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Retraite des fraternités franciscaines séculières de la région Créteil-St Denis- Meaux 2024

Dimanche 17 mars, les fraternités de notre Région se sont retrouvées chez nos frères Capucins de Paris pour une journée de retraite animée par le frère Miki Kasongo, Franciscain de Paris.
Le thème était : « Centrer sa vie sur Dieu », en lien avec le huitième centenaire de la promulgation de la Règle des frères mineurs, et particulièrement les articles 4 et 5 du Projet de Vie des fraternités franciscaines séculières.

L’intervention du frère Miki était articulée autour de 5 verbes : vivre, suivre, lire, découvrir et être transformé.

Son exposé a été suivi par un temps personnel de prière et de réflexion.

L’après-midi s’est déroulée sous forme de carrefours en petits groupes autour du thème suivant : « Comment vivons-nous les sacrements de l’eucharistie et de la réconciliation ? », puis d’un échange à partir des questions ayant émergé des différents carrefours.

La journée s’est achevée par la célébration eucharistique.

L’intervention du frère Miki, ainsi que le temps personnel et les partages en groupe ont été très appréciés de tous…

INTERVIEW RÉALISÉE AUPRÈS DE NOS SŒURS FMM DE CLICHY- SOUS-BOIS (2ÈME PARTIE)

Sœur Jolanta : C’est un appel du diocèse : l’évêque a choisi avec son conseil de développer le sanctuaire, avec le projet de la construction de cette église Jean XXIII – au service du sanctuaire Notre-Dame-des-Anges – et d’emblée a été prévu un logement pour une communauté religieuse. Le désir de l’évêque était de rendre ce lieu vivant, ouvert presque continuellement, et d’y développer l’accueil pour permettre à plus de personnes de participer à un pèlerinage. La chapelle étant toute petite, il n’était pas possible de recevoir des groupes. Nous avons donc répondu à cet appel. Il nous a été demandé de veiller à l’accueil et de partager notre prière. Ainsi, nous prions à l’église et les gens peuvent venir se joindre à nous. Nous avons commencé par les vêpres et l’adoration, le soir, car nous gardons chacune nos engagements dans la journée. C’est la 1ère année, nous construisons et découvrons cette mission au fur et à mesure. L’objectif, c’est aussi que tout ne repose pas sur nous, mais que d’autres personnes constituent des équipes d’accueil, avec des permanences, pour garder ce lieu ouvert le plus possible.

Sœur Ana : Pour moi, au début, il était difficile d’imaginer une communauté sans chapelle. Dans toutes nos implantations, même en HLM, il y a toujours une chapelle ; pas ici, justement parce que l’évêque voulait qu’on prie avec les gens et que ce soit dans l’église. Maintenant, je réalise que notre communauté a une « grande chapelle » qui est ouverte à tout le monde. Après quelques mois, on commence à s’approprier cette mission et on comprend mieux la vision de l’évêque d’une vie religieuse ouverte sur le monde. D’ailleurs, l’église est entièrement vitrée…

Sœur Jeanne : Je suis arrivée à Clichy-sous-Bois il y a 5 mois seulement, mais j’ai l’impression que les gens viennent ici pour prier, pour visiter le sanctuaire ou pour partager leurs difficultés. C’est compliqué pour moi et je me rends compte de mes limites : sur le plan de mes connaissances théologiques, de la langue – je ne suis en France que depuis 3 ans – et de la culture française ; mais cela m’a permis d’expérimenter la puissance de Dieu…Le plus important, ce n’est pas d’apporter une solution, c’est d’être avec ces personnes. Nous avons un modèle : la Vierge Marie au pied de la Croix Elle est restée aux côtés de Jésus, elle n’a rien fait, elle portait la Croix avec lui. Visiblement, on ne fait rien, mais c’est notre présence, notre soutien qui comptent.

Sœur Marie : C’est d’abord la disponibilité. Se rendre disponible aux autres. Cela demande une grande adaptation, aussi, parce qu’il faut pouvoir laisser ce que je suis en train de faire pour accueillir les autres. Par exemple si je suis occupée à faire la cuisine et que quelqu’un sonne, je descends. Les gens viennent ici pour découvrir le sanctuaire, pour prier ; ils sentent une présence qui les touche.

Sœur Julienne : Si je fais le lien entre notre vocation franciscaine et la fraternité universelle, je me dis : « Rien ne se fait par hasard avec le Seigneur ». Vivant dans ce sanctuaire, nous répondons aux différents aspects de notre charisme : Franciscaines, Missionnaires / universelles et Mariales, dans le sens où, ici, nous rencontrons le monde entier à travers des personnes de différentes cultures et religions. Elles trouvent toutes leur place dans ce sanctuaire marial ; elles le visitent, elles prient, pour certaines, avec nous à l’Adoration et aux Vêpres, elles demandent de l’eau de la source…. L’évêque de Saint-Denis, Mgr. Pascal Delannoy, nous a envoyées pour une mission d’accueil et d’écoute de ceux qui viennent en ce sanctuaire Notre-Dame-des-Anges. Nous n’avons sûrement pas de solutions adaptées aux attentes de toutes ces personnes ; en revanche, nous pouvons prendre le temps de les écouter, d’être avec elles. Notre mission ne s’arrête pas seulement aux chrétiens, elle est ouverte à tous. Elle se traduit par notre présence, par l’accueil fraternel, la disponibilité, l’ouverture ; j’y vois l’esprit de François qui allait à la rencontre du Seigneur à travers tous ceux qui venaient à lui.

Sœur Jeanne : Nous avons d’abord reçu de l’Institut la vie communautaire, et elle est à peu près la même dans toutes les communautés. Quelques semaines après mon arrivée, le curé a fait savoir qu’il y avait besoin d’une sacristine, j‘ai accepté. Jolanta, notre responsable, m’a questionnée sur mes centres d’intérêt ; je voulais visiter les malades à l’hôpital ou à domicile. C’est devenu ma mission. On m’a fait d’autres demandes mais ça nécessite de discerner et de discerner avec la communauté car ce n’est pas ma mission, mais celle de la communauté. L’équilibre entre les deux vies n’est pas difficile, il faut pouvoir réfléchir et décider avec les sœurs, nous devons faire des choix ensemble.

Sœur Ana : Dès le début, notre fondatrice a voulu que nous vivions du travail de nos mains. Pour moi, c’est très important. Chacune a un mi-temps et ce n’est pas toujours facile de concilier vie religieuse et vie de travail à l’extérieur. Je travaille dans la Pastorale des jeunes. Au moment des vacances scolaires, je n’ai pratiquement rien à faire ; quand il y a des temps forts – la confirmation, les camps d’été… – là c’est plus compliqué. Il faut toujours chercher cet équilibre, et ce n’est pas évident. Mais ce que j’apprécie beaucoup c’est que je sens que la communauté me porte. Parfois je suis en vacances et je pense à mes sœurs qui travaillent, alors je fais la cuisine, le ménage…Mais quand je suis surchargée et que j’ai mille choses à faire, c’est la communauté qui me porte dans la recherche de cet équilibre. Et je trouve ce partage entre vie communautaire et vie de travail très sain pour notre vie spirituelle.

Sœur Marie : C’est la communauté qui m’envoie en mission. Pour trouver un équilibre, il y a un discernement communautaire. J’ai été envoyée dans une école où je travaille comme animatrice périscolaire. Les gens ont découvert petit à petit que j’étais catholique, ensuite ils ont découvert que j’étais religieuse. Quand je rentre, nous pouvons partager, avec les sœurs, sur nos rencontres, nos activités, et ce partage fait partie de notre vie fraternelle. Pour la prière, nous avons chacune notre temps d’oraison, il y a aussi les laudes, l’adoration et les vêpres. Pour les laudes, nous prions ensemble, en communion. Par conséquent, si je suis absente, je suis en communion, je suis portée par la communauté. J’ai des journées parfois très chargées et quelques fois, je me demande pourquoi je n’ai pas choisi un autre métier, mais nous partageons la pauvreté et la précarité de ceux qui nous entourent. Nous sommes solidaires de ces gens, et en même temps nous sommes privilégiées…

Sœur Jolanta : Moi, je dirais que c’est un combat de tous les jours. Il y a tout d’abord ce premier discernement : le choix d’un engagement, le choix d’un travail qui soit compatible avec la vie communautaire, la vie de prière. Ensuite, chaque jour, il y a un choix entre les obligations, les imprévus et la vie communautaire. Dans mon travail, je suis soumise à des contraintes, par exemple des horaires que je ne peux pas changer. Mais, après, il y a tous les jours des rendez-vous, des rencontres, et là je choisis de les prolonger ou d’arriver à l’heure pour la prière, pour le repas avec la communauté. C’est à ce niveau qu’il y a un combat quotidien. Ce n’est jamais acquis, tous les jours il faut s’adapter. Comme le dit Saint François : « Jusqu’à présent, nous n’avons rien fait, commençons !» C’est là aussi que la communauté joue son rôle : nous avons des temps de rencontres, des temps de bilan, de relecture, des temps où nous pouvons nous interpeler les unes les autres pour nous réajuster dans notre façon de vivre ensemble, nous rappeler nos priorités, nos engagements et continuer, et …recommencer…

Sœur Julienne : Nos constitutions, tout comme l’Évangile, nous donnent des orientations et nous essayons de les mettre en pratique. Le projet communautaire définit notre vie en communauté et nos engagements à l’extérieur. La relecture de ce projet nous permet d’ajuster ce qui peut être obstacle à la vie de prière et à la vie communautaire. Nos constitutions nous aident à réfléchir sur nos engagements extérieurs et François nous rappelle « que le travail ne doit pas éteindre en nous l’esprit d’oraison ». La vie communautaire ne doit pas être entravée par les missions extérieures. En tant qu’aumônière à l’hôpital, avec les temps de transport et les horaires qui peuvent changer, c’est parfois compliqué, mais j’essaie de garder cet équilibre. Et en communauté, nous nous portons mutuellement.

Propos recueillis par Pascale Clamens-Zalay, le 21 janvier 2024

Interview réalisée auprès de nos sœurs FMM de Clichy- sous-Bois (1ère partie)

Sanctuaire notre Dame-des-Anges

Sœur Jeanne : Je pense qu’il faut s’arrêter sur l’histoire du changement de nom de notre Institut : nous étions tout d’abord les Missionnaires de Marie. Pourquoi notre fondatrice a-t-elle voulu ajouter le mot « Franciscaines » ? Marie de la Passion était sœur de Marie-Réparatrice, mais, après des difficultés au sein de la congrégation, elle a décidé, avec une vingtaine de religieuses, de se séparer des Réparatrices pour fonder en 1877 les Missionnaires de Marie, « vouées à la mission universelle ». En 1884, elle a souhaité que les sœurs rentrent dans le Tiers-Ordre franciscain parce qu’elle désirait vivre la pauvreté, une pauvreté aussi stricte que possible. L’Institut est alors devenu celui des Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie. L’esprit de pauvreté est donc très présent dans notre charisme.

Sœur Ana : Je ne m’étais jamais posé la question car j’ai toujours pensé qu’il n’y avait qu’une vocation franciscaine… Pour moi, la spécificité de notre vocation c’est de vivre en tant que Franciscaine, non pas seulement avec des frères et sœurs qui m’entourent et qui sont de la même culture, la même nationalité, mais de vivre en tant que frères et sœurs, en dépassant toutes les frontières possibles et imaginables. Je crois que la spécificité de notre vocation franciscaine passe par cette interculturalité, internationalité et par l’aspect missionnaire aussi, dans l’environnement où nous sommes, avec nos voisins maghrébins, tamouls…

Sœur Marie : Pour moi c’est vivre à la manière de François et de Marie, à leur exemple. Marie, c’est la première disciple de Jésus, elle l’a suivi jusqu’au pied de la Croix. François, c’est le frère universel, c’est la fraternité, la joie, la simplicité. Sa manière de prier, de louer le Seigneur, sa communion avec l’universel, tout cela rejoint notre mission. A l’exemple de Marie et de François, j’offre ma vie pour l’Église et le Salut du monde, chaque jour, à travers de petites choses. Je m’engage à vivre à la suite du Christ, dans l’Esprit Saint, je me livre sans réserve au Père parce que lui se donne totalement, gratuitement et librement. De par ma vocation, je m’engage à vivre en communauté fraternelle, j’accueille les sœurs que le Seigneur me donne, ensuite je les choisis, c’est un consentement. C’est suivre les pas du Christ avec l’aide des sœurs et la grâce du Seigneur.
Pauvreté, désappropriation, solidarité, dépendance au Seigneur… Cette relation avec le Seigneur est tellement intime qu’elle transforme ma relation avec les frères et sœurs que je rencontre. J’apprends à aimer par les autres, à vivre avec eux, je suis évangélisée par les autres.

Sœur Jolanta : Notre spécificité, elle est déjà dans notre nom : Franciscaines Missionnaires de Marie… Dans la formule de nos vœux, nous nous engageons à suivre le Christ, à vivre l’Évangile, à l’exemple de Marie et de François, les deux ensemble. J’insisterai aussi sur la fraternité. Ici, à Clichy, cet aspect de la fraternité universelle est très fort. Déjà nous-mêmes, par nos nationalités, nous rendons visible cette fraternité universelle. Dans le concret, elle n’est pas parfaite, mais c’est un chemin pour rejoindre notre entourage qui est composé de multiples nations…c’est à la fois un témoignage et une mission.
Nous nous engageons dans un Institut international. Au moment de l’engagement définitif, nous n’appartenons plus à notre Province d’origine, mais à l’Institut, nous recevons alors notre envoi de la Supérieure générale. Pour moi, cela a été une prise de conscience très forte : « Maintenant, j’appartiens à l’Institut, ma vie est donnée à l’Eglise qui n’a pas de frontières. »

De gauche à droite : Sr Jolanta, Sr Marie, Sr Ana, Sr Jeanne et Sr Julienne

Sœur Jolanta : Oui…et je pense à cette phrase de François : « Notre cloître c’est le monde »…C’est aussi porter le monde dans notre prière.

Sœur Julienne : De par notre nom, nous sommes invitées à vivre l’Évangile comme François et à en témoigner, dans le monde. Je retrouve cette spiritualité de François dans la fraternité et la contemplation.
La fraternité universelle, avec les sœurs que Dieu nous donne, avec ceux qui nous entourent et avec toute la Création.
La Contemplation : comme le disent nos constitutions, le Christ contemplé nous envoie à nos frères…et nos frères nous renvoient à la contemplation du Christ. Nous puisons notre force dans l’Eucharistie célébrée et dans l’adoration pour aller vers nos frères et présenter au Seigneur leurs demandes. C’est la richesse de notre vocation d’Adoratrices et de Missionnaires.
Comme François, nous aimons et essayons de respecter la Création qui est le reflet de la beauté et de la bonté de Dieu. La vie est un don de Dieu, nous avons aussi à témoigner de cette joie de vivre, de la joie de notre vocation, de la joie des rencontres avec ceux que le Seigneur met sur nos chemins, dans nos lieux de mission.
A l’exemple de François, qui a embrassé le lépreux et qui a un amour particulier pour les pauvres, Franciscaines, nous essayons d’être plus proches de ceux qui vivent une pauvreté matérielle mais aussi spirituelle, les marginalisés ou les exclus de la société. Ce sont les lépreux de notre époque, que nous côtoyons chaque jour sur nos lieux de travail.

Propos recueillis par Pascale Clamens-Zalay, le 21 janvier 2024

Soirée de présentation du dernier livre de Michel Sauquet

Trésors de la spiritualité franciscaine aux XXè et XXIè siècles

Une table ronde de lancement du dernier livre de Michel Sauquet, Trésors de la spiritualité franciscaine aux XXè et XXIè siècles s’est tenue au couvent Saint-François de Paris 14è le mercredi 6 décembre 2023.

Autour de Michel Sauquet, elle a rassemblé Gaëlle de la Brosse (éditrice éd. Salvator), Pierre Moracchini (historien et directeur de l’école franciscaine de Paris), Fr. Luc Mathieu o.f.m. (bibliothèque franciscaine), Catherine Delmas-Goyon o.f.s (vice-ministre de la fraternité franciscaine séculière), Fr. Sylvain Besson o.f.m.cap., Brigitte Foch (présidente de l’association Chemins d’Assise), ainsi qu’une centaine d’auditeurs.

Cette table-ronde a permis à chacun de se demander en quoi Saint François est un phare pour notre époque.

Saint François a profondément marqué les personnes de son vivant et celles qui ont suivi sa mort jusqu’à nous, que ce soit dans un contexte proprement religieux ou dans un contexte simplement culturel (Fr. Luc Mathieu o.f.m.). D’ailleurs l’ouvrage de Michel Sauquet offre un florilège de textes de ces différents auteurs issus de contextes de vie et de pensée très différents, voire éloignés, et classés selon huit grandes thématiques typiquement franciscaines que le lecteur peut picorer ici ou là selon ses envies.

Ainsi, on trouve dans cette anthologie des expressions et des élans typiques de Saint François avec par exemple Padre Pio : « Reste avec moi Seigneur, parce que si pauvre que soit mon âme, elle souhaite être pour toi un nid d’amour. » Mais on y trouve aussi le poète Antonin Artaud qui a écrit un poème sur Saint François : « Je suis celui qui peut dissoudre l’épouvante / D’être un homme et de s’en aller parmi les morts / Car mon corps n’est-il pas la merveilleuse cendre / Dont la terre est la voix par où parle la mort.« 

L’influence de Saint François est réelle chez nos contemporains. Les publications sur lui sont de plus en plus nombreuses depuis la fin du XIXè siècle. Mais il demeure insaisissable comme l’a rappelé Catherine Delmas-Goyon. Sa volonté de prendre l’Evangile sans glose le rend à la fois totalement présent au monde mais aussi échappant à toute doctrine humaine, tout comme Jésus dans l’Evangile qui passe au milieu des docteurs et des pharisiens sans qu’ils puissent le saisir (cf. Luc 4, 30). Il touchera ainsi les jeunes comme l’a évoqué Fr. Sylvain o.f.m.cap. Il touchera aussi les moins jeunes, tel un texte de Michel Hubaut lu par François-Xavier Durye : « D’une vieillesse qui sait encore écouter, fais-moi la grâce Seigneur« .

Saint François permet d’être rencontré dans les actes. On le rencontre en cheminant « sur le chemin de Vézelay à Compostelle qu’on commence comme randonneur et qu’on termine comme pèlerin« . On le rencontre aussi au contact des pauvres, qui ne sont plus alors regardés comme les pauvres rêvés et imaginés par les décideurs de la société, mais comme ce qu’ils sont réellement, avec leur vrais visages comme l’évoque le poète Christian Bobin. On rencontre aussi Saint François dans l’amitié (Pierre Moracchini).

François-Xavier Durye a lu avec souffle et inspiration quelques textes des auteurs cités ; Grégory Turpin, accompagné de sa guitare, a chanté les merveilles de la création si chères à Saint François.

« Seigneur, fais de moi un instrument de paix » ont entonné avec lui les personnes présentes à cette soirée fraternelle.

Jean Alvarez

Témoignage de frère Michel Laloux (2ème partie)

Nous avons souhaité, dans le cadre de notre réflexion, « François…ou quand l’autorité se fait service », recevoir le témoignage d’un frère en responsabilité. Le Frère Michel Laloux a accepté de nous rencontrer et de partager son expérience de ministre provincial des Franciscains de France-Belgique.

Sans rentrer dans des situations personnelles… vous pouvez, dans l’exercice de votre charge, avoir été blessé ou découragé par l’attitude de vos frères. Comment vivez-vous ce que dit François dans la Lettre à un ministre à propos du pardon ?
Oui, être blessé, être incompris, être perçu comme un tyran ou comme une vache à lait financière… Il y a plusieurs niveaux dans tout cela. Par rapport au fait d’être blessé, l’important est de parler, dans le cadre de l’accompagnement spirituel, mais aussi avec mes frères, pour recadrer les choses, ne pas me laisser envahir, et repérer qu’il y a des projections par rapport à l’autorité. C’est-à-dire que selon ce que le frère a vécu dans son enfance, s’il a été écrasé, par l’autorité du père par exemple, il me verra comme un danger, il fera des projections sur moi que je serai appelé à comprendre plus profondément pour ne pas prendre les choses à titre personnel. A propos du pardon, il y a la relation au Christ qui compte : lui demander, et demander au Père, que je puisse pardonner profondément, surtout dans les cas difficiles. Je crois que le pardon ne se décrète pas, il se mendie : c’est Lui qui permet que je pardonne en profondeur. Ça prend parfois du temps. Je pense souvent à Maïti Girtanner…Combien de temps elle a demandé à Dieu de pardonner vraiment à Léo, son bourreau, officier médecin nazi… Et quand elle l’a rencontré, après des dizaines d’années, elle a su qu’elle avait pardonné. Je n’ai pas vécu des choses de cet ordre …mais ça montre que le pardon est un cheminement. Au début, je peux seulement l’espérer, le demander, être un mendiant devant Dieu. Puis, après, avoir le cœur tout à fait libre. Autre chose d’important aussi, pour moi, c’est de prier pour mes frères. Prier pour la relation, parfois dans des cas personnels avec des frères qui sont plus violents ou plus problématiques, mais aussi prier pour l’ensemble des frères de la province. C’est de poser une triangulation : les frères, Dieu et moi.

Dans le cadre de ce service auprès de vos frères, pouvez-vous nous faire part de l’une de vos plus grandes joies, d’une difficulté et d’un regret ?
Une de mes plus grandes joies, c’est quand il peut y avoir avec les frères, ou avec l’un ou l’autre frère, des conversations à un certain niveau de profondeur, au niveau de Dieu, où je sens le cœur d’un frère touché par Dieu, où il y a une vie spirituelle. Autre joie, c’est quand je perçois un frère bien à sa place, heureux dans ce qu’il fait, épanoui. Je pense, par exemple, à un frère qui a 92 ans, qui est heureux… Il a une jeunesse, un dynamisme, il est passionné… C’est cette jeunesse, même chez des frères âgés.
Une grande joie, aussi, mais ça ne concerne pas les frères, parce que j’ai beaucoup d’autres rencontres, c’est au contact de personnes victimes de frères prédateurs, de pédocriminels. En mai-juin dernier, ce fut de voir comment des personnes, après tout un chemin, ont vécu une libération profonde. Une femme me disait : « Je suis ressuscitée !» Un homme expliquait : « Mon épouse me dit que mon sommeil est plus paisible », cinquante-cinq ans après avoir été violé… Un autre monsieur me disait : « Eh bien, ça me donnerait envie de « re-croire » ». Là aussi, il y a mort et résurrection, et c’est une grande joie lorsque pour une personne qui a été écrasée, détruite, il y a de la vie qui resurgit.

Je trouve cela très intéressant : vous vous situez sur le plan relationnel, alors que d’autres pourraient répondre : « Ma plus grande joie c’est d’avoir réussi telle ou telle chose …»
Oui, je me méfie des réussites extérieures, si elles n’ont pas d’épaisseur. Avant d’être Provincial, j’ai fondé une maison de quartier avec une dame pour des personnes du quart-monde. Cette fondation a grossi, a embelli ; il y a 30 animateurs. Mais je suis plus sensible au fait qu’il y ait de la joie qu’au fait que cette maison ait grossi. « Vous serez jugés sur l’amour »… C’est ça l’important.

Mais il n’y a pas que des joies, une difficulté peut-être…
C’est le volume de travail, l’énorme volume de travail. Par exemple, des centaines de mails qui m’attendent en permanence ! Ça, c’est la difficulté : la gestion du temps… avec cette question : est-ce que je donne son importance à chaque chose et à chaque personne ? Ce n’est pas seulement régler des dossiers. La difficulté, aussi, c’est d’être impuissant, et c’est une difficulté plus terrible. Quand je perçois qu’un frère n’est pas heureux et qu’il va d’échec en échec, d’être impuissant face à cela, même après lui avoir fait différentes propositions, avoir réfléchi avec d’autres… Le frère peut ne pas en être conscient. Il y a un scénario qui se reproduit de communauté en communauté, mais il ne le voit pas. Pour moi, c’est une souffrance, parce qu’on n’a qu’une vie, et c’est tellement dommage. Ça me renvoie à moi-même et je me dis : « Michel, profite de la vie ! Tu n’as qu’une vie, profites-en pour ta qualité de relation avec Dieu, avec les autres.

Et avez-vous un regret ?
De ne pas connaître suffisamment l’anglais ! Toutes les rencontres des provinciaux européens se déroulent en anglais. Je peux me débrouiller, mais lorsqu’on aborde des choses un peu profondes et que mon anglais est insuffisant, ça pose problème. Ne pas avoir non plus d’éléments d’économie.
Est-ce que j’ai d’autres regrets ? Oui, beaucoup. Par exemple, il y a souvent des jubilés de frères ; je n’arrive pas nécessairement à les suivre tous, à y participer sur place. Alors j’envoie un sms, un petit mot. Pour les funérailles également…

Une dernière question : François dresse le portrait du ministre et de ses qualités. Après ces 10 ans d’expérience, pour vous, quelle est la qualité indispensable pour pouvoir être le ministre, le serviteur de ses frères ?
Le flash qui me vient, c’est Jésus avec Pierre. Dans son entretien avec lui, qu’est-ce qu’il dit du fait d’être berger de ses brebis ? Jésus explique que c’est l’amour qui est important. Pour moi, fondamentalement, ce qui est essentiel c’est d’aimer mes frères, même si je peux être en colère. Etre berger, ce n’est pas d’abord une compétence organisationnelle, intellectuelle, etc., c’est aimer. C’est cela qui fait tout traverser. Aimer Dieu, recevoir son amour et pouvoir le redonner.

D’où l’importance de ce temps personnel de vie spirituelle …
Absolument, c’est capital. Temps de vie spirituelle, d’oraison, de lecture de la Parole de Dieu, de relecture le soir. En 2015, j’ai suivi les Exercices spirituels dans la vie courante de St Ignace, pendant un an et demi. Il y a eu une évolution dans ma relation à la Parole, dans la relecture, etc. La vie spirituelle est capitale parce qu’être Provincial, c’est dangereux, comme toute responsabilité.
C’est dangereux — c’est sans doute la même chose pour une vie de couple ou pour une vie à hautes responsabilités — parce qu’on est, et je le suis, poussé au bout de soi-même. C’est dangereux, parce qu’en étant confronté à des choses très difficiles, je peux aller soit vers des compensations, soit vers un approfondissement. Donc, il y a danger, et il y a chance. Une chance de transformer le danger en approfondissement de la relation amoureuse avec Dieu. Ou alors, il peut y avoir compensation, dans le pouvoir, dans l’alcool, dans la dépression. C’est le même enjeu que dans toute vie : elle est dangereuse mais elle peut être géniale ! Je comprends beaucoup mieux certains psaumes aujourd’hui qu’hier. Je suis en train de méditer le psaume 21, le 68 aussi. Vu les situations que nous vivons et que je vis, il y a un autre éclairage… « Que la bataille s’engage contre moi, je garde confiance », « Seigneur, ma lumière et mon salut ». Des paroles des psaumes ou de l’Évangile ont une autre couleur à présent. Jésus prit avec courage le chemin vers Jérusalem. Avec courage, et je sais beaucoup mieux maintenant ce que ce courage peut signifier. C’est le passage pour moi de l’agacement face aux difficultés : « Merde, je suis Provincial ! Je voudrais être ailleurs ! » à la joie : « Michel, c’est une chance ! » Je crois que l’enjeu, c’est de passer du ressentiment, de la colère, à la louange. La vie me propose des évènements que je dois accepter profondément pour y voir le chemin qui m’est offert afin d’aller plus loin dans ma relation à Dieu, aux autres, et à moi-même. Ce qui est très beau, c’est que nous avons un Dieu trinitaire. La Trinité, c’est la relation entre le Père, le Fils, dans l’Esprit. Tout est relationnel. Si je suis devenu Franciscain, c’est parce que je suis tombé amoureux… Le Christ est au centre ; s’il n’y a pas la relation au Christ, je ne sais pas ce qu’est la relation à Dieu. Pour moi, la relation au Christ, c’est le tout. Mon combat, c’est de faire tout en Lui. Parce que le danger est d’être « un athée pratique », c’est-à-dire de faire des choses sans Lui. J’avoue que je suis assez régulièrement athée ! Je ne crois pas qu’il m’en veuille trop… mais c’est indispensable de repérer ce danger, d’en être conscient.

Propos recueillis par Pascale Clamens-Zalay, le 5 octobre 2023
La première partie de cet entretien a été mise en ligne sur notre site au mois de novembre.

Témoignage de Frère Michel Laloux (1ère partie)

Nous avons souhaité, dans le cadre de notre réflexion, « François…ou quand l’autorité se fait service », recevoir le témoignage d’un frère en responsabilité. Le Frère Michel Laloux a accepté de nous rencontrer et de partager son expérience de ministre provincial des Franciscains de France-Belgique.

François invite le ministre à se faire le serviteur de ses frères. Comment vous, Frère Michel, vivez-vous votre charge de ministre provincial ?
Actuellement, je rends visite à chaque communauté, une visite canonique, et c’est justement mon rôle de rencontrer et d’écouter en profondeur chaque frère. Je le rencontre, puis je rencontre la communauté, et c’est véritablement le premier rôle du Provincial: écouter chaque frère, écouter jusqu’au bout (écouter jusqu’au bout, ob-audire, c’est être obéissant). Un exemple : récemment, un frère âgé refusait absolument de quitter sa communauté, pour ne pas être placé dans un EHPAD. On a pris en compte sa demande. Je l’ai étudiée avec la communauté, puis je lui ai dit : « Oui, c’est possible. » Donc, c’est écouter le frère, mais c’est aussi écouter la communauté. Être Provincial, c’est ne pas se substituer au responsable local. Etre le Provincial ça veut dire, pour moi, être serviteur, ni plus, ni moins. Par exemple, s’il y a un conflit dans une communauté entre deux frères, et que l’un des deux me téléphone, je vais d’abord le renvoyer au responsable, au gardien parce qu’il y a subsidiarité. Ou s’il y a une demande qui m’est adressée, je vais voir avec le gardien. Cela fait dix ans que je suis Provincial. Plus j’avance, et plus je vois que c’est vraiment important d’agir dans le cadre de ma fonction, ni plus, ni moins.
Alors, mon rôle ?…comment être serviteur de mes frères ? Mon rôle, c’est d’abord, comme le dit François d’Assise, d’exhorter mes frères, de les encourager — une des choses les plus difficiles aujourd’hui, c’est la dépression, la dévalorisation de soi — et de pouvoir encourager un frère dans ce qu’il est, dans ce qu’il fait, et donc de refléter ce qui est positif, mais pas ce qui est imaginaire : d’être toujours vrai.

Il y a deux excès d’un Provincial, ou d’un serviteur de ses frères, c’est l’autoritarisme et le laxisme. Pour freiner l’autoritarisme, il y a le discernement des communautés, il y a l’aide du conseil du Provincial. Beaucoup de choses permettent un contre-pouvoir. Il y a aussi un cadre qui est donné par l’ensemble des frères, dans les mandats, au moment d’un chapitre provincial, donc ce n’est pas « faire ce que je veux ». Mais aussi, pas de laxisme, et François est une boussole…Pas de laxisme, pourquoi ? Il peut y avoir un frère, par exemple, qui disjoncte, qui se montre violent envers les autres frères. Ça doit d’abord être réglé par le gardien. Mais, si c’est trop grave, alors là je dois intervenir. Et ça peut aller jusqu’à demander au frère de quitter la communauté, de recommencer dans une autre communauté… Ce n’est pas simplement m’en laver les mains. Evidemment, il faut d’abord que j’en parle au conseil provincial, mais c’est parfois dire stop ! C’est un des cas où il faut exercer l’autorité. Parce que, chez les Franciscains, parfois, on peut être gentil. Mais il ne s’agit pas d’être gentil, il s’agit d’être bon, et même par moments d’être tranchant. Voilà, c’est un peu comme dans l’éducation d’un père ou d’une mère, c’est de voir ce qui est ajusté au réel.

Comment conciliez-vous la part administrative croissante de votre charge et la présence indispensable aux frères ?
Concrètement, si je reçois une demande de la curie générale franciscaine de Rome pour connaître l’état de la province en terme de nombre – on est cent quinze –je vais la renvoyer à Jean-Pierre, qui est mon secrétaire. Dès que j’ai une demande d’ordre administratif, je vois si c’est moi qui dois m’en occuper ou si c’est quelqu’un d’autre. C’est pareil pour chaque courriel, parce que j’ai énormément de courriels et de demandes. Je vois si c’est à moi ou à quelqu’un d’autre de répondre, ou si ce n’est pas opportun. C’est toujours un discernement dans ce que je dois faire, ce que je peux faire. C’est vrai aussi, au niveau financier, avec Yannick qui est économe provincial. C’est lui demander s’il peut gérer, ou lui demander un avis, parce que c’est ma charge mais que j’ai besoin d’être éclairé. Donc, effectivement, il y a un boulot administratif qui est énorme et mon rôle c’est de déléguer. Parfois, je signe simplement.

Et vous avez le sentiment que vous arrivez vraiment à rester disponible pour vos frères ?
C’est tout mon problème : la gestion du temps. Mais c’est aussi la distance intérieure, par rapport à tous les problèmes, à tout le quotidien. C’est une grosse question. Ça rejoint celle de l’hygiène de vie, de la vie spirituelle. Ce n’est pas simplement une délégation. C’est ne pas être habité par tous les problèmes. Pour moi, c’est la question numéro un : comment je reste centré sur le Christ ? Non seulement centré, mais comment est-ce que mon union au Christ va grandissante ? En étant accompagné spirituellement, en méditant la Parole de Dieu, en faisant du sport, en courant 30 à 40 km par semaine. J’ai moins de temps pour la danse, mais j’ai besoin d’oxygène, d’aller à l’extérieur. L’équilibre de vie, l’hygiène de vie, c’est primordial. Je pense souvent aux athlètes de haut niveau : une des choses importantes pour eux, c’est la récupération. Comment je récupère ? Comment je fais le vide ? En ayant chaque matin une bonne période d’oraison, c’est-à-dire de silence. Ça équilibre par rapport au nombre de paroles que j’entends. Se mettre à l’écoute de la parole de Dieu, c’est fondamental.

Ce n’est donc pas qu’une question de temps et de délégation, c’est aussi une question de vie intérieure pour ne pas se noyer et pour rester disponible pour ses frères ?
Absolument. Et puis je demande souvent à Dieu de me rendre présent à l’instant. C’est tout simple, mais…mais d’être vraiment là… c’est tout un travail. Chacun, avec son emploi du temps, comment faire pour être quelqu’un de vivant, quelqu’un de présent à chaque instant, qui écoute vraiment en profondeur ?

Pour tout être humain, l’autorité peut se transformer en pouvoir. Comment, en tant que Provincial franciscain, parvenez-vous à vous garder de ce danger, pour que votre autorité soit toujours un service ?
Chez les Jésuites, le Provincial a un socius, un numéro deux, qui interpelle le Provincial et qui lui dit : « Il me semble que là, ou là, ce n’était pas tout à fait juste. » On n’a pas cela au niveau structurel chez les Franciscains. Mais, quand même, Frédéric-Marie, qui est le vicaire provincial, peut, à certains moments, m’interpeler, me dire là où ça a « beugué ». C’est important pour que l’autorité ne se transforme pas en pouvoir. Il n’y a pas que lui, il y a le conseil provincial et puis il y a les frères. Il y a donc de nombreux éléments qui peuvent permettre de faire attention à ce pouvoir, parce que c’est un des risques. C’est un risque important, d’autant plus important chez les Franciscains que, structurellement, à la différence des Dominicains ou des Jésuites, les contre-pouvoirs ne sont pas organisés, c’est-à-dire écrits. Un Provincial pourrait être très autoritaire, chez les Franciscains, parce que son domaine de décision est très étendu. Est-ce une question de tempérament, ou de limites que je perçois chez moi aussi ? En général, j’essaie, le plus possible, de partager les questions. Par exemple avec le conseil, le définitoire, pour qu’on puisse décider ensemble. Encore une fois, structurellement, le Provincial pourrait être autoritaire. Mais la mentalité est différente dans la spiritualité franciscaine : il y a une fraternité, et un esprit démocratique. Parfois même, il y a des frères qui me disent : « Michel tu pourrais décider beaucoup plus tout seul »… J’hésite par rapport à cela. Je préfère partager trop plutôt que trop peu. Les choses sont certes plus lentes, car plus participatives, mais je crois aussi plus profondes.

Et vous pensez qu’aujourd’hui les frères, dans un conseil, n’hésitent pas à dire non au Provincial ?
Oh oui ! Nous venons d’avoir des définitoires, et sur plusieurs questions, les frères m’ont dit : « non, non, nous on voit autrement. » Il y a une liberté de parole assez large et les frères sont suffisamment à l’aise pour me dire les choses. Un petit exemple : quand j’envoie une lettre à tous les frères de la province, je la fais toujours relire par l’ensemble du conseil. Ils me font des corrections, des compléments. Donc ce n’est pas la parole du Provincial, ou, en tout cas, elle peut être corrigée. Et puis je vois que certains frères peuvent mieux s’exprimer que moi…et donc, en étant Provincial, je touche beaucoup plus à mes limites parce qu’il y a tellement de domaines : administratif, canonique, juridique, psychiatrique parfois… J’ai besoin d’aide, et pas seulement de mes frères. Par exemple, je travaille avec une psychanalyste sur toutes les questions d’abus sexuels, car on a parlé des frères jusqu’ici, mais c’est beaucoup plus vaste…

Par conséquent, je crois que c’est très important, par rapport au pouvoir, de toucher ses limites. Je les perçois beaucoup plus aujourd’hui qu’avant d’être Provincial. Je pense souvent au curé d’Ars à qui on demandait : « Est-ce que vous n’êtes pas tenté par l’orgueil ? » Il répondait : « Non, je suis tenté par le désespoir. »
On ne voit pas cela chez ceux qui détiennent l’autorité, mais ça peut être terrible… le sentiment de ne pas être à la hauteur. Il ne faut pas avoir un complexe d’infériorité, mais reconnaître qu’on n’est pas à la hauteur et que c’est normal. Oui, c’est normal que je sois impuissant dans certaines situations.

Pour que l’autorité ne se transforme pas en pouvoir, il y a aussi toute la vie spirituelle, dont je parlais tout à l’heure. C’est extrêmement important, pour vivre vraiment, de savoir qu’il n’y a qu’un seul responsable, et c’est Dieu. C’est la question de la confiance de la foi qui se pose à toute vie humaine : c’est lorsque nous sommes confrontés à notre impuissance que peut se développer la confiance en Dieu, avec une autre profondeur. L’enjeu est le même pour tout un chacun, parce qu’on a tous des responsabilités, mais dans un cadre particulier pour le Provincial.

Propos recueillis par Pascale Clamens-Zalay, le 5 octobre 2023
La seconde partie de cet entretien sera mise en ligne sur notre site au mois de décembre.

Vacances franciscaines 2023

Notre fraternité « Le Petit Prince » prend régulièrement, tous les 2 ans, un temps de vacances ensemble,  8 à 10 jours selon les années.

Cet été  c’était,  pour la plupart d’entre-nous, le 23ème séjour ! Nous sommes allés à St Pierre- Quiberon dans une maison tenue par des dominicaines ; un lieu idyllique !

Notre objectif est de vivre une réelle fraternité au quotidien ; quand nous avons commencé nous étions tous jeunes parents et ce séjour se faisait avec tous nos enfants, et nous étions facilement une trentaine. Aujourd’hui nous continuons sans les enfants qui ont vieilli, et l’effectif est donc plus réduit puisque cette année nous étions 11 avec notre assistant, frère Gilles, et frère Thierry.

L’autre objectif est de mener une réflexion au quotidien sur un temps plus long. Nous privilégions aujourd’hui un lieu qui nous permet de suivre les temps de prière proposés ainsi que la messe au quotidien.

Notre rythme est toujours le même : un temps de partage le matin (2h) et l’après midi une découverte de la région. Nous avons pu voir ou revoir Carnac, Saint Cado, la presqu’ile de Quiberon  et la côte sauvage, Vannes et le golfe du Morbihan. Nos soirées permettent d’ajuster le programme de notre séjour au jour le jour, de chanter et même de danser !

Cette année nous avions pris comme base de réflexion le livre d’Anne-Marie Pelletier, « L’Eglise et le féminin » avec d’autres ouvrages pour éclairer notre réflexion sur la figure de Marie et la place du féminin dans la création en général,  dans la société, dans la vie et les écrits de François, dans la Bible et dans l’Eglise. Cela nous a permis de parler en vérité et à chacun d’exprimer la place que Marie a dans sa vie de croyant. Ce fut très riche et surprenant car nous avons découvert ensemble que  la dévotion mariale qui ne semblait pas être une évidence pour tous, était présente, sous différentes formes, dans la vie spirituelle de chacun.

Anne-Marie Pelletier nous a permis de redécouvrir les racines historiques de la place des femmes dans l’Eglise … Depuis les figures de l’ancien testament qui ont une présence et un rôle souvent aussi important que celui des prophètes, jusqu’aux femmes du nouveau testament, celles qui reçoivent des révélations, Marie bien évidemment, mais aussi Elisabeth, Marie-Madeleine,  Marthe et Marie de Béthanie, entre autres disciples de Jésus, mais aussi celles qui sont citées par Paul dans ses épitres, comme de véritables responsables de communautés. Nous avons noté aussi que dans le haut moyen âge, qu’une femme pouvait être abbesse d’un monastère mixte et que certaines avaient autorité sur les terres de l’abbaye, 

Lors du colloque organisé par la famille franciscaine à l’occasion du 8ème centenaire de l’approbation de la règle de 1209, Jacques Dalarun faisait cette remarque : « en 1216 il y avait à Pérouse des communautés mixtes de frères et sœurs mineures. Mais à Assise elles sont devenues les Pauvres Dames. »  

Lors du même colloque, sœur Véronique Margron s’interrogeait sur les rôles et les places respectives de l’homme et de la femme dans la société et dans l’Eglise. En genèse 1,27 nous lisons : « Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu, homme et femme il les créa. » Avant d’aller se reposer !                                            

Jacqueline et Jean-Pierre

Rencontre régionale

Le 14 mai 2023 au couvent St François de PARIS
sur le thème « la sobriété subie ou choisie »

C’est toujours avec bonheur que les fraternités de Créteil, St Denis, Meaux se retrouvent. Vaste et complexe thème qui ne manque pas d’intérêt, de convictions, de questions …
Le temps de prière du matin donne le tempo : « Si l’espérance t’a fait marcher … » « Bienheureux le serviteur qui rend tous ses biens au Seigneur (..) (Adm 18)
« Les laïcs franciscains (..) bien conscients que selon l’évangile, ils ne sont qu’administrateurs des biens qu’ils ont reçus en faveur des enfants de Dieu. » (Projet de vie 11)

Il ne fallut pas moins de 4 colonnes sur le grand tableau blanc pour noter toutes les expressions spontanées du brainstorming pour qualifier « la sobriété » selon qu’elle est choisie, qu’elle s’impose, qu’elle est subie …
Quelques mots reviennent : simplicité, partage, responsabilité, altruisme, limite, choix, ….. sans donner, pour autant, moins d’importance à tous les autres ….

L’Eucharistie, avec la participation d’une grande assemblée et de nombreux enfants dans la chapelle du couvent fut belle et festive. Dans son homélie, Fr Joseph à partir du texte de Pierre insiste sur l’importance du « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». « Osez » !

Le repas partagé, sur les tables promptement installées dans le cloître, fut un bon et beau moment de convivialité.
« Loué sois tu mon Seigneur pour frère soleil » qui illumina notre sortie, après repas, dans la verdure du jardin fleuri des frères.


Fr Jean Baptiste Auberger nous fit ensuite rencontrer François d’Assise dans son choix de la pauvreté, son choix d’une vie sobre qui évolue au cours de sa vie.
Il donne son manteau : choix de donner ce dont il n’a pas besoin mais dont un autre a besoin.
L’Evangile de la St Mathias : partir en mission sans bâton, sans rechange ….mangeant et buvant ce que l’on nous donnera. » (Luc 3,7- Mth 10,10) « Voilà ce que je veux » s’écrie François.
Sobriété plus large que la nourriture. Etre en situation de dépendance. La sobriété n’est pas la pauvreté, pas l’ascèse pénitentielle. Mais un choix volontaire, joyeux, pour que d’autres puissent satisfaire leurs besoins. Légende de Pérouse 1 : « François fit préparer un repas au frère qui la nuit avait faim ». « Accorder à son corps ce qui lui est nécessaire. »
Deux raisons à la sobriété :

  • Disponibilité pour la rencontre de Dieu
  • Accepter toujours moins que ce que l’on nous offre, ce qui pourrait conduire à plus pauvre que soi.

Les petits groupes qui ont suivi, de façon ludique ou plus sérieuse, ont mis en évidence la société de consommation, le discernement nécessaire pour faire un choix …


Plusieurs questions jaillissent en conclusion de cette journée : des choix radicaux qui engagent l’avenir des enfants …. Des exemples de jeunes adultes qui posent des actes en vue de l’avenir de la planète : voyages en train, pas de télé … là une objection apparait « Et si le travail scolaire nécessite la recherche d’un document à trouver sur internet …

La question de la foi n’est pas absente. Combien parmi nos enfants participent à la vie en Église, en dehors de rassemblements ponctuels ?

Quoi qu’il en soit la transmission des valeurs est importante – en réciprocité.

Au terme de cette rencontre, la soif d’actualisation se fait sentir. Mais n’est ce pas cette
interrogation qui est la meilleure conclusion de la journée : « comment en tant que Franciscains continuer l’héritage de St François pour le bien de notre société ? »

Appel pour chacun de nous !

« Rien ne changera sur la terre des hommes si la justice meurt entre nos mains. Il nous sera vain de parler du royaume si la richesse encombre nos chemins ! »

Sœur Marie-France

« Heureux les pacifiants !…»

C’est ainsi que frère Daniel PAINBLANC, Capucin de la communauté de Créteil, introduisait son intervention pour notre journée de retraite régionale, sur le thème « Etre artisan de Paix », le dimanche 19 mars 2023, au couvent des Capucins de la rue Boissonade, à Paris.
Etre pacifié pour être pacifiant…

Comment être en paix avec soi-même, avec l’humanité et la création ? Comment la paix émane-t-elle de nous ? Comment faire vivre la justice et la paix qui sont inséparables ? Comment être fraternel ?

Nos fraternités sont des lieux de communion, de conversion et de pacification où nous sommes appelés à découvrir notre vocation, à changer notre regard sur l’autre, à avoir et à conserver un cœur humble et courtois, même dans les situations de conflits.


Ainsi, si l’amour est un acte de volonté, la fraternité aussi. Etre frère mineur, c’est une manière évangélique d’être au monde !

Frère Daniel nous a invités à ne pas nous appesantir, à aller davantage de l’avant dans le sillon de l’esprit de François d’Assise, et, en ce temps de Pâques, à « commencer » une vie nouvelle d’artisans de Paix et de Fraternité…

Un nouveau Conseil National pour l’OFS[1]de France

Chaque année, le Conseil National de l’OFS convie tous les Conseils Régionaux de France (représentés par 3 membres : assistant spirituel, ministre et une troisième personne déléguée) pour une rencontre fraternelle, un bilan de l’année écoulée et les perspectives à venir. 

En cette année 2022, le week-end des 15 et 16 octobre rassemblait environ 80 personnes et revêtait un caractère particulier puisqu’il comportait l’élection d’un nouveau Conseil National élu pour trois ans, par tous les membres présents des Conseils Régionaux ayant fait profession, (en fait 42 votants), avec la présence de deux de nos frères provinciaux Michel Laloux, ofm et Jean-François Marie Auclair, ofm conv, de deux représentants du CIOFS[2] venus de Rome : Noemi Paola Riccardi et le frère Tomàs Gilga Panzo Suva, assistant ofm cap., de François Van Tichelen, ministre national de Belgique, et de trois représentants de la Jefra[3] : Pierre-François Clément, Swann Cimbe-Brianceau et sœur Elizabeth Desportes assistante nationale de la Jefra.

Nous étions accueillis chaleureusement dans l’Espace Montcalm, maison diocésaine de Vannes, par la fraternité régionale de Bretagne qui n’a pas ménagé ses efforts pour que chacun vive ces deux jours dans une ambiance spirituelle – la prière de l’office des laudes, la célébration de l’Eucharistie et la prière du soir – et une organisation matérielle – chambres, collations et repas – très satisfaisante ! Même le soleil fut de la partie toute la journée de samedi !

Dès le samedi matin, après un mot de bienvenue de Claire Hulot, ministre nationale, et la présentation de la fraternité de Bretagne qui nous accueillait, chaque membre du Conseil National sortant, à tour de rôle, argumenta le bilan de la mission confiée qu’il avait pu mettre en œuvre et qui fut approuvé respectivement par les membres votants de l’assemblée présente. Nos deux assistants nationaux rapportèrent également le bilan de leur mission spirituelle et pastorale.

L’après-midi, nos deux frères provinciaux évoquèrent le rôle important de l’assistance spirituelle dans la vie de nos fraternités et la mission essentielle de ceux qui en assument la charge : être un lien de communion dans la vie de la fraternité, faire émerger les multiples expressions de la vie franciscaine séculière à travers l’écoute et à la lumière de la Parole de Dieu, avoir le souci de la croissance spirituelle des fraternités et des personnes, se former en permanence avec les autres assistants… Puis ils nous annoncèrent l’impossibilité de trouver de nouveaux frères pour remplacer les assistants nationaux actuels, les frères José Kohler, ofm et Dominique Lebon, ofm cap, arrivés eux-mêmes au terme de plusieurs mandats. Cet état de fait amènera à trouver d’autres modalités de fonctionnement, à l’étude actuellement…

Les membres de la Jefra et le représentant de l’OFS auprès des Groupes de Vie Évangélique, François Gaudard, prirent aussi la parole pour rapporter leurs activités au regard de l’OFS.

Vers la fin de l’après-midi, Noémi et le frère Tomàs nous dressèrent le cadre dans lequel allait s’effectuer l’élection du lendemain, et nous annoncèrent qu’un nombre insuffisant de candidats disponibles nécessitait que l’Esprit Saint nous insuffle de solliciter quelques membres supplémentaires pour élargir le choix des électeurs : nous avions le temps de la réflexion durant la nuit…

Après le repas du soir, un film intéressant: « caravane  amoureuse », tourné en 2010 par plusieurs membres de la fraternité de Bretagne, nous permit d’apprécier ce thème de « la fraternité semeuse de joie dans l’altérité » et ainsi de laisser décanter quelque peu les préoccupations électorales du lendemain !

La matinée de dimanche s’annonça laborieuse face aux exigences que préconisaient les Statuts rappelés avec insistance par la déléguée du CIOFS qui présidait les élections, mais ce temps put finalement se solder par des votes déterminants sur le choix de celles et ceux qui furent élus ou réélus : chacune et chacun fut interrogé sur son acceptation de sa nouvelle mission et vers midi, nous aurions pu laisser échapper une fumée blanche par la cheminée de notre « consistoire » : nous avions un nouveau Conseil National* élu pour trois ans pour la plus grande satisfaction de tous ! Un apéritif conclut cette réunion devenue festive et après le repas, l’Eucharistie concélébrée par le frère Michel Laloux et le frère José Kohler fut un vrai chant d’action de grâces – sans compter la danse finale ! – et un envoi magnifique pour chacun à la nouvelle mission qui lui était confiée dans l’esprit de François d’Assise que nous entendions profondément nous dire : « frères et sœurs, commençons !… »

Voici la composition du nouveau Conseil National de l’Ordre Franciscain Séculier de France :
– Ministre Nationale : Claire Hulot (réélue)
– Vice-Ministre Nationale : Catherine Delmas-Goyon  (réélue)
– Trésorier National : Xavier Fauvette (élu)
– Secrétaire Nationale : Suzanne Agrech (réélue)
– Responsable Nationale de la Formation : Marie-Agnès Fleury  (réélue)
– Conseillère Internationale : Claire Dechenaux (réélue)
– Conseiller National Jeunes et Familles : Bernard Cordier (élu)
– Conseiller National Présence au Monde : Etienne Poisson (réélu)
– Suppléante de la Conseillère Internationale : Catherine Delmas-Goyon (élue)


[1]OFS : Ordre Franciscain Séculier
[2]CIOFS : Conseil International de l’Ordre Franciscain Séculier
[3]JEFRA : Jeunesse Franciscaine