Journée régionale 19 juin 2022

Les sœurs et les frères de la Fraternité Franciscaine Séculière de la région Est-Francilien se sont retrouvés le dimanche 19 juin 2022, au couvent Saint François, chez les frères franciscains de Paris, pour une journée de rencontre, de détente et de réflexion sur le thème de la synodalité et particulièrement « l’écoute et le dialogue ».

La vidéo qui suit relate quelques moments de cette journée.

CYCLE DUNS SCOT 3/5

Son amour pour l’Eucharistie et la contemplation de la Passion

Comme disciple fidèle de saint François, Duns Scot avait une grande dévotion pour le sacrement de l’Eucharistie. Il y voyait la présence réelle du Christ-Jésus dont l’amour s’est révélé au Calvaire. L’Eucharistie est pour lui sacrement de l’unité et de la communion qui nous conduit à nous aimer les uns les autres et à aimer Dieu comme le Bien commun suprême (cf. Reportata Parisiensa, in IV Sent., d. 8, q. 1, n. 3).

Ce grand théologien franciscain s’est posé la question : « Pourquoi fallait-il que le Christ endure la Croix pour nous sauver ? » Sa réponse est limpide : L’homme était tellement embourbé dans le péché qu’il n’était plus capable de saisir l’amour miséricordieux du Père qui voulait le sauver, ni le témoignage explicite de la sainteté du Fils-Incarné dont la seule présence parmi nous sanctifiait l’humanité. Or la rédemption du péché devait rencontrer l’adhésion libre de l’homme. Il fallait donc que le Christ nous donne une preuve indubitable de son amour pour que nous soyons amenés à l’accepter librement. « C’est pour nous séduire par son amour, que le Christ a donné sa vie pour nous ». (frère Luc Mathieu ofm cité sur le site de Sheerbroke)

Chantal Auvray

Dieu, la foi et moi !

La foi, je lui ai tourné le dos, car je n’en suis pas digne, je ne la comprends pas, et je ne veux pas finir ma vie dans un monastère. Voilà d’où je viens.

Pour moi, la foi est réservée à un petit nombre d’élus, de personnes hors du commun prêtes à donner leur vie à Dieu. Elles portent soutane et vivent dans des églises, des monastères, des lieux de recueillement, froids et silencieux.

La foi avec un petit « f », je ne l’envisageais pas. J’ai découvert son existence grâce à un ami qui en parle peu mais qui vit avec elle. Quand il l’évoque, je suis à chaque fois étonnée. C’est vrai, me dis-je, elle est là, en lui, un trésor caché qui lui fait regarder, ressentir, humer les choses, les êtres et le monde différemment.

Pourtant, il a l’air tout à fait normal ! Son comportement, son habillement, son lieu de vie, rien n’indique cette différence que je soupçonne fondamentale. Il ne s’est pas retiré du monde des vivants. Ces vivants, comme moi, qui courent après des chimères et s’enfoncent dans la frivolité comme dans une guimauve sucrée. J’observe toutefois dans sa manière de vivre quelque chose d’extrêmement mesuré et une grande sobriété.

Une foi qui ne se voit pas, ne s’entend pas, ne se repère pas avec le nez, comment la trouver ? Et où apprend-on à avoir la foi ? Nulle part. Décidément, je ne sais pas ce que c’est et je suis navrée de ne pas avoir la foi. Je n’arrive même pas à l’imaginer. Pourtant je suis dans une quête spirituelle. Le yoga, la méditation sont pour moi d’éventuelles portes d’entrée vers une vision plus large, plus claire, plus juste et plus aimante de notre humanité. Assise en tailleur, les yeux fermés j’ai une conscience forte de mon appartenance à ce monde extraordinaire et je rêve de fusionner avec lui. Mais j’ouvre les yeux et tout disparait.

Alors comment ça vient ?
Peut-être au seuil de la mort, pour se réconforter face à cet inconnu.
Peut-être en s’intéressant aux étoiles, aux fourmis, à la terre, aux coquelicots. Peut-être en portant un regard « béat » sur la beauté du monde et son immensité.
Peut-être en s’oubliant ? En se fondant dans cet impensable merveilleux ?

Comme dit mon ami qui a failli mourir, quand on part, tout reste. Et je me dis, quand on part on reste aussi, mais différemment. Là, sûr, je ferai partie du grand tout, les yeux définitivement fermés.

Isabelle Bal

« Le pardon…Pourquoi ? Comment ? » (2ème partie)

Justifiés, réconciliés et sauvés en Christ…

Le peuple hébreu a découvert peu à peu que son Dieu était patient, lent à la colère et miséricordieux, mais c’est le Christ, véritablement, qui vient restaurer la relation avec Dieu, si souvent blessée et rompue par les hommes. Le pardon de Dieu se manifeste en lui, par sa parole, par ses actes et par sa mort.

Jésus annonce qu’il n’est pas venu pour les justes et les bien-portants, mais pour appeler les pécheurs au repentir (Lc 5,32). Il est envoyé par son Père, non pas pour juger le monde mais pour le sauver (Jn 3,17 ; 12,47). A tous ceux qui l’écoutent, il révèle que Dieu est un Père bienveillant et miséricordieux dont la nature est de pardonner. Les trois paraboles de la miséricorde (La brebis perdue, la drachme perdue et le fils prodigue, Lc 15) en sont une parfaite illustration.
Comme le berger qui abandonne son troupeau pour rechercher la brebis perdue et s’en retourne chez lui tout joyeux lorsqu’il l’a retrouvée, Dieu se fait proche de celui qui se perd. En lui, point de mépris ou de condamnation du pécheur, mais une immense joie pour celui qui se repent.
Dans la parabole du fils prodigue, le père court à la rencontre de son fils cadet qui lui est revenu, car il n’a jamais cessé de l’aimer et de l’attendre, et il le couvre de baisers, exprimant tout à la fois son amour et son pardon. Le père est donc celui qui vient effacer le passé marqué par le péché pour créer un avenir totalement neuf. En effet, le pardon fait renaître, il fait passer le pécheur de la mort à la vie : « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie ; il était perdu et il est retrouvé ! » Lorsque le fils aîné refuse de se joindre à la fête organisée pour le retour de son frère, c’est ce même père qui sort à sa rencontre et qui l’invite à dépasser le juridisme pour s’ouvrir lui aussi à l’amour. L’attitude du frère aîné rappelle celle des pharisiens, de ceux qui se considèrent justes parce qu’ils observent strictement la loi. A de nombreuses reprises, ils s’indignent de l’accueil que Jésus fait aux pécheurs. Aussi le Christ les invite-t-il à entrer, eux aussi, dans la joie que Dieu éprouve à retrouver ses fils perdus.
A ses disciples, Jésus enseigne que pour demander et recevoir le pardon de Dieu, il faut pouvoir soi-même pardonner à son frère (parabole du débiteur impitoyable, Mt 18,23-35, prière des disciples ou Pater, Mt 6,12). Lorsque Pierre demande s’il doit pardonner jusqu’à sept fois, chiffre de la plénitude, Jésus répond : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois », autrement dit : indéfiniment… Jésus lui signifie que s’il veut être miséricordieux à l’exemple du Père céleste, il doit se départir de toute notion comptable purement humaine. Il s’agit de pardonner par amour, comme le Fils, comme le Père, et donc de pardonner inlassablement, car le pardon divin est sans fin et sans limite.
C’est également par ses actes que Jésus annonce le pardon de Dieu. En prenant place à la table des collecteurs d’impôts et des pécheurs, Lévi (Mc 2,13-17), Zachée (Lc 19,1-10), il s’élève contre cette séparation érigée entre justes et pécheurs, il redonne place aux exclus dans la communauté et les restaure comme fils et filles du Père en leur signifiant le pardon de Dieu (la femme adultère, la femme pécheresse…). Jésus dit à propos de Zachée : « Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. En effet, Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 9-10).
Il exerce aussi ce pardon à travers les miracles qu’il accomplit. La possession ou la maladie étaient considérées dans le monde juif comme la conséquence du péché et donc du châtiment divin. Pour guérir le paralysé (Mc 2,1-12), Jésus s’adresse à l’homme en lui disant d’abord : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés », ce qui choque les scribes présents autour de lui : « Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu ? ». Lisant dans leur cœur, il leur répond : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ? Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé :  » Tes péchés sont pardonnés », ou bien de dire : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » ? Eh bien, afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre, il dit au paralysé : « Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison ». » Le récit montre que pardon et guérison vont de pair, Jésus n’opère la guérison du corps qu’en vue de celle de l’âme. Pardonner, c’est relever l’homme blessé, c’est le libérer de tout ce qui l’aliène, c’est l’ouvrir à une vie nouvelle placée sous le signe de la foi et de l’amour divin, c’est faire de lui une créature nouvelle.
La réconciliation entre Dieu et les hommes culmine à la Croix. Dans sa mort, le Christ est le Serviteur et l’Agneau de Dieu qui renouvelle l’Alliance scellée au Sinaï. Il justifie la multitude dont il porte les péchés, il est l’Agneau qui ôte le péché du monde et qui le sauve : « ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. » (Mt 26,28) « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jn 1, 29)
Après sa Résurrection, Jésus, à qui tout pouvoir a été donné au ciel et sur la terre (Mt 28,18), communique à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés : « Recevez l’Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. » (Jn 20, 22-23) Le pardon des péchés est accordé à quiconque se convertit et se fait baptiser au Nom de Jésus : « Convertissez-vous : que chacun de vous reçoive le baptême au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés et vous recevrez le don du Saint Esprit. » (Ac 2,38) ; « le pardon des péchés est accordé par son Nom à quiconque met en lui sa foi. » (Ac 10,43)
La joie de Dieu est de pardonner le pécheur qui s’était perdu et qui lui revient. Il nous a donné son Fils pour témoigner de son amour miséricordieux et pour l’incarner jusque dans sa mort. Celui qui met sa foi en lui est un homme justifié, réconcilié et sauvé en Christ (Rm 5, 1-11).

P. Clamens-Zalay

Prière Septembre

Louange à toi, Dieu caché

Louange à Toi, Dieu caché !
Quand ta bouche parle,
les êtres viennent à l’existence.
Tu es vaillant comme un berger qui garde éternellement et à jamais.
Les poitrines sont remplies de Ta perfection
et les yeux voient par Toi.
Ta crainte est sur tous les hommes et leurs cœurs sont tournés vers Toi car
Tu es parfait en tout temps.
Les hommes vivent à Ta vue.
Chacun dit : « Nous sommes à Toi… »
Ta tendresse est dans tous leurs cœurs.
Les veuves ne disent-elles pas : « C’est Toi notre époux ! »
Et les petits enfants : « C’est notre père et notre mère ! »
Les riches se glorifient de Ta bonté et les pauvres honorent Ta face.
Le prisonnier se tourne vers Toi, et celui qui est sous l’empire de la maladie crie vers Toi.
Tu es bon pour tout homme, berger qui sait pardonner,
qui écoute le cri de tout homme qui t’appelle, qui est attentif et donne le souffle.

Anonyme, Égypte antique
Vers 1300 av. JC

Un livre septembre

Voyage au bout de l’enfance
Un livre de Rachid Benzime

Rachid Benzine
Voyage au bout de l’enfance
Paris, Seuil, 2021
80 pages. 13 €

On ne peut que comprendre la réticence que nourrissent ceux qui nous dirigent à affronter l’idée du rapatriement des enfants et des femmes de djihadistes retenus au Kurdistan. Ils « paient » l’engagement des hommes ou leur propre embrigadement.  Ils survivent difficilement dans le dénuement et la violence.

Or, le petit roman de Rachid Benzine fort de 80 pages, écrit d’une plume alerte et en un style direct rythmé par de courtes phrases bouscule nos certitudes. Le petit Fabien vit heureux à Sarcelles entre ses amis et la classe de CE2 de l’école Jacques Prévert. Passionné de poésie et de foot, il est encouragé par M.Tannier son instituteur qui loue ses talents poétiques. Du reste, il doit réciter devant ses camarades les poèmes qu’il a écrits. Mais, sous l’impulsion de sa maman, ses parents l’emmènent en Syrie pour vivre au « paradis » : celui de l’État islamique. C’est le Voyage au bout de l’enfance de ce petit garçon qui narre lui-même sa vie, ce qu’il ressent et les espoirs qu’il nourrit. Le titre de ce récit est sans doute une allusion à Voyage au bout de la nuit[1]. Est-ce parce que Fabien est confronté à l’absurdité de la guerre ? Est-ce parce qu’il est victime de la folie des hommes ? Le voyage est aussi celui de la vie de ce petit garçon qui voit toutes ses illusions s’évanouir. 

Emporté par l’aveuglement de ses parents, il subit l’endoctrinement ; le Coran remplace Prévert. Confronté aux réalités de la guerre, il raconte ce qu’il voit avec une enfantine naïveté qui secoue nos esprits d’adultes. Il ne comprend pas ses parents mais les aime, même lorsqu’il est puni. Il perd son père, sa mère se remarie plusieurs fois. Il oppose son imaginaire, celui d’un enfant qui aimait l’école, la poésie aux réalités d’adultes aveuglés. Fabien rêve de retrouver Sarcelles, ses grands-parents chrétiens, qui jouaient aux 7 familles et l’emmenaient au Guignol ; Fatoumata, Julie, Yasmina, Bakayoko et Ariel ses amis, son école, Younès l’épicier, Yago le chien, ses tatas, … Deschamps et Mbappé l’accueilleront au stade de France. Puis, même si ses poésies demeurent belles, elles deviennent tristes au fil du temps qui s’enfuit. Il adapte « Barbara »[2] et annonce dès lors la fin de son voyage. Les mots constituent un espace de liberté au cœur des folies humaines du totalitarisme religieux qui conduit les parents à craindre leurs enfants. L’État islamique vaincu, la terreur demeure toutefois au sein des camps au Kurdistan. Le territoire tenu par Daech a disparu mais les esprits restent contaminés.  

Fabien c’est « Le Petit Prince » qui raconte le monde des grands par la voix d’un enfant. C’est un de ces petits, victimes des folies d’adultes ; d’Adana à Kigali, d’Izieu à Auschwitz, de Monrovia à Kaboul.  

En Syrie, en Irak, il y a ceux qui peuvent rentrer et ceux qui restent. En juin 2019, douze enfants français, orphelins pour la plupart, et deux Néerlandais ont été rapatriés. La majorité était née dans le califat autoproclamé de Daech et avait moins de 6 ans. En cet été, la France a rapatrié trente-cinq enfants mineurs français qui se trouvaient dans les camps du nord-est de la Syrie et seize mères en provenance de ces mêmes camps. 

L’émouvant livre de Benzine pose l’épineuse question : pourquoi rapatrier ces enfants élevés dans la propagande de Daech ? Ne sont-ils pas des terroristes en puissance ? Les opinions publiques des pays occidentaux sont rétives au retour des enfants qui croupissent dans les camps. Du reste, le retour d’Émilie König, l’ex- « égérie française de Daech » inquiète. La mouvance djihadiste demeure très active et menace toujours ses anciens territoires et le monde, par l’arme du terrorisme. Pour autant, peut-on ignorer le sort d’enfants qui furent d’abord victimes de la folie des adultes ? C’est tout le sens de ce livre tragique, déchirant qui bouleverse confort et certitudes.

Érik Lambert


[1] De Louis-Ferdinand Céline, publié en 1932, Prix Renaudot. Échoue de peu pour le Goncourt au profit de Guy Mazeline, Les Loups.

[2] Le poème Barbara est extrait du recueil Paroles, paru en 1946. Le texte se réfère aux bombardements de la ville de Brest entre le 19 juin 1940 et le 18 septembre 1944 et à la destruction complète de la ville.

Saint Jean Chapitre 1

Le Prologue 1-18

Introduction

  1. Probablement composé en dernier, le Prologue a été comparé à l’ouverture d’une symphonie, par sa solennité, son atmosphère et la densité de son contenu. Pour Jean, c’est plus qu’une ouverture, plus qu’une « introduction à l’évangile », c’était en somme une synthèse de ce même évangile. En effet, y figurent déjà :
    • les grands thèmes : le Verbe – la Vie – la Lumière – la Gloire – la Vérité – le Monde – le Témoignage – Croire « au nom de »…
    • les grandes oppositions : Lumière / Ténèbres – Dieu / le Monde – Foi / Incrédulité.
  2. Les exégètes ont également remarqué que le Prologue présentait par endroits les caractéristiques très nettes d’une hymne mise en vers, selon le rythme, la musicalité et la déclamation araméenne ou grecque (les v. 1.2.3.4.5.10.11.14.16), hymne probablement récitée ou chantée par les communautés chrétiennes primitives.
  3. Le Prologue semble composé selon le procédé littéraire du parallélisme inversé, où les versets se correspondent deux à deux mais en sens inverse.
  4. Enfin, le Prologue est truffé de réminiscences bibliques, ainsi que de similitudes théologiques pauliniennes. En particulier :
    • Gn. 1, 1-6 (la Création)
    • Ex. 25, 8 (planter sa tente) ; 34, 6 (La grâce et la vérité) ; 40, 34 (la Gloire de Dieu)
    • Nb. 35, 34
    • Pr. 8, 22-31 et 12, 21 (la Sagesse)
    • Si. 24, 2-29 qui décrit le périple de Dame Sagesse selon un itinéraire très proche de celui du Verbe (intimité avec Dieu – antériorité à la création – part à l’œuvre créatrice – présence dans le monde – habitation au milieu des hommes – bienfaits partagés)
    • Col. 1, 15-20 (primauté absolue du Christ)
    • 1Co. 8, 6 (Le Christ antérieur à la création et auteur de celle-ci)
    • Ph. 2, 6-11 (même parallélisme exprimant l’incarnation du Fils)
    • Ep. 1, 5.13 (même but : notre filiation divine en Jésus).

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Construction des versets 1 à 18

EDITO

Chrétien en temps de crise

Crise économique, crise financière, crise climatique, crise diplomatique, crise sociale, crise sanitaire, crise morale… la litanie est si longue qu’elle nous semble décrire l’état normal du monde. Peut-être est-ce bien le cas : proches de nous, même les « Trente Glorieuses » — mythique période de paix et d’abondance après laquelle tout aurait dégénéré — furent traversées de grandes misères, de conflits extrêmement violents, de famines dévastatrices… Il est vrai qu’au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, les peuples qui l’avaient subie purent avoir le sentiment que le pire était derrière eux. « Plus jamais ça » entendait-on. Mais ce vœu pieux a-t-il suffi à éradiquer le mal ? Force est de constater que non. Il perdure, entrecoupé de périodes où l’on se flatte de l’illusion qu’il a été vaincu. Car une crise n’est pas un phénomène en soi mais la manifestation brutale de tensions qui lui préexistent et qu’elle ne résout généralement pas, exactement comme un tremblement de terre n’est qu’un épisode de mouvements tectoniques profonds, ou une poussée de fièvre celui d’un mauvais état de santé chronique. Ainsi, à y regar-der de près, les crises comme celles évoquées plus haut sont toujours la manifestation des mêmes penchants au conflit, à la violence, à la domination, à l’avidité, au mensonge, à la négligence, à l’affirmation d’intérêts particuliers contre l’intérêt commun.

Crise ! Le mot est incessamment rabâché par les instances politico-médiatiques qui décrivent des conséquences sans aborder jamais réellement la difficile question des causes, propageant l’illusion que « ça ira mieux après », que l’on fait « tout pour que ça change », et comme rien ne se produit qu’un rebond — une « vague » — ou qu’une nouvelle aggravation, les peuples se désespèrent, se désintéressent de la politique (entendue comme l’art du vivre ensemble), ou se rallient à des démiurges de pacotille, experts en technocratie et en démagogie auxquels ils abandonnent comme des enfants leur conscience, leur responsabilité et leur pouvoir. Il en sourd une angoisse personnelle et collective qui à son tour nourrit les conditions des crises dans un cercle vicieux dont on se demande comment sortir, et si même cela est possible. Parmi ces peuples, des femmes et des hommes de conscience et de bonne volonté, dont politiciens et médias font généralement peu de cas, proposent des solutions profondes au mal profond. Et parmi ces femmes et ces hommes, les chrétiens ont par vocation une place déterminante à prendre, animés qu’ils sont par la Foi, l’Espérance et la Charité. Jésus est-il né dans une famille riche à une époque de paix et d’abondance pour tous ? François a-t-il continué la vie de patachon que la fortune de son père lui garantissait à Assise dans un siècle de douceur et d’opulence ? Par-delà l’ironie de ces questions, il faut se souvenir qu’ils ont tous les deux, le second imitant l’autre, montré à l’humanité que le seul chemin de la Paix et du Bien était celui de la Charité, c’est-à-dire de la fraternité, de la justice, du partage et du refus de la violence. C’est sur ce chemin que l’Espérance se révèle et s’élève, par l’actualité de l’amour du prochain comme préfiguration du Royaume et comme expérience de l’amour de Dieu. En s’efforçant de voir grandir en lui l’Espérance et la Charité, un chrétien apprend à refuser la tentation du conflit, de la violence, de la domination, de l’avidité, du mensonge, de la négligence, de l’affirmation de ses intérêts contre l’intérêt commun. Il combat cette tentation en lui et dans le monde, avec la clairvoyance, la constance, la douceur et le courage dont l’Esprit Saint l’accompagne sur la route difficile de la sainteté, dans la conscience que son salut individuel est lié au salut de tous. Ne s’attachant qu’au bien, un chrétien ne peut s’arrêter à la notion de crise, car il perçoit le mal qui la provoque, l’adversaire qu’il récuse résolument. Si bien que cette notion même, telle qu’elle est galvaudée aujourd’hui, lui apparaît comme un des masques du mal.

Cependant, le mot crise (Κρίσις) que les Grecs nous ont légué à travers les Romains a aussi un autre sens que celui de la rupture brusque, brève et intense d’une situation d’équilibre. Il pouvait également signifier tout autre chose pour eux, et donc aujourd’hui pour nous : l’acte de discerner, de choisir et de décider. La Foi qui ouvre à l’Esprit Saint en donne le désir, l’intelligence, le courage et la force. Pour un chrétien, il n’existe qu’une crise, une seule, et c’est sa vie entière avec ses épreuves, ses doutes, ses combats contre la tentation, son travail incessant pour faire en lui toute la place à l’Esprit Saint et à l’amour, sa vie vécue de la naissance à la mort comme cheminement vers la Vie éternelle.

Le comité de rédaction