 Rue Marie Rose, 75014 Paris


Quand 👉 Du 13 au 21 juillet 2024
Thème 👉 Avec Bonaventure, jusqu’en Dieu
Animateurs 👉 Brigitte Gobbé, séculière franciscaine et psychologue, Fr. Frédéric-Marie Le Méhauté, OFM, Fr. Éric Moisdon, OFM
Où 👉 Les Grottes de Saint Antoine à Brive la Gaillarde
41 rue Michelet ,19100 Brive la Gaillarde
Contact 👉 C’est par ici


Quand  👉 du 21 au 28 juillet 2024
Thème 👉 C’est le Christ qui vit en moi
Intervenants 👉 Sylvie Badets, ofs, Frère David Vern, ofm
Où 👉 Les Grottes de Saint Antoine à Brive la Gaillarde
41 rue Michelet ,19100 Brive la Gaillarde
Contact 👉 vacancesfamillesbrive@orange.fr
Télécharger le tract 👉 C’est ici


Une semaine de vacances dans le massif des Ecrins.
Au programme : Randos, jeux, vie fraternelle, prière, chants.

Quand  👉 du 21 au 28 juillet 2024
Où 👉 dans le parc des Ecrins, Serre Chevalier, Le Monêtier les Bains, le Casset, rue du Canal.
inscription 👉 cecile.burillon@yahoo.fr
Pour plus de renseignement sur le Chalet 👉 télécharger le tract


Découvrir et raviver des trésors du répertoire franciscain que vous soyez débutant ou choriste confirmé.

Quand  👉 du 21 au 28 juillet 2024
Où 👉 Maison des sœurs de Saint François d’Assise à Rodez,
4 rue Peyrot 12000 Rodez.
Contact 👉 mb.schindler67@gmail.com
Télécharger le tract 👉 C’est ici

Edito de Juin

Les enjeux olympiques

Paris s’est fait une beauté pour accueillir les épreuves des jeux olympiques dans des instal-lations qui tarderaient encore à voir le jour s’il n’avait pas fallu recevoir les seize millions de visi-teurs et les dix mille cinq cents sportifs attendus. Ils pourront circuler dans des transports publics renchéris mais améliorés pour l’occasion, après quoi athlètes et journalistes réintégreront leurs logements miraculeusement sortis de terre dans une Île de France aux un million trois cent mille mal-logés — ou dans les chambres d’étudiants dont ceux-ci auront été chassés pour la bonne cause — sans que leurs promenades touristiques soient troublées par le spectacle des campe-ments, squats, familles à la rue, migrants, SDF, mendiants… préalablement évacués au cours d’une véritable opération d’épuration sociale. Allons, pas d’états d’âme : il y allait de « l’image de la France ! » que la misère ne gâche pas la fête. Mais que fêtons-nous, au juste : la paix et l’amitié universelles, vraiment ? Ou bien, comme l’affiche la mairie de Paris : ne fêtons-nous pas simple-ment « les jeux » dans une tautologie révélatrice d’un aveuglement sur l’état du monde ?

Les olympiades antiques célébraient, en l’honneur de Zeus, la trêve entre les cités grecques ; les nôtres sont fermées à des pays et accueillantes pour d’autres aux gouvernements pas moins critiquables, selon des critères contestés par beaucoup de nations. L’attribution de leur organisation à telle ou telle, régulièrement entachée de corruption, revient peu ou prou toujours aux mêmes qui en accaparent en outre les médailles, beaucoup d’autres s’en trouvant écartées par l’exigence d’un luxe toujours plus pharaonique et d’un professionnalisme hyper-technologisé et sur-médicalisé des athlètes. Leurs populations faire-valoir en sont réduites à rembourrer l’épais matelas de droits de diffusion, de publicité et de produits dérivés. Voilà de quoi douter de l’affichage d’universalisme et de désintéressement politique et financier de l’olympisme, et de quoi nourrir au contraire le soupçon qu’il affirme la domination des pays riches et de leur « culture », autrement dit celle d’un capitalisme occidental célébrant son triomphe planétaire. Le sport, raison d’être des jeux, finirait par ne sembler que prétexte à cette démonstration de puissance. Mais de quel sport parlons-nous ? Celui que l’on pratique partout de toute antiquité, exercices et jeux grandement bé-néfiques à l’éducation et à l’équilibre du corps et de l’esprit ; ou celui que l’on regarde, grandement rentable pour les gros clubs, les diffuseurs et la gloriole des chefs d’État en place, dont la finalité est l’or, la performance et la victoire à tout prix. Né en même temps que le capitalisme industriel anglo-saxon, il porte la marque de l’élitisme, du colonialisme, de l’âpreté au gain de ceux qui le codifièrent à leur mesure. Cette hérédité se manifeste aujourd’hui au grand jour dans le sport-spectacle devenu industrie, en particulier par le phénomène d’idolâtrie qu’il induit dans les popula-tions subjuguées par des « stars », lesquelles ne se préoccupent pourtant que de leurs tendons, de leurs muscles, de leurs carrières objectivement et parfaitement inutiles au prochain à qui elles prétendent servir de modèles, cependant que les involutions de nos sociétés organisées corps et âme autour du profit — éloignement des bienfaits naturels, sédentarité due au travail et à l’intoxication numérique, délitement du lien social — rendent plus nécessaire que jamais une saine pratique sportive telle que la décrivait Pie XII le 29 juillet 1945 : « Le sport bien compris est une oc-cupation de l’homme tout entier : tandis qu’il perfectionne le corps en tant qu’instrument de l’esprit, il transforme également l’esprit en un instrument plus affiné pour la recherche et pour la transmission de la vérité. Il aide l’homme à réaliser le but auquel doivent être subordonnés tous les autres et qui est le service et les louanges de son Créateur. »

Loin de cet idéal comme de l’amour du prochain, le sport-spectacle excite et incite des populations en mal de repères à se prosterner devant un veau d’or maquillé en pousse-ballon. « Plus vite, plus haut, plus fort » ; à quoi bon si l’on ne sait pas vers quoi et que l’on ne s’en soucie guère ?

Le comité de rédaction

INTERVIEW RÉALISÉE AUPRÈS DE NOS SŒURS FMM DE CLICHY- SOUS-BOIS (3ÈME PARTIE)

Soeur Jolanta

Pour commencer, pourrais-tu, Jolanta, te présenter et nous présenter ton parcours ?
Comme mon nom l’indique, je suis polonaise. J’ai grandi dans une famille chrétienne, où le Seigneur m’a appelée, alors que je faisais des études d’infirmière. J’ai entendu dans mon cœur les paroles du psaume 45 : « Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père. » Ces paroles, je les ai reçues pour moi, comme une invitation de la part du Seigneur. Cet appel était tellement fort que j’ai terminé mes études, et que, tout de suite après, je suis entrée chez les Franciscaines Missionnaires de Marie, que j’ai appris à connaitre tandis que je cherchais ma vocation. J’ai fait une partie de ma formation initiale en Pologne, et, par la suite, j’ai été envoyée en France…En France, où j’ai d’abord appris la langue, car je ne connaissais que quelques mots, où j’ai appris à connaître ce beau pays, mais aussi l’Église de France qui était bien différente, à l’époque, de celle de mon pays.
J’ai suivi une formation théologique à Lyon, et c’est là que j’ai fait mes premiers pas d’inculturation. Plus tard, j’ai été envoyée dans différentes communautés, en région parisienne, à Lille, à Marseille, puis de nouveau en région parisienne, à Clichy-sous-Bois où je vis actuellement.

Comment définirais-tu ta mission à l’aumônerie de l’hôpital de Montfermeil ?
L’aumônerie à l’hôpital est une mission d’Église, confiée par l’évêque. Comme pour les aumôneries dans l’armée ou dans les prisons, cette mission est encadrée par la loi de 1905. Dans ces trois lieux, l’État s’engage à permettre aux personnes de pratiquer leur religion, l’aumônerie n’étant pas réservée à l’Église catholique, et les aumôniers sont salariés par l’État. Ainsi, je suis à la fois salariée de l’hôpital et missionnée par l’Église. L’hôpital ne peut pas m’engager comme « ministre du culte » – puisque c’est mon titre exact – sans la lettre de l’évêque. Cette lettre de mission, comme le contrat avec l’hôpital, est à durée indéterminée.
Je suis salariée de l’hôpital de Montfermeil à 60 %, je fais partie à part entière du personnel, mais avec ce statut un peu à part. J’ai une petite équipe de bénévoles dont je suis responsable, je ne vis donc pas cette mission toute seule, mais avec d’autres.

Avec les bénévoles de l’aumônerie, avez-vous des réunions pour reprendre ensemble ce que vous vivez ?
Il y a des rencontres régulières des aumôniers au niveau diocésain de la Pastorale de la santé, et il y a les rencontres de l’équipe. Avec cette particularité d’avoir 2 équipes : l’une pour l’aumônerie de l’hôpital, l’autre pour l’EHPAD et le service des soins palliatifs. Nous avons une fois par semaine une célébration de la Parole pour les personnes qui sont en long séjour. C’est très beau de sentir la joie de se retrouver pour prier ensemble. Certaines personnes sont vraiment seules, elles trouvent un réconfort en participant au partage de la Parole…

Comment vis-tu cette mission ?
Cette mission rejoint ce que je porte en moi depuis très longtemps : cet attrait pour le monde médical… Je suis infirmière de profession, mais, en arrivant en France, je ne pouvais pas exercer mon métier. Donc ce fut une joie pour moi de rejoindre le monde médical, d’être présente, d’une autre manière, auprès des malades, des personnes souffrantes, avec cette étiquette de l’Évangile que je porte dans mon cœur. Cela fait très longtemps que je vis cette mission, dans différentes structures.
C’est tout d’abord une présence d’Église auprès des patients, et auprès des personnels soignants. Etre témoin de la présence du Christ dans ce lieu qu’est l’hôpital. Je pense très souvent à la parole de Paul Claudel : « Jésus n’est pas venu supprimer la souffrance, il est venu la remplir par sa présence »… C’est ce qui m’anime et ce que je vis au quotidien. Aller à la rencontre des personnes qui, pour la plupart, n’ont pas demandé ma présence ; certaines formulent explicitement leur demande, d’autres non, mais je vais à la rencontre de tous.

Cela veut dire que tu passes dans toutes les chambres et que tu demandes aux personnes si elles veulent te rencontrer ? Je croyais que c’était uniquement sur demande…
C’est d’abord à la demande, mais cela m’arrive de passer et de me présenter, tout simplement. J’explique qui je suis, en laissant la liberté à la personne de m’accueillir… ou pas. Pour la plupart, les patients de cet hôpital ne sont pas catholiques ; cependant, ils peuvent être contents de rencontrer quelqu’un. Parfois, la personne a envie tout simplement de parler, de partager, et même de dire sa foi. Je pense à l’une d’elles qui m’a déclaré : « Oh, je ne suis pas vraiment une cliente pour vous…parce que je suis juive. » Mais en disant cela, elle m’accueillait et nous avons pu avoir une belle conversation, surtout en cette période de conflit où, pas très loin d’ici, les Juifs se sentent un peu mis à l’écart. Elle s’est présentée avec une certaine appréhension, j’entendais en arrière-plan cette question « est-ce que je vais être accueillie ? »… Donc il y a des rencontres avec des croyants d’autres religions. Mais il y a aussi ceux qui ne le souhaitent pas. Ce n’est pas toujours facile d’accepter les refus, mais c’est important de respecter la liberté de chacun. J’apprends à le vivre dans la simplicité et l’humilité franciscaines.

T’arrive-t-il d’être confrontée, parfois, à une question comme celle de l’euthanasie ?
Je n’ai pas été confrontée ouvertement à cette question récemment. Ce à quoi je suis souvent confrontée, surtout dans le service d’oncologie, c’est à la souffrance qui fait que la personne désire la mort, qu’elle exprime son désir de mourir. C’est aussi le cas à la maison de retraite où les personnes âgées, qui sont diminuées physiquement ou dans leurs facultés, disent : « Qu’est-ce que je fais là ? Ma vie n’a plus de sens. Le Seigneur m’a oublié… »
Cette question de la mort est donc présente, mais les personnes qui demandent l’euthanasie ne s’en ouvrent pas à moi directement. Ce qui est important, c’est de permettre à l’autre d’exprimer son désir de mourir. Je suis convaincue que c’est aussi notre rôle de pouvoir dire à la personne qu’elle a le droit de le désirer, et même de le dire dans sa prière, car le Seigneur peut tout entendre. Dire son désir, sa colère, sa souffrance, sa révolte…ce qui ne signifie pas passer à l’acte. Donc, la question de la mort est présente, oui, mais pas au sens des débats sur l’euthanasie… parfois, aussi, les soignants expriment leur inquiétude…

Dans le cadre de cette mission, peux-tu nous faire part de certaines de tes joies et de tes difficultés ?
Il y a beaucoup de joies…les plus fréquentes, ce sont toutes les fois où je peux porter la communion, avoir un temps de prière et d’accompagnement, soit avec la personne, soit avec sa famille. En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, je pense à un monsieur, protestant, auprès de qui j’ai été appelée par la psychologue du service, à la demande de la famille. Je me suis présentée et j’ai appris que ce monsieur était pasteur…je me suis senti toute petite…Il n’était plus conscient, mais je suis rentrée très facilement en dialogue avec son épouse et sa fille qui étaient présentes. C’était un beau moment d’échange. Nous avons prié ensemble ; sa femme m’a dit que c’était important, pour elle, comme pour lui, d’avoir quelqu’un d’Église, au sens large du terme : l’Église de Jésus-Christ.
Cela a été une grande joie pour moi, d’ailleurs je suis restée en contact avec sa famille et j’ai des nouvelles régulièrement.
Une autre joie : celle de pouvoir mettre en place une célébration de mariage en soins palliatifs…C’était très émouvant…ce couple vivait ensemble depuis plusieurs années et n’avait jamais pris la décision de se marier, et là… le désir a resurgi. Ce mariage a donc eu lieu dans ce service des soins palliatifs ; la dame est décédée une semaine après. Le diacre qui a célébré le mariage m’a dit : « Je n’ai jamais vu autant de gens pleurer et se réjouir à la fois le jour d’un mariage.» C’était vraiment une joie de pouvoir vivre cela en Église…
Joie, enfin, de voir certaines personnes s’ouvrir à la parole de Dieu, à la rencontre avec le Christ, malgré la souffrance. C’est très beau de pouvoir toucher, à chaque fois, quelque chose de ce mystère de la présence de Dieu dans le cœur d’une personne.
Les difficultés…ne pas pouvoir rejoindre tout le monde, tous ceux qui attendent peut-être…se confronter au refus de la rencontre, au refus de Dieu, aux personnes qui s’enferment dans la souffrance. C’est là que, personnellement, je me sens invitée à contempler l’humilité de Dieu qui permet ce refus, qui respecte la liberté de l’autre, jusqu’au bout. Dieu qui se propose, mais qui ne s’impose pas. Tout cela me fait grandir dans la foi.

Propos recueillis par Pascale Clamens-Zalay, le 21 janvier 2024