Archives de catégorie : Partage

Partage de février

La terre nouvelle (M.L. King)

Je fais le rêve qu’un jour la haine s’évanouira entre le père et le fils.
L’amour les réunira à la même table, un même vin coulant dans leurs verres. Ils se frapperont sur l’épaule et deux grands rires confon¬dus me diront qu’enfin ils se comprennent.

Je fais le rêve qu’un jour des hommes sortiront de leurs maisons les mains pleines d’argent et de possessions égoïstement amassées et qu’une fois encore, pour tous ceux qui n’ont rien, le pain sera multiplié.
J’attends le jour où l’homme ne profitera plus de l’homme ; les marchés d’esclaves disparaissant chez le blanc, le jaune et le noir ; la femme cessant d’être un objet pour devenir l’épouse et la mère ; l’ouvrier n’ayant plus peur de son employeur, parce qu’une justice règlera leur rapport ; le bien portant donnant la main à l’handicapé, et l’handicapé ayant une place au milieu de nous.

Je fais le rêve qu’un jour des soldats, laissant tomber leurs armes, courront embrasser ceux d’en face.

Je rêve de ce soir où le vieillard pourra s’endormir calmement au milieu de ses enfants, sans se sentir en trop ou en plus, retissant des liens entre ceux qui n’ont plus la patience de s’écouter, redonnant à des êtres bousculés, traqués par le travail la valeur du temps perdu et le goût du silence.

Je rêve encore que l’homme soit heureux d’être homme, faisant brûler ses masques, ses bassesses, sa gloriole trop fade ;
qu’il soit content d’être à sa place ; que jamais je ne le retrouve parvenu irresponsable, froufroutant dans quelques hiérarchie.

Je rêve enfin de gens heureux, qui auront mis l’amour avant toutes choses.

Partage de Janvier

La Vierge Marie est penchée au bord
De son cœur profond comme une fontaine
Et joint ses deux mains pour garder plus fort
Le ciel jaillissant dont elle est trop pleine

La Vierge Marie a fermé les yeux
Et voilé son cœur de ses deux paupières
Pour ne plus rien voir, pour mieux entendre
Un souffle qui fait trembler ses prières…

Un Ange a parlé tout bas dans la chambre
Toi seule, ô Marie, entends ce qu’il dit,
Toi seule dans l’ombre et le Paradis.
Il a semé Dieu tout grand dans tes membres.

Je ne l’ai pas vu. Mais en s’en allant
-J’étais sur le pas ému de la porte-
Il a laissé choir dans mon cœur tremblant
Un grain murmurant du Verbe qu’il porte.

Il a fait tomber à la place en moi
La plus ignorée et la plus profonde
Un mot où palpite on ne sait pas quoi,
Un mot dans mon sein pour le mettre au monde.

Ah ! comment un mot sortira-t-il bien
De moi que voilà qui suis peu savante ?
Mais le Saint-Esprit -je suis sa servante-
S’Il veut qu’il me naisse y mettra du sien.

Il y a dans toi, Vierge un petit Roi
Ton petit enfant, un Dieu ! Trois ensemble !
Et nul ne s’en doute. Il y a dans moi
Un petit oiseau dont le duvet tremble.

Marie-Noël

Faire l’Église du Christ

« Nous aimons notre Église avec ses limites et ses richesses, c’est notre Mère. C’est pourquoi nous La respectons, tout en rêvant qu’Elle soit toujours belle.
Une Église où il fait bon vivre, où l’on peut respirer, dire ce que l’on pense. Une Église de liberté.
Une Église qui écoute avant de parler, qui accueille au lieu de juger, qui pardonne sans vouloir condamner, qui annonce plutôt que de dénoncer.
Une Église de Miséricorde.
Une Église où le plus simple des frères comprendra ce que l’autre dira, où le plus savant des chefs saura qu’il ne sait pas, où tout le peuple manifestera.
Une Église de sagesse.
Une Église où l’Esprit-Saint pourra s’inviter parce que tout n’aura pas été prévu, réglé et décidé à l’avance.
Une Église ouverte.
Une Église où l’audace de faire du neuf sera plus forte que l’habitude de faire comme avant.
Une Église où chacun pourra prier dans sa langue, s’exprimer dans sa culture, et exister avec son histoire.
Une Église dont le peuple dira non pas « voyez comme ils sont organisés », mais « voyez comme ils s’aiment ».
Église de nos villages, Église des banlieues, des rues et des cités, Tu es encore petite, mais Tu avances. Tu es encore fragile, mais Tu espères. Lève la tête et regarde : le Seigneur est avec Toi ».

Mgr. Guy Deroubaix
Ancien évêque de la Seine Saint-Denis

Message sur le Bonheur…

« Vous pouvez avoir des défauts, être anxieux et même être en colère, mais n’oubliez pas que votre vie est la plus grande entreprise du monde. Vous seul pouvez l’empêcher d’échouer. Vous êtes apprécié, admiré et aimé par tant de gens. Rappelez-vous qu’être heureux ce n’est pas avoir un ciel sans orage, une route sans accident, un travail sans effort, une relation sans déceptions.
« Être heureux signifie trouver la force dans le pardon, l’espoir dans les batailles, la sécurité dans la peur, l’amour dans la discorde. Ce n’est pas seulement pour profiter du sourire, mais aussi pour réfléchir à la tristesse. Il ne s’agit pas seulement de célébrer le succès, mais d’apprendre des échecs. Il ne s’agit pas seulement de se sentir heureux avec des applaudissements, c’est d’être heureux en anonyme. Être heureux n’est pas une fatalité du destin, mais un exploit pour ceux qui peuvent voyager en eux-mêmes.
« Être heureux, c’est arrêter de se sentir victime et devenir l’auteur de son propre destin.  » C’est marcher à travers les déserts, mais être capable de trouver une oasis au fond de l’âme. C’est remercier Dieu chaque matin pour le miracle de la vie. Être heureux, c’est ne pas avoir peur de ses sentiments et pouvoir parler de soi. Ayez le courage d’entendre un « non » et de trouver confiance dans la critique, même quand c’est injustifié. C’est embrasser ses enfants, câliner ses parents, passer des moments poétiques avec ses amis, même quand ils nous font du mal.
« Être heureux, c’est laisser vivre la créature qui vit en chacun de nous, libre, joyeuse et simple. Vous avez la maturité de pouvoir dire :  » j’ai fait des erreurs ». C’est avoir le courage de dire que je suis désolé. C’est avoir le sens de dire « j’ai besoin de toi ». C’est avoir la capacité de dire « je t’aime ». Que votre vie devienne un jardin d’opportunités de bonheur… qu’au printemps il soit un amoureux de la joie et en hiver un amoureux de la sagesse.
« Et quand vous faites une erreur, recommencez à zéro. Parce que seulement alors tu seras amoureux de la vie. Vous découvrirez qu’être heureux ce n’est pas avoir une vie parfaite. Mais utiliser les larmes pour irriguer la tolérance. Utilisez vos défaites pour entraîner votre patience.
« Utilisez vos erreurs avec la sérénité du sculpteur. Utilisez la douleur pour vous connecter au plaisir. Utilisez les obstacles pour ouvrir les fenêtres de l’intelligence. Ne jamais abandonner… Surtout n’abandonne jamais les gens qui t’aiment. N’abandonnez jamais d’être heureux, car la vie est un spectacle incroyable. « .

En quoi la pratique de l’art nous élève-t-elle ?

Lorsque frère Joseph m’a demandé en quoi la pratique de l’art m’élevait, la question tombait comme une coïncidence. En effet la veille, je partageais mon parcours avec un artiste qui venait d’intégrer le Groupement Intensité dont je fais partie. A la fin de la conversation, il conclut : « la pratique de l’art a vraiment contribué à t’élever ». Comment en est-il arrivé là ? Par une suite d’exemples, dont je n’avais pas réellement conscience, et qui montraient que je m’étais ouverte aux autres. Contrairement au stéréotype qui veut que l’artiste soit un être égocentrique et enfermé dans son atelier, pour progresser dans ma pratique, j’ai dû, petit à petit, sortir de ma tanière et m’intéresser au monde qui m’entoure.

Le désir de créer m’est tombée dessus, une nuit alors que j’étais adolescente. A partir de ce moment, créer était devenu vital. Créer me donnait le sentiment d’exister. J’étais plus à l’écoute des ressentis et j’ai commencé à regarder les choses différemment. Je cherchais l’inspiration et je l’ai trouvée partout autour de moi. Pratiquer l’art m’a ancrée dans la réalité et d’un coup tout est devenu intéressant. Le monde qui m’entourait, loin d’être insipide ou laid, s’est révélé passionnant : une œuvre à part entière, véritable source d’inspiration.
Après une première période d’euphorie créative, un manque s’est fait sentir. Dessins, peintures, expériences, s’entassaient et tombaient aussitôt dans l’oubli. Tout ce que je vivais, seule avec moi-même semblait incomplet. Il manquait l’autre. Ainsi après avoir appris à ouvrir les yeux, j’allais apprendre à partager.

Lors de mon premier vernissage, ma mère est venue. Personne d’autre. Probablement parce-que je n’avais invitée qu’elle. Lorsque des inconnus me demandaient si j’étais l’artiste, je ne savais même plus mon nom, et de toute façon je n’avais pas trop envie de leur parler puisque je ne les connaissais pas. Partager ce n’est pas seulement montrer ce qu’on fait, c’est prendre soin de l’autre, s’intéresser à lui, l’inviter, créer un lien.
L’art est une leçon de vie. Il m’a appris énormément de choses mais pour ma part ce sont vraiment ces deux points _ ouvrir les yeux et partager_ qui m’ont élevée.

A mon tour j’ai posé la question aux personnes que j’ai rencontrées en expo (un bon moyen d’engager la conversation) et aux lecteurs de mon infolettre.

Les points qui sont le plus souvent revenus sont :
• L’ouverture aux autres et à l’espace.
• L’apprentissage de l’humilité, la quête et la recherche permanente. Le besoin de prendre du recul.
• Amélioration de notre bien-être.
• Voir la réalité avec d’autres lunettes et apprendre à apprécier les différences de points de vue.

Un petit rusé m’a aussi envoyé la réponse de Chat GPT, l’IA qui fait la une de l’actualité depuis quelques temps. Elle a répertorié six points qui forment un résumé bien complet. Je laisse les plus curieux aller lui poser la question. Pour les autres, voici sa conclusion :
« Dans l’ensemble, la pratique de l’art peut vous élever en vous permettant de vous exprimer, de développer votre créativité, d’améliorer votre perception, d’explorer de nouvelles idées, de trouver un bien-être émotionnel, et de stimuler votre réflexion et votre remise en question. C’est une expérience enrichissante qui peut contribuer à votre épanouissement personnel et à votre croissance intellectuelle et émotionnelle. » (Chat GPT)
Et vous, en quoi l’art vous élève-t-il ?

Merci à Frère Joseph, Marianne Martinez, Brigitte Loriers, Françoise Salmon et Philippe Sauvan-Magnet pour leurs contributions à cet article.

Laura Loriers alias Le Graveur Fou
Auteur des Péripéties d’une artiste au XXIe siècle.
www.legraveurfou.com

Le père Éric de Rosny, tel que je l’ai connu

Vous trouverez dans la rubrique « culture – deux livres » une présentation d’un passionnant recueil d’articles d’Éric de Rosny : « Cultures et guérisons »

Je m’appelle Pierre-Thierry EMALIEU. Je suis religieux camerounais, membre de la Congrégation des Missionnaires Xavériens. Le père jésuite Éric de Rosny, à propos duquel je fais ce témoignage, a surtout vécu, pendant son séjour Camerounais, à Douala, ville où j’ai grandi. Outre la direction d’un collège (le collège Libermann) qui a formé une frange importante de l’élite intellectuelle camerounaise, les Jésuites y animent un centre spirituel, une paroisse, et l’aumônerie des prisons.
Le père de Rosny a été professeur au collège Libermann. Quand j’étais au lycée, il partageait la vie de la communauté jésuite du Centre spirituel de Bonamoussadi. A Douala, et dans d’autres régions du Cameroun, il était bien connu en raison de sa manière atypique d’habiter le ministère presbytéral. En effet, le prêtre catholique français qu’il était, avait vécu l’itinéraire initiatique proposé, dans la culture du peuple douala, à ceux qui se destinent à devenir « nganga », c’est-à-dire prêtres et guérisseurs traditionnels. Dans un contexte où, en dépit des travaux des théologiens africains qui posaient les jalons d’une inculturation du christianisme en Afrique, la pastorale ordinaire des diocèses désormais dirigés par des évêques africains avait tendance à s’inscrire dans une logique d’affrontement vis-à-vis des religions traditionnelles, son attitude bienveillante à l’égard de celles-ci suscitait des interrogations et des réactions contrastées. En effet, des chrétiens convaincus de ce que l’assomption de la foi chrétienne devait être articulée aux éléments lumineux des cultures africaines, trouvaient en lui un repère ; ceux qui prétendaient avoir radicalement rompu avec le « monde des ancêtres » le critiquaient virulemment ; les adeptes des religions traditionnelles saluaient en lui le prêtre qui avait reconnu et accueilli avec respect les richesses de celles-ci. Son bureau du Centre spirituel de Bonamoussadi était fréquenté par de nombreuses personnes désireuses d’être accompagnées, dans leur quête de guérison et de sens, par celui que l’on appelait affectueusement le « prêtre-guérisseur ».
J’eus l’occasion de le rencontrer personnellement à Yaoundé, au cours de mon premier cycle de théologie. La communauté du théologat xavérien à laquelle j’appartenais l’avait invité, dans un premier temps, à donner une conférence sur le thème des pratiques de guérison dans les cultures traditionnelles africaines ; il avait ensuite été sollicité pour l’animation d’une semaine de retraite selon les exercices spirituels de saint Ignace de Loyola. Sa personnalité nous avait alors fortement impressionnés : une grande paix et une profonde tendresse se dégageaient de lui ; il parlait des « choses » de la culture traditionnelle sans porter sur elles aucun jugement. Cela tenait sans aucun doute à son réflexe d’anthropologue. Par ailleurs, la sérénité avec laquelle il s’exprimait laissait entrevoir la rencontre harmonieuse qui s’était opérée en lui, au fil des années, et probablement au prix de douloureuses « conversions », entre le christianisme occidental d’où il venait, et les religions sous-jacentes aux cultures des ethnies camerounaises au sein desquelles il témoignait du Christ. Sans cesser d’être français, il était devenu camerounais dans l’âme ; l’altérité des religions traditionnelles à laquelle il s’était ouvert, loin de l’aliéner, lui avait fait découvrir le « lieu » à partir duquel parler de Jésus-Christ à l’homme africain !

Père Pierre-Thierry EMALIEU, sx.

Dans les liens de la foi

Il est des mondes intérieurs que la seule conscience ne peut décrire. À peine effleurer. La conviction d’une habitation profonde, d’une confiance en ce qui ne peut se dire avec des mots, en un Verbe créateur, ce « souffle » de vie permanente : tout cela fait partie de l’indescriptible. La foi. Trois lettres alignées, à l’image de la Trinité. La fidélité, l’oreille attentive du divin, l’intime.

En tant que déiste, j’ai toujours été admiratif, et le reste, de ces êtres capables de se fondre dans cette conviction située au-delà du tangible. Dans leur capacité à croire sans se défaire de l’humain. Jusqu’à rayonner parfois en dehors de leur enveloppe corporelle. J’ai, par exemple, le souvenir de déjeuners parmi des moines bénédictins, dans le silence juste ponctué d’une lecture d’un ouvrage d’Alain Decaux sur Paul. Ou de sœur Rébecca, des Fraternités monastiques de Jérusalem, à Paris. Nous avions rendez-vous dans le cadre d’une enquête que je menais sur le monde (justement) monastique. À l’église Saint-Gervais-Saint-Protais, j’ai été saisi par la simplicité intense de leur liturgie, mixte par ailleurs. Et lorsque, l’office terminé, je me suis approché de sœur Rébecca, elle s’est retournée. Son visage rayonnait d’une beauté spirituelle fascinante. Comme si tout en elle était habité d’une lumière à la fois intense et apaisée, sans cesse en mouvement tout en étant dépouillement. Un Buisson ardent personnel. De même les frères et les autres sœurs qui l’entouraient. Comment étaient-ils parvenus à cette grâce, puisqu’il s’agissait bien du divin ? Au repas qui suivit, également dans le silence, la réflexion que m’avait faite un moine de l’abbaye Notre-Dame d’Aiguebelle m’est revenue : « Il faut plusieurs vies pour devenir moine. » Plusieurs vies…

Une autre interrogation intervient de manière récurrente. La foi peut-elle se transmettre, notamment par l’éducation, l’environnement culturel, la tradition ? Et les rites suffisent-ils à l’entretenir ? Aucune réponse n’est satisfaisante. Cette habitation est tellement personnelle. Tout individu la vit de façon distincte. Dieu ne s’adresse-t-il pas à tous, et à chacun en particulier ? Les cas de conversion, puis de vocation, sont très nombreux, à l’image de Max Jacob, et de bien d’autres.
Ensuite, lorsque l’on est croyante, ou croyant, où peut-on se situer ? Ici intervient la conscience et le choix individuels conduisant à un engagement. Ainsi que la notion de « religion », ce qui unit, crée un lien autour d’une foi, de textes sacrés et fondateurs, d’une organisation – parfois hiérarchique. En tant qu’historien (précisément encore) des religions, je demeure fasciné par leur capacité à fédérer, que l’on soit juif, chrétien, musulman, c’est-à-dire des frères qui partagent le même Dieu au sein d’une formidable diversité ; hindouiste, bouddhiste, etc. Aussi, si nous laissons de côté le passé et ses errements, ses drames, ainsi que la manipulation au profit d’une radicalisation dont la religion n’est qu’un prétexte politique, que nous reste-t-il ? À revenir sans cesse aux racines, à l’essentiel, aux fondements de chaque religion. Si nous prenons les monothéismes : « Dieu est avant tout un créateur qui, par conséquent, tient à ce qu’il crée, en l’occurrence l’univers, les êtres vivants. Il les entoure d’amour paternel, de protection, de grandeur. En retour, juifs, chrétiens et musulmans s’engagent à vivre leur foi dans le respect de ces préceptes de charité et de fraternité. » Cet extrait est tiré de l’avant-propos du Dictionnaire de Dieu, à paraître en septembre 2023. Ce livre explique simplement, en mille notices, ce que sont ces trois « fois », ou croyances. Parce que l’Homme a toujours ressenti le besoin de « croire », et, lorsqu’elle est d’essence spirituelle, de structurer sa croyance, depuis les premières inhumations identifiées, il y a cent mille ans environ. Parce que, fidèle ou non d’une religion, nous ressentons et ressentirons toujours ce besoin, cet appel. Savoir, comprendre, expliquer, transmettre, restent des actes fondamentaux.

Pierre

Questions de foi

L’athéisme, je suis tombée dedans dès ma naissance. C’était une évidence, Dieu n’existait pas et nous n’en parlions pas. Enfant, malgré une absence totale d’éducation religieuse, j’adorais aller à la messe du village vendéen où je passais mes vacances. Les chants, les odeurs d’encens, le sermon du prêtre auquel, pourtant, je n’entendais rien, me fascinaient. Je me sentais bien entourée par une foule harmonieuse et en communion. Lorsque les cloches retentissaient, j’enfourchais mon vélo pour répondre à cet appel irrésistible qui me donnait des ailes.

Puis, j’ai grandi et suis devenue une jeune femme très éloignée de la religion, quelle qu’elle soit, et opposée à tous ses préceptes. Pourtant, je me suis mariée à l’église. La famille de mon compagnon était très croyante et nous avons trouvé un compromis pour la cérémonie religieuse : une bénédiction. Nous avons rencontré le prêtre, un homme respectueux de nos attentes et freins respectifs, large d’esprit et sans jugement. Il m’a rassurée et a marqué ce jour par sa bonté.

Les années ont passé et les interrogations et les doutes sont, petit à petit, apparus. Lors d’épisodes de désarroi, je suis allée prier, brûler un cierge et me fondre dans l’atmosphère apaisante et silencieuse d’une église.
Pour autant, je n’imagine pas me convertir à une religion car bien des aspects me repoussent. Particulièrement les règles qui, pour certaines, me paraissent contraignantes, obscures voire absurdes.

Il m’arrive de penser qu’une force existe et nous dépasse. Est-ce cela croire en Dieu ? Mais, s’il est omnipotent, omniprésent et omniscient, pourquoi ne fait-il rien face aux injustices, à la pauvreté, à la destruction de notre monde ? L’être humain est-il donc seul face au bien et au mal ? Le choix lui appartiendrait-il entièrement ? Peut-être, Dieu vit-il et agit-il à travers nous et toute sa puissance prend-elle corps à travers nos actions ?

Nous vivons une époque troublée et inquiétante où la lutte éternelle entre le bien et le mal est intense. Je nourris l’espoir que nous, êtres humains, fassions preuve de sagesse et d’humilité et, si Dieu existe, qu’il nous guide sur la bonne voie.

Sophie

Une idée de la foi

Ma foi concerne le destin plutôt que Dieu lui-même. J’entends par foi en mon destin, la foi en la justesse de l’horizon singulier qu’il me tend. J’ai foi en mon destin, car j’ai foi en ma capacité de l’honorer, bien qu’il soit possible d’échouer à la poursuite de sa destinée. Même si je pense que les choses sont en partie écrites, je pense aussi que chaque humain est responsable de la bonne réussite de sa quête, et qu’une partie de la quête est de réunir les biens et les moyens pour finir de l’accomplir. Je pense aussi que devant les forces du destin se dressent les forces de notre propre poussée vers la mort, qui nous feraient mourir avant l’heure. L’humain doit donc se battre contre cette poussée qui le fait dévier de sa destinée. Pour s’assurer de maintenir le bon cap, il doit prendre pour guide le désir profond de répondre aux questions qui le traversent, c’est-à-dire affronter la vérité.

Au fond, foi, désir et destin se confondent, en tant que notre désir est sûrement fait pour nous mettre dans la bonne voie, et qu’il est sûrement la source de notre foi. Encore faut-il écouter ce désir fondamental, souvent aliéné, détourné, refoulé, par la honte, la culpabilité et les souffrances rencon-trées depuis la naissance. C’est pourquoi il faut guérir de ses blessures pour prendre la bonne route. Avoir foi en son destin exige de chacun qu’il prenne soin de lui.

Mais il y a encore autre chose qui rend difficile cette quête de sa destinée. C’est que ce désir doit lui-même être écrit, et donc que le sujet du désir soit dans l’annuaire. Ce cheminement est long, et dépend de cette même inscription de ceux qui l’ont engendré. Le père et la mère s’unissent dans les lignes du destin, et l’enfant reconnu par le père dont il porte le nom, recevra de lui la plume. Mais le père n’est pas toujours en mesure de cette transmission, et il est à la charge du sujet de trouver le maître qui lui remettra la plume. C’est à la suite de cette introduction qu’intervient Dieu pour le nou-veau sujet.

La figure de Dieu recèle différents visages pour chacun, mais si quelqu’un écrit, il semble que ce soit bien lui. Pour advenir, notre désir doit donc rencontrer Dieu qui l’intégrera à ce qui est écrit. C’est ainsi que notre désir, est aussi le désir de Dieu.

Théodore Chavot

Dieu, la foi et moi !

La foi, je lui ai tourné le dos, car je n’en suis pas digne, je ne la comprends pas, et je ne veux pas finir ma vie dans un monastère. Voilà d’où je viens.

Pour moi, la foi est réservée à un petit nombre d’élus, de personnes hors du commun prêtes à donner leur vie à Dieu. Elles portent soutane et vivent dans des églises, des monastères, des lieux de recueillement, froids et silencieux.

La foi avec un petit « f », je ne l’envisageais pas. J’ai découvert son existence grâce à un ami qui en parle peu mais qui vit avec elle. Quand il l’évoque, je suis à chaque fois étonnée. C’est vrai, me dis-je, elle est là, en lui, un trésor caché qui lui fait regarder, ressentir, humer les choses, les êtres et le monde différemment.

Pourtant, il a l’air tout à fait normal ! Son comportement, son habillement, son lieu de vie, rien n’indique cette différence que je soupçonne fondamentale. Il ne s’est pas retiré du monde des vivants. Ces vivants, comme moi, qui courent après des chimères et s’enfoncent dans la frivolité comme dans une guimauve sucrée. J’observe toutefois dans sa manière de vivre quelque chose d’extrêmement mesuré et une grande sobriété.

Une foi qui ne se voit pas, ne s’entend pas, ne se repère pas avec le nez, comment la trouver ? Et où apprend-on à avoir la foi ? Nulle part. Décidément, je ne sais pas ce que c’est et je suis navrée de ne pas avoir la foi. Je n’arrive même pas à l’imaginer. Pourtant je suis dans une quête spirituelle. Le yoga, la méditation sont pour moi d’éventuelles portes d’entrée vers une vision plus large, plus claire, plus juste et plus aimante de notre humanité. Assise en tailleur, les yeux fermés j’ai une conscience forte de mon appartenance à ce monde extraordinaire et je rêve de fusionner avec lui. Mais j’ouvre les yeux et tout disparait.

Alors comment ça vient ?
Peut-être au seuil de la mort, pour se réconforter face à cet inconnu.
Peut-être en s’intéressant aux étoiles, aux fourmis, à la terre, aux coquelicots. Peut-être en portant un regard « béat » sur la beauté du monde et son immensité.
Peut-être en s’oubliant ? En se fondant dans cet impensable merveilleux ?

Comme dit mon ami qui a failli mourir, quand on part, tout reste. Et je me dis, quand on part on reste aussi, mais différemment. Là, sûr, je ferai partie du grand tout, les yeux définitivement fermés.

Isabelle Bal