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Cycle de La Passion

La Passion 18-19 (fin)

La crucifixion 19, 17-42
Elle est racontée, elle aussi, en 7 épisodes. Jean relève des faits qui suggèrent un secret dessein de Dieu inscrit prophétiquement dans l’Écriture.

L’écriteau (19, 19-22) : Querelle entre les Juifs et Pilate sur ce titre « roi des juifs »
• Jean souligne le caractère universel de la proclamation : l’araméen (langue du pays et de la vie religieuse), le latin (langue du pouvoir politique et du droit), le grec (langue des échanges et de la culture).
• Une fixation irrévocable : pour Jean, Pilate non plus ne croyait pas si bien faire : nulle volonté humaine ne pourra effacer ce qu’il a fait graver, car c’est l’expression immuable du dessein de Dieu que Jésus soit à jamais le Roi de l’espérance universelle.

Le partage des vêtements (19, 23-24) : Jean distingue le partage et le tirage au sort
• Le psaume 22, 19 avait distingué par avance entre les habits partagés et le vêtement tiré au sort
• La tunique non déchirée comporte une lecture symbolique pour Jean : Dans 1R. 11, 29-39 le prophète Ahiyya déchire son manteau en 12 morceaux pour signifier le schisme d’Israël. Ici, la tunique, non déchirée, devient le symbole de l’unité refaite de la vraie communauté d’Israël.

Femme, voici ton fils… voici ta mère (19, 25-27). Cette parole a, elle aussi, une portée symbolique :
• A cana, Marie est là. C’est le début du ministère de Jésus. Elle n’apparaîtra plus dans l’évangile de Jean qu’au pied de la croix, au terme de ce ministère.
• Pourquoi ‘femme’ et non ‘mère’ ? Ceci nous renvoie, encore une fois, à Cana. Jésus ne veut considérer à cette heure que la femme qu’elle est dans le plan de Dieu.
• Le symbole concerne probablement le rapport du chrétien (Jean) à l’Église (Marie). Au moment de quitter les siens, Jésus confie le chrétien à l’Eglise, et propose cette dernière au chrétien. Marie n’a pas été que disciple, elle fut mère de l’homme-Dieu… et donc mère de tous les siens qui, désormais, sont branchés sur lui.

Soif et Mort de Jésus (19, 28-30)
• « Jésus sachant que tout était achevé… » : formule qui revient comme un leitmotiv pour le lavement des pieds, au moment de son arrestation et sur la croix. Jésus sait que l’œuvre que lui a confiée le Père est accomplie, achevée.
• … comme doit être accomplie les Écritures : Ps. 69, 22 : « … dans ma soif ils m’abreuvaient de vinaigre ».
• Jean ne retient dans ce récit que la majesté sereine de cette mort. C’est la raison pour laquelle il ne rapporte pas le cri de Jésus. Il dit simplement : « Il remit l’esprit ».
• « Il remit l’esprit ». Pour dire de quelqu’un qu’il expira, on ne trouve jamais avant Jean le verbe qu’il emploie ici. Il y a donc une intention. Jésus, par sa mort, va permettre que l’Esprit Saint se transmette aux siens.

L’eau et le sang (19, 31-37)
• A Jésus, les soldats ne brisent pas les os. L’Ecriture, en effet, demandait qu’en préparant l’agneau de la Pâque, on veille à ne pas lui briser les os (Ex. 12, 46). Ainsi pour Jean, Jésus est le véritable Agneau pascal, celui de la Pâque nouvelle.
• « … de son côté ouvert, il sortit du sang et de l’eau ». Le sang atteste la réalité du sacrifice de l’agneau offert pour le salut du monde ; l’eau, symbole de l’Esprit, atteste la fécondité spirituelle de cet agneau offert.
Les Pères y ont vu une allusion aux deux sacrements du baptême et de l’eucharistie :
– Eau, principe de la vie nouvelle, de la nouvelle création en liaison avec l’Esprit. Ceci renvoie au premier verset du livre de la Genèse ‘l’esprit planait sur les eaux’.
– Sang, équivalent du pain chez Jean en 6, 51, principe de sacrifice et de vie.
• « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé… » Le prophète Zacharie décrivait ainsi l’épisode de la mise à mort d’un innocent à Jérusalem (12, 10), mais dont la mort devenait l’occasion d’une grâce de repentir et de pardon.
Jésus avait déjà prédit cela au début de son ministère : « Comme Moïse a élevé le serpent au désert, ainsi faut-il que le fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit ait par lui la vie éternelle » (Jn. 3, 14).

L’embaumement et l’ensevelissement (19, 38-42)
Aucun des apôtres n’est présent. Par contre, Jean nomme deux disciples : Joseph d’Arimathie et Nicodème.
L’évangéliste tient à souligner que ce dernier apporte les aromates ; comme il a souligné aussi sa visite à Jésus de nuit au début de son ministère. Le voici à la fin, quand le soir tombe.
L’évangéliste tient à souligner que ce dernier apporte les aromates ; comme il a souligné aussi sa visite à Jésus de nuit au début de son ministère. Le voici à la fin, quand le soir tombe.

Conclusion
• Pour Jean, la Passion et la mort de Jésus représentent l’heure du paroxysme de l’opposition lumière / ténèbres.

• Elles sont aussi l’heure du paradoxe par excellence :
– le moment même de l’extrême humiliation devient celui de la gloire
– l’abaissement devient l’élévation
– et l’anéantissement devient l’exaltation suprême.

•Elles représentent enfin pour saint Jean la manifestation éclatante d’un leurre magistral. A leur insu, Pilate et les Juifs voient leurs mots et leurs gestes leur échapper. Les mots, censés traduire leurs idées et leurs intentions, sont en fait au service du dessein et du plan de Dieu qui se réalise en Jésus. Et ils sont les acteurs d’un théâtre d’ombres : car les événements qu’ils croient mener et maîtriser ne sont en fait qu’une écume fallacieuse ; à travers eux, perce une autre réalité, invisible, mais combien profonde et réelle : la mise en œuvre du dessein de Dieu, le parcours étonnant d’un amour achevé et, à travers la mort même, le retour en gloire du Fils bien-aimé.

CYCLE DE LA PASSION

La Passion 18-19 (suite)

Arrêtons-nous, dans cet ensemble (18, 1 – 19, 16), sur quelques versets :

18, 32 : « Jésus avait signifié de quelle mort il devait mourir ».
Ceci renvoie à plusieurs citations, par exemple en 3, 14 ; 8, 28 ; 12, 32-33 : « Il faut que le Fils de l’homme soit élevé », en croix.

18, 33-38a : Dialogue avec Pilate sur la Royauté :
« Mon Royaume n’est pas de ce monde »… Non pas que cette royauté ne concerne pas le monde d’ici-bas, au contraire elle s’étend au monde entier et s’exerce sur toute l’humanité.

Mais, elle a un double sens :
• Un sens négatif : cette royauté ne vient pas des hommes, elle ne tire d’eux ni son origine (héréditaire ? élective ?), ni son autorité (droit), ni son caractère (prestige), ni sa puissance (armes).

• Un sens positif : la royauté de Jésus s’explique par le lien essentiel qui existe entre lui et la Vérité. Celle-ci étant Dieu en personne. Or, Jésus a été la manifestation de Dieu, sa visibilité, la traduction parfaite de Dieu-vérité. Donc quiconque est, dans son cœur, accordé à la parole divine, en a vraiment l’amour, et la recherche sincèrement, celui-là reconnaît dans la voix de Jésus la voix même de la Vérité, et il se soumet à son joug. A cette royauté nul n’échappe, pas même le pouvoir terrestre. Être homme, c’est opter pour ou contre elle.

19, 1-3 : Flagellation et simulacre d’investiture royale :
Pour Jean, c’est le sommet du procès devant Pilate. Les soldats s’amusaient de Jésus, mais ils ne croyaient pas si bien dire, ni si bien faire, puisqu’il était écrit que la royauté messianique devait être celle d’un Serviteur Souffrant. En Jésus bafoué par les soldats, Jean contemple la gloire du Verbe.

19, 4-7 : Ecce homo ! (Voici l’homme !)
« Il s’est fait fils de Dieu ». Les Juifs avouent le vrai motif de leur fureur : la prétention de Jésus à la divinité.

« D’où es-tu ? » Pilate est intrigué quant à l’origine de cet homme : viendrait-il d’ailleurs ?

« Crucifierai-je votre roi ? » Pilate installe Jésus sur l’estrade du tribunal, assis en position de juge de son peuple. Sous la dérision, Jean discerne la vérité profonde de cet homme.

« C’était le jour de la préparation de la Pâque, vers la 6ème heure ». Vers midi. C’est à partir de midi, ce jour-là, qu’on immolait les agneaux dans le temple, en vue du repas pascal. Pour Jean, Jésus sera immolé en tant qu’agneau pascal.

Conclusion du procès devant Pilate :
L’endurcissement total des juifs, autrement dit leur fermeture à la vérité, entraîne leur asservissement volontaire à l’empereur, alors que leur seul souverain, eux qui se prétendent de bons israélites, c’est Dieu.
Le refus de Dieu comme roi n’est pas une nouveauté. Nous trouvons la même démarche en 1S.8, 7 : « Satisfait à tout ce que te dit le peuple, car ce n’est pas toi qu’ils ont rejeté, c’est moi qu’ils ont rejeté, ne voulant plus que je règne sur eux ». La différence est dans le fait que, sous Samuel, le roi venant du sein du peuple, mais ici c’est un étranger.

Fr Joseph

Cycle de la Passion

La Passion 18-19

Introduction

Apparemment, le récit de Jean s’apparente à celui des synoptiques, mais en réalité il est très chargé d’intentions théologiques :
Jean contemple dans les événements tous les signes de la Royauté du Christ Sauveur. Nous sommes dans une ambiance d’une liberté incomparable, qui permet au Christ de prendre l’initiative ; l’impression d’une majesté souveraine ; et la prédominance d’un plan divin, qui se réalise à travers la Passion et la mort de Jésus, et qui déjoue l’apparente victoire du plan des hommes.

Jean devine que commence à cette heure-là le temps de l’Eglise et de la vie sacramentaire :
• Eglise signe de l’unité
• Eglise mère
• sacrements : baptême, eucharistie, réconciliation.

Arrestation, comparution devant Hanne, reniement de Pierre

La scène du jardin (18, 1-12)

Le texte johannique ne comporte pas l’épisode de l’agonie. Jean préfère retenir ce qui met en valeur la majesté et la liberté, la lucidité et la maîtrise des événements chez Jésus.
• Jésus sait tout ce qui va lui arriver, Judas ne le surprend pas (v. 4)
• C’est lui qui prend les devants et se livre ; impressionnés, les soldats reculent et tombent à terre (v. 4-8)
• « Je suis »… comme YHWH au Sinaï, qui se désigne ainsi à Moïse (v. 5)
• « Laissez partir ceux-ci » : signe de l’autorité de Jésus, même sur les ennemis (v.5)
• « La coupe que m’a donnée le Père, ne la boirai-je pas ? » (v. 11). Cela rappelle la réponse de Jésus aux disciples, lors de l’épisode de la Samaritaine : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas ! … ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé » (4, 32-34). L’événement de la Passion s’inscrit dans un plan divin à respecter.

Le procès juif officieux chez Hanne (18, 13-27)

Le procès juif officiel devant le Sanhédrin, Jean n’en dit rien. Et pour cause : pour lui tout est joué d’avance, l’audience a déjà eu lieu : ce sont tous les face à face de Jésus et des autorités religieuses tout au long de l’évangile.
Chez Hanne, ce n’est donc que l’audience officieuse. Hanne l’interroge sur ses disciples et son enseignement. Jésus, avec une liberté souveraine, répond : « J’ai toujours agi au grand jour ! »
Contraste entre la fermeté et la constance de Jésus, et la faiblesse de Pierre.

Le procès devant Pilate (18, 28-19, 16)

Tout va tourner autour de l’idée de Jésus Roi, du chef qui rassemble en sa personne la destinée de toute l’humanité.

L’épisode se déploie en 7 scènes, disposées suivant un plan précis, scènes qui se répondent pour mettre en valeur une idée centrale :

A 18, 29-32
Pilate sort pour dialoguer avec les Juifs :
« La loi ne permet pas de condamner à mort ! »

  B 18, 33-38a
Pilate rentre et dialogue avec Jésus :
Royauté… Vérité

  C 18, 38b-40
Pilate ressort devant les Juifs :
« innocent ! je le relâche ?
Barabbas ! »

  D 19, 1-3
Investiture royale

  C’ 19, 4-7
Pilate ressort avec Jésus devant les Juifs :
« Innocent ! Voici l’homme ! »
« Crucifie-le ! »

  B’ 19, 8-11
Pilate rentre et dialogue avec Jésus :
quel pouvoir ?

A’ 19, 12-15
Pilate sort pour dialoguer avec les Juifs :
« Voici votre Roi ! Non !
César doit le condamner à mort ! »

Second discours après la Cène 15-16 (seconde partie)

L’Esprit Saint défend et parachève

L’Esprit Saint, dont Jésus promet l’envoi, viendra remplir 2 rôles :
1. Celui d’avocat :
• il témoignera en faveur de Jésus et de ses disciples (15, 26)
• il mettra à jour et dénoncera la culpabilité du « monde » (16, 8-11)
• il dévoilera la glorification du Christ et son triomphe (16, 14).

« Il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement… » (16, 8-11)
en matière de péché : le monde ne croit pas en Jésus (pour Jean, l’incroyance est autant un péché que le manque de charité)
en matière de justice : quand le crucifié aura été glorifié, tous sauront quel était le juste aux yeux de Dieu (justice = droiture, sainteté)
en matière de jugement : de condamnation du prince de ce « monde », Satan.

2. Celui qui achève la révélation du Christ à ses disciples (16, 12-15) :
• non pas pour leur apprendre du neuf, que Jésus n’aurait pas dit
• non pas pour leur dire quelque chose venant de lui
• mais pour leur faire saisir toutes les implications des dires de Jésus
• et pour éclairer les événements, présents et futurs.

Le Père, source ultime

Dans ces deux chapitres, les références au Père sont innombrables (11 fois au chapitre 15 et 12 fois au chapitre 16). Il est toujours là, sans cesse évoqué par Jésus. Il est à l’origine de tout ; c’est lui qui a l’initiative de tout…
• Non seulement Jésus laisse voir qu’il est lui-même en totale dépendance du Père
• mais il inscrit ses disciples dans le même courant d’intimité et d’amour qui l’unit au Père.

A cet égard, il faut noter l’importance chez Jean de la conjonction « comme » (comme le Père m’a aimé… comme je vous ai aimés…). La conjonction n’a pas seulement un sens comparatif, mais elle peut exprimer un vrai rapport de causalité : je vous ai aimés de l’amour même dont le Père m’a aimé ! C’est donc un même courant qui va du Père à Jésus et de Jésus aux disciples, pour que ceux-ci puissent à leur tour aimer de même.

Ainsi, la relation de Jésus à son Père est l’image et la source de la relation de Jésus à ses disciples. Les références en saint Jean sont nombreuses :
« Le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne voie faire au Père… » (5, 19)
« … en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire » (15, 5)
« Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour » (15, 10)
« … comme je demeure dans son amour » (15, 10)
« Celui qui me mange vivra par moi…
… de même que moi, je vis par le Père » (6, 57)
« Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent…
… comme le Père me connaît et que je connais le Père
» (10, 15)
➡️ « Comme le Père m’a envoyé
…moi aussi je vous envoie
» (20, 31)
➡️ « Tout ce que j’ai appris de mon Père
… je vous l’ai fait connaître
» (15, 15)
« Comme toi Père tu es en moi et moi en toi…
… qu’eux aussi soient en nous
» (17, 21)
➡️ « Comme le Père m’a aimé,
… moi aussi je vous ai aimés
» (15, 9)
« Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï le premier… » (15, 18)
« … celui qui me hait, hait aussi mon Père » (15, 23).

Fr Joseph

Second discours après la Cène 15-16 (première partie)

Introduction

◽️ Dans le 1er discours d’adieu, nous avons vu qu’il s’agissait surtout de la promesse d’un « enveloppement trinitaire ».
◽️ Aux chapitres 15 et 16, Jésus va leur montrer que cet enveloppement trinitaire, ce n’est pas encore le ciel, mais qu’il concerne leur vie d’ici-bas, dans le temps qui reste à vivre avant le retour du Seigneur. Il y a un délai… C’est le temps de l’Eglise… Que faire de ce temps ?
◽️ Ce n’est pas un temps creux, inerte. Ce sera le temps actif du salut (comme lorsqu’une femme attend un enfant). Comment se présentera cette condition active dans le temps ?

L’incorporation au Christ (Allégorie de la vigne – 15, 1-17)

1. En se recevant d’un Autre

◽️ La VIGNE, c’est d’abord le symbole d’Israël dans l’AT. Le peuple choisi par Dieu est un vignoble. YHWH l’a planté lui-même, arrosé, entouré de soin… Mais sa vigne l’a déçu, elle ne lui donnait que du verjus… Alors il l’a abandonnée au feu et à la dévastation.

• Dans l’évangile de Jean, la vigne devient une seule personne : Jésus. Il incarne et récapitule tout Israël. Autrement dit, le seul et véritable Israël, c’est lui. Quand il dit « Je suis la vraie vigne » il sous-entend qu’Israël n’était qu’une préfiguration et que la réalité n’est plus décevante comme la préfiguration, mais parfaite : c’est l’Israël réussi.
• Mais l’image se resserre encore : cette seule personne, le Christ, devient un vivant collectif, une seule unité organique avec ses disciples, un seul organisme vivant (cep + sarments).
cf. Saint Paul : comparaison du corps et des membres (1Co. 12, 12 ss)
Saint Augustin parlera du « Christ total », c’est à dire Jésus et les siens.

◽️ Il y a donc une réelle incorporation qui fait que la condition des disciples dans le temps n’est pas une vie loin du Christ, séparée du Christ remonté au ciel, mais une vie dans le Christ : la formule « en moi » revient 6 fois en 5 versets (2.4.5.6.7). Les disciples ne sont plus des individualités séparées, ils sont membres du Christ.
◽️ La plus évidente conséquence, c’est que la vie des disciples dans le temps consiste à SE RECEVOIR constamment d’un Autre, et à le reconnaître. Paul dit dans 1Co. 4, 7 : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? ! »


2. En se laissant vivifier par un Autre

En étant non pas passif, mais membre actif, en jouant vraiment le jeu de la vivification. C’est le sens de la formule « porter du fruit » qui revient 5 fois (2.4.5.8.16).
Qu’est-ce que cela veut dire ?

◽️ On peut avoir été branché sur le Christ par la foi (être entré dans l’Eglise par le baptême), mais n’avoir qu’une foi sèche, sans les « œuvres »
◽️ Or, ça ne suffit pas, il faut « porter du fruit » par la charité. D’où l’insistance de Jésus (v. 9-17) sur la loi de l’amour « aimez-vous les uns les autres ».
◽️ Donc, sans cesse les disciples ont à faire que la sève se propage, et que la vigne soit en expansion… Simplement, le fruit ne vient pas d’eux, mais du cep.


3. En acceptant de vivre le mystère de souffrance de cet Autre

L’incorporation au Christ va nécessairement jusque-là. D’ailleurs « porter du fruit » ne s’explique que par la phrase de Jésus : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (12, 24).
Tout le passage (15, 18-16, 4) annonce la destinée souffrante de l’Eglise, en solidarité avec celle de Jésus : il lui faudra affronter le « monde », lui résister, tenir bon, supporter la persécution, l’exclusion des synagogues, la mort. Si le corps souffre, les membres souffrent.

Fr Joseph

Premier discours après le dernier repas et le lavement des pieds 13, 31-14, 31 (2ème partie)

Une révélation sur la Trinité

La trame du discours est nettement trinitaire : les 3 personnes sont nommées.
Qu’apprenons-nous sur Dieu Trinité ? Qu’il ne s’agit pas d’un Dieu en soi, autosuffisant, d’une communauté divine close sur elle-même, ni non plus d’un être statique.
Dieu Trinité est ici défini comme étant essentiellement un Dieu pour nous, en ce sens que la raison d’être de la Trinité, c’est d’exister « pour d’autres », pour les hommes.
Dieu trinité se révèle ici comme un mouvement vers les hommes, c’est une communauté qui se penche vers l’homme. Il s’agit donc d’un être dynamique.

➡️ C’est ce qu’a réalisé l’incarnation, mais le prochain envoi de l’Esprit va encore intensifier cette volonté de Dieu Trinité de faire sa demeure chez les hommes.

➡️ Jésus révèle aux disciples que son incarnation n’était autre que l’expression de cette dynamique de la Trinité. Son incarnation l’a rendu à la fois solidaire du Père et solidaire des hommes. Il y a chez lui, constamment ce double mouvement de haut en bas et de bas en haut :
• Il était dans son humanité l’expression visible du Père, sa « Parole » (aspect de la vérité)
• Il a été le type parfait de l’humanité en position de retour vers le Père (aspect du chemin)
• Glorifié, il va envoyer aux disciples l’Esprit sanctificateur (aspect de la vie).

L’heure de l’incorporation trinitaire des disciples

➡️ « Chez mon Père il y a beaucoup de demeures… » Le Christ ne repart pas là-haut pour y jouir d’une gloire solitaire. Le Père lui associe dès maintenant des frères d’adoption.

➡️ De même que le Fils est dans le Père, de même c’est déjà l’humanité amie de Dieu qui, dans le Christ, entre dans la gloire (14, 20). Et le Christ est son éternel intercesseur désormais.

➡️ L’Esprit Saint est envoyé ici-bas pour être déjà à la fois :
• l’assistant juridique contre le « monde » (le mal), pour disputer au « monde » l’homme sauvé, parce que cet homme sauvé est précisément le bien de la Trinité, et qu’il relève entièrement désormais de sa souveraineté
• et pour être le vivificateur, le sanctificateur, celui qui est non seulement avec eux, mais en eux.

Les fruits de cette incorporation trinitaire

S’ils sont d’une qualité peu commune, ils le doivent à cette sorte de surdimension accordée aux disciples :

➡️ La loi de charité : l’amour fraternel. Ce sera l’expression au dehors de l’amour dont ils ont été eux-mêmes aimés par Dieu-Trinité. La loi de charité ne trouve sa justification dans un impératif volontariste, mais dans la constatation que l’homme a été d’abord aimé ! et puisque il bénéficie maintenant d’une condition filiale trinitaire, il est normal qu’il exprime lui aussi au dehors la dynamique trinitaire.

➡️ L’efficacité des œuvres, autrement dit de la mission, qui, curieusement, seront peut-être plus grandes que celles du Christ (14, 22). C’est la Trinité qui, par nous, manifestera sa puissance.

➡️ La paix : non pas la tranquillité, l’absence de vagues, le confort individuel ; mais la paix ‘chrétienne’ qui est essentiellement une paix « filiale », et qui se définit comme la conviction inébranlable que nous sommes dans l’intimité des trois personnes divines.

➡️ La prière de demande (14, 13-14). Les disciples vont bénéficier d’une sorte d’assurance automatique, car étant désormais « de la maison » et fils dans le Fils, ils seront exaucés comme le Fils. C’est ce que veut dire l’expression « demandez en mon nom », demandez en moi, comme si c’était moi.

Fr Joseph

Premier discours après le dernier repas et le lavement des pieds 13, 31-14, 31 (1ère Partie)

Remarques préliminaires

Ce discours devient possible après le départ de Judas. Nous entrons dans une atmosphère d’intimité qui suppose qu’il n’y ait plus aucune arrière-pensée. Il n’y a plus que les amis.
Pour éviter les contresens, il faut comprendre le vocabulaire johannique :

  • « LE MONDE » a 2 sens différents : l’un positif et l’autre négatif
    • soit la création et spécialement l’homme qui en est le sommet (« Dieu a tant aimé le monde.. » « Le Verbe est venu dans le monde… »)….. sens positif
    • soit une mentalité collective de refus de Dieu, c’est à dire replie de l’homme dans sa suffisance ….. sens négatif
  • Le « RETOUR DU SEIGNEUR »
    • soit la parousie, c’est à dire le retour à la fin des temps
    • soit, plus tôt dans le temps, les apparitions du Ressuscité
  • la « GLOIRE » : n’est pas d’abord la majesté, la puissance écrasante, le prestige et les honneurs.
    Pour Jean, c’est l’éclat fascinant du véritable et insoupçonné visage de Dieu, ou du Christ. Dans l’AT on se présentait Dieu dans sa majesté écrasante. Avec le Christ, c’est le visage insoupçonné que nous découvrons. On croyait que Jésus n’était qu’un homme, plus grand que tous les prophètes, or voici que va se révéler sa condition divine.
  • « l’HEURE » : pour Jean, c’est l’heure du mystère pascal, l’heure pour Jésus du retour au Père, l’heure où il va retrouver toutes les prérogatives de sa condition divine, qu’il avait abandonnées lors de son incarnation.

Bien sûr, pour Jean, cette « heure » est faite inévitablement de plusieurs moments différents (passion, mort, résurrection, ascension). Mais Jean s’intéresse moins à ces moments différents qu’à la signification commune de l’ensemble ; ce n’est pas la chronologie qui l’intéresse, mais « l’heure » en tant que signifiante et révélatrice : qu’est-ce qui est en train de se passer et de se dire à ces moment-là ? C’est l’heure où le « Serviteur Souffrant » va devenir le « Seigneur de gloire ».

Comme d’habitude chez Jean, deux niveaux de lecture :
▪️ De premier abord, ce qui semble dominer, c’est l’adieu. Donc, le départ de Jésus et les disciples qui vont rester seuls.

L’impression semble justifiée par les interventions et les questions des disciples :
Pierre : Où vas-tu ? … je te suivrai jusqu’à la mort !
Thomas : On ne connaît même pas ton chemin…
Philippe : Montre-nous le Père, cela nous suffit !
Jude : Pourquoi parles-tu de te manifester à nous seulement, et pas au monde ?

Questions bien concrètes, réalistes, immédiates, pleines d’incertitudes et d’inquiétude.

▪️ Second niveau, ou la signification de ce discours.
C’est la révélation par Jésus du très proche enveloppement trinitaire des disciples. Pour Jésus, il ne s’agit pas seulement d’un discours d’adieu, selon toutes ses composantes d’émotion, de tristesse et de tendresse devant la perte et l’arrachement subit.

C’est un moment solennel et positif de révélation. Il ne s’agit plus de perte et d’arrachement, il s’agit d’un gain insoupçonné.
✨ Cette révélation, la voici : après le départ de Jésus, les disciples vont être enveloppés d’une mystérieuse présence trinitaire.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 13

Le christ, au nom du Père, accueille ses disciples dans la maison du Père (Jn 13, 1-20)

Ce geste de laver les pieds est un rite d’accueil en Orient, une déclaration d’hospitalité. Le voyageur a marché toute la journée, sous le soleil, et par des routes par toujours sûres : il a faim, il a soif, il est fatigué et a mal aux pieds, il était à la merci des détrousseurs. Et voilà que quelqu’un l’accueille, en commençant par lui faire laver les pieds. Le sens est clair : chez moi, tu seras comme chez toi ! Tu auras la paix, le repos, la fraîcheur, tu seras abreuvé et rassasié.

L’accueil dans la « maison du Père » est un des grands thèmes du « Discours après la Cène » :
• « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures ; sinon, vous aurai-je dit que j’allais vous préparer une place ? Lorsque je serai allé vous la préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi… » (14, 2-3)
• « Père, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (17, 24)
• « Je monte vers mon Père et votre Père » (20, 17)
C’est donc un geste symbolique, par lequel le Christ inscrit dans les faits l’accueil des disciples dans le Royaume. Une manière de dire que du côté de Dieu, c’est fait.

Encore faut-il que les disciples consentent à être accueillis

• C’est précisément l’objet de la discussion de Jésus avec Pierre (13, 6-9) : Pierre ne saisit pas le symbole, il en reste au geste de propreté de Jésus « domestique »
** … Cet « accueil de l’accueil » avait déjà son prélude 2 jours plus tôt à Béthanie : Marie « accueille » Jésus – et avec quel prix ! lequel Jésus l’avait elle-même « accueillie » auparavant.
• En contraste, on a le refus de l’accueil par Judas (13, 10) : « … vous n’êtes pas tous propres »… et plus loin (13, 30) : « …Judas sortit immédiatement : il faisait nuit ».
** … Remarquer comment ce « refus de l’accueil » par Judas avait eu également son prélude à Béthanie, lorsqu’il s’était indigné du gaspillage de parfum par Marie (12, 5).


Aux disciples, à leur tour, d’accueillir les autres dans l’Eglise, et au Nom du Christ

« C’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le, vous aussi » (13, 15). Comment pratiquer l’accueil au nom du Christ ?
1_ Selon un comportement et un état d’esprit d’envoyé qui n’évacue pas l’envoyeur ! « l’envoyé n’est pas plus grand que celui qui l’envoie » (13, 16)
… et avec le dévouement du serviteur… qui ne prend pas la place du Maître ! « un serviteur n’est pas plus grand que son Maître » (13, 16).

Nous voyons donc que le personnage le plus important dans cette scène, c’est le Père, car c’est lui l’invitant suprême ; le Christ ne veut être que le délégué de son Père, l’envoyé, c’est pourquoi il prend la pose du serviteur. Aux Apôtres de jouer le même jeu de l’humilité-service, par rapport au véritable invitant qu’est le Christ pour l’entrée dans l’Eglise.

Une révélation de théologie trinitaire

La fin de l’épisode est encore plus impressionnante que l’entrée en matière : Jésus termine en faisant à ses disciples 2 révélations explicites et tout à fait capitales :

1_ Sur sa condition divine. On le voit aux passages suivants :
• « Vous m’appelez le Maître et le Seigneur… si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître… » (13, 13-14). Le titre de Seigneur n’était donné qu’à Dieu.
• « … afin que, lorsque l’événement se produira, vous croyiez que Je Suis » (13, 19). La tournure est curieuse, à moins que ce « Je Suis » fasse allusion au nom divin du Sinaï, par lequel YHWH se faisait connaître à Moïse (Ex. 3, 13-15). Dans ce cas, Jésus n’hésite pas à s’attribuer le nom divin, signifiant par là qu’il porte en lui la présence divine et tous les pouvoirs divins.

2_ Autre révélation, sur les Trois Personnes divines. Témoin la toute dernière phrase : « En vérité, en vérité, je vous le dis, recevoir celui que j’enverrai, c’est me recevoir moi-même, et me recevoir c’est aussi recevoir Celui qui m’a envoyé » (13, 20). « Celui que j’enverrai », c’est à dire l’Esprit Saint… « Celui qui m’a envoyé », c’est le Père.

Conclusion
L’entrée en matière de cet épisode du « lavement des pieds », et sa conclusion d’autre part, sont trop solennelles et de portée transcendante, pour que le geste de la partie centrale soit une simple recommandation d’ordre moral. La toute première et la toute dernière phrases évoquent la figure du Père. C’est donc de Lui qu’il sera question, de sa Maison, et de l’accueil qu’il nous y réserve, par la médiation « servante » de son Fils.

Fr Joseph

Saint Jean Chapitre 13

Le lavement des pieds 13, 1-20

  1. Le geste de Jésus, tout surprenant qu’il soit, semble d’une grande clarté. Il est le maître ; or il vient d’agir en esclave. C’est la loi qui s’impose à tous les siens. Il s’agirait donc ici essentiellement, sous forme de ‘mime’, d’une leçon d’humilité et de service. Et la signification de la scène serait seulement d’ordre moral : tel doit être le comportement chrétien.
    Est-ce une interprétation suffisante ?
  2. La plupart des interprètes cherchent autre chose, puisque Jean nous a habitués à des sens cachés. Ce lavement des pieds est un « geste prophétique », selon la manière sémitique pour les leçons en acte. Au jour des Rameaux, Jésus a « joué » l’oracle de Zacharie : « Tressaille d’allégresse, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi s’avance vers toi… humble, monté sur un ânon » (Za. 9, 9-10). Maintenant, il « joue » celui du Serviteur d’Isaïe (52, 13-53, 12) ; pas n’importe quel serviteur, mais le « Serviteur Souffrant » dont le service va jusqu’à mourir pour les siens.
    Ainsi donc, sous ce geste surprenant, mais apparemment banal, de laver les pieds, Jésus en réalité « mimerait » sa mort du lendemain, exactement comme en instituant l’Eucharistie au cours du même repas pascal, il « mimait » d’une autre façon la mort du lendemain.
    Selon cette interprétation, il ne s’agit donc plus d’abord d’une leçon morale d’humilité, il s’agit d’un geste symbolique de révélation : voici quel sera le sens de ma mort. Une mort pour vous et pour la multitude, dans l’abaissement le plus extrême.
  3. Cette lecture est d’une profondeur saisissante. mais elle n’est pas la seule possible. Parce que ce geste peut aussi être le « symbole de l’accueil ».

Pourquoi ? Comment ?

Parce qu’il y a dans ce passage des paroles curieuses qui débordent de loin l’interprétation de l’humilité et du service :

• D’abord l’entrée en matière particulièrement solennelle et de tonalité transcendante : « Jésus, sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père… sachant qu’il est sorti de Dieu et qu’il va vers Dieu ». Jésus va quitter les siens pour rentrer chez son Père : c’est l’instant des adieux définitifs, quelle ultime promesse va-t-il leur faire ? Quel cadeau précieux va-t-il leur laisser ?

• Car il en a le pouvoir et le droit, de la part du Père : « …sachant que le Père a remis toutes choses entre ses mains ». Jésus va donc faire quelque chose pour eux de la part du Père.

• Autre parole curieuse : « … Pierre, si je ne te lave pas, tu n’auras pas part avec moi ». Or dans le 4ème évangile « avoir part avec Jésus », c’est être avec lui dans la maison du Père (14, 2-6), participer à la gloire du Père (17, 24), voir le Royaume de Dieu (3, 3), entrer dans ce Royaume (3, 5), et recevoir du Christ la vie éternelle (6, 40). Ainsi le geste du Christ aurait quelque chose à voir avec l’admission des disciples « dans la maison du Père », « chez le Père », là où précisément Jésus est sur le point de s’en retourner. Cela veut dire que, pour les disciples, ce geste est un billet d’entrée pour le ciel !

Fr Joseph

ST JEAN CHAPITRE 12 LA RECONNAISSANCE SUSPENDUE (suite)

L’entrée de Jésus à Jérusalem 12, 12-19

Jean a modifié radicalement la tradition synoptique. Dans celle-ci, Jésus « monte » depuis la Galilée. Chez Jean, ce récit succède à l’onction de Béthanie. Chez les synoptiques, Jésus prépare l’événement : il envoie deux disciples pour lui amener un ânon, qu’ils trouveront selon ses indications et il avance sur cette monture en Messie de paix. Chez Jean, la foule, ayant appris que Jésus s’approche de Jérusalem, va à sa rencontre en l’acclamant et c’est alors seulement que Jésus monte sur un ânon qu’il a trouvé. Aucun parcours triomphal n’est décrit : l’évangéliste cite l’Ecriture.

Le récit obéit à une logique particulière : on décrit et ensuite on explique.

Description v. 12-13 : la foule sort à la rencontre de Jésus
v. 14 : Jésus s’assied sur un ânon
Explication v. 15 : citation de l’Ecriture
v. 16 : l’incompréhension des disciples
v. 17-18 : le motif du mouvement de la foule
v. 19 : la réaction des pharisiens.

Jésus vient de Béthanie, encore pénétré du parfum dont Marie l’a oint et de la pensée de sa mort prochaine. Il va à Jérusalem, pas en prince, sans nul souci de se faire acclamer, mais comme celui qui mène à terme le projet annoncé en 11, 7 : « Allons en Judée », là où sa mission doit s’achever. La foule l’attend avec des palmes, symbole de victoire. En Jésus, la foule voit celui que Dieu a envoyé pour délivrer Israël de son humiliation, le Messie attendu. Pour exprimer sa joie, elle entonne le ‘Hosanna’ qui accompagnait les pèlerins se rendant au Temple pour la fête des Tentes ou pour la Pâque. Ce psaume 118 célèbre la fidélité de Dieu : le psalmiste, qui parle au nom du peuple, est assiégé par « toutes les nations » et il sort victorieux de son épreuve.
En utilisant le verset 26 « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur », Jean reprend deux thèmes de son œuvre : « Celui qui vient » : 1, 15.27 ; 3, 31 ; 6, 14 ; 11, 27 ; « au nom du Père » : 5, 43 ; 10, 25 ; 17, 11.12.
Mais la foule ajoute : « le roi d’Israël ». Si Jésus accepte ce titre venant de la bouche de Nathanaël en 1, 49, ici, il le refuse à cause de son ambiguïté liée à l’aspect politique de ce titre. Ce refus, Jésus le signifie par une action symbolique, celle de s’asseoir sur un ânon (pas sur un cheval), tout en donnant le vrai sens de sa royauté.

L’évangéliste cite le prophète Zacharie, mais en changeant la première partie du verset :

Jean => Sois sans crainte, fille de Sion
Zacharie => Réjouis-toi, fille de Sion

Ce « sois sans crainte » est emprunté à Sophonie 3, 14 et qui évoque la présence en Israël de Dieu, berger de son peuple. Une manière de dire que Jésus, le roi d’Israël, est aussi présence du Père au monde.

  Fr Joseph